Nina Volkovitch

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J’ai lu d’une traite les trois volumes de cette élégante série dorée sur tranche. Le visage de Nina sur les couvertures (de Cali Rezo) laissait craindre une énième histoire d’androïde ou je ne sais quoi. Mais pas du tout !

Nina est une petite fille bien « réelle », enfin, une petite fille de papier… mais humaine. Humaine dans un monde inhumain, celui de la Russie de Staline. Nous sommes en 1941, c’est la guerre et Nina vit à Moscou avec sa mère, directrice du Musée d’Art moderne. Je ne dis pas « vit seule avec sa mère » car il est fréquent que les appartements soient partagés par plusieurs familles et là, en l’occurrence, un couple âgé vit avec eux dont la vieille dame, ancienne institutrice, fait l’école à Nina à la maison. Pas par snobisme ou je ne sais quelle raison sujette à caution, mais parce que Nina est la fille d’un « ennemi du peuple » qui a disparu et que c’est difficile à porter dans la Russie stalinienne. D’ailleurs nous allons vite nous en apercevoir car, sept ans plus tard, la maman de Nina est arrêtée, accusée par une collègue d’être un agent de propagande anti-soviétique, pro-occidentale, car défendant les oeuvres des artistes français de son musée, en particulier les Impressionnistes. Sur cette dénonciation, et en vertu de l’article 58 du code pénal soviétique permettant de condamner n’importe qui sous n’importe quel prétexte, elle sera transférée au Goulag, dans un camp en Sibérie dont on ne revient généralement pas…

Voici donc Nina à quinze ans enfermée dans un orphelinat dédié aux enfants des ennemis de l’Etat.

« Tu vas voir [lui explique une compagne], on aura bientôt la visite d’un beau colonel de l’armée rouge, il y a toujours des discours avant les défilés du 1er mai ! Il va nous expliquer que notre rôle d’enfants de traîtres est de nous consacrer doublement à l’essor et à la gloire de notre pays et de notre Parti ! Pour rattraper les fautes de nos méchants parents.

Et personne ne se rebelle quand ils critiquent nos parents ?

N’essaie pas. Tu finirais au cachot, au milieu des cafards et des rats. Quand ce n’est pas des travaux d’utilité publique qui te laisseraient sans force pendant des jours ! Surtout toi avec ton gabarit, tu n’y survivrais pas !

Des travaux ? C’est à dire ?

Porter des sacs de sable et les apporter sur le chantier de construction du barrage par moins vingt degrés, quand les ouvriers arrêtent de le faire à cause du gel, nous, on s’y coltine si on est punies. Ramasser des fagots de bois, les porter et les mettre en réserve et, le pire, creuser le chemin de terre dure où ils veulent installer des rails. Là, tu as de la chance, le printemps arrive doucement, c’est toujours moins terrible. »

Nina ne pense qu’à une chose, s’évader et se réfugier chez sa grand-mère comme le lui a recommandé sa mère au moment de son arrestation.

A partir de là, l’histoire bascule dans un genre différent, à la limite du fantastique, car Nina, enfermée au cachot avec les cafards et les rats va se découvrir une puissance et une violence qu’elle n’aurait jamais soupçonnées, elle qui à quinze ans, ressemble encore à un enfant de huit ans…

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Carole TREBOR, à laquelle nous devons cette trilogie parue chez Gulf Stream entre 2012 et 2013, s’est appuyée sur une documentation historique rigoureuse, mais son récit poignant est « allégé » par un jeu d’énigmes à partir de cartes postales reproduisant, justement, quelques-uns de ces fameux tableaux cosmopolites donc réactionnaires (!) que Nina connait bien pour les avoir observés avec sa mère. Ainsi que par des références à la Russie des tsars : les icônes et la religion orthodoxe, les contes où le héros chevauche un loup gris… Et donc cette dimension fantastique qui permet à Nina d’utiliser les « pouvoirs » qu’elle vient de se découvrir, avec l’aide de personnages qui l’initient et l’amènent peu à peu comprendre qui elle est et quel est son rôle contre ce régime dictatorial totalement corrompu.

Une lecture captivante que vous pouvez compléter par cette intéressante interview de l’auteur (ici).

 

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