Arrête de mourir

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Arrête de mourir

de Irene Cohen-Janca chez Actes Sud junior

9782742796090

« Ça a commencé par les Post-it.

Tu t’es mise à en acheter des tonnes.

A les stocker frénétiquement.

Comme on fait provision de produits de première nécessité quand une guerre ou un autre genre de saloperie se profile à l’horizon. »

Une famille : les parents, Max et Emma, les enfants – Samuel 17 ans, Caro 20 ans – et une ombre qui s’invite, la maladie d’Alzheimer.

Une « saloperie » comme dit Samuel le narrateur, qui va grignoter petit à petit la belle harmonie familiale.

Qui n’a pas déjà mis un post-it pour se souvenir d’un rendez vous, d’une course à faire, d’un mail à envoyer ? C’est normal, tout est normal, puis insidieusement le post-it passe du pense-bête à la béquille de survie parce que ce sont les mots qui fuient, les mots puis leur signification.

Emma ne va pas bien, mais personne ne veut formuler l’évidence, comme si mettre un nom sur ses absences les obligeait à accepter l’inacceptable.

Samuel ne le supporte pas, et à mesure que sa mère s’enfonce dans l’oubli, des scènes du passé lui reviennent en mémoire : les sorties d’école quand elle l’attendait sous le marronnier, les CD qu’elle passait en boucle, les vacances ratées.

Il passe de la colère au désespoir, essaie de battre la mesure d’un temps qui, pour sa mère, ne s’écoule plus.

« Tu t’éloignes, en abandonnant ton corps comme une dépouille vivante que tu n’habites plus.

Tu as encore tes bras pour les ouvrir mais plus ta tête pour te commander de les ouvrir.

C’est quoi ce bordel, ce foutoir, où les mères retombent en enfance alors que leurs enfants en sont à peine sortis ? »

Toute la famille doit apprendre à conjuguer la maladie au présent, et même si la rage est toujours là, l’acceptation est inévitable.

« Et tu répètes mon nom, ce nom que toi seule me donnais. Me donne.

Et ça suffit. Royal. Niagara d’amour. Appelle-moi Samy jusqu’au bout et je tiendrai le coup, je traverserai le désert avec ce bagage-là, ça me suffira. »

Un texte court, une écriture rapide, presque fébrile, à la mesure de l’affolement qui saisit Samuel.

C’est vraiment un beau roman.

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