Refuges

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Refuges

de Annelise Heurtier chez Casterman

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Mila, 17 ans, est en vacances à Lampedusa dans la maison familiale de la Pointe aux orangers.

Lampedusa pour Mila, ce sont les souvenirs de vacances heureuses, quand toute la famille se retrouvait sur la grande terrasse ensoleillée autour des bons petits plats de Nonna.

Mais Manuele, son petit frère tant attendu est mort, sa mère Lucia a difficilement survécu à cette perte, et son père Ivo a essayé vaille que vaille de tenir la famille à bout de bras.

Six ans après, Lampedusa les accueille à nouveau : l’occasion peut-être de faire une pause, de se retrouver malgré les silences et la séparation, car incapable de supporter la douleur de Lucia, Mila est partie faire ses études en internat.

Elle parcourt l’île à vélo, profite de sa splendeur, flâne au soleil, découvre l’amitié, elle qui a tant besoin d’être écoutée.

A des milliers de kilomètres, d’autres destins se jouent : ceux de Saafya, Amanuel et Meron, Pietros et Meloata, Gebriel, Awat et Amir.

Eux vivent en Érythrée.

Beau pays l’Érythrée, avec ses camps militaires, la mobilisation de tous les habitants de 18 ans, ses rafles, sa corruption, ses zones de circulation accordées à chaque citoyen, où la moindre promenade peut se transformer en drame.

« Toute la rue avait été cernée. Des camions militaires la barraient tous les cinquante mètres environ, décourageant quiconque de se soustraire aux vérifications. Mes parents, mes sœurs et moi, tout comme le reste des clients et du personnel du Capri, sommes venus compléter la grande ligne de citoyens accroupis qui s’était formée dans la rue. Les papiers jaunes et blancs des laissez-passer fleurissaient au bout des doigts et c’est avec un geste saccadé que ma mère me fourra le mien dans la main. »

Que ferions-nous si nous devions vivre sous un régime aussi paranoïaque et arbitraire ?

Je suppose que comme Saafya, Amanuel et Meron, Pietros et Meloata, Gebriel, Awat et Amir, nous choisirions la fuite.

Ils partent sur des bateaux de fortune après avoir subi les coups, les viols, le vol du peu d’argent qui leur restait par les trafiquants et les passeurs.

« Pour aller vivre ailleurs, il m’aurait fallu devenir l’un de ses clandestins dont les cadavres desséchés jonchent le Sahara.

La mort allait me guetter, me traquer, depuis les zones interdites de la frontière érythréenne jusqu’au Soudan, en Lybie et sur la mer Méditerranée. J’allais subir l’attente, la peur, la faim, le froid. Il faudrait éviter les Rashaidas, les Bédouins du Soudan qui kidnappent les migrants pour alimenter leur réseau de trafic d’organes. J’allais devenir une ombre. »

Les survivants vont s’échouer sur les plages de Lampedusa où graduellement, grâce à ses amis Paola et Ugo, Mila a pris conscience de cette tragédie.

C’est un roman à plusieurs voix : celle de Mila, adolescente certes fragilisée par un deuil récent mais néanmoins privilégiée, et celles déchirantes de ceux qui sont nés sans espoir.

J’ai beaucoup aimé ce roman très documenté qui nous confronte aux choix terribles devant lesquels sont placés ceux qui risquent leur vie dans l’espoir d’une vie meilleure et nous met face à l’ampleur de ce désastre humanitaire.

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