Vilnius, Lituanie, 1941…

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Tout le monde connaît le « Journal » d’Anne FRANK, rédigé à Amsterdam entre le 12 juin 1942 et le 1er août 1944 alors que la famille se cachait au fond d’un appartement dans une annexe secrète de l’entreprise du père pour échapper à la déportation par les nazis. Déportation qui aura cependant lieu après que la famille a été dénoncée et la cachette trahie. Anne Frank mourra à Bergen-Belsen vraisemblablement en février 1945, quelques semaines avant la libération du camp.

On connaît moins le journal de Yitskhok RUDASHEVSKI  rédigé de juin 1941 au 7 avril 1943 « entre les murs du ghetto de Wilno » et édité pour la première fois en français en 2016 par les éditions L’Antilope.

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Comme Anne Frank, Yitskhok Rudashevski n’avait que quinze ans lorsqu’il a été exécuté le 1er octobre 1943 dans la clairière de Ponar, à quelques kilomètres de Wilno (actuellement Vilnius) en Lituanie.

A partir de septembre 1941, les citoyens juifs de Wilno avaient été contraints d’abandonner leurs maisons pour (sur)vivre enfermés dans un ghetto surpeuplé. Yitskhok y poursuivit la rédaction de son journal intime, témoignage de la volonté nazie d’exterminer petit à petit tous les Juifs de Wilno (et d’ailleurs), mais preuve également que ceux-ci tâchèrent de résister le plus longtemps possible, entre autre grâce à l’éducation et la culture. Il y raconte les petits détails de leur vie quotidienne, mais également ses enthousiasmes, ses espoirs, de même que l’organisation sordide décrétée par les nazis avec les policiers juifs « caste qui prête main-forte aux oppresseurs dans leur sale boulot« , les pillages, la terreur savamment entretenue par les rafles et les massacres, etc.

Son journal a été retrouvé en 1944 par l’une de ses cousines, dans la cachette où la famille s’était vainement réfugiée. Gilles Rozier, directeur de la maison d’édition L’antilope a rédigé une introduction au texte et en parle également ici dans le cadre de l’émission « Mémoires vives ».

Pour ma part, je vous citerai cet extrait, écrit sur une feuille volante et qui date probablement de la fin de l’année 1942 :

« On a célébré le prêt du cent millième livre à la bibliothèque. Il y a eu une cérémonie dans la salle du théâtre. Nous sommes venus après les cours. On a tenu plusieurs discours et également présenté un programme artistique. Les orateurs ont caractérisé le lecteur du ghetto. Des centaines de gens lisent dans le ghetto. Lire des livres pour moi est le plus grand plaisir. Le livre nous relie à la liberté, le livre nous relie au monde. {Le prêt du cent millième livre est un grand succès et prouve que la population du ghetto non seulement est à tout moment reliée au passé, mais espère et croit en l’avenir.} Le prêt du cent millième livre est une grande réussite pour le ghetto, et le ghetto peut en être fier. »

Le journal de Yitskhok se termine mercredi 7 avril 1943 sur cette phrase tragiquement prémonitoire : « Le pire peut nous arriver à tout instant… »

Un livre à lire absolument.

 

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