La Langue des bêtes

Par défaut

La Langue des bêtes de Stéphane Servant

aux Éditions du Rouergue

images

« Ce qu’elle sait, c’est que le Père, un jour a dressé le chapiteau ici, entre les épaves de voitures. Et c’est là qu’elle est née. Je suis née là, pense la Petite. Au Puits aux Anges. C’est ici que j’ai ouvert les yeux pour la première fois sur le monde. Combien de temps est-ce que ça peut faire, je n’en sais rien. Ce qui est certain, c’est que depuis, le chapiteau n’a plus bougé. Et plus aucun spectacle n’a été donné sous les toiles depuis longtemps déchirées. Si ce n’est celui de notre vie. »

Étrange famille terrée dans ce coin oublié comme dans une tanière. Ils se tiennent chaud, se comprennent, se complètent.

Il y a le Père, maître de la forêt qui les encercle, qui tue avec frénésie tous ses habitants.

Pipo le vieux clown, qui se souvient qu’il y a longtemps, les animaux parlaient.

Belle, la Mère, beauté brisée par on ne sait quel malheur.

Colodi, le vieux ventriloque qui passe et repasse les gouges sur le bois sans jamais accoucher d’aucune œuvre et qui met dans la bouche muette de sa marionnette les mots qu’il s’interdit de prononcer.

Major Tom le nain et Franco le vieux lion qui a perdu à la fois ses crocs et son envie de dévorer.

Et la Petite :

« C’est ici chez elle. Son royaume. Protégé du monde par les méandres d’un labyrinthe de genêts et les murs d’un roncier que l’on traverse en rampant dans un tunnel étroit. Seuls les animaux viennent jusque-là. Et elle est une enfant, rien d’autre qu’un petit animal, semblable à tous les autres. »

C’est une tribu hors du monde, qui vit les autres comme une agression et les regarde avec mépris.

Mépris pour leurs besoins jamais satisfaits, leur appétit du « toujours plus ».

Eux vivent au jour le jour ce qu’ils considèrent comme la liberté ultime, ils se nourrissent de la forêt, libres de s’arrêter et puis de repartir un jour, quand l’envie des chemins inconnus devient pressante.

Un jour, au hasard d’une chasse, la Petite découvre une série de piquets oranges qui quadrillent la forêt; c’est dans un monde de rêves et de fantasmes l’irruption du réel, du rationnel : la construction d’une autoroute.

Mais dans la forêt la Bête rôde…

C’est un roman magnifique et éprouvant, éprouvant par cette violence qui cimente les membres de cette troupe, par ce maelstrom de sentiments chaotiques, cette folie qui semble les gouverner tous.

J’ai beaucoup aimé (à conseiller aux lecteurs grands adolescents).

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s