A la place du cœur

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A la place du cœur

de Arnaud Cathrine

aux Editions Robert Laffont

9782221193334

« J’aimerai pourtant savoir pourquoi au juste nous sommes dans ce monde ?

Ca m’a fait tellement de bien le jour où j’ai lu ça : LA question que tu n’oses formuler devant personne tellement ça paraît ridicule ; mais c’est pourtant vrai : qu’est-ce qu’on fout sur terre, bordel ?!

J’ai souvent été tenté de répondre : rien, rien, on sert absolument à rien. Il m’arrive encore de le penser. Une fois, j’ai sondé mon frère et il m’a répondu très naturellement : On ne sert à rien du tout, Caumes, mais puisqu’on est là, autant faire au mieux. – Ça veut dire quoi « au mieux » ? – C’est se faire une belle vie. Avoir un peu d’argent pour vivre. Et surtout : jouir ! Je n’oublierai jamais comment Swann a dit ça, ses yeux brillaient : jouir ! »

6 janvier 2015

Caumes a 17 ans et fête son anniversaire à grand renfort d’alcool avec ses potes : Théo le fils du maire qui connaît déjà sa place sur l’échelle sociale, Kevin et Hakim les « prolos » de la cité, et Esther, celle qu’il aime et qui va devenir ce soir là sa petite amie « officielle » – précision importante, comme si ce statut le faisait entrer de plein pied dans la catégorie enviée de ceux qui ont une copine.

C’est un mélange détonnant, entre un garçon « flottant », en attente de quelque chose de vague et d’informulé qui va donner un sens à sa vie, et une fille décidée, engagée, qui assume ses désirs.

Il ressent beaucoup de choses, surtout à fleur de peau, le vent sur son corps à la plage, le parfum d’Esther, la douceur de sa peau ; d’ailleurs il dit de lui-même qu’il est un animal, comme s’il n’existait que par ses sens.

Il ne ne se pose pas trop de questions, se concentre d’abord sur ses hormones, ensuite sur la marche du monde.

Esther, elle, s’intéresse à la société qui l’entoure, réfléchit, argumente, le pousse dans ses retranchements et l’entraîne dans des discussions qu’il n’imaginait même pas : le mariage pour tous, le front national, le féminisme.

7 Janvier 2015

« Le texto de Swann arrive à treize heures et des poussières. Swann, c’est mon frère ; il s’appelle bêtement Sébastien mais je le surnomme Swann parce qu’une année, il m’a cassé les couilles pour que je lise Un amour de Swann de Proust.

« Putain : Charlie »

Charlie, c’est Charlie Hebdo et la sidération, l’incompréhension, la peur et son cortège de questions, mais pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Pour Caumes, c’est l’irruption de la réalité dans son monde fantasmé d’adolescent.

Ce genre d’actualité n’est pas facile à traiter, une fiction basée sur un événement traumatisant et malheureusement bien réel peut être soit totalement lacrymale, soit lourdement didactique.

Là, c’est juste un roman intelligent et extrêmement émouvant qui nous raconte la transformation d’un adolescent, sa relation aux autres et cette découverte : il n’est pas juste un témoin des événements, il peut s’impliquer et agir.

« J’ai dix-sept ans, la vie devant moi, et la mort partout. Une saloperie d’équation à résoudre. Je pourrais très bien renoncer. Au goût des choses. Aux règles d’un jeu dont je devine qu’il n’a aucun sens. Oui, je pourrais très bien laisser tomber.

C’est quoi l’autre choix ?

Je suis en vie .

Nous sommes en vie.

Pas le choix.

Alors, à partir de maintenant, il va falloir que la mort serve à quelque chose. »

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