Cambodge 1975 : l’enfance broyée

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En 2014, Marie DESPLECHIN est allée au Cambodge pour aider une association française qui aide au développement de la lecture dans ce pays qui fut protectorat français de 1863 à 1953, date de son indépendance.

Là-bas, Marie Desplechin est accueillie par Sothik HOK, le responsable cambodgien de l’Association Sipar. Sothik saisit alors l’occasion de lui raconter quelle fut son enfance et celles de tous les enfants cambodgiens qui l’ont vécue entre 1975 et 1979 : une enfance broyée par le régime génocidaire des Khmers rouges.

C’est ce récit qu’elle nous retranscrit dans : « Sothik » (illustré par TIAN et édité par l’Ecole des Loisirs en septembre 2016).

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« Sothik est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent… » (cf. Présentation éditeur)

Sothik va vivre ces trop longues années dans la peur et la faim, quatre années qui le marqueront à jamais, même s’il fait partie des rares heureux qui ont retrouvé leur famille à la fin de cette monstrueuse dictature au cours de laquelle, sur sept millions de Cambodgiens, près de deux millions ont disparu.

Dès les premiers jours, les Khmers rouges font  brûler les livres sur des bûchers, ils transforment la Bibliothèque nationale en porcherie, ils élimineront ensuite les gens instruits, les médecins, neuf enseignants sur dix et toute personne  considérée comme « intellectuelle » (pour ça, il suffisait parfois de porter des lunettes pour être condamné à mort).

En quelques semaines « les villes sont désertes. Les frontières sont fermées. Personne n’entre, personne ne sort. Le Cambodge est devenu un immense camp de prisonniers. (…) Les gens n’ont plus le droit d’avoir de maison ni de terre qui leur appartiennent. Très vite, ils n’ont plus le droit de rien posséder du tout, ni meuble, ni vêtement personnel, ni livre, ni montre, ni objet. Plus de propriété, plus d’injustice. Ça paraît logique. Une logique de fin du monde. »

« La nuit nous avons les punaises, le jour, nous avons la faim. J’ai tout le temps faim. Comme tout le monde. Ou presque tout le monde, car les cadres révolutionnaires mangent, eux. (…) Les autres souffrent d’une famine meurtrière, organisée par les dirigeants, et qui durera aussi longtemps que le Kampuchéa démocratique. »

« Même nos rêves sont misérables » se rappelle Sothik, toute énergie est consacrée à tenter de survivre « ce qui demande à la fois de savoir obéir sans réfléchir, et de réfléchir sans cesse aux moyens de désobéir. »

« Nous vivons dans un monde à l’envers, où le faux est devenu le vrai, où le mensonge est devenu la vérité. Il y a de quoi perdre la tête.« 

Malheureusement, impérialistes, capitalistes ou communistes, fanatiquement religieux, ces mondes peuvent toujours devenir le monde de demain, partout. Alors soyons vigilants.

 

 

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