« Bronze et Tournesol »

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Son prix Hans Christian ANDERSEN 2016 redonne de la visibilité à ce roman traduit du chinois :

« Bronze et Tournesol » de CAO Wenxuan,

traduit et publié en français en 2010 aux éditions Picquier-jeunesse et réédité cette année 2016 chez Picquier-poche.

« Dans un petit village de Chine… Tournesol est une petite fille aussi lumineuse que les fleurs qui portent son nom. Bronze a onze ans, et ce n’est pas un garçon comme les autres : il est muet.
Mais quand Bronze et Tournesol se rencontrent au bord du fleuve, ils n’ont pas besoin de mots pour se comprendre. Ensemble, ils vont affronter la pauvreté, le regard des autres, et connaître bien des aventures, petites ou grandes, heureuses ou malheureuses.
Ils sont aussi unis que les doigts de la main ! Jusqu’au jour où…
Par un grand auteur chinois, un roman qui est un hymne à la nature et à la force des sentiments. » (Présentation éditeur)

Loin d’être mièvre, ce récit peut intéresser à différents titres : parce qu’il parle de la Chine rurale des années 1970, période difficile en pleine « Révolution culturelle » au cours de laquelle les intellectuels et les artistes qui n’avaient pas été exterminés pour cause d’opposition à Mao Tsé-Toung étaient envoyés se « rééduquer » à la campagne. J’avais signalé en 2011 sur le blog différentes autobiographies sur ce sujet.

Tournesol est la fille de l’un de ces artistes, un sculpteur amoureux fou de ces fleurs.

Bronze, lui, est un fils de paysans, devenu muet à cinq ans à la suite d’une catastrophe. Depuis « chaque jour, il avait ses propres activités, son propre monde qui ne semblait pas être le même que celui des autres enfants du village. Il pouvait rester un temps infini à regarder le fond de l’eau limpide : là, une mulette rampait à une vitesse imperceptible. Il pouvait promptement fabriquer de petits bateaux en pliant des feuilles de roseaux, puis les plonger dans le fleuve pour les regarder flotter au gré du vent. S’il arrivait que la houle en renverse certains, il en éprouvait du chagrin. Il avait quelque chose de mystérieux, d’extraordinaire. On pouvait le voir la main plongée dans un bassin où, pour n’importe qui d’autre, il ne pouvait absolument pas y avoir de poisson, et pourtant, lui en attrapait plusieurs. Ou bien on le voyait s’enfoncer dans les roseaux, se mettre à battre des mains près d’un plan d’eau, jusqu’à ce qu’une dizaine d’oiseaux s’envolent pour tournoyer un moment au-dessus de sa tête avant de redescendre se poser sur l’eau. De tels oiseaux, aucun villageois n’en avait jamais vu auparavant, ils étaient très beaux. Il n’aimait pas tellement jouer avec les autres enfants du village et ne se souciait pas trop de savoir si eux le souhaitaient ou non. Il avait le fleuve, les roseaux, son buffle, toutes sortes d’herbes, insectes et oiseaux dont il ne connaissait pas les noms. Un enfant de Damaidi raconta qu’il l’avait vu ouvrir grand les mains, paumes tournées vers le bas, les passer au-dessus d’herbes sèches comme en les caressant ; et les herbes s’étaient redressées. Les adultes ne le crurent pas, les enfants non plus, alors il dit : « je peux le jurer ! » et il le jura en effet. Mais on ne le crut pas davantage. L’enfant dit : « Vous ne me croyez pas, n’en parlons plus ! » Cependant les villageois voyaient toujours Bronze partir seul dans les champs, aller et venir avec souvent, dans les mains, des poissons enfilés en brochette sur une branche de saule, et ils trouvaient que ce muet avait quelque chose de pas ordinaire. »

Bronze est aussi extrêmement proche de son buffle et, pour qui aime les récits animaliers, le livre devrait également plaire.

Pendant ces années-là, le village aura à surmonter une tornade et une inondation qui détruisent la plupart des maisons, puis une invasion de sauterelles suivie d’une longue famine. Pour la famille de Bronze, déjà bien pauvre, la vie est encore plus difficile. Mais, dans cette famille aimante et soudée, chacun fait de son mieux avec droiture et ingéniosité, bien que la généreuse adoption de Tournesol devenue orpheline ait ajouté une bouche supplémentaire.

Dans ce contexte, le passage sur la fête du Nouvel An est un morceau d’anthologie :

« Ce jour-là, Tournesol devait aller à l’école pour répéter un spectacle ; elle s’y rendit parée de son nouvel habit*. Ses camarades, le professeur, tous furent stupéfaits de la voir ainsi vêtue. Tournesol était la cheville ouvrière du spectacle ; elle y participait, et devait également se charger de la présentation des différents numéros. Le professeur s’était inquiété du fait qu’elle n’aurait pas de nouveau vêtement. Il y avait réfléchi et avait songé à en emprunter un neuf, le moment venu, à une camarade de Tournesol, de façon à ce qu’elle pût le porter le soir du spectacle. Maintenant qu’il la voyait avec ce nouvel habit, il était ravi. Pendant un bon moment, tous firent cercle autour de Tournesol pour admirer le tissu multicolore. Tournesol en fut un peu gênée. C’était une tenue à haut col et à taille contrée. Le professeur Liu dit : « Si tu pouvais porter un collier d’argent, ce serait encore plus beau ! »

(*) Le nouvel habit a été habilement retaillé par la grand-mère dans le vêtement du mariage de la mère de Bronze.

Mais je ne vous dévoile pas comment Tournesol fit sensation avec un collier imaginé par Bronze et qui, à la lueur des lampes à pétrole, « renvoyait une lumière chimérique, plus mystérieuse encore qu’en plein jour. Personne ne savait quel genre de bijou portait Tournesol, mais son éclat pur, mystérieux et somptueux fascinait tous les spectateurs« .

Un beau roman pour ce début d’année 2017.

 

 

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