« Justice pour Louie Sam »

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« Fin du XIX ème siècle, paysage aride du nord des États–Unis.
Un matin en allant à l’école, les enfants Gillies découvrent dans une maison en feu, le
corps sans vie de leur voisin. Sans enquête, le coupable est aussitôt désigné: Louie Sam,
un jeune Indien, qui a été vu dans les parages. Dans cette cité de colons, situé à la frontière
entre les États-Unis et le Canada, les relations avec les Indiens natifs sont encore difficiles.
Les communautés ne se mélangent pas. Les hommes du village décident de rendre
justice eux mêmes. Ils organisent une chasse à l’homme pour capturer l’adolescent.
Mais George, l’aîné des Gillies comprend vite que la vérité n’est pas aussi simple, des
incohérences sont très vite mises à jour et il décide de mener sa propre enquête. George,
du haut de ses quinze ans, pose des questions, trop de questions. Pourtant si Louie Sam
n’est pas coupable, qui l’est ? Et dans cette société si fermée, à qui profite le crime ? »

(Présentation éditeur : Thierry Magnier, 2014)

9782364745087

C’est d’après des faits authentiques qui se sont déroulés en février 1884 qu’Elizabeth STEWART a rédigé ce roman qui révolte d’autant plus que le racisme est loin d’être éradiqué – encore actuellement – en Amérique du nord (et ailleurs… hélas). Ici il s’agit d’Amérindiens, mais il pourrait s’agir d’Afro-Américains, et selon les époques, d’Irlandais, Chinois, Japonais, Mexicains, etc.

« Abandonnant Pete, je descendis de cheval et me frayai un chemin parmi les hommes pour mieux voir. L’Indien était agenouillé dans la terre, M. Harkness et M. Moultray se penchaient au-dessus de lui. M. Harkness l’obligea à se relever. C’est alors que je vis Louie Sam réellement, et que j’eus le choc de ma vie.

Ce n’était qu’un enfant, encore plus jeune que moi.

Louie Sam était petit, mais il avait un visage large et la peau cuivrée de son peuple. Ses longs cheveux bruns étaient défaits et emmêlés, au lieu d’être tressés comme ceux d’un brave. Je me demandais s’il était trop jeune pour les porter ainsi. Les hommes de la troupe, rassemblés autour de lui, le conspuaient et l’insultaient, mais lui ne disait rien. Son expression était un mélange de hargne et de terreur. Néanmoins, à le voir trembler, je devinais qu’il était plus effrayé que furieux. A moins que ce ne fut à cause de la froideur de la nuit car les hommes l’avaient tiré du lit vêtu uniquement d’une chemise et d’un pantalon, bretelles baissées, pieds nus.

(…)  – Réfléchissez bien à ce que vous faites, Bill, dit [M. York], en s’adressant à M. Moultray.  – Nous ne sommes pas dans le Sud ici, reprit M. York. On ne pend pas un homme à cause de la couleur de sa peau. 

C’était la première fois que quelqu’un parlait de pendaison depuis que nous étions arrivés chez M. York. J’observais Louie Sam pour voir sa réaction : il garda la tête baissée et immobile, et j’en déduisis qu’il ne comprenait pas très bien l’anglais. »

George va vite découvrir que (presque) personne n’est déterminé à voir triompher la justice. Pour de multiples raisons, la plupart du temps personnelles et plus ou moins sordides mais la première étant économique et politique :

« Quand notre convoi de chariots avait traversé les prairies six ans plus tôt, les anciens nous avaient raconté des histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Les sauvages avaient la réputation d’attaquer les convois et de décimer des familles entières, des innocents qui voulaient juste se construire un toit dans ces territoires vierges. Les colons se sont installés récemment dans cette région, peu de temps avant ma naissance, et les Indiens sont largement plus nombreux que nous. Avant notre arrivée, ils se contentaient de pêcher et de chasser, en négligeant des terres que des bûcherons, des mineurs et des fermiers se font un plaisir d’exploiter depuis une vingtaine d’années. Et figurez-vous que les Indiens ont changé d’avis, ils affirment que ce territoire leur appartient et que nous n’avons pas le droit d’être ici, alors qu’ils n’exploitent pas ces terres, à proprement parler.

Dès le berceau, on inculque aux gens l’idée que si un Blanc laisse un Indien prendre le dessus, il y a toutes les chances pour que votre scalp se retrouve pendu à sa ceinture. Nous autres, colons, nous n’oublions jamais qu’il y a huit ans à peine, Crazy Horse et ses guerriers ont massacré le général Custer et ses hommes à Little Big Horn, à l’est d’ici, dans le Montana. »

La famille de George, comme la plupart des colons américains, pense sincèrement que ces terres leur appartiennent, alors qu’elles ont été arrachées avec une extrême violence aux Amérindiens. Toutefois cette famille possède, parmi ses valeurs, le sens de la justice et apprendra, à ses dépens, qu’il ne fait pas bon se désolidariser de la « meute ».

Quand il faut choisir entre la compromission et sa conscience, bien peu choisissent leur conscience.

 

 

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