Lucien Lucien

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Lucien Lucien

de

Anne Houdy

chez Alice Éditions

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«  Papa est allé voir ailleurs s’il y avait mieux. Et papa a trouvé mieux. Il est allé voir là-bas si maman y était. Comme elle n’y était pas, il est resté là-bas. C’était préférable.

Papa a toujours eu envie de partir. C’est depuis ma naissance, depuis la naissance de maman, mais aussi depuis sa naissance à lui. Alors, un jour, après une grosse dispute, papa est parti. Maman et moi, on est restés.

Le jour ou papa a pété les plombs, maman n’a jamais pu remettre la lumière toute seule. Depuis nous sommes dans le noir. Elle et moi.  »

Maman est cassée en mille morceaux, elle perd le Nord, elle perd ses clefs, elle perd Lucien.

Pourtant Lucien est son fils, une petite marionnette dont elle tire les fils de ses doigts affolés.

Alors Lucien danse : va au parc… non reste là… non prends ton bain… non va te coucher… et sans manger puisque c’est comme ça !

Maman est comme un oiseau qui se heurte au barreaux de la cage et s’épuise vainement.

Elle n’en peut plus de ce petit garçon qui la regarde sombrer et qui lui demande les attentions et l’amour qu’elle ne peut donner.

Elle va enfin se reposer, le docteur a dit que Lucien allait partir en vacances dans une famille d’accueil.

 » La porte du train s’est refermée. Le train ne partait pas, elle avait encore une chance de faire demi-tour… Mais j’ai bien compris qu’elle ne ferait plus jamais demi-tour. Voilà. C’est ce jour-là. Je ne sais pas quel jour était ce jour. Maman était trop pressée. Mais, ce jour-là, maman et moi, nous nous sommes perdus pour toujours. »

Au bout du chemin, Leone et Raoul attendent. Leone parle toute seule pour meubler les silences de sa vie et Raoul pleure en écoutant Schubert dans son vieil autocar enraciné au fond du jardin.

Ils essaient bien, mais n’y arrivent pas. Ils n’ont pas le mode d’emploi pour sauver un enfant du désespoir. Pourtant ils l’aiment, à leur manière.

Comme dit Leone : c’est comme un chien, au début on n’en veut pas et puis on s’habitue.

Et Lucien, doucement s’efface…

C’est un roman magnifique et éprouvant : il a la noirceur de ces contes dans lesquels on abandonne les enfants au fond de la forêt, avec cette sensation oppressante de cauchemar, on court fuyant le danger – ou au contraire à la recherche désespérée de quelqu’un ou de quelque chose.

Mais il y a aussi tant de tendresse, d’amour dans les tentatives maladroites de ces personnages pour trouver à la fois leur place et la force d’exprimer leurs sentiments.

C’est un vrai coup de cœur remarquablement écrit.

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