Les fragiles

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de Cécile Roumiguière

chez Sarbacane

 » Je m’appelle Drew.

Drew.

Drew Castan, dix-sept ans, toutes mes dents. Drew, Drew Castan… Arrête, Drew ! La tempête, les images. Faut les bloquer. Des bulles acides. Les crever. Je voudrais vomir.

J’ai envie de vomir depuis l’âge de neuf ans, depuis ce jour où mon père a lancé ce « sale nègre » par la vitre de la camionnette. Pas son premier « sale nègre », mais ce jour là, le nègre, c’était Ernest, le gardien du stade. Ernest qui m’encourageait tous les mercredis depuis deux ans chaque fois que je flanchais. Ce mercredi-là, il a traversé en dehors des clous, il aurait pas .  »

Entre Andrew, son père Cédric et sa mère Cindy la vie n’est qu’une longue suite de rendez-vous ratés.

D’abord entre Cindy et Cédric, trop jeunes et immatures, qui font un enfant par hasard et passent le reste de leur vie à se le reprocher. Leur passion n’a pas résisté à la naissance d’Andrew et aux contraintes liées à son existence : plus de virées avec les potes à boire toute la nuit et faire la fête et ça, Cédric ne l’a pas supporté. Les cris, les coups, les réconciliations ont pourtant tristement cimentés le quotidien du couple.

Andrew assiste au naufrage, coincé entre une mère qui couve son fils, se félicite de sa sensibilité, et un père pour lequel il n’est jamais à la hauteur.

Celui-ci, qui ne voulait pas d’enfant, est doublement déçu : il voulait un vrai petit « mec », qui aime le sport, les filles, les armes, boire un coup, un garçon pas compliqué qui voit le monde comme lui en noir et blanc.

Il hérite d’un fort en maths dégingandé et ne lui épargne aucune humiliation.

Andrew, qui a longtemps espéré ne serait-ce qu’un regard de complicité de son père, sombre. Adolescent solitaire, harcelé, il se mutile sans que ces parents ne comprennent ou ne trouvent le mots pour parler de son mal être.

Sa rencontre avec Sky, une fille aussi paumée que lui, ne va pas empêcher le drame.

Comment concilier le besoin d’amour et le mépris qu’Andrew éprouve pour son père ?

Cédric représente tout ce qu’il déteste : il est violent, raciste, homophobe.

Et pourtant…

«  Papa… on aurait pu s’aimer. J’aimais bien, petit, quand tu me portais sur tes épaules. Tu courais, on rigolait…

Tu vois, il reste quand même des images, collées au fond de mon crâne. T’aimes pas les gens, t’aimes pas les Noirs, t’aimes pas les Arabes… tu t’aimes pas. Mais moi, j’aurais pu t’aider, il aurait juste fallu te dire que t’étais un chouette père. »

C’est un très beau roman, émouvant, très sombre aussi. J’ai beaucoup aimé la fin, loin du happy-end convenu mais en cohérence avec la tonalité du récit.
Ce roman fait partie de la sélection pour le prix Izzo de la ville de Limoges.

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