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Coline PIERRE : Ma fugue chez moi

(Rouergue, « doado », 2016)

« Quelques jours avant Noël, suite à une séance d’humiliation au collège, et à l’annonce que sa mère, une fois de plus, ne sera pas là pour les fêtes, Anouk décide de fuguer. »

« C’est du moins ce que croit sa famille. La police enquête, son père et sa soeur placardent partout des avis de recherche sur les murs de la ville et sur Facebook. Mais, en vérité, Anouk n’est pas une aventurière. Et puis il fait si froid dehors, en décembre. Alors elle a trouvé une bien meilleure idée, aussi improbable et étrange, soit-elle… » (cf. 4ème de couverture)

 Au regard des réels dangers auxquels une jeune fugueuse s’expose et hormis le côté peu « citoyen » de la fugue – vu le nombre de gens mobilisés pour la retrouver -, ce à quoi personne ne songe en général lorsqu’on commence à sombrer dans le désespoir et qu’on voudrait bien alerter parents ou amis sur ce qui se passe, mais sans dénoncer ceux qui vous harcèlent, la solution d’Anouk est une idée de génie.

Anouk a quatorze ans et est en troisième ; elle vit en Alsace, avec son père et sa soeur de douze ans, Bena.

Anouk aime aussi dessiner et jouer du banjo avec une prof qu’elle adore et tout pourrait aller bien. Sauf que… sa soeur est à l’internat toute la semaine, leur mère est en mission de climatologie au Groenland et ne semble pas pressée de rentrer en France, même pas pour Noël, et leur père est un « taiseux »…

« J’aurais aimé qu’il me plaigne un peu. Mais comme toujours, il était incapable d’être compréhensif et enveloppant. Comme si ce n’était pas suffisant, il a ajouté : « Il faut faire avec le monde tel qu’il est, Anouk. Tu dois t’adapter et passer à autre chose. Si tu en souffres, tu ne peux t’en prendre qu’à toi. On est toujours responsable de ce qui nous arrive. »

Alors quand Marina, la bonne copine d’Anouk depuis le CM1, se met à jouer les garces et l’humilie, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

« Jusqu’à présent, ni l’une ni l’autre n’était devenue un souffre-douleur parce qu’à deux, on se soutenait. Maintenant qu’elle était passée de l’autre côté, Marina devenait le bourreau absolu, car elle devait faire ses preuves. Elle était plus cruelle que les filles cruelles, plus intolérante et plus insensible. Et moi, j’étais la victime idéale. »

Après s’être vengée, il lui paraît impossible de retourner au collège, impossible de se retrouver face à Marina, Anouk décide alors de disparaître.

« Je glisse dans mon sac des sous-vêtements, plusieurs paires de chaussettes, un pantalon en velours épais, un gros pull et quelques t-shirts, un peu de savon et de shampooing, une brosse à dents et du dentifrice, une trousse de secours, une petite serviette en microfibre, un couteau suisse, deux livres de circonstance (Robinson Crusoé et L’attrape-coeur), mon carnet à dessin et quelques crayons, deux bouteilles d’eau, une vingtaine de barres de céréales, huit compotes et huit pommes, un paquet de bonbons et une tablette de chocolat (en cas de déprime). Et dans une poche tout au fond du sac : mon porte-monnaie avec l’argent reçu pour mon anniversaire. »

« Je me sens comme Robinson Crusoé sur son île : heureuse d’être accaparée par ma survie. Je ne m’ennuie pas. Chaque geste devient une mission. Manger est un véritable défi. Prendre une douche est un challenge. Piquer de la nourriture et des objets sans me faire repérer est un parcours du combattant. Je suis un agent secret du quotidien. »

Pourquoi ? Comment ? Il faut lire ce court roman somme toute assez réjouissant. Petit à petit, Anouk réalise la douleur de sa famille, l’incompréhension face à sa fugue, mais elle est prise au piège d’elle-même et tourne en rond avec sa culpabilité. Et on la comprend.

D’ailleurs on la comprend depuis le début ;  Coline Pierré dépeint une adolescente sensible et sympathique pour laquelle il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie, et même si ce roman est parfois un peu irréaliste, il (nous) touche fort.

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