De l’oeuvre d’art contemporaine

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La grosse bévue !

(C’est un euphémisme, si je vous en parlais en tête à tête, j’aurais employé un terme plus fort… mais plus vulgaire)
Bref, le truc dont on pense qu’on ne va jamais s’en remettre.

Imaginez, vous faites en remplacement le ménage dans un musée et, un soir, vous tombez sur une pièce « remplie avec un tas d’ordures au milieu duquel le visiteur devait se frayer un étroit chemin, à travers des cadavres de bouteilles, des emballages de paquets de nourriture, des miettes de gâteaux, des bouts de tissus déchirés et crasseux, des tessons de verre et des morceaux de plastique déchiquetés et tordus, des trognons de fruits aussi… Avec quelques chaises de jardin renversées (…) ».

Vous vous dites que franchement c’est « nase », en pensant que le cocktail a tourné à l’orgie, mais vous êtes payé(e) pour nettoyer, alors vous vous y mettez courageusement.

Sauf que – et ce roman est inspiré d’un fait réel – c’était une installation en cours, c’est à dire une oeuvre d’art pas tout à fait terminée, qu’en quelques minutes vous avez fichue en l’air.

Hubert BEN KEMOUN a librement brodé autour de ce fait divers et nous raconte, dans « Ma mère, la honte » (paru chez Flammarion jeunesse en 2018), à travers le récit de Mélanie, comment en quelques jours leur vie devient apocalyptique.

Leur vie à toutes les deux, car même « au bahut, deux camps s’étaient formés à mon sujet. Un groupe qui ne m’accordait aucune circonstance atténuante et dans lequel Timothée avait pris une place de choix. Et un autre, moins fourni, qui s’offusquait que les erreurs de maman rejaillissent sur ma petite personne. »

Entre les « cultivés » (!) qui lui font remarquer que l’anagramme de Mélanie, c’est « laminée », son charmant copain Timothée qui la largue en la traitant d’ « inutile », un inconnu qui tague le nom de leur rue du « Bon Sauveur » en « bonne sauvage« , un futur candidat aux élections municipales qui tente d’utiliser le buzz, etc., on voit comment peut réagir cruellement une petite ville de province.

C’est d’autant plus troublant qu’une bonne partie de ces « braves gens » (merci Brassens !) seraient ordinairement les premiers à conspuer l’art contemporain, qu’ils considèrent comme hermétique et provocateur, leurs concepteurs obsédés par l’argent, et qualifient généralement l’ensemble de « foutage de gueule » !

Ce qui m’est venu à l’esprit dès le début du livre c’est ce que Mélanie, qui arrive à trouver des forces en elle-même du fait des événements tragiques qui vont crescendo, finira par cracher à la figure de la personne qui la reçoit, au staff de l’artiste :

« Comment un directeur de musée traite son personnel comme des esclaves. Sans que lui vienne à l’esprit la simple idée de leur parler des expositions qui se préparent dans les salles qu’ils ne sont bons qu’à briquer. Sûrement pas dignes d’apprécier l’art moderne, ces larbins. Pas assez cultivés. (…) Trop « petit personnel » ou sans doute trop « bas de gamme »… »

Un roman coup de poing, très court.

Et si la toute fin est un peu trop « fleur bleue » à mon goût, le traitement du personnage de l’artiste est intelligent. On ne sonnera pas l’hallali.

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