« Les jours, les mois, les années »

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Cent cinquante pages d’une densité extraordinaire que ce roman de YAN Lianke :  « Les jours, les mois, les années » édité en « Picquier poche » en 2014.

« Une terrible sécheresse contraint la population d’un petit village de montagne à fuir vers des contrées plus clémentes. Incapable de marcher des jours durant, un vieil homme demeure, en compagnie d’un chien aveugle, à veiller sur un unique pied de maïs. Dès lors, pour l’aïeul comme pour la bête, chaque jour vécu sera une victoire sur la mort. Ce livre est d’une force et d’une beauté à la mesure de cette plaine couronnée de montagnes dénudées où flamboie un soleil omniprésent. Le roman de Yan Lianke est un hymne à la vie. La fragilité et la puissance de la vie, et la volonté obstinée de l’homme de la faire germer, de l’entretenir, d’en assurer la transmission. C’est un acte de foi, aux confins du conte et du chant, à la langue comme jaillie de la nuit des temps ou des profondeurs les plus intimes de l’être. » (Présentation éditeur)

Après plus de cinquante jours de confinement, la ténacité de « l’aïeul » offre d’autres horizons.

Tout y est combat, le premier ennemi étant le soleil qui ne cesse de réchauffer la terre et accentuer la sécheresse, ensuite il faut disputer les rares grains restants à des hordes de rats, marcher de plus en plus loin pour trouver une source pas encore asséchée, surveiller la croissance de l’unique pied de maïs…

Un jour où l’aïeul s’est aventuré encore plus loin,

« Après avoir grimpé puis descendu quelques monts, il vit, dans un étroit ravin, une pierre sur la face ombragée de laquelle se trouvait une branche de roseau. Il dit, merde, il y a donc encore de l’espoir ?

Il s’assit sur la pierre pour souffler, arracha la branche, en porta un morceau à la bouche, le mastiqua lentement pour en sucer le jus sucré puis avala les morceaux prémâchés. Il dit, s’il n’y a pas d’eau ici, je veux bien me cogner la tête contre les rochers.

(…) Finalement, la nuit tombait presque lorsque l’aïeul trouva la source. Il vit d’abord le sable blanc légèrement coloré d’un rouge aqueux, puis sentit sous ses pieds brûlants après cette si longue marche une agréable fraîcheur. Il avançait, foulant le sable humide. Le ravin allait en se rétrécissant ; à un moment, l’aïeul heurta les parois de l’épaule ; c’est alors que la douce musique de l’eau lui parvint. Levant la tête, la vision d’un paysage verdoyant le saisit. Il s’arrêta. Depuis cinq mois, il n’avait plus vu autant d’herbe verte, il avait presque oublié à quoi ressemblait une prairie. Il y avait là des roseaux, des fleurs rouges et blanches, alternant avec d’autres encore. Dans la chaleur étouffante, cette épaisse saveur verte, humide et sucrée, s’insérait soudain, se déployait, murmurait le long du ravin. Tout à coup l’aïeul sentit sa gorge le chatouiller. Il voulait boire. La sensation de sécheresse l’avait assailli subitement, engourdissant ses lèvres gercées sans qu’il puisse y résister. Il avait déjà repéré à quelques pas devant lui une étendue d’eau large comme la moitié d’une natte. Le petit étang recouvrait les joncs pour moitié, de sorte que la verdure traversait le miroir de l’eau.

Mais , alors qu’il s’apprêtait à laisser ses seaux pour courir étancher sa soif, il s’arrêta. Il avala profondément sa salive, sans bouger. Il y avait un loup embusqué derrière un massif, un loup de même taille que l’aveugle. Ses yeux étaient verts et brillants. Il avait d’abord été surpris par l’apparition de l’aïeul, puis, comprenant qu’il transportait des seaux, son regard s’était chargé de haine et de cruauté, il avait même légèrement fléchi ses pattes de devant, comme pour se tenir prêt à bondir.« 

Le loup n’est pas seul et la nuit à résister à la meute est un morceau d’anthologie.

Cent cinquante pages à veiller le pied de maïs comme son enfant. Touchant et très fort à la fois. Mais âmes sensibles, s’abstenir !

Pour ceux qui seraient tentés par le survivalisme.

A emprunter à la BFM.

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