Calpurnia

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Quand j’ai lu « Calpurnia » la première fois en 2013, j’ai beaucoup aimé, mais je n’osais espérer qu’il y aurait une suite. Eh bien, si !

Mais qui est « Calpurnia », que vous pouvez trouver à la BFM  ?

« Calpurnia Tate a onze ans. Dans la chaleur de l’été, elle s’interroge sur le comportement des animaux autour d’elle. Elle étudie les sauterelles, les lucioles, les fourmis, les opossums. Aidée de son grand-père, un naturaliste fantasque et imprévisible, elle note dans son carnet d’observation tout ce qu’elle voit et se pose mille questions. Pourquoi, par exemple, les chiens ont-ils des sourcils ? Comment se fait-il que les grandes sauterelles soient jaunes, et les petites, vertes ? Et à quoi sert une bibliothèque si on n’y prête pas de livres ?
On est dans le comté de Caldwell, au Texas, en 1899. Tout en développant son esprit scientifique, Calpurnia partage avec son grand-père les enthousiasmes et les doutes quant à ses découvertes, elle affirme sa personnalité au milieu de ses six frères et se confronte aux difficultés d’être une jeune fille à l’aube du XXe siècle. Apprendre la cuisine, la couture et les bonnes manières, comme il se doit, ou se laisser porter par sa curiosité insatiable ? Et si la science pouvait ouvrir un chemin vers la liberté ? » (Présentation éditeur)

« Etre une jeune fille à l’aube du 20ème siècle », tout est là car, tant que Calpurnia n’est qu’une enfant, sa curiosité immodérée pour la nature et les sciences est tolérée par ses parents, à condition qu’elle fasse ses exercices de piano chaque jour et qu’elle apprenne le tricot et les bonnes manières…

Heureusement pour elle, Bon Papa lui ouvre son bureau et sa bibliothèque et répond avec patience à toutes ses interrogations. Bon Papa est un admirateur de Darwin et correspond avec quelques scientifiques de son époque.

Dans ce deuxième volume, Calpurnia a maintenant treize ans et sa curiosité ne faiblit pas, toujours encouragée par son seul grand-père :

Jacqueline KELLY : « Calpurnia et Travis »

(Ecole des Loisirs, 2017, collection Medium)

Mais lorsque, au cours d’un repas, Calpurnia demande à ses parents de lui permettre de faire des études, la réponse la désespère :

« Ce n’est ni le moment ni l’endroit pour une telle discussion. Disons simplement que nous avons toujours eu d’autres projets pour toi et restons-en là. Sully, veux-tu passer la saucière à ton père .

Je vis rouge. Une éruption de fureur m’enflamma le cou. Nous venions de changer de siècle et je m’étais imaginée devenir un exemple de jeune Américaine moderne. Quelle rigolade ! Ma gorge se serra, mais je parvins à articuler :

– Et mes projets à moi, mes projets d’avenir ?

Lamar ricana :

Toi, aller au collège ? Tu n’es qu’une fille, tu comptes pour du beurre, ma vieille.

Père prit un air sévère.

Lamar, ne parle pas à ta soeur sur ce ton.

Malgré ma rage, une chose me frappa : mon père n’avait pas dit que Lamar avait tort. Il lui avait seulement reproché son incorrection. Je me creusai la tête pour envoyer une réplique appropriée à Lamar et trouver un argument convaincant pour mes parents, mais au lieu de cela, à ma grande honte , j’éclatai en sanglots. Tout le monde en resta bouche bée. Le feu de leurs regards était tellement cuisant que je ne pus le supporter plus longtemps. Je repoussai ma chaise, me levai et m’enfuis à toutes jambes dans ma chambre où je me jetai sur mon misérable matelas. Personne ne vint me consoler ; je ne pouvais compter que sur moi-même. J’essuyai bientôt ces larmes imbéciles et pris conscience que, pour la première fois dans l’histoire de la famille Tate, un enfant avait quitté la table sans en avoir la permission. J’avais donc remporté la plus minuscule des victoires. Mais ce n’était pas assez. Non, non. »

Outre Travis, l’un des six frères de Calpurnia et celui qui partage son intérêt pour la nature et surtout les animaux, apparaît dans ce deuxième tome un nouveau personnage d’importance : le docteur Pritzker, vétérinaire et voisin de la famille. Entre les explications de Bon Papa et la méthodologie précise et sérieuse qu’il enseigne l’air de rien à sa petite fille et le Dr Pritzker, conscient des grandes qualités de Calpurnia et son insatiable curiosité, celle-ci va continuer à épanouir sa personnalité scientifique, mais son avenir est toujours bridé par les « convenances » de l’époque.

Un troisième personnage et cousine de Calpurnia, Agatha, va – peut-être – faire bouger un peu les lignes… Attendons que Jacqueline Kelly écrive le troisième volume et croisons les doigts pour qu’il ne mette pas, cette fois,  quatre ans à paraître !

Nous vivons au 21ème siècle et, ici tout au moins, chacune peut désormais prétendre à décider de sa vie, mais « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »  (Simone de Beauvoir)

C’est pareil pour la théorie de l’évolution.

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So strange

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Lucy STRANGE « Ecoute le rossignol« 

(Castelmore, 2017)

« 1919. Henrietta emménage avec sa famille à Hope House, une grande et très ancienne maison près de la mer. Ses parents et sa gouvernante étant occupés par leurs soucis, Henrietta est livrée à elle-même, avec ses livres pour seule compagnie. Elle découvre que Hope House regorge de secrets : un grenier oublié, des ombres fantomatiques et une mystérieuse lueur qui apparaît entre les arbres au fond du jardin… Une nuit, elle s’aventure dans le bois au Rossignol. Elle va y faire une rencontre qui va bouleverser sa vie…« 

Franchement, ce résumé de l’éditeur ne donne pas assez envie de lire ce roman. C’est dommage.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère digne des romans anglo-américains du tout début du 20ème siècle, comme « Le jardin secret » de Frances Hogdson Burnett, « Papa longues jambes » de Jean Webster ou, dans un tout autre genre, « Le vent dans les saules » de Kenneth Grahame.

Tous les ingrédients y sont : la demeure mystérieuse et son grenier secret, le phare et la mer au loin, la légère fumée qui s’élève dans le bois, et puis la mère enfermée dans sa chambre, le père absent, la nurse dévouée aux deux fillettes, la cuisinière complice. Par là-dessus se greffent un médecin aux méthodes assez glauques, un étrange boiteux…

Tout cela vu à travers les yeux d’Henrietta, dite « Henry » dont l’imagination n’a d’égale que sa bibliothèque bien fournie en auteurs contemporains : Lewis Carroll, Louisa May Alcott, Charles Dickens, mais aussi Hans Christian Andersen et autres conte(ur)s de fées. Et bientôt John Keats et son « Ode à un rossignol »

Jusque-là ce roman pourrait n’être qu’un agréable divertissement.

Mais Lucy STRANGE étoffe le personnage d’Henry qui, malgré ses douze ans, se rend non seulement compte de ce qui se trame, mais puise en elle la force d’aller contre un processus mortifère pour tout le monde.

Puise en elle, certes, mais pas seulement… je ne vous en dis pas plus.

Un roman qui aborde également la manière brutale dont furent traités les soldats revenus choqués de la Guerre de 14, les progrès de la psychiatrie, la difficile résilience après des événements traumatiques, mais aussi l’éducation des filles. Et en cela Henry, nourrie des « Quatre filles du Dr March »et admiratrice de Jo « drôle, garçon manqué et pragmatique », m’a faite me souvenir de Calpurnia, autre personnage de fille énergique qui m’avait beaucoup intéressée, refusant de se plier aux convenances étriquées et dévastatrices de l’époque.

Un coup de coeur pour cette fin d’été.