Archives d’Auteur: vesperr

Heart Breakers

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Heart Breakers

de Ali Novak chez Bayard

« Mon cerveau est entré en surchauffe. J’avais flirté avec un des membres du boys band préféré de ma sœur ! Avec un mec célèbre !

Je ne veux pas qu’il se souvienne de moi, ai-je soudain réalisé. Je lui avais dit que j’étais venue à Chicago pour voir une galerie de photo, pas pour rencontrer les Heartbreakers ! En me voyant plantée devant lui pour lui réclamer un autographe, il allait me prendre pour une de ses fans débiles... »

Stella et son frère Drew ont décidé d’offrir à leur sœur gravement malade un autographe de son groupe préféré : les Heartbreakers.

Pour cela ils doivent assister à un concert de ce groupe, honni par ces deux fans de musique underground, mais adoré par des milliers d’adolescentes prépubères qui expérimentent leurs premiers fantasmes en se trémoussant sous le regard complaisant du quartet sautillant, miam miam !

Mais joie, bonheur, exultation, Stella reconnaît dans le groupe le bel inconnu, rencontré dans un café, qui lui avait provoqué une montée de température intense (le garçon, pas le café !)

Et donc Oliver, puisqu’il s’appelle Oliver, est le bad boy du boys band et Stella en tombe raide amoureuse : mais cette folle passion a-t-elle un sens, un avenir, une existence, alors que des milliers de groupies n’attendent qu’une occasion pour sauter sur le bel Apollon ??????

Bon comme dirait Didier Deschamps : « Là, j’ai fait simple« , le meilleur arrivant ensuite.

Car Stella lutte très très très fort pour ne pas céder au bad boy et c’est troooop difficile, parce que…

-son « contact la laisse pantelante »

-et qu’elle a l’impression « qu’on lui injecte du béton dans les veines »

-et que quand elle le voit elle sent que « ses oreilles la brûlent comme si elle avait pris un coup de soleil »

-et que « quelque chose s’allume en elle » …

Un doliprane, vite, pour moi pas pour elle.

Mais je n’ai pas regretté la lecture de ces 408 pages d’inepties hautement prévisibles lorsque j’ai lu le texte de la chanson qu’Oliver dédie à sa dulcinée.

« Tu t’es installée dans mes poumons

Et tu t’es blottie dans mon cœur.

Tu es dans tous les mots que je chante

Tu es mon étoile dans la nuit. »

?????!!!!

La, on est sûr qu’il n’a pas fait médecine…

 

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Maintenant qu’il est trop tard

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Maintenant qu’il est trop tard

de Jessica Warman chez Pocket Jeunesse

« A le regarder, je me sentais plus curieuse qu’autre chose. Je n’avais pas peur, pas encore. Nous étions à l’abri de l’autre côté des portes vitrées et nos parents n’étaient qu’à quelques mètres. Personne ne nous ferait de mal, surtout pas lui. Enfin, je savais que ce n’était pas le vrai père Noël, je n’étais même pas certaine qu’il existe vraiment. Mais une enfant de sept ans a une certaine perception de la réalité. Le père Noël est maigre, maintenant ? Et dans mon jardin ? C’est étrange mais d’accord. »

Une nuit de Nouvel An, Tabitha quatre ans, baptisée Tortue par toute la famille, disparaît.

Tabitha, Samantha sa sœur, et Remy le meilleur ami de celle-ci étaient couchés près de la porte du jardin. C’était une nuit de fête, à moitié endormis, en sécurité, les enfants entendaient au-dessus de leurs têtes leurs parents rire et chanter.

Une présence silencieuse et menaçante, une porte déverrouillée, et la fête se transforme en cauchemar.

Mais Samantha est formelle, elle a reconnu Steven, l’ex-petit ami de sa sœur Gretchen. Steven a eu un accident et a beaucoup changé. Il est parfois agressif, son comportement est incohérent.

Et même s’il nie toute participation à cet enlèvement, il est déclaré coupable et condamné à mort.

Dix ans après, Tortue n’a jamais été retrouvée et Samantha raconte le quotidien d’une famille détruite par la tragédie.

Comment trouver sa place après un tel drame ? Une petite fille est née, Hannah, et c’est la seule qui ne soit pas « infectée » par le désespoir qui mine tous les membres de la famille.

Ils vivent côte à côte, solitaires, gérant leur douleur comme ils le peuvent : dans la drogue, l’alcool, les anti-dépresseurs.

Samantha observe, se souvient, elle avait sept ans et c’était Steven c’est sûr, ça ne pouvait être que lui et d’ailleurs quand elle l’a dit aux policiers, aux parents, à tous les adultes présents, ils étaient tous d’accord et Remy aussi a reconnu le garçon. Mais le doute s’installe et ronge.

Qui a vraiment enlevé Tabitha ?

Au-delà de la tragédie elle-même, le roman raconte l’après-enlèvement : l’emballement médiatique, les voisins très, trop présents qui peu à peu espacent leurs visites, les caméras, les micros tendus pour saisir une miette de douleur supplémentaire, l’extrême solitude de la famille.

C’est un bon roman qui tient en haleine jusqu’aux dernières pages.

The hate U give

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The hate U give

de Angie Thomas chez Nathan

 

« Tupac disait que le nom de son groupe « Thug Life », la vie de gangsta, ça voulait dire :

«The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody, la haine qu’on donne aux bébés fout tout le monde en l’air.

Je hausse les sourcils.

– Quoi ?

Écoute bien. The Hate U – « you « , mais avec la lettre U-Give Little Infants Fucks Everybody. T-H-U-G-L-I-F-E. Ce qui veut dire que ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule. Tu piges ? »

Une soirée : des adolescents qui dansent, boivent, ébauchent des histoires d’amour ou de haine. Il y a dans l’air un goût de « trop », trop d’alcools, trop d’herbes, trop d’hormones mais c’est le Spring Break et tous sont à l’orée de leur vie.

Un des leurs va mourir dans quelques minutes, abattu par un policier blanc sous les yeux de son amie Starr qu’il ramenait chez elle.

Starr est le témoin clé mais est-elle prête à s’exposer pour porter la voix de Khalil mort, devant son assassin ?

Avant tout autre commentaire, ce roman est remarquable. Remarquable car lucide, documenté, engagé bien sûr, mais sans manichéisme.

Starr devrait être une ado comme les autres, elle aime Beyoncé, Taylor Swift, elle regarde en boucle les vieux épisodes du Prince de Bel-air, craque sur les marques de baskets, est amoureuse…

Mais elle est aussi noire, vit dans un ghetto, Garden Heights, gangrené par les guerres de gang, la drogue, les violences familiales.

Son père faisait partie des « King Lord », il s’en est sorti mais demeure viscéralement attaché à son quartier. Contre l’avis de sa femme qui souhaite un environnement moins dangereux pour ses enfants, il s’acharne à démontrer qu’il existe une alternative à la violence et à l’échec social.

Mais tous ses enfants sont scolarisés dans un « lycée de blancs » loin de Garden Heights.

Son oncle est policier tout en étant parfaitement conscient, témoin, victime du racisme de ses collègues.

Starr a 16 ans mais a côtoyé la mort à plusieurs reprises : son amie Natacha est morte à 10 ans, sous ses yeux, d’une balle perdue, son cousin a été tué pendant un braquage, Khalil est assassiné sous ses yeux.

Tous ces traumatismes, qui ne suscitent d’ailleurs aucun écho à l’extérieur du quartier semblent n’être que les paramètres, navrants mais attendus de la vie d’un citoyen afro-américain.

Car tout concourt à un échec programmé : quartier déshérité, écoles sous-équipées, chômage, économie parallèle mise en place par les gangs qui attirent ceux qui sont restés sur le carreau de la prospérité.

Au terme d’une parodie de justice le policier est bien entendu acquitté. La population se mobilise, la police intervient, le quartier est dévasté puis un calme précaire revient. Jusqu’à la prochaine « bavure ».

La question est : combien de temps peut-on tenir cette ligne de défense ? Cet homme n’est pas coupable parce qu’il est policier, parce qu’il est blanc et qu’il est légitime de tirer « avant » puisqu’on ne risque rien « après ».

A lire absolument !

Le Jeu de la Mort

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Le Jeu de la Mort

de David Almond chez Gallimard

« Vous êtes ici pour jouer au Jeu de la Mort murmurait-il…

– Qui va mourir aujourd’hui ? murmurait Askew.

Il lançait le couteau qui tournait sur le verre, accompagné de nos cris :

– Mort ! Mort ! Mort !

Quand la pointe du couteau s’arrêtait face à un joueur, la victime tendait la main à Askew qui l’attirait au centre du cercle en disant :

– Quelqu’un va mourir aujourd’hui…

– Abandonnes-tu la vie ?

– Je l’abandonne.

– Désires-tu vraiment mourir ?

– Je le désire.

A ces mots, Askew serrait l’épaule du joueur. Il lui parlait à voix basse, au creux de l’oreille. Quand il avait fini, il lui fermait les yeux avec le pouce et l’index tendus en prononçant :

– Ceci est la mort !

Le joueur tombait sur le sol…

– Repose en paix, murmurait Askew.

– Repose en paix, répétions-nous. »

A Stoneygate, sur la lande, les enfants jouent à se faire peur : descendre dans la fosse, mimer la mort, ressortir au grand soleil et savourer le souffle du vent sur leur peau leur procurent une joie indicible. Ils sont vivants et savourent le plaisir trouble de la transgression loin des regards des adultes. Car sous la lande, il y a longtemps, les mines avalaient des enfants, recrachaient parfois leurs cadavres, ou les gardaient enfouis sous les éboulis : ils errent, silhouettes entraperçues, miroitement fugace d’un regard éteint dans un visage émacié strié de poussière de charbon. Ils sont menés par le Soyeux, un petit garçon qui n’est jamais remonté à la surface.

A Stoneygate, certains les voient, comme Kit Watson et son grand-père et bien sûr, John Askew, l’officiant du Jeu de la Mort.

Des enfants, en sortant de la fosse, ont évoqué de terribles rencontres dans l’obscurité des galeries, mais seuls John et Kit savent ce qu’ils ont vu.

C’est vraiment un superbe roman : un univers troublant, à la foi féérique et inquiétant, avec de magnifiques personnages.

J’ai adoré !

Colorado train

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Colorado train

de Thibault Vermot

chez Sarbacane

 » Ils approchent… eh, eh…!voici des bruits de pas.

Ils longent les quais solitaires, par groupes de trois, quatre, ils rient ; ou bien ils sont seuls, et c’est la nuit- je les préfère enfants, la chair élastique.

Moi, je me coule dans l’ombre d’un wagon, dans l’ombre grise… j’aiguise mes ongles et j’affûte mon sourire, mille lames plus coupantes qu’un méchant soleil.

Patience… !

Patience, ma bouche hérissée, râteau d’épouvantail. Patience, mon ventre à la tripe creuse et racornie !

Ils viennent… ils ne se méfient pas ! La main du gosse sort de sa poche pour y fourrer le jouet qui traîne sur le quai…

Et je viens preste comme un ressort. « 

Dans l’ombre des Rocheuses, il y a Durango, petite ville américaine typique qui savoure la sérénité de l’après guerre. Pourtant il y a quelques années un crime sordide a soudé la communauté dans le même effroi : le meurtre d’une petite fille, éventrée.

Le père de Suzy, policier, ne s’en s’est pas remis et se soûle de violence en détruisant sa femme et sa fille.

Heureusement Suzy n’est pas seule : il y a Don, George, Durham, Michael et Calvin son frère.

Malgré leur jeune age, ils ont chacun connu le rejet, la souffrance.

En marge de leur propre famille ils ont créé un cocon protecteur, la cabane qu’ils ont aménagée, dans laquelle ils peuvent redevenir des enfants loin de ces adultes peu fiables.

Mais un jour, Moe, un de leur condisciple, disparaît.

Toutes les hypothèses convergent vers un scénario plausible et surtout rassurant : la fugue.

Jusqu’à ce qu’on retrouve le corps de l’adolescent en partie dévoré.

Et le constat est sans appel c’est bien une mâchoire humaine qui a dépecé Moe …

Le groupe happé par ce fait-divers, à la fois terrifié et fasciné, va se lancer dans une enquête qui va le mener aux frontières de l’horreur et de la mort.

Un très, très bon roman effrayant et terriblement efficace.

J’ai adoré !

Passionnément, à ma folie

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Passionnément, à ma folie

de Gwladys constant aux Éditions du Rouergue

«   Et je suppose que si Marilène n’était pas sortie avec Marien, qui était en 1reS2 et qui fumait, je n’aurais pas rencontré William V .

Et le plus fou dans cette histoire, c’est de réaliser à quoi tient la vie.

Une option théâtre, une copine amoureuse et une clope.

Au début , on ne voit pas bien le rapport avec une lame de rasoir.

Mais, au bout d’un moment, c’est comme un puzzle, ça forme une image d’une netteté implacable. 

Et alors, on ne peut plus jamais avoir confiance en la vie-parce qu’une cigarette à la récré de dix heures peut déclencher la plus implacable des tragédies intimes.

Et la tragédie, c’est bien connu, est une machine que rien n’arrête une fois lancée.  »

Gwenaëlle n’a rien vu venir, ou c’est ce qu’elle se raconte. Face à elle-même, dans la solitude de sa chambre à la clinique, elle essaie d’analyser, de comprendre. Qui est vraiment William, le garçon dont elle est tombée follement amoureuse.

Sa rentrée en première au lycée Camille Claudel s’est pourtant bien passée. C’est encore une adolescente passionnée, sensible, heureuse de vivre.

Et quand William, le garçon le plus populaire du lycée vient vers elle, elle le ressent comme le plus fou des cadeaux .

Mais, dès les premières phrases échangées, une minuscule, infime lézarde a déjà fissuré cette relation naissante. Une petite chose insignifiante qui porte en germe les violences à venir :

le mépris affiché de William pour le livre qu’est en train de lire Gwenaëlle et la réaction de celle-ci, honte, tentative de justification comme si d’emblée elle lui accordait le droit de décider pour elle .

Rapidement il l’isole de sa famille, de ses amis, la rabaisse, l’humilie.

L’alternance de déclarations enflammées et de dénigrement systématique déstabilise l’adolescente qui accepte tout, renie ses choix, ses opinions et malgré les avertissements de son entourage s’enferre dans une relation toxique qui la détruit peu à peu.

Et lorsque le couperet tombe, la séparation, elle ne voie comme issue que la mort.

C’est un très bon roman qui décrit avec efficacité les mécanismes de manipulations et de destruction d’une personnalité.

Encore plus de bonheur

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Encore plus de bonheur

de Rachel Corenblit

aux

Editions du Rouergue

 » Le premier qui me dit que j’ai exagéré,

je lui pète les dents.

Le premier qui me sort l’explication de la crise

d’ado, je lui arrache les yeux.

Le premier qui relativise et me parle de

la guerre, des enfants qui meurent de faim,

des attentats, de la mondialisation, des

politiciens corrompus, du réchauffement climatique, je lui tanche la langue.

Le premier qui évoque les dictons, proverbes

et autres pensées positives du genre :

après la pluie, le beau temps ou à vaincre

sans péril, on triomphe sans gloire, je le scalpe.  »

Ceci est un manifeste, le manifeste tout en subtilité d’ Angela Milhat, classe de seconde : paroles à graver dans le marbre qui évoquent peut être quelque chose comme : foutez moi la paix !

-Je ne sais jamais si je dois mettre f avec des points de suspensions version hypocrite, f….. moi la paix, ou si je la joue franchise absolue auquel cas je pourrais écrire : arrêtez de m’……. !

En tout état de cause Angela Milhat ne supporte plus ses parents :

Pierre Milhat le père, en crise lui aussi, dans le genre végétarien, coton bio, jus vert (mes poils se hérissent sur mes bras à la pensée d’ingérer le matin à jeun quelque chose qui ressemble, ne nous mentons pas à de la bouse de vache très liquide), Agnès Faucher, la mère qui a trouvé l’amour dans les bras de Joëlle et non  : qui a trouvé l’amour dans les bras de Joël. Deux petites lettres en plus qui font toute la différence pour Angela (jalousiiiiie de femme ?!)

Alice meilleure amie devenue ennemie jurée pour cause de captation éhontée du petit ami potentiel Antoine Fallieri.

Antoine Fallieri, dont la libido reste de glace face à la plastique pourtant renversante d’Angela

Et horreur absolue, apocalypse, peste noire, gastro, fièvre Ebola, rhinite allergique il y a:

FELIX ARTHAUD

C’est très très drôle, j’ai beaucoup aimé !