Archives d’Auteur: vesperr

Le Jeu de la Mort

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Le Jeu de la Mort

de David Almond chez Gallimard

« Vous êtes ici pour jouer au Jeu de la Mort murmurait-il…

– Qui va mourir aujourd’hui ? murmurait Askew.

Il lançait le couteau qui tournait sur le verre, accompagné de nos cris :

– Mort ! Mort ! Mort !

Quand la pointe du couteau s’arrêtait face à un joueur, la victime tendait la main à Askew qui l’attirait au centre du cercle en disant :

– Quelqu’un va mourir aujourd’hui…

– Abandonnes-tu la vie ?

– Je l’abandonne.

– Désires-tu vraiment mourir ?

– Je le désire.

A ces mots, Askew serrait l’épaule du joueur. Il lui parlait à voix basse, au creux de l’oreille. Quand il avait fini, il lui fermait les yeux avec le pouce et l’index tendus en prononçant :

– Ceci est la mort !

Le joueur tombait sur le sol…

– Repose en paix, murmurait Askew.

– Repose en paix, répétions-nous. »

A Stoneygate, sur la lande, les enfants jouent à se faire peur : descendre dans la fosse, mimer la mort, ressortir au grand soleil et savourer le souffle du vent sur leur peau leur procurent une joie indicible. Ils sont vivants et savourent le plaisir trouble de la transgression loin des regards des adultes. Car sous la lande, il y a longtemps, les mines avalaient des enfants, recrachaient parfois leurs cadavres, ou les gardaient enfouis sous les éboulis : ils errent, silhouettes entraperçues, miroitement fugace d’un regard éteint dans un visage émacié strié de poussière de charbon. Ils sont menés par le Soyeux, un petit garçon qui n’est jamais remonté à la surface.

A Stoneygate, certains les voient, comme Kit Watson et son grand-père et bien sûr, John Askew, l’officiant du Jeu de la Mort.

Des enfants, en sortant de la fosse, ont évoqué de terribles rencontres dans l’obscurité des galeries, mais seuls John et Kit savent ce qu’ils ont vu.

C’est vraiment un superbe roman : un univers troublant, à la foi féérique et inquiétant, avec de magnifiques personnages.

J’ai adoré !

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Colorado train

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Colorado train

de Thibault Vermot

chez Sarbacane

 » Ils approchent… eh, eh…!voici des bruits de pas.

Ils longent les quais solitaires, par groupes de trois, quatre, ils rient ; ou bien ils sont seuls, et c’est la nuit- je les préfère enfants, la chair élastique.

Moi, je me coule dans l’ombre d’un wagon, dans l’ombre grise… j’aiguise mes ongles et j’affûte mon sourire, mille lames plus coupantes qu’un méchant soleil.

Patience… !

Patience, ma bouche hérissée, râteau d’épouvantail. Patience, mon ventre à la tripe creuse et racornie !

Ils viennent… ils ne se méfient pas ! La main du gosse sort de sa poche pour y fourrer le jouet qui traîne sur le quai…

Et je viens preste comme un ressort. « 

Dans l’ombre des Rocheuses, il y a Durango, petite ville américaine typique qui savoure la sérénité de l’après guerre. Pourtant il y a quelques années un crime sordide a soudé la communauté dans le même effroi : le meurtre d’une petite fille, éventrée.

Le père de Suzy, policier, ne s’en s’est pas remis et se soûle de violence en détruisant sa femme et sa fille.

Heureusement Suzy n’est pas seule : il y a Don, George, Durham, Michael et Calvin son frère.

Malgré leur jeune age, ils ont chacun connu le rejet, la souffrance.

En marge de leur propre famille ils ont créé un cocon protecteur, la cabane qu’ils ont aménagée, dans laquelle ils peuvent redevenir des enfants loin de ces adultes peu fiables.

Mais un jour, Moe, un de leur condisciple, disparaît.

Toutes les hypothèses convergent vers un scénario plausible et surtout rassurant : la fugue.

Jusqu’à ce qu’on retrouve le corps de l’adolescent en partie dévoré.

Et le constat est sans appel c’est bien une mâchoire humaine qui a dépecé Moe …

Le groupe happé par ce fait-divers, à la fois terrifié et fasciné, va se lancer dans une enquête qui va le mener aux frontières de l’horreur et de la mort.

Un très, très bon roman effrayant et terriblement efficace.

J’ai adoré !

Passionnément, à ma folie

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Passionnément, à ma folie

de Gwladys constant aux Éditions du Rouergue

«   Et je suppose que si Marilène n’était pas sortie avec Marien, qui était en 1reS2 et qui fumait, je n’aurais pas rencontré William V .

Et le plus fou dans cette histoire, c’est de réaliser à quoi tient la vie.

Une option théâtre, une copine amoureuse et une clope.

Au début , on ne voit pas bien le rapport avec une lame de rasoir.

Mais, au bout d’un moment, c’est comme un puzzle, ça forme une image d’une netteté implacable. 

Et alors, on ne peut plus jamais avoir confiance en la vie-parce qu’une cigarette à la récré de dix heures peut déclencher la plus implacable des tragédies intimes.

Et la tragédie, c’est bien connu, est une machine que rien n’arrête une fois lancée.  »

Gwenaëlle n’a rien vu venir, ou c’est ce qu’elle se raconte. Face à elle-même, dans la solitude de sa chambre à la clinique, elle essaie d’analyser, de comprendre. Qui est vraiment William, le garçon dont elle est tombée follement amoureuse.

Sa rentrée en première au lycée Camille Claudel s’est pourtant bien passée. C’est encore une adolescente passionnée, sensible, heureuse de vivre.

Et quand William, le garçon le plus populaire du lycée vient vers elle, elle le ressent comme le plus fou des cadeaux .

Mais, dès les premières phrases échangées, une minuscule, infime lézarde a déjà fissuré cette relation naissante. Une petite chose insignifiante qui porte en germe les violences à venir :

le mépris affiché de William pour le livre qu’est en train de lire Gwenaëlle et la réaction de celle-ci, honte, tentative de justification comme si d’emblée elle lui accordait le droit de décider pour elle .

Rapidement il l’isole de sa famille, de ses amis, la rabaisse, l’humilie.

L’alternance de déclarations enflammées et de dénigrement systématique déstabilise l’adolescente qui accepte tout, renie ses choix, ses opinions et malgré les avertissements de son entourage s’enferre dans une relation toxique qui la détruit peu à peu.

Et lorsque le couperet tombe, la séparation, elle ne voie comme issue que la mort.

C’est un très bon roman qui décrit avec efficacité les mécanismes de manipulations et de destruction d’une personnalité.

Encore plus de bonheur

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Encore plus de bonheur

de Rachel Corenblit

aux

Editions du Rouergue

 » Le premier qui me dit que j’ai exagéré,

je lui pète les dents.

Le premier qui me sort l’explication de la crise

d’ado, je lui arrache les yeux.

Le premier qui relativise et me parle de

la guerre, des enfants qui meurent de faim,

des attentats, de la mondialisation, des

politiciens corrompus, du réchauffement climatique, je lui tanche la langue.

Le premier qui évoque les dictons, proverbes

et autres pensées positives du genre :

après la pluie, le beau temps ou à vaincre

sans péril, on triomphe sans gloire, je le scalpe.  »

Ceci est un manifeste, le manifeste tout en subtilité d’ Angela Milhat, classe de seconde : paroles à graver dans le marbre qui évoquent peut être quelque chose comme : foutez moi la paix !

-Je ne sais jamais si je dois mettre f avec des points de suspensions version hypocrite, f….. moi la paix, ou si je la joue franchise absolue auquel cas je pourrais écrire : arrêtez de m’……. !

En tout état de cause Angela Milhat ne supporte plus ses parents :

Pierre Milhat le père, en crise lui aussi, dans le genre végétarien, coton bio, jus vert (mes poils se hérissent sur mes bras à la pensée d’ingérer le matin à jeun quelque chose qui ressemble, ne nous mentons pas à de la bouse de vache très liquide), Agnès Faucher, la mère qui a trouvé l’amour dans les bras de Joëlle et non  : qui a trouvé l’amour dans les bras de Joël. Deux petites lettres en plus qui font toute la différence pour Angela (jalousiiiiie de femme ?!)

Alice meilleure amie devenue ennemie jurée pour cause de captation éhontée du petit ami potentiel Antoine Fallieri.

Antoine Fallieri, dont la libido reste de glace face à la plastique pourtant renversante d’Angela

Et horreur absolue, apocalypse, peste noire, gastro, fièvre Ebola, rhinite allergique il y a:

FELIX ARTHAUD

C’est très très drôle, j’ai beaucoup aimé !

Sanglant hiver

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Sanglant hiver

de Hildur Knutsdottir chez Thierry Magnier

Oui c’est vrai, Bergljot est en colère. Ses parents Thorbergur et Sigrun avaient prévu un week-end en amoureux, elle allait passer une soirée d’enfer avec ses copines et le beau Grimur.

Mais un imprévu professionnel oblige sa mère à annuler ce beau projet et l’adolescente qui se voyait déjà dans les bras du beau gosse se retrouve en route pour le chalet familial avec père et frère.

L’enthousiasme n’est pas de mise surtout que la maison est isolée et que des chutes de neige sont annoncées.

Alors que tout ce petit monde est installé, Thorbergur essaie de joindre sa femme et Bergljot ses copines : il faut bientôt se rendre a l’évidence, il y a soit un problème de réseau téléphonique , soit une mortalité massive et imprévisible.

Et si on allait tous jouer au foot sur le terrain à cote du camping , quelle est bonne l’idée !!! on ferait comme si on était Mbappé !!!

C’est sympa, il y a déjà quelques familles, ah mais comme c’est embêtant (et dégoûtant) ils commencent tous à vomir et à tomber comme des quilles dans la neige, MORTS.

Rhinite allergique peut-être ?!

Thorbergur passe en mode survie, voiture, nourriture, enfants et décide de s’éloigner de ces miasmes suspects.

MAIS

«  Ils avaient tous disparus. Tout ceux qui s’étaient trouvés là au moment où Bragi et Thorbergur avaient pris leur jambe à leur cou. Mais par terre, on distinguait leurs restes. Ça et là étaient dispersés des lambeaux de chair dans la neige, comme si tous ces corps étaient passés dans un broyeur. Sans voix, Bragi observa le champ de bataille. Lorsque ses yeux tombèrent sur un bras, en bordure du terrain, abandonné là comme si quelqu’un l’avait balancé, il porta la main à sa bouche et se retourna. « 

………. un citrate de bétaïne peut-être ?!

Ça va bien sur de mal en pis, tout le monde se fait boulotter, c’est affreux, c’est amusant et tellement délassant … Miam

Un clandestin au Paradis

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Un clandestin au paradis

de Vincent Karle

chez Actes Sud junior

 

« C’est ma faute.

Ce qui est arrivé, je l’ai pas voulu.

Je l’ai pas voulu mais c’est arrivé quand même,

et maintenant voilà, il est trop tard pour réparer.

Quand ils sont venus, c’était pour me chercher, moi,

mais finalement c’est lui qu’ils ont emmené, et moi je suis resté.

Aujourd’hui je suis seul, et lui, je ne sais pas où il est. »

Lorsque Zaher arrive dans la classe de Matéo en seconde, c’est comme si le fils à Ben Laden s’était inscrit au lycée.

Afghan, avec un pakol sur la tête, c’est de la graine de taliban.

Heureusement Matéo n’est pas complètement stupide.

Il se rend rapidement compte que ce garçon, réfugié en France avec ses parents et sa petite sœur, est juste un ado, comme lui.

Comme lui, mais sans papiers, l’Afghanistan n’étant pas un lieu de villégiature idéal, on comprend que le père de Zaher ait tout fait pour protéger les siens.

Mais la famille est en attente de validation d’un dossier de demandeurs d’asile et lorsque la police, qui cherche de la drogue, fait une descente musclée dans le lycée, Mateo et Zaher sont arrêtés.

L’un pour possession de substances illicites, l’autre pour absence de papiers.

L’arrestation et la garde à vue des deux garçons est extrêmement brutale et Zaher est expulsé.

Matéo, ado lambda qui aime bien pêle-mêle se laisser vivre, les cours d’histoire, bien rigoler avec ses potes, faire la fête, photographier tout ce qui passe à portée de son objectif, prend de plein fouet les violences commises par ceux qui sont chargés de les protéger.

Je n’ai jamais pensé que les familles ou les individus qui quittaient leur pays natal au péril de leur vie le faisait par plaisir, pour faire un petit voyage d’agrément.

On quitte un pays parce qu’on vit la peur au ventre, parce que les interdits sont si nombreux que la vie devient intenable, parce que la mort est présente partout, parce qu’on crève de faim, parce qu’il n’y a plus d’espoir.

Alors oui, c’est un livre magnifique, émouvant et qui met la rage au cœur.

Demain il sera trop tard

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Demain il sera trop tard

de Jean-Christophe Tixier

chez Rageot

 

« Virgil, ne rentre surtout pas. Il doit s‘agir d’une méprise, mais j’ai peur. Deux agents de la brigade Spéciale sont venus t’arrêter. Et sur le trottoir, j’ai aperçu un van blanc des Brigades du Terme. Cache-toi ! Attends que ton père démêle cette affaire. N’appelle pas, je te recontacterai. N’oublie surtout pas que je t’aime. »

Lorsque Virgil Geller reçoit ce message de sa mère, il pense dans un premier temps à une plaisanterie douteuse. Après tout, il est un Long Terme, un 87. C’est clairement indiqué sur l’implant ID implanté dans la paume de sa main.

Cet implant justifie aux yeux de tous son enfance dorée, les études prestigieuses qui l’attendent, la famille qu’il va former.

Est-ce sa faute si, lorsqu’il est né, un test génétique mis au point par la FGAH (Fondation Génétique pour l’Avenir de l’Humanité) a déterminé cette enviable durée de vie : 87 ?

Certes, tous n’ont pas cette chance, il y a les Moyens Termes, moins chanceux, et la lie de l’humanité les Courts Termes.

En effet, en toute logique, et l’adolescent partage comme la grande majorité des nantis cette théorie, pourquoi engager des frais pour une population promise à une si courte existence.

Et Virgil ne s’est jamais trop inquiété de la vie de ces gens là, après tout il ne les côtoie guère. La population est constamment surveillée par des drones, filtrée aux check-points et chacun regagne qui sa maison cossue, qui son bidonville.

Les Brigades du Terme qui sont là pour réguler cette organisation, viennent chercher à date échue les candidats à la mort et s’en occupent avec beaucoup de diligence.

Un appareil policier important veille au bien-être des Longs Termes et jugule les actions de la Résistance. Car, bien sûr, tous n’acceptent pas cet ahurissante discrimination.

Aussi lorsque Virgil se retrouve traqué par les unités chargées de le protéger et qu’il doit fuir ou mourir, son univers s’effondre.

Que s’est-il passé le jour de sa naissance, il y a 17 ans ? Qui sont vraiment ses parents ?

Et surtout, question ultime, combien de temps lui reste-t-il à vivre ?

C’est vraiment un roman qui interpelle : que ferait-on si notre vie était dès la naissance bornée par la connaissance de notre disparition ?

Qu’en pensez vous ?