Archives d’Auteur: vesperr

Le monstrologue

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Le monstrologue

de Rick Yancey

chez Laffont

Will Henri, le narrateur, a 12 ans . Il a été recueilli par le Dr Pellinore Warthrop.

Le docteur Warthrop est un scientifique reconnu et estimé dans un cercle d’initiés très retreint grâce à ses talents dans une sombre discipline la monstrologie.

Il était idolâtré par le père de Will Henri , son très zélé serviteur. Celui ci est mort avec sa femme, sous les yeux de leur fils, dans des conditions effroyables.

Will Henri est un survivant et il est devenu à son tour l’aide de Warthrop.

De curieux liens se sont créés entre le scientifique et l’enfant. Will Henri est malmené, traité parfois comme un domestique, parfois comme un assistant indispensable et sans jamais prendre en compte son jeune âge Warthrop le fait assister à toutes ces « études scientifiques ».

Ce qui inclus exploration de tombes, dissections de cadavres et ….. meurtres !!!

Car il se passe de drôles de choses dans la maison d’Harrington Lane.

«   Sur la table était étendue une jeune fille, son corps partiellement caché par la forme nue enroulée autour d’elle. Une jambe massive s’étalait en travers de son torse, un bras sur sa poitrine. Sa robe blanche d’enterrement était souillée de l’ocre distinctif du sang séché, dont la source était évidente : il lui manquait la moitié du visage, et en dessous, je voyais les os à nu de son cou. Avec effarement, je songeai que son corps semblait avoir été taillé à la hache. »

Les cadavres s’empilent, des ombres cauchemardesques hantent la ville.

Oula ! Âmes sensibles s’abstenir ! Lu d’une traite tant ce roman est inventif, avec un rythme frénétique, et des personnages particulièrement immondes  : voir l’onctueux Dr Starr le directeur du sanatorium de Motley Hill d’où les pensionnaires disparaissent régulièrement dans l’indifférence générale ou encore l’infâme Dr Kearns qui passe vraiment les bornes de la cruauté et du cynisme !

J’ai adoré.

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J’ai avalé un arc-en-ciel

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J’ai avalé un arc- en-ciel

de Erwan Ji

chez Nathan

Dans tous les collèges et les lycées du monde il y a des usages à respecter : ignorer superbement les « bébés » qui arrivent, pendant que ceux-ci lorgnent, envieux, les « affranchis » prêts a partir vers d’autres horizons.

Qui n’a pas déjà regardé, attendri, un minuscule « sixième » le jour de la rentrée avec la tête qui dépasse à peine ou pas du tout d’un énorme sac de classe ?

Donc dans le lycée de Capucine il y a :

-Les freshmen autant dire les nouveaux-nés ;

-Les sophomores déjà dégourdis ;

-Les juniors sur l’avant-dernière marche du podium ;

-Et enfin les seniors, ceux qu’on admire de loin.

« Ça me fait drôle  de repenser à ça, parce que cette année c’est mon tour. Cette année, je serai tout en haut de l’échelle alimentaire. Être senior, ça va être un peu comme si on était des ours bruns. On sera des prédateurs alpha, on mangera beaucoup, on sera léthargiques pendant l’hiver, et puis on verra souvent deux mâles se battre pour une femelle. »

Capucine, dite Puce, a 17 ans. Elle est née en France et habite l’Etat du Delaware  aux États-Unis, rien d’exaltant mais comme elle dit fort justement :

« Faut pas exagérer. On ne peut pas se plaindre de vivre dans le Delaware quand il y a des endroits qui s’appellent Gaza, Soudan ou Corée du Nord. »

Elle a :

-Un père français, so cute, auteur culinaire ;

-Une mère américaine, amazing, prof de français ;

-Un chien, Hercule, such a cutie ;

-Et a nice little cat, Sacrebleu.

(Et je suppose que les puces de Sacrebleu et d’Hercule sont également adorables !)

Elle va dans un magnifique « college prep » aux tarifs prohibitifs, mais cette brave petite a obtenu une bourse au mérite qui lui permet de frayer avec l’élite.

Ses ami(es) sont formidables, seule ombre au tableau : le beau Ben, dont elle était amoureuse, a dû déménager.

Alors me direz-vous, pourquoi 383 pages pour décrire un bonheur sans nuage, n’est-ce pas un peu crispant ?

Point du tout ma bonne dame ! D’abord parce que parfois l’humour, la tendresse, l’amour sont bienvenus (et là pour le coup pas d’inceste, ni de viol, pas de drogue ni de suicide, pas de harcèlement ni de dépression) et ouf ça fait du bien parfois !

Et que  Puce tient un blog qui nous raconte sa dernière année de lycée, la nostalgie de ces mois d’insouciance avant le grand saut dans l’inconnu : l’université.

Les ami(es) vont s’éparpiller dans le pays voire dans le monde, et ceux qu’on côtoyait tous les jours vont devenir de vagues souvenirs.

Certains vont réussir leurs études, d’autres vont rester sur le bord du chemin, certains vont fonder des familles et d’autres resterons seuls, et ce qui les réunira sera le souvenir de ces quelques années qu’ils ont passées ensemble dans la sécurité de ce lycée.

Et puis… Il y a l’histoire d’amuuuuuuurrrr !

Et rien que pour elle j’ai aimé ce roman.

Un enfant de pauvres

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Un enfant de pauvres

de Christophe Honoré et Gwen Le Gac

chez Actes Sud junior

 »  On ne devient pas pauvre du jour au lendemain, mais c’est du jour au lendemain qu’on décide qu’il faut faire attention à l’argent. Je ne comprenais pas grand-chose à l’argent quand j’avais huit ans. Je me doutais qu’un blouson coûtait plus cher qu’un tee-shirt. Mais j’étais incapable de mettre un prix sur les choses. J’ai appris. Quand je dis j’ai appris, ça signifie que principalement , j’ai appris à dire  » non ».

Une vie « normale », des parents aimants, un appartement avec les palmiers sur le balcon, les vacances, le centre aéré avec les copains. Et puis insidieusement la gêne s’installe et le monde rétrécit.

Le centre aéré devient trop cher, l’appartement se vide de peu à peu de tout se qui faisait son attrait. On trie l’indispensable et le superflu en ce disant qu’on peut se séparer d’un tableau, d’un vase, ou d’un tapis. On fait du cocon familial une coquille vide mais que faire d’autre quand le il n’y a plus de salaires à la fin du mois.

Le chômage est là et tout devient un luxe inaccessible.

Bientôt l’indispensable disparaît à son tour et le couple ne résiste pas au désespoir.

«  On a tout étalé sur le trottoir, tout ce qui nous restait. Ma mère a dit : «  Et voila, notre vie tient sur deux mètres carrés ! »

Il y avait une cocotte-minute, un grille-pain, des cendriers, des lampes de chevet, des housses de couette, une gaufriere, un appareil à raclette, une machine à coudre, des coussins, une valise, un panier de pique-nique en osier, des rideaux, des livres, des DVD, un miroir, des paires de chaussures, des écharpes, des serviettes de toilette, un porte-manteau, un guéridon peint en rouge, les palmiers, mon vélo…  »

Pour Enzo la pauvreté est l’apprentissage de la solitude et de la honte.

Être pauvre c’est se couper des autres , s’extraire du monde des actifs, de ceux qui partent tous les matins vers l’eldorado : un travail.

C’est refuser les invitations qu’on ne pourra rendre par manque d’argent et parce qu’on a honte de l’endroit dans lequel on vit.

C’est faire les courses avec une calculette : farine, pâtes, huile … ah zut c’est fini !

C’est regarder autour de soi l’envie au ventre.

C’est la frustration de se dire toujours non et non et encore non ce n’est pas pour nous.

Le texte est très sobre et les illustrations et photos magnifiques.

C’est un très bel album nécessaire.

A la poursuite de ma vie

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A la poursuite de ma vie

de John Corey Whaley

chez Casterman

«  Je préfère vous raconter l’histoire d’un garçon revenu d’entre les morts qui, à son réveil, a découvert qu’il lui fallait vivre une seconde fois. Çà aurait pu arriver à n’importe qui. A vous, pourquoi pas ?

Et comme moi, vous auriez essayé de reprendre le cours de votre première existence sans réaliser qu’elle avait pris fin à jamais.  »

Travis Coates est mourant, victime d’une une leucémie aiguë  si foudroyante qu’aucun traitement n’a été possible.

Mais son médecin lui propose un pari certes risqué mais porteur d’espoir : la cryogénisation.

Risqué car même si les progrès de la médecine permettent éventuellement de renaître frais et dispo dans, mettons 50 ans ans, le patient risque de se retrouver un peu seul, voir seul rescapé d’une humanité promise à un sort incertain ( pollution, tempêtes tsunamis fonte de la banquise etc, etc. bonjour le stress).

De plus le cas de Travis est un peu spécial : son corps étant totalement envahi par la maladie on lui propose:

1 la cryogénisation, d’accord mais seulement de la tête ?!

donc

2 la décapitation et la greffe possible mais lointaine sur un corps sain. (et si il n’y a pas de corps ???)

Beurk, beurk, beurk.

Travis qui pense que tout ceci n’est que fumisterie accepte .

Ses parents, son meilleur ami Kyle, sa petite amie Kate sont à son chevet. Chacun prononce les dernières paroles (dont Kyle qui avoue son homosexualité à Travis pensant que le secret serait gardé indéfiniment !!! lol).

Et surprise, surprise la version masculine de la belle au bois dormant se réveille un chouia plus tôt que prévu soit 5 ans après … Bonne nouvelle on a greffé sa tête sur un corps de surfeur digne d’Alerte à Malibu mais si Papa et maman pleurent de joie Kate et Kyle ne sont pas au rendez vous.

Que s’est-il donc passé pendant ces 5 ans d’absence ?

Car si Travis a l’impression de s’être normalement endormi dans son lit et de se réveiller après une bonne nuit de sommeil prêt à sauter dans son jean pour aller au lycée la réalité va très vite le rattraper .

Le sujet est certes inédit mais ne relève pas du fantastique: si ce procédé est interdit en France il est légal aux États-Unis.

En 2016 un juge de la Haute Cour de Londres a autorisé la cryogénisation d’une jeune fille britannique de 14 ans décédée d’une grave maladie en attendant l’ hypothétique découverte médicale qui la sauvera peut être dans le futur.

Que devient-on lorsque l’on se réveille 50 ans après et que famille, amis, repères ont disparu.

Comment vivre dans une société dont on ne connaît plus les codes ?

Si le roman est écrit sur le mode léger et plein d’humour et fait l’impasse sur le désespoir et la souffrance il pose de vraies questions .

Intéressant !

Scarrels

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Scarrels

de Marcus Malte

chez Syros

« Karen a battu une seule fois des paupières, puis elle a dit :

– Nous sommes en l’an 99. Notre planète est la Terre. Notre État se nomme Regency. Le Central gouverne. Loués soient les membres bienfaiteurs du Central. Le Fondateur Dow est notre guide et notre protecteur…

-… Loué soit le Fondateur, a poursuivi Tina. Et loués soient nos anges gardiens, anges fidèles, qui veillent pour le bien de tous et la paix de chacun. »

A Regency les fondamentaux ne se discutent pas. Pour la population, c’est une réalité intangible.

Il y a une entité invisible qui gouverne : Qui ? On ne sait pas exactement.

Il y a les anges, des faucons prêts à intervenir et châtier ceux qui ne sont pas dans la norme, et si les disparitions s’accélèrent et que l’on découvre des corps aux yeux et à la langue arrachés, personne ne se pose vraiment la question de savoir pourquoi ces hommes ont été tués.

Chacun vaque à ses occupations, et même le héros, Luc, hanté par la cruauté de son père et l’amour désespéré qu’il porte à Jona, ne remet pas en question la violence qui leur est faite.

Puis un jour, des inscriptions vite effacées apparaissent sur les murs :

« Hommes libres de Regency, vous n’avez jamais quitté ces lieux – sur le mur du pénitencier. »

« L’esclave est celui qui ignore son esclavage. »

« Il n’y a pas de miroir plus fidèle. »

« Parmi les cendres froides, la mémoire hurle encore. »

Elles sont le prélude à une prise de conscience de la population qui est prise en main par le Maître, le mystérieux Noé.

Est-ce enfin un combat pour la liberté, ou le début de la descente aux enfers ?

Page après page, on se promène dans un univers aux frontières mal définies où l’irrationnel est la norme, avec des personnages toujours sur le fil. C’est un monde énigmatique et déstabilisant.

Un excellent roman, passionnant.

Je suis Adèle Wolfe

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Je suis Adèle Wolfe

de Ryan Gaudin

aux Éditions du Masque

« Il était une autre fois une jeune fille qui vivait au royaume de la mort. Des loups hurlaient le long de son bras, toute une meute faite d’encre et de douleur, de souvenirs et de deuil. C’est la seule chose qui ne changea jamais chez elle. »

Automne 1944.

Yael et sa mère sont déportées dans un camp de concentration.

Le docteur Geyer, celui qui, d’un geste, désigne qui va vivre ou mourir les épargne et Yael devient un petit animal de laboratoire sur lequel il va s’acharner jusqu’à la réussite de son grand projet : l’Expérience 85.

Il va faire d’elle un être transformable, un reflet ayant perdu jusqu’au souvenir de son apparence première, un caméléon qui s’adapte à tous les environnements.

Mars 1956, Germania.

Yael le petit cobaye a survécu à tous les deuils, à toutes les tortures. L’heure est venue de la vengeance.

Les bourreaux ont gagné, l’Allemagne et le Japon se partagent une grande partie du monde.

Pour souder leurs peuples et commémorer leur alliance, Hitler et Hirohito organisent chaque année une course mythique : le Tour de l’Axe.

Une course de motos longue de 20780 km où tous les coups sont permis.

Une jeune aryenne, Adèle Wolfe, l’a déjà remportée et a rencontré le Führer lors du bal du vainqueur à Tokyo.

Pour Yael et le mouvement de résistance qu’elle a rejoint, cette course est l’occasion rêvée d’approcher le dictateur et de le supprimer.

Elle va devenir la copie parfaite d’Adèle Wolfe et participer à l’épreuve.

Mais l’irruption de Félix, le frère d’Adèle, et la cruauté des autres participants va rapidement la mettre en danger.

L’auteur jongle avec les faits historiques d’une façon tout à fait crédible, l’héroïne est à la fois sensible et glaçante : c’est une excellente série dont on attend la suite avec impatience.

L’éveil

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L’éveil stade 1

de Jean-Baptiste de Panafieu

chez Gulf Stream

 

Laura travaille chez BIOKITECH, une entreprise de biotechnologie qui fait des recherches sur les maladies du cerveau.

Comment stimuler un cerveau malade ?

Laura cherche, teste, bidouille : à sa disposition des souris blanches auxquelles elle injecte le résultat de ses essais.

L’une d’elle, A27, sans même que Laura ne s’en rende compte réagit d’une façon si prometteuse qu’elle ouvre sa cage et part à la découverte du vaste monde. La chance n’étant pas au rendez-vous, elle tombe sur un chat tout à fait civilisé qui n’en fait qu’une bouchée.

Attirés par les restes de cette pauvre A27, une corneille puis un rat s’activent sur sa dépouille, une chienne qui passe finit ce qui restait. Rien, presque rien, un tout petit tas d’os, mais qui va provoquer une réaction en chaîne.

De rats en rats de corneilles en corneilles, de chiennes à chiens, de goélands à perroquets les animaux s’éveillent.

« Je parle et personne n’écoute. Personne n’écoute, mais je sais que je parle. Avant quand je parlais, on ne m’écoutait pas vraiment et je ne savais pas que je parlais.

Ce n’est pas exact, je le savais un peu. Je tentais des expériences qui aboutissaient parfois. Je disais : «  Coco veut des graines » et j’obtenais souvent des graines. Ils ne comprenaient pas toujours… et me donnaient autre chose. Ou bien je disais autre chose que ce que je voulais vraiment et eux…

Eux ! Il faut que je quitte cet endroit, leur endroit. Heureusement qu’ils possèdent une télévision, cet outil magique ! Malheureusement ils ne savent pas s’en servir. Ils pourraient apprendre tant de choses… Hier, quand ils sont sortis ? J’ai changé de canal. C’était stupéfiant !

Je me suis éveillé, il y a trois jours. »

Des animaux qui s’éveillent, ma chère, c’est so cute, mon zouzou, ma nénette, mon minou et le canari mimi et Carabosse la chienne tout ceux avec lesquels on bêtifie et que l’on filme pour les adorer via Facebook !

Méçavapanon ???!!!!

Imaginez, imaginez un seul instant : votre Pifou adoré, le plus beau chat du monde, qui vous tacle à l’heure du repas et refuse la boite spécial matou que vous achetez au prix du caviar et exige une entrecôte.

Et les croquettes du chien, boudées par celui qui ne mangera que des toasts au fois gras.

Et Batifolle qui ne veut plus rester enfermée toute la journée et veut des cours particuliers.

Et Lolotte le hamster qui analyse Onfray et BHL pendant des heures.

Hein ! On rigole moins…

Et les vaches, cochons, poules : êtes-vous prêts à déguster l’aile du poulet avec lequel vous échangiez la veille sur le dernier concert de l’orchestre du Philarmonique de Berlin ?

Et la grillade de porc : imaginez s’il est fan de Ridley Scott…

Arrggll la suprématie de l’homme serait-elle en danger et les bénéfices de l’industrie agro-alimentaire itou ?

Vite le tome 2 !