Archives d’Auteur: walden87

L’étrange bibliothèque

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« La bibliothèque était beaucoup plus silencieuse qu’à l’ordinaire.

(…) Dans l’espace réservé au prêt était assise une femme que je n’avais jamais vue, occupée à lire un ouvrage très épais. Un livre dont les pages déployées avaient une largeur considérable. On aurait dit qu’elle lisait à l’aide de l’oeil droit la page de droite et de l’oeil gauche la page de gauche.

« Excusez-moi », lui dis-je.

Elle reposa bruyamment son ouvrage sur la table, leva la tête et me regarda.

« Je viens rapporter ces livres » fis-je. Et je déposai sur le comptoir les deux volumes que je tenais dans les bras. C’était : Comment construire un sous-marin, pour l’un des deux, et Souvenirs d’un berger, pour l’autre.

Elle retourna la couverture des livres, vérifia la date de prêt. Bien entendu, j’étais parfaitement dans les temps. Je suis très scrupuleux et j’observe consciencieusement les délais prescrits. C’est ce que ma mère m’a enseigné. Les bergers en font autant. Si un berger ne respectait pas les horaires, ses moutons seraient complètement affolés.

Elle imprima un vigoureux coup de tampon signalant « rendu » sur la carte de prêt puis retourna à sa lecture.

« Je cherche un livre… déclarai-je.

-Descendez l’escalier, et puis à droite, répondit la femme sans lever la tête. Avancez tout droit jusqu’à la salle 107. »

A partir de là, le garçon et nous-mêmes nageons en plein cauchemar dans les caves de la bibliothèque.

***

Après la lecture de « L’étrange bibliothèque« , petit ouvrage atypique de soixante-treize pages, paru en 10/18 en 2015, n’hésitez pas à profiter des visites organisées à la BFM pour vérifier que ses sous-sols ne recèlent pas des espaces aussi mystérieux !

L’atmosphère très particulière du récit de Haruki MURAKAMI est amplifiée par les illustrations de Kat MENSCHIK, originales et un peu inquiétantes.

« Un moment après que le vieillard eut disparu, la fillette entra dans la pièce. Comme toujours, elle entrouvrit à peine la porte et se faufila à l’intérieur.

« C’est la nuit de la nouvelle lune », dis-je.

La fillette s’assit paisiblement sur le lit. Elle paraissait extrêmement lasse. Son teint était plus pâle que jamais, elle semblait si fragile et transparente que je voyais presque le mur à travers elle.

« C’est à cause de la nouvelle lune, fit-elle. La nouvelle lune nous dépossède de toutes sortes de choses. »

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Hollywood années 60

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« Harry Bonnet, 16 ans, fils d’un cuistot montmartrois, est fou de cinéma. Comment s’est-il retrouvé à Hollywood ? C’est simple. Il lui aura suffi d’une gifle, d’une caille rôtie et d’une assiette de pommes de terre pour traverser l’Atlantique et atterrir sur la colline mythique. L’Amérique ! Des stars à tous les coins de rue ! Une nuit, il suit son père à la cantine, s’introduit en catimini sur le plateau no 17, remplace au pied levé un second rôle souffrant et… tombe nez à nez avec Alfred Hitchcock. Le metteur en scène le plus célèbre du monde commence le tournage dont il rêve depuis quarante ans : l’adaptation d’une pièce de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan. C’est un secret absolu. Le film porte un faux titre et Hitchcock lui-même a pris un nom de code. Mais pourquoi diable Harry a-t-il voulu voir les premières minutes du film fantôme ? Pourquoi a-t-il désobéi au maître du suspense ? »

Malika FERDJOUKH est romancière, mais également fan de cinéma, ce qui explique le sujet de ce livre (« La bobine d’Alfred« , édité à l’Ecole des Loisirs fin 2013), ainsi que les clins d’oeil qu’elle fait tout au long à l’oeuvre d’Alfred Hitchcock.

Si le propos est mince : le tournage d’un film dont rêve Hitchcock depuis toujours (ou presque), l’atmosphère est lourde.

Hitchcock n’est pas montré sous son meilleur jour, l’actrice principale lui reproche

« D’avoir une emprise sur moi pour créer. »

Après qu’elle lui a annoncé qu’elle allait se marier avant la fin du tournage :

« Hitch m’a menacée d’abandonner Mary Rose, crié que ce serait ma faute, que je n’en avais pas le droit, il m’a insultée, traitée de sotte qui préférait une vie petite-bourgeoise alors qu’il élaborait de si grands projets pour moi, m’a accusée de vouloir le tuer, de vouloir tuer son film qui serait probablement sa dernière oeuvre. J’ai rencontré Tippi Hedren dans les années quatre-vingts, Vera Miles, et Joan Fontaine. Avec toutes il s’était comporté de cette manière. Nous étions son McGuffin à lui, un prétexte pour lui donner du désir, pour créer. »

L’atmosphère s’assombrit encore et tourne au polar à cause du directeur d’un « torchon à scandales »

« Hollywood Sensational… ça sonne comme un torchon à scandales. C’est un torchon à scandales. Les stars craignent ses ragots et lui font des courbettes. Un million d’exemplaires par semaine, ça vous assure une phénoménale capacité de nuire. »

Effectivement cet homme n’a guère d’états d’âme, Harry – jusque là dans l’enthousiasme du tournage – ne va pas tarder à s’en apercevoir.

Malika Ferdjoukh vient d’adapter son polar en bande dessinée, un one shot illustré par Nicolas PITZ  et paru Rue de Sèvres début 2018 :

 

De l’oeuvre d’art contemporaine

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La grosse bévue !

(C’est un euphémisme, si je vous en parlais en tête à tête, j’aurais employé un terme plus fort… mais plus vulgaire)
Bref, le truc dont on pense qu’on ne va jamais s’en remettre.

Imaginez, vous faites en remplacement le ménage dans un musée et, un soir, vous tombez sur une pièce « remplie avec un tas d’ordures au milieu duquel le visiteur devait se frayer un étroit chemin, à travers des cadavres de bouteilles, des emballages de paquets de nourriture, des miettes de gâteaux, des bouts de tissus déchirés et crasseux, des tessons de verre et des morceaux de plastique déchiquetés et tordus, des trognons de fruits aussi… Avec quelques chaises de jardin renversées (…) ».

Vous vous dites que franchement c’est « nase », en pensant que le cocktail a tourné à l’orgie, mais vous êtes payé(e) pour nettoyer, alors vous vous y mettez courageusement.

Sauf que – et ce roman est inspiré d’un fait réel – c’était une installation en cours, c’est à dire une oeuvre d’art pas tout à fait terminée, qu’en quelques minutes vous avez fichue en l’air.

Hubert BEN KEMOUN a librement brodé autour de ce fait divers et nous raconte, dans « Ma mère, la honte » (paru chez Flammarion jeunesse en 2018), à travers le récit de Mélanie, comment en quelques jours leur vie devient apocalyptique.

Leur vie à toutes les deux, car même « au bahut, deux camps s’étaient formés à mon sujet. Un groupe qui ne m’accordait aucune circonstance atténuante et dans lequel Timothée avait pris une place de choix. Et un autre, moins fourni, qui s’offusquait que les erreurs de maman rejaillissent sur ma petite personne. »

Entre les « cultivés » (!) qui lui font remarquer que l’anagramme de Mélanie, c’est « laminée », son charmant copain Timothée qui la largue en la traitant d’ « inutile », un inconnu qui tague le nom de leur rue du « Bon Sauveur » en « bonne sauvage« , un futur candidat aux élections municipales qui tente d’utiliser le buzz, etc., on voit comment peut réagir cruellement une petite ville de province.

C’est d’autant plus troublant qu’une bonne partie de ces « braves gens » (merci Brassens !) seraient ordinairement les premiers à conspuer l’art contemporain, qu’ils considèrent comme hermétique et provocateur, leurs concepteurs obsédés par l’argent, et qualifient généralement l’ensemble de « foutage de gueule » !

Ce qui m’est venu à l’esprit dès le début du livre c’est ce que Mélanie, qui arrive à trouver des forces en elle-même du fait des événements tragiques qui vont crescendo, finira par cracher à la figure de la personne qui la reçoit, au staff de l’artiste :

« Comment un directeur de musée traite son personnel comme des esclaves. Sans que lui vienne à l’esprit la simple idée de leur parler des expositions qui se préparent dans les salles qu’ils ne sont bons qu’à briquer. Sûrement pas dignes d’apprécier l’art moderne, ces larbins. Pas assez cultivés. (…) Trop « petit personnel » ou sans doute trop « bas de gamme »… »

Un roman coup de poing, très court.

Et si la toute fin est un peu trop « fleur bleue » à mon goût, le traitement du personnage de l’artiste est intelligent. On ne sonnera pas l’hallali.

Pourquoi mentir ?

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Un drôle de bouquin…
En fait, je m’aperçois que c’est la troisième fois que nous postons un commentaire sur un livre de Catherine GRIVE.

Le sujet premier de ce roman, c’est le mensonge. Catherine Grive avait déjà exploré cette thématique, mais il s’agissait d’un album pour les plus jeunes : « Le mensonge » avec l’illustratrice Frédérique Bertrand, édité par ce même Rouergue en 2016.

Elle récidive donc avec « La fille qui mentait pour de vrai »  (Rouergue, collection « doado », 2018) :

« (…) Elle ment pour se rendre intéressante. Elle ment pour sauver la mise. Elle ment pour être gentille. Elle ment pour faire plaisir. Elle ment pour s’inventer. Elle ment pour se marrer. Et elle ment pour rien. Du coup, à elle, on ne peut rien cacher. Mais est-ce vrai, ça ? » (cf. 4ème de couverture)

En fait, Kim(berly) s’est mise à mentir il y a bien longtemps : en maternelle, déjà, elle se faisait passer pour un garçon et puis :

« Je suis partie furieuse contre elle [sa copine Elise]. Et comme chaque fois que ça arrivait, le même souvenir est remonté à la surface. On était en CM1, je lui avais raconté que papa était allé jusqu’au cercle polaire en camion et elle ne m’avait pas crue. J’avais beau lui avoir décrit les roues hautes comme ça dans la neige, papa qui dormait dans la cabine, elle secouait la tête en répétant « mytho, mytho, mytho ». C’était infernal.

Le lendemain, comme d’habitude, je l’avais attendue devant l’école. Ne la voyant pas arriver, j’étais rentrée dans la cour et là, je l’avais vue avec Camille et Justine qui complotaient sous le préau. En me voyant, elles m’avaient tourné le dos. Et en classe, plus personne ne m’avait parlé. La rumeur s’était propagée en quelques minutes : j’étais une sale menteuse. »

C’était pourtant bien la vérité, le père de Kim est chauffeur routier, Esajas Östermalm, un Suédois d’origine Sami, et ses missions le conduisent régulièrement vers le Grand Nord, la Suède, la Norvège, la Finlande, voire l’Arctique.

Et c’est le second sujet de ce roman très émouvant : la relation quasi-fusionnelle de Kim avec son père.

Or son père est parti depuis un bon moment dans son Scania et cela fait trois semaines que personne n’a plus de nouvelles…

Cela fait trop pour Kim, elle voit bien que sa mère ne lui dit pas toute la vérité, que son petit frère est malheureux aussi. Et en même temps, sa fameuse copine Elise est préoccupée par un certain Julien, tandis qu’elle-même, Kim, est attirée par Xavier, un garçon de terminale L.

« Nos regards se croisaient souvent dans les couloirs, mais on ne s’était jamais parlé. On devait se reconnaître à notre look mi-fille, mi-garçon, à cette hésitation qui devait émaner de nous. »

Et Kim se rend compte que mentir sans arrêt complique les relations.

« Mais qu’est-ce que j’avais, merde ? Qu’est-ce qui me prenait de mentir comme ça ? Je n’arrêtais pas. Je le faisais maintenant en mangeant, en buvant, en marchant. Je ne pouvais plus faire autrement, comme si la vérité était devenue une chose dangereuse.

J’étais perdue. Jamais papa ne m’avait autant manqué.« 

 

A lire en écoutant David Bowie, comme Kim.

 

 

 

La photographe

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« La photographe » est un manga en trois volumes de KENICHI KIRIKI, paru entre 2015 et 2017 chez Komikku éditions (Horizon).

« Je ne suis inscrite au club photo du lycée que depuis trois mois… Je débute à peine…

Mon thème sera « Tokyo intime » parce que quand je déambule au hasard avec mon appareil photo, j’ai remarqué que je faisais souvent des rencontres inattendues, ou bien que je tombais sur quelque chose que je n’avais jamais remarqué auparavant… »

Ayumi Jumeji est donc une photographe débutante, comme la plupart d’entre nous, vraisemblablement. Et c’est ce qui rend ce manga si attachant et si intéressant. Elle a choisi un thème très simple, transposable aussi bien à Limoges qu’ailleurs.

L’auteur intègre entre les courts chapitres quelques commentaires sur chaque quartier de Tokyo dans lequel sa narratrice se promène, ce qui en fait une espèce de guide assez original puisque extrêmement détaillé par ses dessins. Le souci avec Tokyo et le Japon en général, c’est que les constructions – même « patrimoniales », au sens où les Européens l’entendent –  disparaissent, remplacées par d’autres et ainsi de suite, ce qui rendrait ce rôle de guide de voyage rapidement caduque. Mais justement, c’est ce qui lui procure un intérêt supplémentaire, une sorte de témoignage.

« Comme l’a dit Kafù NagaÏ, un grand écrivain de l’ère Meji… « Existe-t-il dans le monde un pays où le temps s’écoule plus vite qu’au Japon aujourd’hui ? Des choses qui datent d’hier à peine nous semblent déjà de vieux souvenirs d’une époque lointaine. » (…) Mon appareil photo enregistre le temps présent, celui qui s’écoule en ce moment précis sur Tokyo. »

Même si vous n’êtes pas en ce moment à Tokyo et que, peut-être, n’irez-vous jamais, je dirais : ne lâchez pas ce manga pour autant ! A travers le ressenti et les progrès d’Ayumi en matière de photographie, nous aussi progressons, notre regard s’affute. Et, pour autant que nous ayons décidé d’essayer nous-mêmes à travers les rues de Limoges, nous allons découvrir une multitude de choses que nous n’avions pas remarquées. Simplement, par exemple, ce trajet que vous faites à pied tous les jours en pensant à autre chose… Des petites rues que vous n’avez jamais empruntées, etc.

Et puis, Kenichi Kiriki, l’air de rien, nous suggère des thèmes (par la fenêtre du tramway, une fête locale, paysages urbains), des visites (le musée des sciences, le zoo, beauté d’un jardin public…), donne quelques conseils techniques (« un court instant dans une chambre noire », « l’art du portrait »…).

Tout cela serait bien austère sans le charme d’Ayumi, souvent accompagnée d’un de ses camarades, Tamaki, visiblement amoureux de notre narratrice !

Et voilà qu’un professeur invite les membres du club photo à participer à un concours national, prétexte pour Kenichi Kiriki à nous faire voyager une deuxième fois hors de Tokyo, jusque sur l’île d’Hokkaidô, dans le troisième tome.

Pour ceux qui pensent que l’intrigue est mince ou qu’ils n’iront pas visiter Tokyo, j’ajouterais qu’au passage Kenichi Kiriki nous initie à la littérature japonaise, à l’histoire du pays, évoque des coutumes, des recettes de cuisine et nous fait rencontrer des personnes très variées. Tout cela soutient notre attention jusqu’à la fin et donne envie de « nous y mettre » à notre tour.

Pour cela je vous conseille un ouvrage sympathique, bien que paru chez La Martinière en 2011  – ce qui fait une éternité en matière d’appareils photographiques mais les propositions d’activités ne sont démodées pour autant  – :

Chaque jour, puisqu’il s’agit d’un agenda, « L’agenda de l’apprenti photographe« ), Theresa Bronn et Gilles Ehrentrant nous donnent un thème, une contrainte ou un sujet de réflexion, jusqu’au montage d’une exposition de notre travail !

A vos appareils !

Contes de fées

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Ce n’est pas la première fois que je vous suggère de faire le déplacement jusqu’à Moulins, dans l’Allier où plusieurs sites proposent des expositions intéressantes.
Cette fois encore, et jusqu’au 16 septembre 2018, le Centre National du Costume de Scène nous en met plein les yeux avec sa nouvelle exposition sur « les contes de fées » :

Peut-être allez-vous penser que les contes de fées… hum… il y a un moment que vous n’en avez pas lu…

Eh bien, justement ! C’est le moment de voir comment des costumiers et des chorégraphes ont interprété les personnages aussi célèbres que le Petit Prince de Saint-Exupéry ou Peau d’âne de Perrault, le Prince de Motordu de Pef ou l’Enfant et les sortilèges de Colette, etc., à travers 150 costumes, images et vidéos et c’est souvent époustouflant !

« Le Songe d’une nuit d’été » (de Shakespeare) prend des airs elfiques.

Quant à la Belle qui apparaît dans une bulle de plastique transparent bientôt crevée par les soupirants, c’est surprenant mais à bien réfléchir :

« La Belle, c’est l’histoire d’une enfant tellement aimée et protégée par ses parents qu’elle arrive dans le monde et la vie sans rien savoir de sa cruauté. Quand la Belle sort de sa bulle et qu’elle rencontre pour la première fois du monde, à savoir ces princes qui sont là pour la séduire, elle vit ça comme une agression, presque comme un viol. » explique le chorégraphe Jean-Christophe Maillot

La fée Carabosse, rôle traditionnellement tenu indifféremment par un danseur ou une danseuse, est totalement « déjantée » dans la version présentée en 2000 à l’Opéra de Bordeaux.

Et le Prince des noix dans « Casse-Noisette »… « écorché » coiffé d’un bonnet intégral hérissé de piques orangées !

« Lorsque j’ai annoncé que je ne voulais pas faire Noël comme c’est écrit dans le livret, on m’a pris pour un fou. On connaît tellement bien les musiques et les images qui y sont associées que je ne voulais absolument pas aller dans cette direction. J’ai gardé l’esprit de Noël, mais j’ai voulu une ambiance proche de « The nightmare before Christmas » avec Tim Burton, avec un côté festif, surréaliste mais aussi obscur. » (Jeroen Verbruggen)

Sans parler du « Coq d’or », opéra de Rimski-Korsakov d’après un conte de Pouchkine, dont la mise en scène et les costumes qui nous sont montrés ont été réalisés par un grand maître du kabuki : « L’oeuvre deve[nant] ainsi une cérémonie de théâtre japonais » !

Cerise sur le gâteau, de nombreux rendez-vous autour de l’exposition sont proposés pour tous les publics. Le 10 juin, par exemple, c’est stage textile : « Pimp my tote bag » pour les plus de 15 ans. Vous pourrez faire aussi une visite costumée de l’exposition certains mercredis. Le 14 juillet c’est « chasse au trésor dans le musée » et grand défilé costumé. Quatre fois dans l’été, il y aura des « nocturnes enchantées » (récital suivi d’une projection en plein air), etc. Le programme est à retrouver sur http://www.cncs.fr

 

 

 

 

LPBDT

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LPBDT…

Que peut bien vouloir dire cet acronyme ?

Cela signifie simplement « la plus belle de toutes » dans cette sordide émission de téléréalité à laquelle se sont inscrites six filles, sélectionnées – soit disant – parmi plus de dix mille candidates (?).

  par Rachel CORENBLIT

(Rouergue, collection Doado, 2018)

« Six filles de seize ans, sélectionnées pour leur beauté, constituent le casting d’une émission de télé-réalité, « La Plus Belle de Toutes ». Six jours de cohabitation forcée et filmée, avec, au final, l’élection de La Plus Belle ! Mais alors que la production de l’émission a mis en place des scénarios explosifs pour faire de l’audience, les six filles finissent par s’unir pour déjouer leur goût du scandale et du ridicule. Rachel Corenblit dévoile l’envers du décor… » (Cf. présentation éditeur)

Eloane la princesse, Juliette la rebelle, Barbara la sensible, Sacha la comique, Kamélia la magnifique, Shannon la coquine… C’est ainsi qu’Edmond, le présentateur, les a définies. Edmond est là pour créer l’ambiance, il est pourtant lourd, porté sur le « hashtag-quelque chose » et quelques jolis mots, histoire de faire croire qu’il est moins crétin qu’il n’en a l’air.

Voici un échantillon de ses propos :

«  (…) Six jeunes filles de seize ans. Des perles, des beautés rares. Et comme Justinia l’a expliqué la semaine dernière, la vraie beauté, elle est aussi à l’intérieur. Bon, j’avoue, j’ai pas trop capté son idée de beauté intérieure. Une bombasse, c’est une bombasse. Dehors, dedans, où tu veux ! Hihihi, j’en vois qui approuvent dans le public. T’es d’accord avec moi, toi ! Une belle fille, c’est avant tout une belle carrosserie. Quoi ? Qui me siffle ? Les féministes ! Il y en a dans la salle ? On les a laissées entrer ? »

Et tout à l’avenant.

Il y a donc aussi l’animatrice Justinia, dite Chocolatine, la soit-disant professionnelle de la mode, qui encadre les filles. En fait, elle les monte savamment les unes contre les autres, histoire de faire de l’audience :

« (…) Mais je sais faire ce que je veux des gamines. Je sais comment elles fonctionnent. Je sais sur quelles ficelles tirer pour obtenir d’elles ce que la prod attend. Je sais comment les manipuler, les faire changer d’avis, les influencer, les guider, les mener par le bout du nez. Je sais trouver les mots pour les embrouiller. Pour qu’elles oublient où se situe la vérité. Qui veut vraiment connaître la vérité ? Je sais mentir. Je sais les culpabiliser. Je sais les faire sourire. Je sais leur faire gober n’importe quoi. Ce qu’Edmond veut. Ce que l’émission veut. Ce que le public veut. »

Et puis le photographe, le producteur, le stagiaire – manipulé comme les filles, car il espère être engagé à l’issue de l’émission -, la régie qui chaque jour compile les images volées par les caméras cachées partout…

Chaque chapitre est une voix, la voix de chacun des protagonistes et l’on découvre petit à petit les ressorts des uns et des autres.

La fin est assez improbable et je ne sais pas si ce roman arrivera à dissuader ses lecteurs de participer à ces émissions de téléréalité, voire même de les regarder, bien qu’il « mette le paquet » sur leurs méthodes de manipulation, leur vulgarité, les pièges qui coincent soigneusement les candidats :  » (…) Rien ne résiste  à notre production. Avec de l’argent et de la persévérance, on obtient ce que l’on veut » comme l’explique le producteur à l’une d’entre elles ?

Mais il montre bien comment deux mille ans après, on espère toujours tenir le peuple / public grâce à « panem et circenses »* !

(*) pour ceux qui n’auraient pas fait de latin : « du pain et des jeux (du cirque) »