Archives d’Auteur: walden87

« Et le désert disparaîtra »…

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Marie PAVLENKO : Et le désert disparaîtra

(Flammarion, 2020)

Pas très « fun » la couverture, mais imaginez donc des kilomètres et des kilomètres de sable, sans un arbre, sans un animal, sans rien d’autre que ce sable nu…

« Samaa vit dans un monde qui pourrait être le nôtre bientôt. La vie a presque entièrement disparu de la surface de la Terre. Le sable a tout dévoré.
Son peuple, nomade, traque les derniers arbres et vend leur bois pour survivre. Samaa aimerait être chasseuse, elle aussi, mais c’est une charge d’homme. Un jour, elle désobéit et suit les chasseurs.
Mais le désert a mille visages. Samaa se perd, et fera une rencontre qui changera le destin de sa tribu à jamais.
 » (cf. 4ème de couverture)

La tribu ne survit que grâce à l’oxygène en bouteille, des médicaments et des barres protéinées, mais seulement quand les hommes ont « chassé » et capturé un arbre afin de pouvoir le vendre. Ils sont si rares désormais.

A douze ans, Samaa a déjà vécu trois famines.

Pourtant l’Ancienne raconte que dans le monde d’avant « les arbres n’étaient pas cachés dans les trouées du désert. Ils n’étaient pas réduits au bohis, cette marchandise rare qui fait perdre la tête aux idiots de la grande ville. Comme si les arbres étaient faits pour orner les salons et alimenter les caprices de riches écervelés ! Les arbres étaient partout, nobles, majestueux, se déployaient en forêts. Savez-vous ce qu’est une forêt ? Non, bien sûr, comment le pourriez-vous ? Elles ont disparu depuis si longtemps. Une forêt, c’était des centaines, des milliers d’arbres, avec leurs larges troncs, leur écorce qui empoisonne ou guérit les maladies, leurs feuilles et leurs fruits qui nourrissent. Dans les forêts, profitant de l’ombre et de la fraîcheur, il y avait des animaux, de la vie partout. L’eau jaillissait des cascades, se calait au fond des vallons, enfantait des lacs. »

Samaa n’en croit rien, elle est juste révoltée. Parce que les filles dans la tribu passent leur vie à filer du tissu et distribuer les vivres.

Elle aussi voudrait chasser les arbres, la première chasseuse de sa tribu, elle changerait ainsi le destin de toutes les femmes.

Alors elle va partir, en cachette, pour se le prouver, pour le leur prouver.

« Je chasse les chasseurs.

Je touche les pierres pour dénicher leur passage, me perds dans les étoiles pour les suivre, ils ont dit Nord, ils partent au Nord.

Moi aussi. Malgré les cloques, les brûlures, les courbatures.

Je poursuis mon rêve.

 

Il n’y a plus de traces sur le sol.

Rien. »

Une histoire qui nous touche toutes et tous car les arbres sont menacés partout sur la planète, sécheresses, changement climatique, déforestation incontrôlée, maladies, surexploitation de certaines espèces…

Et combien de filles ne choisissent pas leur avenir ?!

« L’Ile au trésor »

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Rien à voir avec l’île au trésor de Stevenson, encore que… !

« L’Ile au trésor » de Guillaume BRAC,  ça pourrait être à Saint-Pardoux, Meuzac ou Vassivière…

Sauf que Guillaume Brac a filmé à Cergy-Pontoise en région parisienne et que la base est payante. Alors les petits flibustiers ce sont, dit-il, « ces ados usant de subterfuges pour rentrer sans payer dans ce parc de loisirs » et profiter eux aussi de la fraîcheur de l’eau alors qu’il fait trop chaud dans leurs cités.

On y nage, on y drague, on fait du pédalo la journée ou l’on navigue clandestinement à la tombée de la nuit en paddle, on pique-nique et on chante.

Il y a de la joie et de l’insouciance, également un peu de nostalgie à repenser à la région parisienne avant toutes ces énormes villes nouvelles. Mais il y a aussi, justement, ceux qui viennent d’ailleurs et évoquent avec émotion pourquoi ils sont arrivés ici.

Un film touchant qui fait repenser à l’été, maintenant qu’on aborde l’automne ! A emprunter à la BFM.

Mille kilomètres à pied…

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Mille kilomètres à pied, ça n’use pas que les souliers !

Juno en fait l’expérience, elle qui s’est lancée dans l’aventure de ce trek, pour la perspective des cent cinquante mille dols que recevra le gagnant.

Sa famille va à vau l’eau depuis que leur mère est morte, leur père ne travaille plus et

« si la maison est saisie, les petits seront envoyés en foyer jusqu’à leur majorité, mon père sombrera encore plus dans la dépression, et qui sait ce qu’il deviendra. Moi, je resterai travailler à la conserverie, à vider ces horribles poissons [au lieu d’aller à l’université]. »

Mais le « trek du Pownal » n’a rien d’une partie de plaisir, ce sont mille kilomètres de randonnée en autonomie presque totale dans la chaîne de montagnes du Pownal : les Crêtes d’or, le Trivent, l’Albus enneigé, plus les meutes de loups du plateau Leu, les ours de la forêt Ursus, les coyotes, les lynx.

La météo qui peut compliquer la marche voire la rendre dangereuse.

Sans compter les autres concurrents ; d’autant que « si un concurrent porte assistance à un autre, de quelque manière que ce soit, une pénalité sera appliquée au concurrent assisté. »

Et malgré tout, Juno s’est inscrite car c’est le seul moyen de sauver sa famille du naufrage.

Ce premier roman d’Aurore GOMEZ : « L’espoir sous nos semelles« , édité par Magnard en 2018, prend littéralement aux tripes tout au long de ses trois cent et quelques pages.

Chaque jour « nous » marchons vingt-cinq kilomètres environ avec Juno, validons les bornes qui délivrent sa ration journalière de nourriture, composons avec les autres concurrents, rédigeons le message quotidien obligatoire ainsi que photos et vidéos, malgré le temps, la fatigue, le danger…

 

« If your Nerve, deny you—
Go above your Nerve— (…) »

Si le courage te fait défaut
Va au-delà de ton courage.

Emily Dickinson

 

 

Coeurs en hibernation

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Delphine PESSIN : Deux fleurs en hiver

dont vous pouvez lire ou écouter un extrait sur le site de l’éditeur Didier jeunesse, 2020

Capucine et Violette, pour les fleurs, mais pourquoi « en hibernation » ?

Chacune a ses raisons, qu’elles n’ont pas l’intention de dévoiler tout de suite. Mais elles vont faire connaissance, s’apprivoiser et s’apprécier.

Pourtant elles n’ont rien en commun, l’une est élève de Terminale ASSP et a décidé d’effectuer son stage de dix semaines dans un Ehpad, l’autre vient d’entrer dans cet Ehpad à contre-coeur,  « pour sa sécurité » lui a dit son fils…

Delphine Pessin n’édulcore rien et surtout pas le mal être dans les Ehpad dû au manque chronique de personnel, au « Bel air » comme ailleurs, malgré la conscience professionnelle des aides-soignant.e.s :

  » – J’espère que les filles seront là d’ici à ce week-end, m’a confié Lili. Sinon, il faudra laver en priorité les patients qui ont de la visite.

Je suis restée sans voix. Je n’en revenais pas qu’elle dise un truc pareil. Quoi, on n’allait doucher que les vieux en vitrine ? Les autres, ceux qui seraient planqués dans leur chambre, ils n’avaient qu’à sentir le moisi et puis c’est tout ?

Alors que la matinée avançait et que je cavalais tout du long, j’ai compris qu’elle essayait juste de m’apprendre.

C’était ça la réalité du terrain.

Il fallait parfois composer avec ce qu’on avait. C’est-à-dire moins de personnel, et toujours autant de travail. »

Il n’y a pas que les douches qui manquent.

 » – On a dix minutes au maximum pour chacun [des résidents]. Quand j’ai appris les gestes à l’école, on en avait quarante. Quand est-ce qu’on discute avec eux ? Jamais.

– La maison de retraite, c’est l’usine. On voudrait juste s’asseoir, leur prendre la main et discuter, mais il faut les lever, changer les draps, passer à la chambre suivante. »

Alors certains résidents se laissent « glisser, petit à petit, jusqu’au point de non-retour ». La durée moyenne de séjour dans ce type d’établissement est de deux ans et neuf mois…

Quant au personnel, l’issue fréquente c’est le « burn out », après l’enthousiasme du début, succèdent la stagnation, la désillusion, le sentiment d’échec et une souffrance telle que certains pensent à se suicider.

Le roman de Delphine Pessin est beaucoup plus que la dénonciation d’un système inhumain, il montre également comment deux personnes malmenées par la vie peuvent s’épauler, mais encore faut-il en avoir la possibilité.

Violette aurait pu réciter à Capucine cet haïku de Natsume Soseki :

« Sans savoir pourquoi
J’aime ce monde
Où nous venons pour mourir. »

 

 

 

 

 

 

 

« Une photo de vacances »

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Peut-être êtes-vous dans le trolley et il fait moche… Alors ouvrez « Une photo de vacances » de Jo WITEK (Actes sud junior, 2020).

L’auteur raconte quinze jours de l’été qui précède l’entrée en 6ème d’Eugénie. Et c’est tellement vrai… L’incompréhension et une pointe de jalousie pour sa soeur adolescente, les premiers émois malgré cette envie de prolonger l’enfance, avoir un peu ses parents pour soi quand on est celle du milieu, etc.

Heureusement, Eugénie a des parents attentifs et qu’elle peut poser les questions qui la taraudent :

« Je ne sais pas bien par où commencer. Je n’ai pas l’habitude d’avoir des questions sérieuses avec ma mère. J’aime tellement faire le pitre depuis que je suis toute petite. Pourtant cette fois, j’ai envie d’autre chose, envie d’ouvrir le petit jardin cadenassé que j’ai découvert cet été et qu’Adèle appelle l’intimité.

Maman ? C’est… normal de se sentir bizarre parfois à mon âge ?

– Comment ça bizarre ?

Toute drôle dans son corps. Secouée. Enfin, pas comme avant.

– Parfaitement normal, ma puce, ton corps va commencer à changer, tu vas avoir les seins qui vont pousser, des poils aussi et tes règles ensuite…

– Arrête ! Ça me dégoûte ! j’avoue. Ça me fout la trouille, tout ce chamboulement. Pas envie de devenir un monstre !

– Ma puce, ne t’inquiète pas, tu ne vas pas te réveiller un matin avec des poils de yéti sur les jambes ni des seins énormes sous ta chemise de nuit. La nature est bien faite, elle prend son temps.

– Et pourquoi j’ai si souvent envie de pleurer ? »…

« Chez les Manzatti, même si on n’est pas riches, la virée estivale loin de la cité, c’est sacré ! Cette année, direction le Sud. Dans le vieux monospace, Eugénie se retrouve coincée entre sa petite soeur de deux ans, Juliette, et sa soeur aînée, Adèle, accompagnée de sa meilleure copine. Difficile à dix ans de trouver sa place pour Eugénie. Ni grande, ni petite, celle du milieu… Ses vacances, elle les vit dans un drôle d’état entre joie et tristesse, pur bonheur des randonnées à vélo ou en canoë, amertume de perdre Adèle qui la snobe et ne pense qu’aux garçons. Des émotions changeantes tandis qu’elle prend conscience de son corps et du regard des autres. L’amour la dégoûte, et pourtant, voilà que son coeur s’emballe devant un jeune joueur de tambour aperçu dans la fanfare du 14 Juillet. Qu’est-ce qui se passe cet été ? Tout est presque pareil que les autres années, et pourtant Eugénie ne se reconnaît plus. » (Présentation éditeur)

A la BFM parmi une bonne vingtaine d’autres titres de Jo Witek.

« L’âge des possibles »

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Après « Tenir debout dans la nuit » d’Eric Pessan, voici un autre roman édité en 2020 par l’Ecole des Loisirs dans sa collection Medium+, qui se passe aux Etats-Unis ; après New-York, Chicago.

Mais Marie CHARTRES, dans « L’âge des possibles« , y raconte une histoire bien différente :

« Saul et Rachel ont un avenir tout tracé : chez les Amish, la vie est une ligne droite. Leur Rumspringa, cette parenthèse hors de la communauté, leur permettra de découvrir le monde moderne pour le rejeter en toute connaissance de cause.

Temple doit quitter sa petite vie casanière pour rejoindre sa soeur à Chicago, mais la peur la paralyse.

Dans l’immense ville, celle qui se pose trop de questions et ceux qui devraient ne pas s’en poser vont se perdre et se trouver. Mais ils vont aussi trouver des réponses qu’ils auraient peut-être préféré ignorer.« 

C’est un roman un peu déroutant.

Chacun des trois personnages prend la parole à son tour. Or, petit à petit, on devine que les ressentis divergent entre Saul et Rachel et que cette « rumspringa » aura des conséquences imprévues.

Comme dans « Tenir debout dans la nuit », on perçoit vite les limites sociales de la vie nord-américaine. Exemple en creux : ce qu’on devine de la vie dans la rue du skater et très jeune rappeur Frederik ; tandis que le personnage de Mandy, institutrice en retraite obligée de vivre dans son van après de graves ennuis de santé dans le roman de Pessan, est beaucoup plus explicite.

Par contre, « L’âge des possibles » a un côté très poétique dû à la rencontre des deux mondes, celui des Amishs qui refusent le progrès technologique et vivent de manière très austère et le très déboussolant Chicago.

« Autour de nous, la circulation couvrait la voix enjouée de Gus. J’ai supposé qu’il marchait vers le café dont il nous avait parlé au départ. Le bruit qui nous entourait était différent de tout ce que j’avais pu entendre jusqu’ici : il était profondément métallique et synthétique. Je sentais les machines derrière les voix humaines. Les voitures qui freinent, les téléphones qui sonnent, les portes automatiques qui s’ouvrent et se ferment, le clignotement des panneaux lumineux. J’ai cherché un paysage d’arbres pour me rassurer mais l’horizon ne me l’offrait pas. Evidemment.

(…) Près de la maison où nous habitons avec mes parents et mes trois frères, il y a un ruisseau, un minuscule ruisseau qui se faufile presque en cachette. L’eau se promène en douceur, sans faire plus de bruit qu’un petit souffle dans les feuilles des arbres. Les insectes dansent autour des troncs, et les oiseaux hésitent entre le velours du ciel et la souplesse de la mousse. »

En tout cas, encore un roman qui donne à réfléchir longtemps après avoir refermé ses deux cent trente et quelques pages.

Tenir debout dans la nuit

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« New York, Lalie n’y est jamais allée. Elle n’a même jamais osé en rêver. C’est trop beau, trop loin, trop cher. Alors, quand Piotr lui propose de l’y accompagner, elle est prête à tout pour saisir cette chance. À tout ? Non. Car il y a des choses qu’on ne peut accepter. Des contreparties qu’on ne peut pas donner. Et maintenant la voici dans la rue, face aux regards de travers et aux mille dangers de la nuit, avec une seule obsession : rester éveillée. Résister. Tenir debout. » (cf. présentation éditeur)

Je ne vous fais pas un dessin, la « contrepartie » dans ce roman comme de nombreuses fois dans la vie des filles, c’est une relation sexuelle non consentie.

Lalie est en seconde au lycée et Piotr est un camarade de classe qu’elle connait depuis la sixième.

« Je m’étais promis que je voyagerais un jour, je ne pensais pas que cela arriverait si vite. Depuis deux ans, je fais du baby-sitting deux soirs par semaine, et je ne dépense pas un centime de l’argent que je gagne. L’opportunité d’aller à New-York est extraordinaire. Pas de logement à payer, juste le billet, et à un tarif incroyable.

Je n’imaginais pas franchir l’océan si tôt. Aller en Amérique ! Dès que Piotr a suggéré l’idée de m’inviter à New-York, je n’ai cessé d’y penser. En cumulant mes économies et l’argent que j’ai demandé à maman et à mes grands-parents à Noël puis pour mon anniversaire qui tombe fin février, cela devenait possible. Passer les vacances de Pâques à New-York. Le rêve sitôt niché dans mon crâne, je n’ai pas pu l’en décrocher.« 

La mère de Piotr voyage régulièrement à l’étranger pour son travail et elle doit aller aux Etats-Unis en avril.

« Elle s’est débrouillée pour que le début de son séjour corresponde aux dates des vacances d’avril. Elle louera un appartement, Piotr viendra passer les deux semaines avec elle, mais, comme elle sera très souvent absente, Piotr risque d’être livré à lui-même et de s’ennuyer. Ce serait bien qu’il invite un ami. Ou une amie, avait-elle ajouté en me fixant.

J’étais rentrée chez moi les joues en feu et le coeur battant. Un rêve ne fait pas souffrir si l’on sait qu’il est irréalisable. Visiter New-York devenait une hypothèse envisageable.

J’avais mis deux jours avant d’en parler à ma mère. 

Et, bien sûr, immédiatement, elle m’avait répondu que c’était hors de question.« 

Au prix de quelques mensonges, Lalie va réussir à convaincre sa mère. Et c’est le voyage.

Pourquoi tourne-t-il au cauchemar ? Et comment Lalie va-t-elle pouvoir s’en sortir ?

Il faut absolument lire ce roman d’Eric PESSAN.

A peine cent soixante pages, mais une analyse fine de la situation et des personnages, un aperçu de la société américaine si inégalitaire et de nombreux sujets de réflexion. Edité par l’Ecole des Loisirs en 2020.