Archives de Catégorie: BD

On les aura !

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On les aura ! Carnet de guerre d’un poilu (août, septembre 1914) par Barroux

Barroux, auteur-illustrateur, trouve en marchant dans Paris un carnet au milieu d’autres choses sorties d’une cave d’un immeuble. Celui-ci a appartenu à un poilu, qui tient son journal pendant deux mois. Il raconte le tout début de la guerre, lorsque l’on pensait qu’elle ne durerait pas. Malgré l’espoir de cette promesse d’une courte durée on retrouve rapidement la tristesse d’abandonner sa famille, son inquiétude face au manque de nouvelles de ses proches… Il raconte les gens qui les acclament sur les quais de gare, le courage des débuts, puis rapidement les pieds en sang, la fatigue, la quête de nourriture toujours un peu plus difficile et la peur. Le journal s’arrête deux mois après son commencement, et sans le nom de son auteur Barroux ne sait rien de cet homme.

Barroux illustre sobrement ce récit, avec un trait charbonneux. Le livre permet au lecteur de vivre les premiers mois de cette guerre aux côtés d’un homme normal qui raconte son quotidien en quelques mots : sobre, dépouillé. Et glaçant car nous savons dans quelle guerre se lancent tous ces hommes.

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Une famille nombreuse…

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Si vous avez regretté un jour de ne pas avoir de frère(s) ou de soeur(s), lisez « Famille nombreuse » de Chadia CHAIBI LOUESLATI chez Marabout (Marabulles, 2017) :

ce premier roman graphique va vous aider à relativiser !

Chadia Chaibi Loueslati n’en est pas à son coup d’essai car elle a déjà illustré des livres pour enfants, mais cette BD pleine d’humour et de tendresse est sa première. J’espère d’ailleurs qu’il y aura au moins un second volume car on s’amuse bien à lire les aventures quotidiennes de cette famille franco-tunisienne… très nombreuse.

Outre la vie au jour le jour quand on est onze enfants et qu’on habite un F5, ce qui rend la chose parfois assez drôle, parfois plus compliquée, c’est également un bel hommage à ses parents que Chadia dessine là.

Arriver dans un pays étranger dont on ne lit pas la langue, c’est déjà une aventure, mais y élever avec amour et rigueur onze enfants, c’est une autre aventure. D’autant que voisins, camarades de classe, parents d’élèves, enseignants, tous ne sont pas forcément bienveillants et on imagine que certaines réflexions entendues par les enfants ont dû faire mal.

Chadia, sixième de cette fratrie, dresse un merveilleux portrait de sa mère, que tous appellent Omi et qui, loin d’être effacée et envahie par sa progéniture, passe son permis au début des années 1980, prend chaque soir un peu de temps pour elle (enfin… tout est relatif !), a le cran d’aller récupérer leurs économies auprès d’un agent immobilier véreux, etc.

Le « daron », les dix frères et soeurs avec chacun sa personnalité bien affirmée, ne sont pas oubliés : on rit, on s’émeut, on s’y retrouve aussi parfois malgré un parcours différent.

Et on a bien envie de continuer à avoir des nouvelles de toute la famille !

Cerise sur le gâteau, si vous regardez la courte vidéo où Chadia présente cette BD, vous constaterez que la bibliothèque municipale qu’elle a fréquentée depuis l’enfance a beaucoup compté pour elle.

L’enfant et la rivière

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A la librairie, regardant la table des nouveautés BD, j’aperçois une belle couverture de Xavier COSTE et son titre : L’enfant et la rivière, d’après le roman d’Henri BOSCO

Aussitôt me viennent des images sur un magnifique texte qui avait enchanté un de mes étés. Je feuillette l’album, étonnement : pratiquement pas de texte !

Curieuse, les illustrations me plaisant, j’achète la BD et me dis que je vais en profiter pour relire le texte avant de passer à la bande dessinée.

Eh bien, Xavier COSTE a réussi à éviter les écueils d’un texte qui a malgré tout un peu vieilli, son illustration est intemporelle et le – peu de – texte qu’il a retenu suffit à recréer l’atmosphère poétique du roman. En clair, j’ai beaucoup aimé cette adaptation.

Puisse-t-elle faire connaître ce roman idéal pour les beaux jours qui s’annoncent. Fraîcheur, mystère, action et en même temps patience et longueur de ces journées passées sur la rivière à faire un feu discret pour griller le poisson pêché, à se cacher dans les criques reculées, à observer les animaux et parfois se faire peur …

« La barque reposait tout près de l’île. Du rivage, on ne pouvait pas l’apercevoir. L’ombre des arbres la couvrait.

Je m’étais installé au banc de proue. De là je pouvais commodément surveiller le rivage.

Rien n’y bougeait.

L’attente fut longue, mais je n’avais pas envie de dormir. Je voulais, moi aussi, même de loin, voir quelque chose.

L’âme se manifesta vers minuit. Elle marcha le long du rivage, écarta un buisson et descendit sur la grève. Elle m’y apparut comme une petite blancheur. Cette blancheur erra un moment, puis s’approcha de l’eau. C’est alors que je perdis la tête. Je détachai la barque du mouillage et, tout doucement, à la perche, je la poussai. Elle m’obéit et se mit à glisser sur l’eau noire. »

Xavier COSTE – Henri BOSCO : l’Enfant et la rivière (Sarbacane, 2018)

 

 

Irena – Morvan/ Evrard/ Tréfouël/ Walter

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L’héroïne est Irena Sendlerowa. Le 12 mai on célébrera les 10 ans de sa mort.

 

Par l’intermédiaire de la bande-dessinée, on découvre la vie de cette femme courageuse qui a sauvé de nombreux enfants juifs  du ghetto de Varsovie pendant la 2e guerre mondiale.

Elle organisera avec l’aide de résistants et du groupe Zegota une 2e vie à ces enfants grâce à de faux papiers et leur adoption temporaire dans des familles .

Cela lui vaudra d’être torturée par les nazis.

Le scénario ne s’arrête pas à la seule époque de 39/45 puisqu’on voit évoluer Irena dans différents temps: enfant, jeune femme puis à l’automne de sa vie. Son histoire croise différents moments de la grande Histoire. S’entremêlent également les souvenirs de ceux qu’elle a croisé.

La lecture a été dure car on y voit la cruauté et la barbarie de l’humain.  Mais l’espoir est là.

Une B-D à lire pour échanger sur l’Histoire et sur notre avenir.

 

Max Winson

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Après la lecture de La saga de Grimr  j’ai eu envie de lire d’autres ouvrages de Jérémie Moreau. Je me suis donc plongée dans Max Winson, roman graphique en deux tomes.

Max Winson est un prodige du tennis, jamais vaincu, il lamine tous ses adversaires inlassablement et avec un calme olympien. Il est devenu l’idole des foules, où petits et grands s’arrachent le merchandising à son effigie. Mais tout cela ne semble lui faire aucun effet, avec son air perpétuellement dans la lune. Derrière sa brillante carrière sportive, son père… l’homme lui fait vivre un enfer, critiquant les rares balles ratées et le soumettant à un entrainement impitoyable. Mais celui-ci a des soucis de santé et un nouvel entraineur arrive, remettant en perspective la vision de la vie et du jeu de Winson…

Un roman graphique où l’auteur caricature à l’excès le monde du sport, la célébrité, la soif d’argent et de pouvoir avec un personnage lunaire, conditionné pour gagner, qui ne se rend pas compte de tout ce qui en découle.

« Ernest. Souvenirs de Cilicie »

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« Je me souviens, quand j’étais petit, avec mes cousins chez mes grands-parents, on adorait jouer aux petits soldats.

On passait des heures à créer des champs de bataille. On ne connaissait pas encore l’histoire d’Ernest, notre arrière-grand-père.

Prisonnier, lui, il l’a été pour de vrai, au début du siècle dernier.

C’était en Turquie.

Enfin, ce n’était pas encore la Turquie. » (cf. 4ème de couverture)

Ce n’était pas encore la Turquie, ce n’était plus tout à fait la guerre de 14, les poilus étaient rentrés chez eux. Enfin… ceux qui avaient eu la chance de ne pas y mourir.

Ernest était l’un d’eux.

Mais pendant ce temps-là, les grandes puissances ne chômaient pas. Des accords étaient intervenus entre Anglais, Français, Russes, Italiens et Grecs pour « dépecer » l’Empire ottoman.

La France recevait la Syrie littorale, la Cilicie, l’Arménie et une partie du Kurdistan.

« Ces territoires doivent lui assurer l’indépendance économique en lui fournissant les matières premières nécessaires au développement d’un état moderne (pétrole, cuivre, coton…). A la fin de la guerre, dès 1919, la France prend possession de son territoire. Elle s’installe notamment en Cilicie… Une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

Elle est accueillie et soutenue par les chrétiens de la région. La population cilicienne est difficile à évaluer car elle comprend une multiplicité de peuples. Sur environ 500 000 ressortissants, on compte 120 000 Turcs, 150 000 Arméniens, 120 000 Arabes Ansaris et 120 000personnes d’origines diverses (Grecs, Turkmènes, Syriens…). Les 200 000 chrétiens qui peuplent la Cilicie sont convaincus que l’armée française assurera leur protection.

Les Arméniens commencent  à revenir dans la région après les massacres de 1909 et 1915. Ils espèrent  pouvoir reconstruire une Grande Arménie avec l’appui de la France.

L’Empire ottoman vit ses derniers instants. Après l’armistice de Moudros, signé le 30 octobre 1918, il se retrouve réduit à une petite région d’Anatolie donnant sur la mer Noire.

Un jeune officier turc, Mustafa Kemal, n’accepte pas le démantèlement de son pays. Sous son impulsion, la révolte se prépare.

La France ne la voit pas venir. Ses troupes en Cilicie sont relativement réduites.

Les Occidentaux, avides de s’emparer au plus vite de la plus grande portion possible de ces riches territoires, n’hésitent pas à recourir aux plus basses trahisons à l’égard de leurs alliés. » (cf. pages 13-14)

Et de ce jeu des grandes puissances, qui pâtit ? Les populations bien sûr, mais également les soldats, sacrifiés à la course à l’enrichissement.

Ernest a 21 ans, il s’est battu contre les Allemands, il a été fait prisonnier, et en cette année 1919, il s’apprête à re-partir avec son régiment d’infanterie, pour l’Asie Mineure cette fois.

Il tiendra un journal de ces années passées en Cilicie puis en Turquie jusqu’à son retour en France à la toute fin novembre 1921 où il sera démobilisé à 23 ans.

C’est ce journal qui a inspiré ANTONIN pour cette bande dessinée : « Ernest. Souvenirs de Cilicie« , éditée par Cambourakis en 2015.

On y suit pas à pas l’évolution de la situation, les batailles, les morts et l’année – terriblement longue – pendant laquelle Ernest est prisonnier, dans des conditions qui varient à l’extrême selon la personnalité de l’officier turc qui dirige. Ils ont souvent faim, froid ou trop chaud, sont bastonnés et malades, n’ont pas le moral. Ernest se plaint aussi de n’avoir rien à lire pour se désennuyer.

Toutefois ses compagnons et lui ne sont pas totalement abandonnés, recevant – épisodiquement – mandats de l’état-major français, courriers et colis de leurs familles, de la mission des Etats-Unis ou du Croissant rouge.

Une fois de plus, une bande dessinée permet de découvrir des épisodes assez peu médiatisés de l’Histoire. Dans celle-ci « les événements qui ont modelé la géopolitique du Moyen-Orient d’aujourd’hui. »  (cf.  présentation éditeur).

La bande dessinée se termine sur un petit dossier historique et les toutes dernières images montrent la grand-mère d’Antonin rassemblant ses petits-fils autour du journal d’Ernest, son père, leur arrière-grand-père qui, lui, a fait la guerre… et ce n’était pas un jeu !

ANTONIN a déjà réalisé une bande dessinée sur une autre partie de ces territoires et un autre événement dramatique qu’on appellera « la grande catastrophe d’Asie mineure », sur les bords de la mer Egée en 1922 ; d’après le livre de Allain Glykos : ‘ »Manolis de Vourla » dont j’avais parlé ici en 2010.

 

 

 

TMLP

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Gilles Rochier raconte ses souvenirs de jeunesse dans cette bande dessinée parue chez 6 pieds sous terre. L’histoire d’une bande de potes dans les années 70 dans un quartier tout neuf, entre terrains vagues et forêt. Les premières conneries, les premiers défis, l’amitié et l’esprit de bande rythment les journées de ces copains. Mais aussi les mots qu’on ne dit pas : TMLP = Ta mère la pute. L’expression ne tombe pas du ciel, certaines femmes devant se prostituer pour boucler des fins de mois difficiles. Pas questions de s’approcher de l’abri-bus ces jours-là, on ne sait pas qui on risque de croiser…

Gilles Rochier livre ses souvenirs, avec une pointe de nostalgie jusqu’à une fin dure, le genre d’histoire qui marque à jamais une vie. Un livre sincère, qui offre une autre vision de la banlieue.