Archives de Catégorie: Beaux Livres

Colorama

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Colorama est un très beau livre parut cet automne chez Gallimard Jeunesse, par l’auteure – illustratrice Cruschiform. Ce livre compile 133 nuances de couleurs allant du blanc polaire au rose barbapapa en passant par le bleu touareg ou le diabolo menthe. Chaque double page est composée de la couleur sur la page de droite et de son nom avec une illustration et un court texte sur le page de gauche. Ce texte parle de l’origine du nom de cette couleur, permettant de parler de géographie, d’histoire, de sciences…

Ce livre ravira autant les enfants que les adultes adeptes de graphisme.

 

 

 

 

 

 

Créateurs d’aventures

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Rappelez-vous, vous étiez à l’école élémentaire et vous aviez découvert ce bel album « exotique » avec une intrigue policière où les fourmis Elytre de Lait et Mandibule de Savon menaient l’enquête :

51mz5xb5rl-_sx349_bo1204203200_Fred BERNARD et François ROCA :

La Reine des fourmis a disparu

(Albin Michel jeunesse, 1996)

Quelques années plus tard, vous avez pleuré en lisant « Jésus Betz » et vous avez repensé à cet album en regardant « Freaks. La monstrueuse parade » de Tod Browning qui l’inspira. Puis vous vous êtes révolté avec « L’indien de la tour Eiffel« 

b_1_q_0_p_0qui , après avoir travaillé deux ans sur le chantier de la Tour Eiffel, n’aspirait plus qu’à repartir chez lui avec la belle chanteuse rousse La Garenne… Mais le sort en avait décidé autrement.

Vous êtes reparti à l’aventure avec « Jeanne et le Mokélé » et ce récit mi-fantastique, mi-piraterie de « L’homme-bonsaï« , créature ni tout à fait humaine, ni tout à fait végétale et dont l’histoire tragique vous rappelait un peu ce livre dramatique et merveilleux de François PLACE : « Les derniers géants » découvert en 6ème.

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Et puis cette année vous avez aperçu une nouvelle couverture de ces deux auteurs : b_1_q_0_p_0

Le fantôme du Cirque d’hiver

(Albin Michel jeunesse, 2016)

où Spirit le singe et Dino le perroquet mènent une enquête à l’intérieur du Cirque d’Hiver, une occasion de découvrir ce « monument » en sus de l’intrigue.

Et vous vous êtes dit : 20 ans que ces deux-là font des albums superbes, mais qui sont-ils ?

Eh bien c’est chose faite, vous pouvez le savoir en lisant le livre qu’Albin Michel-jeunesse et la Médiathèque de Mazé dans le Maine-et-Loire leur ont consacré :

b_1_q_0_p_0{FRED BERNARD & FRANCOIS ROCA}

Créateurs d’aventures

qui récapitule leur travail commun  : 22 albums qui ont reçu de nombreux prix, offre l’interview des deux auteurs, plus, en prime, un abécédaire, une carte où situer leurs histoires et une bibliographie complète car ces deux-là, qui se sont rencontrés il y a plus de vingt-cinq ans à l’Ecole Emile-Cohl de Lyon, ont aussi travaillé séparément !

Après avoir lu ce livre, vous ferez comme moi, vous vous précipiterez à la médiathèque pour emprunter les quelques livres que vous aviez pu laisser passer et relire ceux que vous aviez tant aimés.

 

« Chat mouraï »

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Si vous aimez les chats, si vous lisez des mangas, si enfant vous étiez « amoureux de cartes et d’estampes« , cet album devrait vous séduire : « La formidable aventure du chat de Maître Kuniyoshi« 

9782759603022_formidable_aventure_du_chat_de_maitre_kuniyoshi_la_2015imaginée et animée par Emma GIULIANI et Ariane GRENET (Atelier SAJE) et réalisé pour Paris-Musées à l’occasion de l’exposition « Kuniyoshi, démon de l’estampe » présentée au Petit Palais à Paris fin 2015-début 2016.

« Le chat de l’artiste, chapardeur et paresseux, habitué au confort de l’atelier de son maître, va se retrouver entraîné dans l’aventure de sa vie, transformé en vrai samouraï par une baleine messagère. Il fera la rencontre, entre autres, d’un poisson rouge géant, du peuple des Oiseaux, d’un vieil ermite et des hommes-animaux de la forêt. Il combattra les puissants démons d’écumes, les esprits marins en colère, un dragon, le Roi Crapaud, et devra résoudre les énigmes du Grand Squelette. » (cf. Présentation éditeur)

Utagawa KUNIYOSHI vécut au Japon de 1797 à 1861 et fut un des maîtres de l’estampe japonaise. Il aimait beaucoup les chats et les a très souvent représentés.

Les auteures du livre se sont amusées à relier certaines estampes entre elles, imaginant une histoire qui ne déparerait pas dans un manga tant les images de Kuniyoshi semblent modernes et vivantes.

Animées par des trous, des dépliants et des flaps (rabats), ces illustrations riches en détails nous entraînent dans l’aventure passionnante du chat Neko devenu samouraï le temps de l’histoire.

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A la fin de cet album réussi, un court glossaire et quelques explications supplémentaires donnent envie d’en savoir plus sur le peintre et les légendes japonaises.

 

« Les femmes qui lisent sont dangereuses »

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Voici un livre extrêmement réjouissant au moment où tout laisse à penser que le lecteur est une espèce menacée.

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« C’est une rengaine bien connue. Les hommes prennent – souvent – les femmes belles pour des connes. » et Laure Adler de nous renvoyer au portrait de Marilyn Monroe lisant « Ulysse » de James Joyce en 1952, en attendant la séance de pose pour la photographe Eve Arnold.

Elle le lisait vraiment, pas pour la photo, avec concentration et ferveur répète Laure Adler : « On ne le lui a pas fourgué entre les mains à la dernière seconde, pour jouer « Marylin l’intello ». Cela se voit. »

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Stefan Bollmann a recensé et commenté dans ce livre, paru initialement en 2006 chez Flammarion et réédité en 2015, un très grand nombre de tableaux ou photographies de femmes lisant, du 13e au 21ème siècle.

De la Vierge de l’Annonciation de Simone Martini,

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que l’ange interrompt, dérange dans sa lecture ; d’ailleurs malgré l’énormité du message que lui apporte Gabriel, le livre ne lui tombe pas des mains, elle a même glissé son pouce en guise de marque-page afin de reprendre sa lecture lorsque l’importun se sera retiré.

De Marie donc à Marilyn, une soixantaine d’oeuvres bien présentées, sur de beaux papiers colorés, ce qui fait de ce livre fort intéressant, un ouvrage d’art, musée portatif que rien ne vous empêche d’augmenter pour vous même de cartes ou de photos.

 

Joakim Eskildsen – photographe –

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http://www.joakimeskildsen.com/

C’est un photographe de génie d’origine danoise d’une quarantaine d’années.

Pourquoi un tel enthousiasme? Ses clichés sont des moments intemporels qui oscillent entre la beauté des tableaux flamands de l’âge d’or (série sur ses enfants au Danemark) et la réalité sublimée de certains reporters de l’agence Magnum. Il arrive à capter une lumière – La Lumière – particulière à chaque pays qu’il traverse.

Ses photos nous montrent le monde des enfants Ru 2600.8 001 dans toute sa diversité.3534_11+12 001

Il est à l’origine d’une série intitulée « The Roma Journey« .

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Allez visiter son site qui est émouvant, réaliste et qui vous donnera la liste de tous ses livres !!

 

 

 

 

 

 

« Le soleil noir de la Mélancolie »

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« Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.« 

C’est drôle comme souvent, pour moi, une oeuvre fait écho à une autre.

A peine avais-je terminé ce dernier Jirô TANIGUCHI : « Les gardiens du Louvre » (publié fin 2014 par Louvre éditions et Futuropolis)

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que me revenait en mémoire ce poème* de Gérard de Nerval, « El desdichado » …

 

« Au terme d’un voyage collectif en Europe, un dessinateur japonais fait étape en solitaire à Paris, dans l’idée de visiter les musées de la capitale. Mais, cloué au lit de sa chambre d’hôtel par une fièvre insidieuse, il se trouve confronté avant tout à une forme de solitude absolue, celle des souffrants en terre étrangère, privés de tout recours immédiat au coeur de l’inconnu. Alors que le mal lui laisse quelque répit, il met son projet à exécution, et se perd dans les allées bondées du Louvre. Très vite, il va découvrir bien des facettes insoupçonnées de ce musée-monde, à la rencontre d’oeuvres et d’artistes de diverses époques, au cours d’un périple oscillant entre rêve et réalité, qui le mènera pour finir à la croisée des chemins entre tragédie collective et histoire personnelle.
Avec cet album en forme de voyage intérieur, Jirô Taniguchi nous invite à une traversée temporelle et artistique à la découverte d’un esprit des lieux, sous la houlette de quelques figures tutélaires, familières ou méconnues… Car le Louvre a ses gardiens. » (Présentation éditeur)

Comme pour le magnifique « Venise » (édité par Louis Vuitton à l’été 2014 dans sa collection « Travel books »), Jirô Taniguchi nous entraîne dans un récit qui semble être autobiographique mais nous transporte dans un monde mi réel, mi fantastique.

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Dans « Les gardiens du Louvre », Taniguchi s’évade des salles les plus encombrées de touristes pour se retrouver face à Corot peignant ses tableaux ou nous entraîne à Auvers-sur-Oise rencontrer Van Gogh…

Asai Chu, Saint-Exupéry ou la Victoire de Samothrace sont là autant de « gardiens » et de guides de ce musée qui depuis une petite dizaine d’années croise ses milliers d’oeuvres avec le regard de dessinateurs de BD.

J’avais parlé, il y a deux ans, de Bilal et ses « Fantômes du Louvre »  dans cette collection « Musée du Louvre »,  c’est là un tout autre style que le style de Taniguchi, terriblement élégant et chargé d’émotion.

Ce sont aussi des fantômes qu’y croise Taniguchi, mais sans violence, avec tendresse, comme les innombrables promenades de rêve auxquelles il nous a déjà tellement conviés.

J’en suis « fan », vous l’avez constaté,  et je ne peux que me réjouir à l’idée que cette année Jirô Taniguchi sera l’invité exceptionnel du 42ème Festival de la bande dessinée d’Angoulême qui consacrera une grande exposition à ce merveilleux mangaka « passeur » entre Orient et Occident.

 

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(*) « El desdichado » , Gérard de Nerval, extrait du recueil  « Les Chimères » (1854)

 

Peindre la guerre ?

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Les éditions Palette continuent leur inlassable travail autour de l’art, afin que chacun, quel que soit son âge et ses références culturelles, puisse comprendre les oeuvres et se les approprier.

Deux de leurs titres ont été pré-sélectionnés pour la « Pépite du livre d’art » qui sera décernée début décembre 2014 par le Salon de Montreuil :

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Et cette année encore, plusieurs de leurs livres « collent » aux expositions parisiennes : Niky de Saint Phalle et Hokusaï au Grand Palais, Martial Raysse au Centre Pompidou.  « Les couleurs de l’abstraction » au Musée d’Art moderne ont été l’occasion pour Palette de rééditer « l’Alphabet » de Sonia DELAUNAY, édité une première fois en France en 1972 par l’Ecole des Loisirs avec des comptines de Jacques DAMASE.

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« Sonia Delaunay conçoit cet album en 1970. De A à Z, on retrouve les lignes, les courbes et couleurs franches qui l’ont rendue célèbre. Béatrice Fontanel, auteur de nombreux ouvrages chez Palette, revisite ce livre d’artiste avec poésie et malice. » (Présentation Palette, 2014)

Moins léger, les commémorations de la guerre de 14-18 et l’exposition du Musée des Invalides : « Vu du front, représenter la Grande Guerre » sont l’occasion d’éditer le recueil thématique « Art & guerre » :

livre_affiche_209présenté par Béatrice FONTANEL et Daniel WOLFROMM (Palette, 2014).

« En 1914, les artistes partent à la guerre, comme la plupart des hommes en âge de la faire. Ils seront brancardiers, infirmiers, sapeurs, grenadiers, artilleurs, engagés dans les sections de camouflage. Ils appartiendront même à des bataillons cyclistes… Certains vont mourir, fauchés par les obus ou la mitraille, d’autres survivront, sombrant parfois dans des dépressions qui les conduiront, pour de longues convalescences, dans les hôpitaux psychiatriques ou les sanatoriums. Tous observeront les combats avec effroi et fascination : « Et j’eus la chance de combattre parmi les merveilleuses et grandes et tragiques symphonies de la guerre moderne », s’exclame le peintre et compositeur italien Luigi Russolo. Certains, comme l’Allemand Otto Dix, se feront chroniqueurs des hécatombes. D’autres en perdront le goût du métier, tel Félix Vallotton. Fernand Léger en revanche eut un jour une révélation lorsqu’il vit la culasse d’un canon de 75, ouverte en plein soleil : « Cette culasse m’en a plus appris sur mon évolution plastique que tous les musées du monde ! » Dans cet ouvrage, nous verrons justement comment chacun s’y est pris pour dessiner sa guerre. » (Présentation éditeur)

Mélangeant les artistes européens plongés dans cette boucherie, sans distinction de pays ni d’armées, « illustré » de citations de ces mêmes artistes, le livre est pédagogique et intéressant.

J’en retiendrai cet étonnant tableau de Félix Vallotton pour qui

« dès le 11 août 1914, la peinture n’existe plus ». Au fil des mois, il note que « les idées ne sortent pas, la main est lourde, c’est tout un métier à reconquérir ». Il peint des harengs, des poires, des entrecôtes. (…) Il sombre dans une dépression rampante. « Je m’agite mollement dans un vide sans limite et n’accroche rien. » « Je me remets au travail, sans feu ni conviction bien profonde, mais enfin je triture de la peinture, cela me permet de subir sans trop de dégâts les hauts et les bas des communiqués. » Vallotton en est convaincu : on ne peut pas peindre la guerre. Alors en désespoir de cause, il représente ces quelques poivrons posés sur une table, avec un couteau taché de rouge, allusion au conflit qui le hante et stérilise son travail. »

les-poivrons-rouges(cf. p.43 du livre « Art & guerre »)