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Des racontars arctiques

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Pour se rafraîchir un peu par ces temps de grosses chaleurs, je vous propose une petite excursion dans les immensités glacées du Groenland en compagnie de Jorn Riel.
Cet écrivain danois, né en 1931, a passé 16 années, dans les années 50 parmis les trappeurs et en a rapporté de bien curieux récits publiés sous le titre de « Racontars arctiques ».

Il nous fait découvrir la vie de ces trappeurs, vivant par deux tout l’hiver, isolés du monde, n’ayant d’autres voisins que leurs collègues répartis sur plusieurs centaines de kilomètres.

Paradoxe donc de vivre en huis-clos dans de grands espaces ; s’en suivent des situations étranges, souvent drôles, parfois tragiques et toujours surprenantes dans ce microcosme de trappeurs aux personnalités bien trempées!

Ce recueil de nouvelles a fait l’objet d’une excellente adaptation en BD par Gwen de Bonneval et Hervé Tanquerelle qui rendent à la perfection l’ambiance si particulière du livre

Vous trouverez les romans au Pôle jeunesse, à la côte ADO LIT RIE, et les BD au Pôle Art, à la côte BD TAN.

Silhouette – Jean-Claude Mourlevat – Pôle fiction – Gallimard jeunesse

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exe_silhouette.inddRentrer dans un  livre très bien écrit c’est comme entrer dans un lit douillet. On y est bien et on ne veut pas en sortir.

C’est exactement le sentiment que j’ai eu en lisant ce livre de nouvelles. Chacune nous présente des gens ordinaires à qui le mauvais hasard va jouer un tour.

Ca me rappelle toute une série de livres que j’avais « dégusté  » : « Hitchcock présente » . Des nouvelles écrites par des auteurs anglo-saxons et qui avait le même fil conducteur que ce fameux réalisateur : l’ironie du sort mêlée à l’humour noir.

On y trouve ici un maniaque de la grammaire, un ado qui part pour la première fois en vacances sans ses parents, un autre qui sera fier de son père une seule fois, une femme qui croise la route de son acteur favori…

 

DU SUCRE EN PAGE !!

 

 

 

Accrochez-vous !

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« La taille d’un ange »

recueil de nouvelles écrit par Patrice Juiff

éditions Albin Michel/ livre de poche.

On y découvre des personnages au bord du naufrage : une fille-mère, des enfants battus, des familles recomposées tant bien que mal.

On s’accroche aux pages, on se dit que ce n’est pas que de la littérature… Que ces situations existent, du coup on est mal à l’aise…

En clair on se prend une claque.

L’espoir pourtant est en chacun d’entre eux  et il va prendre des formes très variées…

On lit la nudité la plus totale du genre humain dans le pire,  par exemple, ce père qui bat ses enfants et sa femme « les coups font plus mal quand on résiste » et le feu si fragile de l’espoir : « maintenant je sais que mon amour pour elle -sa fille- est assez fort pour lui inventer celui qu’elle mérite« 

Ce livre a été primé à sa sortie en 2008.

patricejuif

Lecture d'été

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« Au diable les préjugés ! » pourrait s’intituler le roman de Fanny Chiarello : « Holden, mon frère » (Ecole des Loisirs, 2012) :

« Lorsqu’il pousse la porte de la bibliothèque municipale pour la première fois, Kévin Pouchin espère y trouver un peu de chaleur. Il ne demande rien d’autre. Et surtout pas un livre qui le ferait passer aux yeux de son père et des petites frappes du collège pour une chochotte ou un traître à sa famille !
Mais il est déjà trop tard. Kévin Pouchin vient de changer de trajectoire et de basculer dans le camp honni des binoclards. A la bibliothèque, il croise Laurie, la première de la classe de troisième D, ainsi qu’Irène, une mamie volcanique bien décidée à oeuvrer pour « l’élévation spirituelle » de son nouveau protégé. Grâce à ses singulières alliées, Kévin va lire en cachette le premier vrai livre de sa vie : L’attrape-coeurs. Le roman n’est pas aussi nunuche que son titre le laisse penser et son héros, Holden, lui ressemble comme un frère…« 

Certes, il lui aura fallu moins d’une semaine pour être un « addict » de la bibliothèque et du livre, mais qu’importe, on a envie d’y croire. Dans « Les yeux de Leila » de Tito, Guillaume le devenait par amour fou, c’était plus plausible…

Et puis ce personnage de vieille dame indigne : la bibliothécaire en retraite, encore et toujours soucieuse de la qualité des contenus et convaincue des capacités méconnues de chacun…

Et puis il y a les lâches, les salauds apparemment pourtant « bien sous tous rapports », et puis surtout il y a Eva, non Phoebé, et D.B., mais non ! voilà que je suis en train de tout mélanger… Phoebé et D.B. c’est dans « L’attrape-coeurs » ! C’est que j’adore quand il y a le livre dans le livre, en abyme, à la manière de l’image de la « Vache qui rit », quoi ! Du coup j’ai attrapé mon édition du « Catcher in the rye« , ah ! pas l’originale, celle-là je l’ai perdue depuis longtemps, prêtée et jamais rendue, non, une toute neuve, chez Pocket, réimprimée même après la mort de J.D. Salinger, et voilà, je me suis mise à le relire à toute allure. Et me revenait aussi « Un jour rêvé pour le poisson-banane »… Quel titre, n’est-ce pas ?

Poisson-banane

Et puis « Franny and Zooey » et encore « Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers »…

Mais voilà que Fanny Chiarello, Kévin, elle lui fait déjà lire un deuxième livre :

« Laurie est venue sans ses tresses. Je n’y étais pas préparé et je suis à deux doigts de croiser son chemin sans la reconnaître, au rayon romans ; je la regarde en deux fois, et la deuxième fois, je fais le tour de sa personne pour bien comprendre comment ses cheveux libérés s’agencent dans l’espace. Quand j’ai fini mon tour, Laurie a deux petits disques roses sur les pommettes.

– Je ne les savais pas aussi longs, dis-je. Ils te vont bien, je me demande pourquoi tu les caches toujours. Ils ont l’air, comment dire ? Faits pour toi…

– Merci, j’espérais que ça te plairait.

Elle se racle la gorge, bascule sur ses pieds et fuit mon regard.

– Tu cherches un titre particulier ? Elle change de sujet.

– Oui, je relirais bien Frankie Addams.

Je mens par ajout, le préfixe « re », deux petites lettres d’esbroufe. Et aussi par omission puisque je ne précise pas que le choix est celui d’Irène.

– Tu cherches dans les A ?

Laurie fronce les sourcils.

– Et alors ? C’est classé par ordre alphabétique de nom, pas de prénom.

– Kévin, Kévin, elle secoue la tête. Frankie Addams est le titre du roman, l’auteur s’appelle Carson Mc-Cullers. Tu ne l’as pas lu depuis longtemps, on dirait….

Elle rit en plissant le nez, la tête rentrée dans les épaules, mais je ne suis pas vexé. D’abord parce qu’elle a raison de rire, et ensuite parce que je sais reconnaître un rire attendri d’un rire sarcastique. Du coup, je ris aussi. »

Et Kévin nous quitte avec la perspective d’une troisième lecture, toujours en littérature américaine, « puisqu’elle [lui] réussit plutôt bien » comme lui dit Irène… Je vous en laisse la surprise.

Bonnes lectures d’été !

les mots qui tuent

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J’ai terminé cette courte nouvelle  « Les mots qui tuent » écrit par Agnès de Lestrade publié chez Sarbacane. Nous entrons dans le monde de Mara, jeune ado renfermée et solitaire. Heureusement sa grand-mère est là pour la dorloter et lui préparer de bons beignets. Elle se lie d’amitié avec une fille « hors-norme », comme elle, et ne veut plus jamais la perdre car enfin… quelqu’un est là … Jusqu’où va-t-elle aller pour préserver cette relation fusionnelle? La fin glace le sang et nous rappelle certains faits divers.

Il ne fait jamais noir en ville

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Il ne fait jamais noir en ville, nouvelles de Marie-Sabine Roger aux Éditions Thierry Magnier

Sylviane, elle est sympa, ah oui c’est une brave fille, une vraie perle, et pas méchante en plus.

Et puis au bureau on est comme une grande famille, on se fait même des cadeaux.

C’est Mme Velin la chef de la compta qui gère ça, alors elle achète des tirelires pour garder les sommes recueillies.

« Celle de Valérie était en forme de girafe, car elle est grande de taille. Valérie.

L’an dernier pour le départ en retraite de Mr Batelier, un bien bel homme, un peu coureur, la tirelire était un cochon rose.

Vous voyez , je ne vous mens pas, quand je dis qu’on s’amuse bien !

C’est Mme Velin qui se charge d’acheter les tirelires.

Elle a un goût très sûr, très personnalisé. »

Et puis Sylviane elle est un peu seule et elle veut qu’on l’aime parce qu’elle n’a personne à aimer.

« Chaque matin, dés que j’arrive, Mr Peyrelot se met à chanter :

Tiens ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin !

Et il ajoute avec un clin d’œil :

 » Je plaisante, pas vrai, Sylviane ?!  »

Alors elle fait tout ce qu’elle peut pour se donner l’impression qu’elle existe, qu’elle sert à quelque chose.

 » Ensuite il m’envoie lui chercher un café.

Mais il n’abuse pas : un café, deux ou trois fois par jour, lui recoudre un bouton, mettre un peu d’ordre dans ses dossiers quand il prend du retard, franchement, qu’est ce que c’est ? »

Et puis un jour il y a une rencontre, LA rencontre, et tout bascule…

Il y a aussi René et Henriette, Gilbert, Juan et Lucienne. Des vies chaotiques dans une cabane façon favelas au milieu d’un terrain vague : le plus ancien c’est Juan, Gilbert est arrivé deux ou trois ans après, une rencontre de café entre cabossés de la vie.

« Un jour de Février, Lucienne a poussé la porte, sans même avoir toqué…

Vieille comme les rues, trempée de pluie, elle possédait pour seule richesse un cabas en plastique dans lequel elle rangeait sa fortune : une pince à cheveux en plastique, une serviette de table à carreaux bleu et blanc, et une paire de pantoufles roses aux pointures dépareillées. »

Lucienne est restée, elle a posé son cabas comme si elle était arrivée au bout de la route. Il y avait enfin un toit,  enfin des regards qui la faisaient exister.

Et Gilbert a grogné, pour la forme, et Juan a monté une cloison pour faire un rabicoin à Lucienne.

L’année suivante, c’est René et Henriette qui sont arrivés…

« On les a vu se pointer au grillage, regarder avec envie les trois pieds de salades et l’ombre sous l’auvent que Juan s’était décidé à monter au dessus de la porte, pour garer l’entrée de la pluie et Lucienne des insolations. »

Et Gibert a grogné, pour la forme, et Juan a bâti une nouvelle chambre.

Le bonheur, un bonheur à la petite cuillère, des petites quantités longuement savourées : un toit, un jardin pour les légumes de la soupe, ils ont même un enfant à protéger, Lucienne.

« Lucienne n’a guère plus de cinq ans dans sa tête. Cinq ans et tous les rêves, les rires et les peurs qui peuvent aller avec

Avec ses yeux bleus bétonnée, ses cheveux blancs frisottés dans lesquels elle met des ficelles de toutes les couleurs, sa silhouette frêle et ses rires on dirait une vieille poupée. »

Et Noël arrive…

C’est un recueil de nouvelles de Marie-Sabine Roger, des moments de vie : petite chronique de la bassesse ordinaire, du mépris au quotidien, de la solitude. Mais aussi dans ces vies boulochées, la surprise de moments de bonheur.

Glaçant…

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« L’animal était déprimé par le froid épouvantable. Il savait que ce n’était pas le moment de voyager. Son instinct lui disait une histoire plus vraie que ce que le jugement de l’homme disait à l’homme. En réalité, non seulement il faisait plus froid que quarante-cinq degrés au-dessous de zéro ; il faisait plus froid que moins cinquante, que moins cinquante-cinq. Il faisait soixante au-dessous de zéro. Le chien ne connaissait rien aux thermomètres. Il n’y avait probablement, dans son cerveau, nulle conscience aiguë de ce qu’était un froid intense, telle qu’on pouvait la trouver dans le cerveau de l’homme. Mais la brute avait son instinct. Elle éprouvait une appréhension vague mais menaçante qui la subjuguait, la faisait coller furtivement aux talons de l’homme, et la faisait s’interroger sur chaque mouvement inaccoutumé de l’homme, comme si elle s’attendait à ce que celui-ci aille au camp ou cherche quelque abri pour construire un feu. »

Mais  « l’homme » est sûr de lui, il a quitté la piste principale du Yukon pour rejoindre les gars de la vieille concession par une « piste indistincte et peu fréquentée [qui] s’éloignait vers l’Est à travers l’épaisse forêt d’épicéas ». C’est un trappeur, il sait qu’il arrivera au camp vers six heures. Déjà, il s’arrêtera à l’embranchement vers midi et demi et déjeunera de ses biscuits trempés de saindoux et renfermant chacun une belle tranche de lard frit. Il voyage léger, il n’est pas du pays et c’est son premier hiver dans le Klondike, mais il est observateur et il sait, par exemple, que les sources qui courent sous la neige et la glace sont des pièges…

« Construire un feu » est une nouvelle palpitante de Jack LONDON. A notre époque où certains s’offrent des stages de survie en milieu inhospitalier, lire ou relire les romans de Jack London est déjà une sorte d’initiation. Toutefois, Jack London n’écrit pas là qu’un beau récit sur la nature, son texte va plus loin sur les risques de la solitude… Solidaires, pas solitaires !

« Nul ne doit voyager seul dans le Klondike au-dessous de quarante-cinq degrés (…). Peut-être le vieux de Sulphur Creek avait-il raison. Si seulement il avait eu un compagnon de piste il n’aurait pas été en danger maintenant. Le compagnon de piste aurait pu construire un feu. Eh bien, c’était à lui de construire le feu à nouveau, et cette deuxième fois il ne devait pas y avoir d’échec. »

En 1897, Jack London avait lui-même participé à la ruée vers l’or dans le Klondike et, de cette expérience dans le Grand Nord Canadien, il en avait tiré matière à écrire « L’appel de la forêt » et « Croc blanc », que vous avez peut-être déjà lus. De même que des autres expériences de sa vie mouvementée et des épisodes misérables qui l’ont jalonnée, il a tiré des textes engagés, des textes qui parlent du sens de la vie et de la difficulté d’aller loin et de réussir lorsqu’on est seul.