Archives de Catégorie: Roman

Inséparables

Par défaut

Inséparables est une roman écrit par Sarah Crossan et traduit par Clémentine Beauvais.

Grace et Tippi sont soeurs. Elles sont siamoises. Elles vivent avec leur père qui a un petit faible pour la bouteille, leur mère qui travaille comme une forcenée pour payer les factures médicales, leur grand-mère qui manque souvent de tact et leur petite soeur effacée par toute la place que prend la santé de Grace et Tippi dans la famille. Et cet automne elles vont faire leur entrée au lycée. C’est un gros changement pour elles d’essayer d’avoir une vie plus normale. Pour cela il faut affronter le regard, les questions, la curiosité malsaine des autres. Elles se lient d’amitié  avec Jon et Yasmeen, qui les acceptent comme elles sont. Grace et Tippi commencent alors à expérimenter la vie d’ado, enfreignant les règles, elles qui ont toujours vécu dans un univers où tout tourne autour de leur santé.

Pour écrire ce roman, l’auteur a fait de nombreuses recherches sur la vie des siamois, pour arriver à retranscrire ce sentiment d’être un tout en étant deux, inséparables mais avec sa propre personnalité. On s’attache rapidement à Tippi et Grace, leur humour, leur joie de vivre. Un très beau roman sur la différence, la tolérance, l’acceptation de soi qui a la particularité d’être écrit en vers.

Caroline dit,

« Vous riez beaucoup. C’est enthousiasmant.

Même dans votre condition, vous dites oui à la vie. »

Je ne sais pas trop

ce que je suis censée dire à la vie

à part oui.

Belle-Ile-en-Mer

Par défaut

J.-C. Tixier : Traqués sur la lande (Rageot, 2016)

« Août 1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne d’adolescents, un surveillant frappe trop fort… L’émeute éclate. Une centaine de garçons réussissent à fuir et gagnent la lande. Gab les yeux gris, le Râleur et quelques autres tentent de trouver des vêtements et un abri sûr pour échapper à la traque. Mais où chercher de l’aide ? Bientôt Gab croise la route d’Aël, qui connaît le coin comme sa poche et tente aussi d’échapper au destin que l’on a tracé pour elle…

Inspirée de faits réels, une fiction proche du documentaire. » (Présentation éditeur)

Bientôt les grandes vacances, peut-être la Bretagne… Si vous partez pour Belle-Ile-en-Mer, ayez une pensée pour tous ces « mal aimés » qui ont laissé leur peau au bagne d’enfants.

Laissez Jean-Christophe TIXIER vous parler de cet établissement pénitentiaire pour enfants, peu connu des actuels touristes, devenu après 1945 Institution Publique d’Education Surveillée et fermé seulement… en 1977.

En 1934, moment choisi par l’auteur pour raconter cette histoire à partir du réel fait divers à l’origine de la révolte, on n’y éduque pas, on punit et on maltraite sans état d’âme. Certes, quelques jeunes détenus sont des assassins, mais un certain nombre d’entre eux ajoutent simplement au drame d’avoir été abandonnés par leur famille, celui d’avoir dû se débrouiller seuls et – par exemple – pris à voler pour manger, se retrouvent là jusqu’à leur vingt-et-un ans. Beaucoup ne résistent pas au régime de violence qui y règne et meurent avant la fin de leur détention.

Le récit de J.-C. Tixier montre également comment, lors de l’évasion des enfants, les insulaires appâtés par la somme promise pour chaque malheureux rattrapé, prêtent main forte aux surveillants.

Témoin à l’époque, Jacques PREVERT avait composé un poème sur cet épisode terrifiant : « La chasse à l’enfant »

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau »

Un livre à lire, pour ne pas oublier la tragédie de ces enfants et adolescents et pour réfléchir à la responsabilité de chacun dans pareille société.

Violoncelle et sushis

Par défaut

Naïma Murail ZIMMERMANN : L’Amour, le Japon, les sushis et moi (Albin Michel Jeunesse, litt’, 2016)

« Lucrèce déménage au Japon : sa mère a obtenu le poste de ses rêves là-bas, et il ne reste plus qu’à prendre l’avion, petit frère bizarre et chien paillasson sous le bras ! Lucrèce n’y voit pas d’inconvénient : après tout, quand on a 15 ans et qu’on est hyperconnecté, aller vivre à l’autre bout du monde n’a rien d’effrayant, pas vrai ? Mais entre le choc culturel et les difficultés d’adaptation, l’acclimatation n’est pas aussi facile que prévu. Tandis que sa mère s’enthousiasme pour tout et que son petit frère joue le bourreau des cœurs à la garderie, Lucrèce peine à trouver sa place. Elle ne parvient pas à se faire des amis et le club des amateurs de sushis auquel elle s’est inscrite ne tient pas vraiment ses promesses. Mais lorsqu’elle découvre, dans le local poubelle de son immeuble, un sac rempli de partitions de grande valeur, c’est le début pour Lucrèce d’une enquête qui pourrait bien se terminer par une histoire d’amour. »  (Présentation éditeur)

« Enquête »… Il ne s’agit en rien d’un roman policier, mais la vie au Japon est tellement déconcertante pour Lucrèce, même si leur mère leur a donné des prénoms japonais (en second prénom !), même si elle a commencé à lui apprendre le japonais depuis qu’elle est bébé et l’a inscrite dans un établissement où Lucrèce a pu choisir japonais en seconde langue.

Bien qu’elle ait lu des dizaines de romans japonais et regardé des tas d’ « anime », il lui semble qu’elle n’arrivera jamais à s’intégrer. Surtout qu’à l’inverse de ses pudiques et réservés camarades japonais, Lucrèce adore « mettre les pieds dans le plat », poser des questions indiscrètes, tout organiser, en particulier d’improbables réconciliations…

Alors pour ça, elle met son nez dans des histoires qui ne la regardent pas, avec une telle envie de bien faire, qu’elle nous est vite sympathique et l’on se prend au jeu.

Grâce à sa mère, universitaire passionnée de culture japonaise, Lucrèce et nous lecteurs, en apprenons un peu plus chaque jour, enfin… à chaque chapitre, sur le Japon et quelques-unes de ses traditions (Harikuyo, Hinamatsuri, les cerisiers en fleurs, le jour des enfants, Tanabata…), mais ce n’est jamais ennuyeux, N.M. Zimmermann nous délivrant les explications sur le même ton qu’elle nous tient au courant de l’avancée de « l’enquête » de Lucrèce : pourquoi Ryu ne vient jamais au club ? Pourquoi Oda et lui sont-ils fâchés ? Qui a jeté les partitions ? Pourquoi Miki ne parle jamais de sa soeur qui a pourtant créé ce club des amateurs de sushis, qui joue du violoncelle, etc. ?

Un roman léger, enlevé, qui se lit facilement au point qu’on l’aimerait plus long. Mais peut-être N.M. Zimmermann nous réserve-t-elle une suite ?

La confiance règne – Ingrid Thobois – Editions Mijade

Par défaut

 

On le trouvera à la bfm, à l’espace jeunesse et d’autres livres d’Ingrid Thobois au secteur adulte.

Leïla est une jeune fille bien dans ses baskets d’ado de 16 ans.

Elle vit puissance 1000 ses amitiés, ses amours, ses angoisses… ses premières fois.

Elle partage toutes ses aventures avec ses copines et son meilleur ami Balthazar. Elle et lui se connaissent depuis le berceau mais autant Leïla est cool et sure d’elle autant Balthazar est mal dans son corps et dans sa tête.

Le livre est très sympa, on s’attache à ces deux personnages. La plupart des chapitres relatent la vision de Leïla et j’aurai bien aimé un ou deux chapitres de plus sur celle de Balthazar.

Ingrid Thobois a voulu dans ce livre évoquer les vies si différentes qu’on peut avoir à cet âge.

Une ado joyeuse (Leïla), un ado en décalage (Balthazar), d’autres qu’on marie (les cousines marocaines). Peut-être que le chapitre « Haragas » était de trop ou n’arrive pas à un bon moment dans le manuscrit ou alors aurait mérité un livre à part entière car je trouve qu’il perturbe l’équilibre, l’ambiance, le ton général.

Dernière petite chose pour les éditeurs : le format du livre ! ce n’est pas pratique à lire les livres étroits !!!

En tout cas certains épisodes m’ont bien fait rire.

http://www.ingridthobois.com/spip.php?article249

Robinsonne

Par défaut

Coline PIERRE : Ma fugue chez moi

(Rouergue, « doado », 2016)

« Quelques jours avant Noël, suite à une séance d’humiliation au collège, et à l’annonce que sa mère, une fois de plus, ne sera pas là pour les fêtes, Anouk décide de fuguer. »

« C’est du moins ce que croit sa famille. La police enquête, son père et sa soeur placardent partout des avis de recherche sur les murs de la ville et sur Facebook. Mais, en vérité, Anouk n’est pas une aventurière. Et puis il fait si froid dehors, en décembre. Alors elle a trouvé une bien meilleure idée, aussi improbable et étrange, soit-elle… » (cf. 4ème de couverture)

 Au regard des réels dangers auxquels une jeune fugueuse s’expose et hormis le côté peu « citoyen » de la fugue – vu le nombre de gens mobilisés pour la retrouver -, ce à quoi personne ne songe en général lorsqu’on commence à sombrer dans le désespoir et qu’on voudrait bien alerter parents ou amis sur ce qui se passe, mais sans dénoncer ceux qui vous harcèlent, la solution d’Anouk est une idée de génie.

Anouk a quatorze ans et est en troisième ; elle vit en Alsace, avec son père et sa soeur de douze ans, Bena.

Anouk aime aussi dessiner et jouer du banjo avec une prof qu’elle adore et tout pourrait aller bien. Sauf que… sa soeur est à l’internat toute la semaine, leur mère est en mission de climatologie au Groenland et ne semble pas pressée de rentrer en France, même pas pour Noël, et leur père est un « taiseux »…

« J’aurais aimé qu’il me plaigne un peu. Mais comme toujours, il était incapable d’être compréhensif et enveloppant. Comme si ce n’était pas suffisant, il a ajouté : « Il faut faire avec le monde tel qu’il est, Anouk. Tu dois t’adapter et passer à autre chose. Si tu en souffres, tu ne peux t’en prendre qu’à toi. On est toujours responsable de ce qui nous arrive. »

Alors quand Marina, la bonne copine d’Anouk depuis le CM1, se met à jouer les garces et l’humilie, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

« Jusqu’à présent, ni l’une ni l’autre n’était devenue un souffre-douleur parce qu’à deux, on se soutenait. Maintenant qu’elle était passée de l’autre côté, Marina devenait le bourreau absolu, car elle devait faire ses preuves. Elle était plus cruelle que les filles cruelles, plus intolérante et plus insensible. Et moi, j’étais la victime idéale. »

Après s’être vengée, il lui paraît impossible de retourner au collège, impossible de se retrouver face à Marina, Anouk décide alors de disparaître.

« Je glisse dans mon sac des sous-vêtements, plusieurs paires de chaussettes, un pantalon en velours épais, un gros pull et quelques t-shirts, un peu de savon et de shampooing, une brosse à dents et du dentifrice, une trousse de secours, une petite serviette en microfibre, un couteau suisse, deux livres de circonstance (Robinson Crusoé et L’attrape-coeur), mon carnet à dessin et quelques crayons, deux bouteilles d’eau, une vingtaine de barres de céréales, huit compotes et huit pommes, un paquet de bonbons et une tablette de chocolat (en cas de déprime). Et dans une poche tout au fond du sac : mon porte-monnaie avec l’argent reçu pour mon anniversaire. »

« Je me sens comme Robinson Crusoé sur son île : heureuse d’être accaparée par ma survie. Je ne m’ennuie pas. Chaque geste devient une mission. Manger est un véritable défi. Prendre une douche est un challenge. Piquer de la nourriture et des objets sans me faire repérer est un parcours du combattant. Je suis un agent secret du quotidien. »

Pourquoi ? Comment ? Il faut lire ce court roman somme toute assez réjouissant. Petit à petit, Anouk réalise la douleur de sa famille, l’incompréhension face à sa fugue, mais elle est prise au piège d’elle-même et tourne en rond avec sa culpabilité. Et on la comprend.

D’ailleurs on la comprend depuis le début ;  Coline Pierré dépeint une adolescente sensible et sympathique pour laquelle il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie, et même si ce roman est parfois un peu irréaliste, il (nous) touche fort.

George

Par défaut

George est un garçon discret. Elle garde un secret pour lui : elle n’est pas un garçon mais elle seul le sait. Malgré son corps et son anatomie masculine, elle sait que elle est une fille. Elle s’est même trouvée un prénom, Mélissa. Ca personne ne le sait: ni sa mère ou son grand frère, même pas sa meilleure amie Kelly. Mais le jour où une pièce de théâtre se monte à l’école, George ne rêve que d’une seule chose : interpréter le premier rôle. Elle se dit que ce rôle féminin lui permettrait de montrer à sa mère qu’elle est une fille. Mais ce n’est pas si facile que ça d’arriver à surmonter sa peur, de faire face aux préjugés…

George est le premier roman d’Alex Gino, lui-même transgenre. Le texte est simple, plein de douceur. George sait qui elle est et n’a pas de problème avec ça, l’enjeu pour elle est d’arriver à montrer au reste du monde, à commencer par sa mère que c’est une fille. Il existe peu de livre sur ce thème, et George est le premier qui s’adresse à des enfants ( 9 à 12 ans selon L’école des loisirs ).

Bulgarie 1989

Par défaut

Elitza GUEORGUIEVA : Les cosmonautes ne font que passer (Verticales, 2016)

« Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses… »

« Ce premier roman a trouvé le ton elliptique et malicieux pour conjuguer l’univers intérieur de l’enfance avec les bouleversements de la grande Histoire. Grâce à la naïveté fantasque de sa jeune héroïne, Les cosmonautes ne font que passer donne à voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister. » (cf. Présentation éditeur)

Elitza Gueorguieva est née en 1982 en Bulgarie. Elle va à l’école Iouri Gagarine, comme sa mère avant elle.

Iouri Gagarine, c’est le héros soviétique, le premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace en avril 1961. Elitza décide de devenir cosmonaute…

Habituellement pourtant,

« Les filles ont des objectifs professionnels plus imprécis et franchement dépourvus d’originalité. Dans le flou général des réponses, trois propositions reviennent le plus souvent : infirmières, ballerines, ou pareil que maman. Comme les deux premières te paraissent peu enviables, tu préfères t’en tenir à la troisième, valeur plus sûre mais dont tu regrettes un peu l’évidente absence d’héroïsme : ta mère travaille à la radio, objet inutile, car toujours éteint. Tu te demandes si un autre scénario serait envisageable, qui correspondrait mieux à tes conceptions de l’avenir et du monde en général. »

Elitza aimerait aussi comprendre le bizarre rituel de ses parents qui consiste à s’enfermer longuement dans la salle de bain, en laissant l’eau couler simultanément dans le lavabo, la baignoire et le bidet, or étonnamment, cette manie disparaîtra sitôt l’éviction de Todor Jivkov de ses postes de secrétaire général du comité central du Parti communiste bulgare et président du conseil de l’Etat de la République populaire de Bulgarie, dans la foulée de la chute du mur de Berlin…

Quelques mois plus tard, il n’y a plus rien à vendre dans les magasins, ni rien avec quoi acheter de toute manière, l’école ne s’appelle plus Iouri Gagarine et de « jeune Septembrien » son cousin Andreï devient un voyou aspirant à ressembler aux mutras,  ces « individus peu avenants qui pratiquent l’escroquerie, le chantage et la violence au quotidien (…), portent des chaînes en or, roulent en 4 x4 (…), possèdent des dollars, de vraies Nike, et surtout de vraies armes qu’ils utilisent s’il le faut, ce qui est a priori de plus en plus souvent le cas.« 

Bref, Elitza  se sent comme le Vostok de Iouri Gagarine égaré dans les steppes du Kazakhstan.

Sa nouvelle idole s’appelle Kurt Cobain et Elitza rêve alors de Spice Girls et de punks à crête…

Un roman décalé et plein d’humour.