Archives de Catégorie: Roman

Un enfant de pauvres

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Un enfant de pauvres

de Christophe Honoré et Gwen Le Gac

chez Actes Sud junior

 »  On ne devient pas pauvre du jour au lendemain, mais c’est du jour au lendemain qu’on décide qu’il faut faire attention à l’argent. Je ne comprenais pas grand-chose à l’argent quand j’avais huit ans. Je me doutais qu’un blouson coûtait plus cher qu’un tee-shirt. Mais j’étais incapable de mettre un prix sur les choses. J’ai appris. Quand je dis j’ai appris, ça signifie que principalement , j’ai appris à dire  » non ».

Une vie « normale », des parents aimants, un appartement avec les palmiers sur le balcon, les vacances, le centre aéré avec les copains. Et puis insidieusement la gêne s’installe et le monde rétrécit.

Le centre aéré devient trop cher, l’appartement se vide de peu à peu de tout se qui faisait son attrait. On trie l’indispensable et le superflu en ce disant qu’on peut se séparer d’un tableau, d’un vase, ou d’un tapis. On fait du cocon familial une coquille vide mais que faire d’autre quand le il n’y a plus de salaires à la fin du mois.

Le chômage est là et tout devient un luxe inaccessible.

Bientôt l’indispensable disparaît à son tour et le couple ne résiste pas au désespoir.

«  On a tout étalé sur le trottoir, tout ce qui nous restait. Ma mère a dit : «  Et voila, notre vie tient sur deux mètres carrés ! »

Il y avait une cocotte-minute, un grille-pain, des cendriers, des lampes de chevet, des housses de couette, une gaufriere, un appareil à raclette, une machine à coudre, des coussins, une valise, un panier de pique-nique en osier, des rideaux, des livres, des DVD, un miroir, des paires de chaussures, des écharpes, des serviettes de toilette, un porte-manteau, un guéridon peint en rouge, les palmiers, mon vélo…  »

Pour Enzo la pauvreté est l’apprentissage de la solitude et de la honte.

Être pauvre c’est se couper des autres , s’extraire du monde des actifs, de ceux qui partent tous les matins vers l’eldorado : un travail.

C’est refuser les invitations qu’on ne pourra rendre par manque d’argent et parce qu’on a honte de l’endroit dans lequel on vit.

C’est faire les courses avec une calculette : farine, pâtes, huile … ah zut c’est fini !

C’est regarder autour de soi l’envie au ventre.

C’est la frustration de se dire toujours non et non et encore non ce n’est pas pour nous.

Le texte est très sobre et les illustrations et photos magnifiques.

C’est un très bel album nécessaire.

Nulle et Grande Gueule

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Joyce Carol Oates est un auteur très prolifique. Vesperr avait adoré Nous étions les Mulvaney et j’avais beaucoup aimé deux de ses romans pour ados : Sexy et Ce que j’ai oublié de te dire. La lecture de Nulle et Grande Gueule (même si je trouve le titre complètement raté …) ne m’a pas déçue !

Ursula est une lycéenne. Elle est mal dans sa peau, notamment à cause de sa grande taille. Cela lui permet pourtant de briller au basket, sa passion. Elle s’est forgée un personnage qu’elle surnomme La Nulle, une carapace contre l’extérieur. Totalement solitaire, elle se contrefiche de l’avis de tout le monde : profs, parents, coéquipières de baskets, camarades de lycée… Matt, lui est toujours bien entouré. Il fait parti d’une bande d’élèves populaires, écrit pour le journal, aime faire rigoler les autres… Jusqu’au jour où il est accusé d’avoir posé une bombe au lycée et planifié une tuerie de masse. Si il se dit un premier temps qu’il va être facile pour lui de prouver que ce n’est pas le cas, il va vite déchanter… Il se retrouve isolé face aux rumeurs, au harcèlement. Jusqu’au moment où Ursula, qui ne cède pas face à l’effet de groupe, décide de lui tendre la main…

Encore un très bon roman de Joyce Carol Oates. La société lycéenne est très bien dépeinte, ainsi que l’hystérie qu’entraîne ce genre d’événement : l’emballement médiatique, les personnes misent du jour au lendemain au ban de la société… Comment une petite phrase peut déclencher une avalanche de problèmes pour soi, et son entourage.

 

A la poursuite de ma vie

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A la poursuite de ma vie

de John Corey Whaley

chez Casterman

«  Je préfère vous raconter l’histoire d’un garçon revenu d’entre les morts qui, à son réveil, a découvert qu’il lui fallait vivre une seconde fois. Çà aurait pu arriver à n’importe qui. A vous, pourquoi pas ?

Et comme moi, vous auriez essayé de reprendre le cours de votre première existence sans réaliser qu’elle avait pris fin à jamais.  »

Travis Coates est mourant, victime d’une une leucémie aiguë  si foudroyante qu’aucun traitement n’a été possible.

Mais son médecin lui propose un pari certes risqué mais porteur d’espoir : la cryogénisation.

Risqué car même si les progrès de la médecine permettent éventuellement de renaître frais et dispo dans, mettons 50 ans ans, le patient risque de se retrouver un peu seul, voir seul rescapé d’une humanité promise à un sort incertain ( pollution, tempêtes tsunamis fonte de la banquise etc, etc. bonjour le stress).

De plus le cas de Travis est un peu spécial : son corps étant totalement envahi par la maladie on lui propose:

1 la cryogénisation, d’accord mais seulement de la tête ?!

donc

2 la décapitation et la greffe possible mais lointaine sur un corps sain. (et si il n’y a pas de corps ???)

Beurk, beurk, beurk.

Travis qui pense que tout ceci n’est que fumisterie accepte .

Ses parents, son meilleur ami Kyle, sa petite amie Kate sont à son chevet. Chacun prononce les dernières paroles (dont Kyle qui avoue son homosexualité à Travis pensant que le secret serait gardé indéfiniment !!! lol).

Et surprise, surprise la version masculine de la belle au bois dormant se réveille un chouia plus tôt que prévu soit 5 ans après … Bonne nouvelle on a greffé sa tête sur un corps de surfeur digne d’Alerte à Malibu mais si Papa et maman pleurent de joie Kate et Kyle ne sont pas au rendez vous.

Que s’est-il donc passé pendant ces 5 ans d’absence ?

Car si Travis a l’impression de s’être normalement endormi dans son lit et de se réveiller après une bonne nuit de sommeil prêt à sauter dans son jean pour aller au lycée la réalité va très vite le rattraper .

Le sujet est certes inédit mais ne relève pas du fantastique: si ce procédé est interdit en France il est légal aux États-Unis.

En 2016 un juge de la Haute Cour de Londres a autorisé la cryogénisation d’une jeune fille britannique de 14 ans décédée d’une grave maladie en attendant l’ hypothétique découverte médicale qui la sauvera peut être dans le futur.

Que devient-on lorsque l’on se réveille 50 ans après et que famille, amis, repères ont disparu.

Comment vivre dans une société dont on ne connaît plus les codes ?

Si le roman est écrit sur le mode léger et plein d’humour et fait l’impasse sur le désespoir et la souffrance il pose de vraies questions .

Intéressant !

Scarrels

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Scarrels

de Marcus Malte

chez Syros

« Karen a battu une seule fois des paupières, puis elle a dit :

– Nous sommes en l’an 99. Notre planète est la Terre. Notre État se nomme Regency. Le Central gouverne. Loués soient les membres bienfaiteurs du Central. Le Fondateur Dow est notre guide et notre protecteur…

-… Loué soit le Fondateur, a poursuivi Tina. Et loués soient nos anges gardiens, anges fidèles, qui veillent pour le bien de tous et la paix de chacun. »

A Regency les fondamentaux ne se discutent pas. Pour la population, c’est une réalité intangible.

Il y a une entité invisible qui gouverne : Qui ? On ne sait pas exactement.

Il y a les anges, des faucons prêts à intervenir et châtier ceux qui ne sont pas dans la norme, et si les disparitions s’accélèrent et que l’on découvre des corps aux yeux et à la langue arrachés, personne ne se pose vraiment la question de savoir pourquoi ces hommes ont été tués.

Chacun vaque à ses occupations, et même le héros, Luc, hanté par la cruauté de son père et l’amour désespéré qu’il porte à Jona, ne remet pas en question la violence qui leur est faite.

Puis un jour, des inscriptions vite effacées apparaissent sur les murs :

« Hommes libres de Regency, vous n’avez jamais quitté ces lieux – sur le mur du pénitencier. »

« L’esclave est celui qui ignore son esclavage. »

« Il n’y a pas de miroir plus fidèle. »

« Parmi les cendres froides, la mémoire hurle encore. »

Elles sont le prélude à une prise de conscience de la population qui est prise en main par le Maître, le mystérieux Noé.

Est-ce enfin un combat pour la liberté, ou le début de la descente aux enfers ?

Page après page, on se promène dans un univers aux frontières mal définies où l’irrationnel est la norme, avec des personnages toujours sur le fil. C’est un monde énigmatique et déstabilisant.

Un excellent roman, passionnant.

Calpurnia

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Quand j’ai lu « Calpurnia » la première fois en 2013, j’ai beaucoup aimé, mais je n’osais espérer qu’il y aurait une suite. Eh bien, si !

Mais qui est « Calpurnia », que vous pouvez trouver à la BFM  ?

« Calpurnia Tate a onze ans. Dans la chaleur de l’été, elle s’interroge sur le comportement des animaux autour d’elle. Elle étudie les sauterelles, les lucioles, les fourmis, les opossums. Aidée de son grand-père, un naturaliste fantasque et imprévisible, elle note dans son carnet d’observation tout ce qu’elle voit et se pose mille questions. Pourquoi, par exemple, les chiens ont-ils des sourcils ? Comment se fait-il que les grandes sauterelles soient jaunes, et les petites, vertes ? Et à quoi sert une bibliothèque si on n’y prête pas de livres ?
On est dans le comté de Caldwell, au Texas, en 1899. Tout en développant son esprit scientifique, Calpurnia partage avec son grand-père les enthousiasmes et les doutes quant à ses découvertes, elle affirme sa personnalité au milieu de ses six frères et se confronte aux difficultés d’être une jeune fille à l’aube du XXe siècle. Apprendre la cuisine, la couture et les bonnes manières, comme il se doit, ou se laisser porter par sa curiosité insatiable ? Et si la science pouvait ouvrir un chemin vers la liberté ? » (Présentation éditeur)

« Etre une jeune fille à l’aube du 20ème siècle », tout est là car, tant que Calpurnia n’est qu’une enfant, sa curiosité immodérée pour la nature et les sciences est tolérée par ses parents, à condition qu’elle fasse ses exercices de piano chaque jour et qu’elle apprenne le tricot et les bonnes manières…

Heureusement pour elle, Bon Papa lui ouvre son bureau et sa bibliothèque et répond avec patience à toutes ses interrogations. Bon Papa est un admirateur de Darwin et correspond avec quelques scientifiques de son époque.

Dans ce deuxième volume, Calpurnia a maintenant treize ans et sa curiosité ne faiblit pas, toujours encouragée par son seul grand-père :

Jacqueline KELLY : « Calpurnia et Travis »

(Ecole des Loisirs, 2017, collection Medium)

Mais lorsque, au cours d’un repas, Calpurnia demande à ses parents de lui permettre de faire des études, la réponse la désespère :

« Ce n’est ni le moment ni l’endroit pour une telle discussion. Disons simplement que nous avons toujours eu d’autres projets pour toi et restons-en là. Sully, veux-tu passer la saucière à ton père .

Je vis rouge. Une éruption de fureur m’enflamma le cou. Nous venions de changer de siècle et je m’étais imaginée devenir un exemple de jeune Américaine moderne. Quelle rigolade ! Ma gorge se serra, mais je parvins à articuler :

– Et mes projets à moi, mes projets d’avenir ?

Lamar ricana :

Toi, aller au collège ? Tu n’es qu’une fille, tu comptes pour du beurre, ma vieille.

Père prit un air sévère.

Lamar, ne parle pas à ta soeur sur ce ton.

Malgré ma rage, une chose me frappa : mon père n’avait pas dit que Lamar avait tort. Il lui avait seulement reproché son incorrection. Je me creusai la tête pour envoyer une réplique appropriée à Lamar et trouver un argument convaincant pour mes parents, mais au lieu de cela, à ma grande honte , j’éclatai en sanglots. Tout le monde en resta bouche bée. Le feu de leurs regards était tellement cuisant que je ne pus le supporter plus longtemps. Je repoussai ma chaise, me levai et m’enfuis à toutes jambes dans ma chambre où je me jetai sur mon misérable matelas. Personne ne vint me consoler ; je ne pouvais compter que sur moi-même. J’essuyai bientôt ces larmes imbéciles et pris conscience que, pour la première fois dans l’histoire de la famille Tate, un enfant avait quitté la table sans en avoir la permission. J’avais donc remporté la plus minuscule des victoires. Mais ce n’était pas assez. Non, non. »

Outre Travis, l’un des six frères de Calpurnia et celui qui partage son intérêt pour la nature et surtout les animaux, apparaît dans ce deuxième tome un nouveau personnage d’importance : le docteur Pritzker, vétérinaire et voisin de la famille. Entre les explications de Bon Papa et la méthodologie précise et sérieuse qu’il enseigne l’air de rien à sa petite fille et le Dr Pritzker, conscient des grandes qualités de Calpurnia et son insatiable curiosité, celle-ci va continuer à épanouir sa personnalité scientifique, mais son avenir est toujours bridé par les « convenances » de l’époque.

Un troisième personnage et cousine de Calpurnia, Agatha, va – peut-être – faire bouger un peu les lignes… Attendons que Jacqueline Kelly écrive le troisième volume et croisons les doigts pour qu’il ne mette pas, cette fois,  quatre ans à paraître !

Nous vivons au 21ème siècle et, ici tout au moins, chacune peut désormais prétendre à décider de sa vie, mais « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »  (Simone de Beauvoir)

C’est pareil pour la théorie de l’évolution.

La bibliothèque des citrons

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La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill

Calypso a 10 ans et une passion dévorante pour les livres. C’est une enfant solitaire, qui préfère la compagnie des mots à celle des autres enfants. Elle tient cette idée de son père, auteur solitaire qui passe ses journées enfermé dans son bureau depuis le décès de sa femme. Cette vie convient très bien à Calypso, jusqu’au jour où elle rencontre Mae. L’amour des livres rapproche les deux enfants. En côtoyant Mae et sa famille, Calypso va progressivement se rendre compte que ce n’est pas normal que son père passe si peu de temps avec elle, oubliant même de lui faire à manger…

Un livre qui sous une couverture joyeuse et une écriture simple cache des sujets assez difficiles : la perte d’un proche, les enfants qui doivent assumer des responsabilités pas de leur âge… et au fil des pages on sent l’amour que voue l’auteur à la littérature avec des dizaines de titres de livres cités.

Salle des pas perdus – Julia Billet – Editions Ecole des loisirs

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Réédité en 2017, ce magnifique texte trouve son point de départ gare de Lyon.

Une vieille dame commence sa journée : Il faut se peigner, puis se lever, pousser son chariot, passer  faire une petite toilette en écoutant les aventures conjugales des dame pipi : Yvonne et Josepha. Puis il faut chercher des trésors dans les poubelles. Midi, détour par chez Lulu pour manger un petit croque-monsieur.

Voilà son quotidien à la vieille. Sans prénom sans nom. Sa famille : les sans-logis.

C’est bien la routine car on s’oublie, on oublie le temps, les souvenirs.

Puis grain de sable:  deux vies en errance vont se croiser.

La vieille sera pour un temps la béquille de Salomé, jeune fille paumée dans sa tête.

Quête d’identité pour l’une, souvenirs douloureux pour l’autre.

BOULEVERSANT!

Vous trouverez ce roman à la Bfm