Archives de Catégorie: Roman

Sur le banc

Par défaut

Une fois encore, les bancs inspirent…

Dans « Le banc au milieu du monde »  de Paul VERREPT , illustré par Ingrid GODON aux éditions « Le chapelier fou » (2019), il s’agit de contrer une solitude devenue trop lourde.

« Tous les jours, un homme s’assoit sur le banc du parc. Son père est mort, puis sa maman, et lui, il doit continuer à vivre. Pour combler son chagrin, il s’assoit sur ce banc, qui est pile au centre de la ville, et il regarde les autres vivre. Parfois, des gens viennent s’asseoir à côté de lui, tout près ou à l’autre bout du banc, et ils partagent avec lui un petit bout de leur existence. » (Présentation éditeur)

 

Dans « La jeune fille et le soldat » d’Aline SAX, illustré par Ann de BODE (La Joie de lire, 2017), il s’agit d’ores et déjà d’une rencontre sur un banc. « La rencontre improbable entre une jeune fille et un soldat qui aiment à s’asseoir sur le même banc… » (cf. 4ème de couverture)

« Une jeune fille aveugle habite avec sa mère et sa tante dans une auberge. Elle aime s’asseoir dehors sur un banc, de l’autre côté de la rue. Un jour, un soldat africain s’assoit près d’elle. L’homme lui parle de son pays, de sa femme et de son fils. La jeune fille, quant à elle, évoque son père parti pour le front. Mais un jour, le soldat ne vient plus. La jeune fille part alors à sa recherche…

La jeune fille et le soldat est l’histoire de deux êtres dont les chemins se croisent dans des circonstances tragiques. À une époque où la folie s’empare des hommes et les précipite dans l’horreur. Le soldat africain a tout quitté pour rejoindre un enfer qu’il n’a pas choisi, loin des siens et de chez lui. De plus, la couleur de sa peau suscite la crainte et le rejet. Seule la jeune fille, qui vit dans l’obscurité et dans la peur de ne plus revoir son père, ose lui parler. Ces deux solitudes se reconnaissent et s’apprivoisent au fur et à mesure de leurs discussions. Une amitié empreinte de tendresse s’installe bientôt entre eux. 

Le récit, tout en retenue et en sobriété, développe deux points de vue en alternance. C’est une ode à la différence et à la fraternité. Il parle aussi de la première guerre mondiale en évoquant un fait peu connu, celui des soldats africains venus combattre en Europe pour défendre une cause qui ne les concernait pas. La gravité du propos est adoucie par des moments de poésie et d’humanité qui font jaillir la lumière au milieu des ténèbres. » (Présentation éditeur)

 

« À m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu’il en a
Te parler du bon temps qu’est mort ou qui reviendra… »

comme le chante RENAUD dans « Mistral gagnant »

 

François PLACE

Par défaut

La première fois que je vous ai parlé de François PLACE, c’était en 2012, mais nous le connaissions depuis longtemps, vous et moi… Sans doute depuis « Les derniers géants » parus en 1992 et souvent étudiés en classe depuis. Peut-être même aviez-vous déjà emprunté en bibliothèque des documentaires Gallimard illustrés de ses dessins soignés et détaillés.

Son dernier roman « La reine sous la neige » est une histoire assez folle, où se mêlent fantastique, intrigue policière, sujets de société comme le harcèlement, les réfugiés, l’art contemporain, les adolescents et l’amour, autour du personnage de Sam.

Samantha est une jeune métisse dont les parents divorcés vivent entre l’Afrique du sud et les Pays-Bas.

Comment se retrouve-t-elle coincée à Londres, sans son portable qu’on vient de lui voler, précisément le jour où la Reine Elisabeth décède ? A vous de le découvrir…

 

François PLACE : La reine sous la neige (Gallimard, jeunesse 2019)

« Une tempête en plein ciel, un avion dérouté, un vol de portable, un coup de foudre,

deux amoureux,

une reine morte, un enfant perdu, un tigre évadé du zoo, une statuette de plastique, une enquête impossible, Londres sous la neige… » (cf. 4ème de couverture)

 

Les objets tiennent une grande place dans ce roman, tout particulièrement ces petites « boules à neige » qu’adorent les enfants.

« Sam ne savait laquelle choisir. Même collier de perles, même petit sac à main un peu ridicule, même coupe de robe, même va-et-vient de la main, mais la palette de couleurs allait du bleu layette au rose pastel. Il y avait un côté un peu effrayant dans leur façon de bouger en rythme. Alignées comme des petits soldats, elles auraient pu servir de public souriant à un défilé militaire en Corée du Nord.

(…) Sam choisit la troisième à partir de la gauche, bleu pervenche. Souriante sous son chapeau cloche, la figurine se tenait au garde-à-vous, raide et endimanchée. Sa main droite à hauteur de l’épaule, doigts réunis et gantés de blanc, oscillait avec une régularité de métronome. Elle semblait dire : « Allez-y, vivez votre vie, faites ce que bon vous semble, chantez, dansez, pleurez, dans tous les cas je vous dirai bonjour, du matin au soir, ou bye-bye si vous préférez, c’est comme vous voulez, ça n’a aucune importance, parce que de toute façon l’Angleterre sera toujours l’Angleterre, et moi, la reine, je serai toujours la reine, et God save the Queen. »

D’ailleurs, est-ce bien Sam l’héroïne de ce roman ? Ne serait-ce pas plutôt la Reine, même morte ?

François Place a écrit là une histoire assez déjantée, je doute que le futur décès d’Elisabeth II engendre autant de drôlerie et d’événements surréalistes. Quant à sa succession… Le chapitre à propos du Prince Charles est assez comique, mais on voudrait y croire.

Un bon moment de lecture, original et joyeux.

 

« Happa No Ko »

Par défaut

Etonnant roman que cet

« Happa No Ko le peuple de feuilles » de Karin SERRES

paru en 2018 aux éditions du Rouergue.

« Pourquoi Madeleine, du quartier France 45-67, se réveille-t-elle un matin, effrayée, en découvrant que ses mains sont devenues vertes ? Lui fait-on tester un nouveau jeu de réalité virtuelle sans qu’elle le sache ? Car désormais c’est l’occupation principale sur Terre : jouer ! La planète est devenue une ville infinie où tout travail a été aboli, maintenant que les machines s’occupent de tout. Pendant ce temps, de l’autre côté de la Terre, dans le quartier Japon 23-58, Ken se réveille aussi avec les mains vertes. Mais lui n’a pas peur, car il sait que les mains vertes donnent des pouvoirs. » (cf. 4ème de couverture)

En fait, jouer n’est pas un choix, mais une obligation et l’énergie dépensée est comptabilisée chaque soir par le bracelet accumulateur d’énergie personnel. D’ailleurs il n’y a guère de place dans ce monde pour la liberté et la fantaisie, le couvre-feu ordonne à chacun de rentrer au bercail où la machine-repas délivre les commandes. Les rues, l’école, tous les espaces publics sont quadrillés de lampadaires-caméras. Et les machines-police contrent toute tentative de désobéissance.

La montée des eaux a tant réduit les terres habitables que les villes ont dû se développer en largeur et en hauteur au point que la lumière du jour n’y pénétre plus.

Et ces villes gigantesques ne recélant plus aucune nature, l’illusion est créée par des dômes-parcs sur les parois desquels de splendides paysages sont projetés.

« C’était le début de l’automne, des oiseaux [invisibles] chantaient, quelques feuilles tombaient du haut des arbres virtuels alentour, l’air sentait l’automne, et la lumière solaire, claire et vive, donnait à Madeleine l’impression de respirer plus largement que dans le jour artificiel qui régnait sur la ville. »

Mais voilà que ce vert sur les mains de Madeleines bouleverse sa vie, ainsi qu’une étrange apparition…

Un roman fantastique qui fait réfléchir sur l’écologie et les dérives possibles d’une vie réglementée par l’intelligence artificielle apparemment devenue totalement autonome.

 

Libres et affamés de vie, de rire et d’amitié

Par défaut

Libres et affamés de vie, de rire et d’amitié

de David Arnold chez Milan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vic, 16 ans, à l’annonce du remariage de sa mère fait une fugue. Son père est mort il y a deux ans d’un cancer et il a l’impression que par cette union, sa mère trahit sa mémoire . De plus,

Victor est atteint du syndrome de Moebius, trouble neurologique qui entraîne une paralysie faciale.

Il est rongé par la souffrance et la solitude et disparaît avec les dernières volontés de son père. Celui ci a laissé une lettre sous forme de rebus pour que sa femme et son fils répandent ses cendres.

 » 1- Accroche-moi au Petit Salon.

2- Jette-moi du haut des Palisades.

3- Enfouis-moi dans les briques fumantes de notre premier baiser.

4- Noie-moi dans notre puits aux souhaits.

5- Lâche-moi depuis le sommet de notre roc.  »

Au hasard de ses déplacements il va rencontrer ceux qui vont devenir sa famille de substitution et qui vont l’aider dans sa quête et dans son travail de deuil : Madeline dont il va tomber amoureux, Baz, Coco, Zuz.

 »  Elle se racla une fois de plus la gorge et se mit à parler sur le ton de quelqu’un qui croit que le monde entier l’écoute.

– Et quand les gamins eurent tant besoin de quelqu’un, quelqu’un à aimer, quelqu’un en qui avoir confiance, ils se reconnurent les uns les autres, et ils se nommèrent les Kids of Appetite et ils vécurent, ils rirent et ils virent que cela était bon.

– Qu’est ce que vous en pensez ? demanda Coco.

Les Kids of Appetite, poursuivit Coco. Vous comprenez ? Les gamins d’appétit en quelque sorte, parce qu’on a toujours la dalle, et on est toujours chez Babushka, ou à Napoléon, ou à White Mama et les magouilles à Foodville, avec les pots de glace. Et puis aussi, vous savez, on est affamés de vie, de rires, de tous ces trucs. Double sens, tout ça. Kids of Appetite.  »

Ils ont mis en commun leur instinct de solidarité, leur capacité d’empathie mais le drame n’est jamais loin et l’affection qui cimente le groupe va-t-elle résister ?

Bon roman aux personnages attachants qui tous se sont bâtis sur la souffrance et l’ont transformé en quelque chose de positif : l’écoute, l’attention , et une inaltérable confiance les uns envers les autres.

Mock boys

Par défaut

Mock boys de Marie Leymarie chez Syros

« Raoul et Baptiste se connaissaient depuis la sixième et ils avaient fait toute leur scolarité ensemble au collège Lamartine . Baptiste avait repéré Raoul très vite, car ils n’étaient alors que trois garçons en danse contemporaine -Theo, Raoul et lui.

Raoul était déjà à l’époque plus grand que lui. Dès le premier jour , il avait fait dans la cour une démonstration de hip-hop qui lui avait permis de se mettre une pionne dans la poche, et qui avait beaucoup impressionné Baptiste . »

Raoul est un garçon solaire qui attire, agace aussi mais ne laisse personne indifférent. Il est séduisant , le sait, en joue et fait une consommation effrénée du beau sexe. Pour lui une relation ne peut s’installer dans la durée . Baptiste lui est plus réservé, il est sans se l’avouer sous l’emprise de Raoul et lorsque Sandy apparaît dans sa vie leur complicité vole en éclats.

C’est vraiment un excellent roman. Chaque personnage a ses fêlures, Raoul dans la surenchère permanente, Baptiste qui tente d’exister à côté de son ami si flamboyant et Sandy, repliée sur ses blessures.

Il n’y a pas le happy-end obligatoire dans ce genre de roman, juste des adolescents qui se débattent avec des sentiments trop lourds pour eux.

J’ai adoré.

A la russe

Par défaut

« L’Eblouissante lumière de deux étoiles rouges : l’affaire des cahiers de Viktor et Nadia »

David MOROSINOTTO (L’Ecole des Loisirs, 2019)

« 1941. Hitler décide d’envahir l’Union soviétique. Dans la précipitation, on organise l’évacuation vers l’arrière de milliers d’enfants. Viktor et Nadia sont parmi eux. Mais, pour la première fois de leur vie, les voilà séparés. Viktor est envoyé dans un kolkhoze à Kazan, pendant que Nadia se retrouve bloquée à proximité du front des combats. Désormais, Viktor n’a plus qu’une idée en tête : traverser le pays dévasté par la guerre, les bombardements et la faim, pour retrouver sa soeur. Et pour cela, il doit être prêt à tout. Car, dans un pays en guerre, nécessité fait loi. »

Viktor et Nadia sont jumeaux. Ils vivent à Leningrad (alias Saint-Petersbourg) dans un appartement collectif, avec leurs parents qui travaillent au Musée de l’Ermitage.

Ce jour ensoleillé de juin 1941, ils apprennent par la radio que Hitler vient de trahir le pacte de non-agression avec leur pays en bombardant des villes russes :

« Citoyens d’Union soviétique ! ( …) La guerre qui commence aujourd’hui n’est pas imputable au peuple allemand, pas plus qu’aux ouvriers, aux paysans ou aux intellectuels dont nous connaissons les souffrances. Elle est voulue par les fascistes assoiffés de sang qui dominent l’Allemagne et qui ont déjà réduit en esclavage les populations française, tchèque, polonaise, serbe, norvégienne, belge, danoise, hollandaise, grecque et bien d’autres encore.

(…) Ce n’est pas la première fois que notre nation se retrouve à affronter l’attaque d’un ennemi arrogant. Quand Napoléon a cherché à envahir la Russie, notre peuple s’est battu pour la mère patrie, a vaincu Napoléon et l’a renvoyé à son destin. Il en ira de même avec Hitler. »

Dès le début de la guerre, le père de Viktor et Nadia les incite à tenir un journal à deux mains. Toutefois début juillet des trains spéciaux sont frétés pour évacuer les enfants loin de Léningrad. Heureusement pour Viktor et Nadia car bien des enfants n’auront pas le temps de fuir les bombardements puis le tragique siège de la ville, malheureusement ils vont se retrouver dans deux trains séparés, respectivement le 76 et le 77. Ils ont juste le temps de se dire au revoir et de partager leurs cahiers et leurs crayons, bleus pour Nadia, rouges pour Viktor (« la couleur du communisme », déclare-t-il).

Dès lors le lecteur va lire alternativement ces cahiers rouges et bleus tenus jusqu’à la fin novembre 1941.

Le lecteur ? Nous, bien sûr, mais surtout le commissaire du peuple aux affaires intérieures (alias NKVD), le colonel Smirnov chargé en 1946, aux 18 ans des enfants Danilov(a), de déterminer s’ils sont innocents ou coupables des faits qui leur sont reprochés.

« Conjointement à ce document m’ont été remis les deux tampons réglementaires dont l’utilisation sera laissée à ma seule discrétion, au terme de cette enquête. Ils sont identiques, avec une étoile et deux épis de blé de part et d’autre. Seule l’inscription change : INNOCENT, sur le premier. Et sur l’autre, COUPABLE.

Il n’y aura qu’une sentence. Il n’y aura qu’un jugement. Pour la gloire du Parti. »

Le roman de Davide MOROSINOTTO est une extraordinaire épopée « à la russe », comme ces récits de propagande destinés à l’édification des jeunes Soviétiques. Le génie de Morosinotto est d’avoir intercalé les commentaires de Smirnov avec le récit des enfants.

Le journal de chacun des jumeaux permet de découvrir le tragique quotidien de cette « grande guerre patriotique », selon l’expression de l’Union soviétique. Les commentaires de Smirnov reflètent la voix du Parti, les mensonges et la propagande utilisée lors du Siège de Léningrad, affamée près de neuf cents jours par les troupes nazies .

Ils permettent également de sérier les informations, la fiction imaginée par Morosinotto pour nous tenir en haleine jusqu’au bout de ce roman de 520 pages et la « réalité » des faits. Fiction habilement illustrée de « documents d’époque ».

Passionnant récit mi-initiatique mi-historique qu’on dévore d’une traite.

Prunelle de mes yeux. Marion Muller-Colard – Editions Gallimard

Par défaut

 

Prunelle étouffe à cause de sa mère. Elle ne peut pas sortir seule du collège, elle ne peut rien faire sans que sa mère soit au courant (en plus elle est psy!).

Heureusement son père est là (mais il ne peut pas faire grand chose pour changer l’état d’esprit de sa femme) et il y a sa tante, reporter photographe qui ne tient pas en place : une bouffée de liberté sur pattes.

Un jour Prunelle explose !

 » J’ai peur de dire des horreurs que je pourrais regretter. J’ai presque peur de la tuer. Alors je me tais. »

Et  elle apprend…

Je ne veux pas spoiler la lecture. Mais jolie narration sur l’identité et la famille.

Livre réédité en poche pour une lecture facile sur la plage!

A la Bfm