Archives de Catégorie: Roman

LPBDT

Par défaut

LPBDT…

Que peut bien vouloir dire cet acronyme ?

Cela signifie simplement « la plus belle de toutes » dans cette sordide émission de téléréalité à laquelle se sont inscrites six filles, sélectionnées – soit disant – parmi plus de dix mille candidates (?).

  par Rachel CORENBLIT

(Rouergue, collection Doado, 2018)

« Six filles de seize ans, sélectionnées pour leur beauté, constituent le casting d’une émission de télé-réalité, « La Plus Belle de Toutes ». Six jours de cohabitation forcée et filmée, avec, au final, l’élection de La Plus Belle ! Mais alors que la production de l’émission a mis en place des scénarios explosifs pour faire de l’audience, les six filles finissent par s’unir pour déjouer leur goût du scandale et du ridicule. Rachel Corenblit dévoile l’envers du décor… » (Cf. présentation éditeur)

Eloane la princesse, Juliette la rebelle, Barbara la sensible, Sacha la comique, Kamélia la magnifique, Shannon la coquine… C’est ainsi qu’Edmond, le présentateur, les a définies. Edmond est là pour créer l’ambiance, il est pourtant lourd, porté sur le « hashtag-quelque chose » et quelques jolis mots, histoire de faire croire qu’il est moins crétin qu’il n’en a l’air.

Voici un échantillon de ses propos :

«  (…) Six jeunes filles de seize ans. Des perles, des beautés rares. Et comme Justinia l’a expliqué la semaine dernière, la vraie beauté, elle est aussi à l’intérieur. Bon, j’avoue, j’ai pas trop capté son idée de beauté intérieure. Une bombasse, c’est une bombasse. Dehors, dedans, où tu veux ! Hihihi, j’en vois qui approuvent dans le public. T’es d’accord avec moi, toi ! Une belle fille, c’est avant tout une belle carrosserie. Quoi ? Qui me siffle ? Les féministes ! Il y en a dans la salle ? On les a laissées entrer ? »

Et tout à l’avenant.

Il y a donc aussi l’animatrice Justinia, dite Chocolatine, la soit-disant professionnelle de la mode, qui encadre les filles. En fait, elle les monte savamment les unes contre les autres, histoire de faire de l’audience :

« (…) Mais je sais faire ce que je veux des gamines. Je sais comment elles fonctionnent. Je sais sur quelles ficelles tirer pour obtenir d’elles ce que la prod attend. Je sais comment les manipuler, les faire changer d’avis, les influencer, les guider, les mener par le bout du nez. Je sais trouver les mots pour les embrouiller. Pour qu’elles oublient où se situe la vérité. Qui veut vraiment connaître la vérité ? Je sais mentir. Je sais les culpabiliser. Je sais les faire sourire. Je sais leur faire gober n’importe quoi. Ce qu’Edmond veut. Ce que l’émission veut. Ce que le public veut. »

Et puis le photographe, le producteur, le stagiaire – manipulé comme les filles, car il espère être engagé à l’issue de l’émission -, la régie qui chaque jour compile les images volées par les caméras cachées partout…

Chaque chapitre est une voix, la voix de chacun des protagonistes et l’on découvre petit à petit les ressorts des uns et des autres.

La fin est assez improbable et je ne sais pas si ce roman arrivera à dissuader ses lecteurs de participer à ces émissions de téléréalité, voire même de les regarder, bien qu’il « mette le paquet » sur leurs méthodes de manipulation, leur vulgarité, les pièges qui coincent soigneusement les candidats :  » (…) Rien ne résiste  à notre production. Avec de l’argent et de la persévérance, on obtient ce que l’on veut » comme l’explique le producteur à l’une d’entre elles ?

Mais il montre bien comment deux mille ans après, on espère toujours tenir le peuple / public grâce à « panem et circenses »* !

(*) pour ceux qui n’auraient pas fait de latin : « du pain et des jeux (du cirque) »

Publicités

Un détective très très très spécial – Romain Puertolas – La joie de lire

Par défaut

Un livre qui se lit d’une traite.

Nous entrons dans la vie de Gaspard, trisomique de 30 ans qui travaille en alternance comme vendeur dans une boutique de souvenirs de Montmartre et comme « nez » d’aisselles pour une entreprise de déodorant.

On découvre ses logiques, sa mémoire fantastique, ses petites joies mais un tragique accident va tout faire capoter. Le voilà sans emploi. Son envie : devenir détective privé… Et résoudre l’énigme d’A. Einstein.

Il obtient sa première enquête et va intégrer une maison de soins pour handicapés afin de découvrir l’auteur d’un meurtre.

Outre le fait que le roman est très bien écrit, rempli d’humour, on entre d’une manière légère dans le quotidien des handicapés mentaux.

Quand certains n’ont dans leur vie qu’une succession de ronronnements, Romain Puertolas a déjà à son actif plusieurs vies : interprète, policier, compositeur. Ce qui explique surement la fantaisie de ce livre ainsi que les autres, comme « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa » .

Ses livres sont à la BFM… ainsi que dans vos librairies!

L’enfant et la rivière

Par défaut

A la librairie, regardant la table des nouveautés BD, j’aperçois une belle couverture de Xavier COSTE et son titre : L’enfant et la rivière, d’après le roman d’Henri BOSCO

Aussitôt me viennent des images sur un magnifique texte qui avait enchanté un de mes étés. Je feuillette l’album, étonnement : pratiquement pas de texte !

Curieuse, les illustrations me plaisant, j’achète la BD et me dis que je vais en profiter pour relire le texte avant de passer à la bande dessinée.

Eh bien, Xavier COSTE a réussi à éviter les écueils d’un texte qui a malgré tout un peu vieilli, son illustration est intemporelle et le – peu de – texte qu’il a retenu suffit à recréer l’atmosphère poétique du roman. En clair, j’ai beaucoup aimé cette adaptation.

Puisse-t-elle faire connaître ce roman idéal pour les beaux jours qui s’annoncent. Fraîcheur, mystère, action et en même temps patience et longueur de ces journées passées sur la rivière à faire un feu discret pour griller le poisson pêché, à se cacher dans les criques reculées, à observer les animaux et parfois se faire peur …

« La barque reposait tout près de l’île. Du rivage, on ne pouvait pas l’apercevoir. L’ombre des arbres la couvrait.

Je m’étais installé au banc de proue. De là je pouvais commodément surveiller le rivage.

Rien n’y bougeait.

L’attente fut longue, mais je n’avais pas envie de dormir. Je voulais, moi aussi, même de loin, voir quelque chose.

L’âme se manifesta vers minuit. Elle marcha le long du rivage, écarta un buisson et descendit sur la grève. Elle m’y apparut comme une petite blancheur. Cette blancheur erra un moment, puis s’approcha de l’eau. C’est alors que je perdis la tête. Je détachai la barque du mouillage et, tout doucement, à la perche, je la poussai. Elle m’obéit et se mit à glisser sur l’eau noire. »

Xavier COSTE – Henri BOSCO : l’Enfant et la rivière (Sarbacane, 2018)

 

 

Nous, les déviants

Par défaut

Nous, les déviants

de C.J Skuse

chez La Belle colère

Lorsqu’ils étaient enfants, ils s’étaient baptisés les Cinq intrépides en référence a la série de romans du « Club des cinq » : Il y avait Max, sa petite amie Ella, Zane, Fallon et Corey.

C’était il y a 4 ans, ils étaient inséparables.

« J’ai fermé les yeux et j’ai retrouvé un souvenir. Fallon et moi, dansant sur les rochers, riant aux éclats, j’avais oublié pourquoi. Max et Zane cueillaient des branchages dans les bois pour fabriquer une cabane. Corey était assis sur la plage de galets, à tenter d’attraper un poisson avec une ficelle accrochée au bout d’un bâton. On était les meilleurs amis du monde, on dansait, on construisait des cabanes, on péchait . Voilà comment filaient nos étés. Et on avait la meilleure des grandes sœurs pour veiller sur nous et nous raconter des histoires.  »

Cette grande sœur très aimée était Jessica la sœur de Max. Elle avait 18 ans, racontait des histoires d’horreur extraordinaires, applaudissait à tous leurs délires .

C’était il y a quatre ans, Jessica est morte et maintenant ils se croisent comme des étrangers. Cette enfance qui les a construits les détruits à présent : Max se drogue, Zane est devenue une brute sadique qui harcèle Corey, Fallon est enceinte et vit avec sa mère dans un taudis et Ella , la narratrice n’en peut plus de cette violence qui l’habite.

 »  C’était comme si chaque coup avait du sens . Pete avait raison. Quand je frappais le pilier à la maison, je ne faisais que me martyriser. Tandis que là, j’avais l’impression de vraiment éliminer. A chaque impact, une minuscule bouffée de poison s’évaporait. J’étais épuisée, mais je vibrais d’électricité.  »

Un hasard va les réunir et tous les secrets vont refaire surface.

C’est un excellent roman à la fois touchant et sordide, dans lequel on avance petit à petit, au rythme des bouffées de colère de l’héroïne, de son désespoir, du silence qu’elle s’impose.

A conseiller !

La chanson d’Orphée

Par défaut

La chanson d’Orphée

de David Almond

chez Gallimard Jeunesse

« Je suis celle qui reste. Je suis celle qui doit raconter. Je les ai connus tous les deux, je sais comment ils ont vécu et comment ils sont morts. Il n’y a pas longtemps que c’est arrivé. Je suis jeune comme eux. Comme eux ? Comment est-ce possible ? Peut-on être à la fois jeune et mort. Je n’ai pas le temps de penser à ça. Il faut que je me débarrasse de cette histoire et que je vive ma vie. »

Claire est le témoin désespéré d’une histoire d’amour fou entre Ella, son amie, son double, et Orphée, musicien de passage qui séduit et charme humains et animaux.

Leur amour est d’une telle intensité qu’il les consume et les mène à la mort.

C’est bien sûr le mythe d’Orphée et d’Eurydice transposé à notre époque. C’est grâce à un téléphone portable qu’Ella va écouter le chant qu’Orphée fait naître pour elle . Les amis et spectateurs de la tragédie sont des lycéens qui vivent leur dernière année ensemble avant de se séparer à l’orée d’une vie d’adultes.

Mais rien d’incongru dans ce magnifique récit qui alterne scènes ancrées dans le quotidien contemporain et univers fantastique où une grille bornant un cours d’eau devient la bouche des Enfers.

Superbe !

Pour un œil de poupée

Par défaut

Pour un œil de poupée

de Marina Cohen

aux Éditions Thierry Magnier

« Elle aurait dû aimer cette maison. En tomber follement amoureuse. De la même façon que Maman, Ed et Isaac. Sauf qu’il régnait ici une atmosphère étrange. Il y avait une lourdeur, qui semblait peser sur elle. Et malgré la chaleur d’août, l’air y était froid et moite, comme dans un tombeau descellé depuis des années. Elle déposa le carton à ses pieds, tourna les talons et s’empressa de retourner dehors. »

Hadley est un peu perdue : elle qui a longtemps vécu seule avec sa mère doit maintenant la partager avec son nouveau mari Ed et le fils de celui-ci, Isaac.

Certes la maison est magnifique et ils ont pu l’acquérir pour une bouchée de pain, mais Hadley a de la peine à s’adapter à cette nouvelle vie.

Et puis elle a rapidement l’impression de ne pas être seule dans la maison, il y a des bruits étranges, une silhouette entrevue, rien d’inquiétant pour le moment.

Au hasard de ses déambulations, Hadley découvre une magnifique maison de poupées dans le grenier. Elle est la réplique exacte de leur maison et est « habitée » par une famille de marionnettes  : le père, la mère et leur petite fille. Il y a même le garage avec la pièce au-dessus et sa pensionnaire, une poupée aux cheveux blancs, qui pourrait être la grand mère de cette curieuse famille .

L’adolescente est fascinée par cet univers miniature : à qui appartenait cette maison de poupées, et les marionnettes, sont-elles de simples objets de bois ou les reflets d’une famille de chair et de sang ?

Peu à peu l’angoisse s’installe…

Il y a une leçon à tirer de ce roman  : ne jamais se fier à un agent immobilier qui vous vend pour 100 000 euros une maison de 250 m² habitable au milieu d’un parc avec une piscine. Il ne faut pas rêver, il y a un problème : termites ? ou…

Posez deux questions :

1- Pourquoi les heureux propriétaires de cette belle demeure la vendent-ils à ce prix dérisoire ?

2- Sont-ils encore vivants ?

La fin est flippante !

Reste avec moi

Par défaut

Reste avec moi

de Jessica Warman

chez Fleuve noir

« Flottant. Entre deux eaux. Sur le ventre. Oh, merde.

Ce n’est pas un poisson, mais un être humain. Une femme. Aux longs cheveux si blonds qu’ils en paraissent presque blancs, magnifiquement scintillants dans la houle. Les mèches tentaculaires ondulent telles des algues presque jusqu’à la taille de la morte, où se rejoignent un jean et un pull rose à manches courtes. Des santiags blanches à bouts ferrés, incrustées de fausses pierres précieuses. Franchement décadentes.

Le cadeau d’anniversaire de ses parents. Elle les a fièrement portées toute la nuit, mais la pointe de la gauche s’est coincée à un angle bizarre entre le bateau et le quai. Chaque vague l’envoie cogner contre la coque, comme si la noyée essayait de tirer du sommeil les dormeurs du yacht. »

Elizabeth Valchar, 18 ans tout frais, belle, riche, aimée, s’est endormie sur le yacht de ses parents après une fête d’anniversaire bien arrosée et se réveille spectatrice de sa propre mort.

Elle qui n’existait que par le regard des autres s’est évaporée comme la buée sur une vitre.

Un seul la voit, Alex, mort lui aussi, un an auparavant, tué par un chauffard qui l’a laissé agonisant dans un fossé.

Ils sont dans les limbes, à la fois invisibles aux yeux de tous et pourtant terriblement présents car leur nouveau statut leur permet de s’insinuer dans l’intimité de tous.

Tout les séparait de leur vivant et la mort ne rend pas Elizabeth plus sympathique aux yeux d’Alex.

En effet, la brave petite était une punaise narcissique qui, avec sa bande d’amis aussi odieux qu’elle, menait la vie dure aux « nuls » : en gros ceux qui n’avaient pas l’argent, les voitures, les bateaux, les fringues adéquates.

Pourquoi la mort les a-t-elle réunis ? Que vont-ils découvrir ? Comment Elizabeth s’est-elle noyée ?

Ce n’est pas la bluette sirupeuse– la couverture !!!! le titre !!!- à laquelle je m’attendais. C’est plutôt l’envers du décor jusqu’au sordide d’une bande de gosses gâtés pourris, lâchés par des parents trop occupés.

Et donc, contre toute attente ce n’est pas si mal.