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« La demoiselle de Wellington »

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« 1917 Sous la ville d’Arras dévastée, dans le plus grand secret, des milliers de soldats attendent dans les galeries d’une ancienne carrière de pierre. Bientôt ils déferleront sur les lignes allemandes…

Dean Kingston est l’un d’entre eux. Sa femme Jenny l’attend en Angleterre. Il lui fait le récit, dans son journal de bord, de cette étrange vie souterraine.

Avec espoir et détermination, il lui raconte le froid et l’humidité, la solitude des hommes, la peur qui lui tenaille le ventre, et les chants pour réchauffer les coeurs… jusqu’à l’assaut final. » (cf. 4ème de couverture)

Dorothée PIATEK : La demoiselle de Wellington

(Seuil, 2017)

Vraisemblablement parmi les derniers romans en hommage aux soldats de la Guerre de 14-18, puisque les commémorations devraient se terminer le 11 novembre avec l’anniversaire de l’Armistice…

1939-2019 prendront-elles le relais pour six ans de plus ? Car si la Guerre de 14-18 devait être « la der des der », chacun sait – hélas ! – qu’il n’en a rien été.

En attendant, nous sommes à Arras en avril 1917. Les troupes britanniques viennent d’arriver en prévision de la bataille de Vimy préparée par le Général Byng et des troupes canadiennes ; ce sont vingt mille soldats qui vont tenir dans la « ville sous la ville », creusée par des tunneliers néo-zélandais dans les anciennes carrières de calcaire datant du Moyen-Age, en attendant le jour de l’attaque.

Il s’agit de ne pas réitérer la Bataille de la Somme qui vit périr 1 060 000 soldats entre juillet et novembre 1916 (cf. la BD de Joe Sacco).

Les soldats anglais sont arrivés à Arras en toute discrétion et sans imaginer quel serait leur cantonnement :

« Au niveau de la rue Saumon, nous avons passé la « porte de fer », un trou creusé dans la fortification Vauban. Ma compagnie est descendue au moins vingt mètres plus bas, longeant des murs humides et froids par un escalier en brique pour atteindre un tunnel d’égout. Puis à la lueur d’un morceau de bougie qu’on nous avait fourni à l’entrée, nous avons marché pendant des kilomètres, rejoignant un labyrinthe de carrières et de boyaux artificiels construits perpendiculairement à la ligne de front.

Nous sommes passés en procession devant des cavités remplies de nourriture et de munitions, avant d’arriver dans le quartier destiné à ma compagnie, que nous indiqua un scout. Wellington, la carrière Wellington, c’est là que je suis cantonné désormais.

J’ignore quel jour aura lieu l’attaque, je sais seulement qu’être positionné sous cette ville nous évitera de traverser le no man’s land le jour J.

Des tunnels d’assaut déjà forés demeureront bouchés jusqu’au grand jour. Alors, après une succession d’explosions de mines, nous grimperons quatre à quatre les marches taillées dans la pierre et passerons les trappes qui nous séparent de la surface. C’est de là que nous jaillirons pour surprendre l’ennemi. C’est de là que des milliers de soldats s’élanceront. »

La bataille aura lieu le 9 avril 1917 et la carrière Wellington peut désormais être visitée. « Abandonnée en 1919, elle servira d’abri durant la Seconde Guerre mondiale puis sera oubliée jusqu’à sa redécouverte en 1990 par l’archéologue Alain Jacques » (cf. p.103) qui nous l’explique en fin d’ouvrage :

« Les troupes britanniques qui se sont relayées dans cet immense abri nous ont laissé des milliers de graffitis. Ces écrits et dessins témoignent de leur passage et nous renseignent sur l’état d’esprit qui régnait en ces lieux à la veille des combats.

(…) Parmi les dessins découverts, un portrait de jeune femme a particulièrement attiré l’attention de mon équipe de recherche. L’apparition dans le faisceau de la lampe électrique de ce visage gracieux, éclairé d’un léger sourire, ainsi que la discussion qui s’en est ensuivie, sont restés dans notre mémoire.

Qui était-elle ?

Quel souvenir cette jeune femme avait pu laisser à ce soldat pour qu’il ressente l’envie de la dessiner ?

Avait-il simplement le besoin de sentir ce regard féminin et bienveillant posé sur lui en attendant les épreuves qu’il devrait endurer lors de l’offensive à venir ? » (pp. 105-107)

Dorothée PIATEK, en rédigeant ce court mais sensible roman, nous confie son hypothèse. Jérémy MONCHEAUX l’a illustrée.

 

 

 

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Le Jeu de la Mort

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Le Jeu de la Mort

de David Almond chez Gallimard

« Vous êtes ici pour jouer au Jeu de la Mort murmurait-il…

– Qui va mourir aujourd’hui ? murmurait Askew.

Il lançait le couteau qui tournait sur le verre, accompagné de nos cris :

– Mort ! Mort ! Mort !

Quand la pointe du couteau s’arrêtait face à un joueur, la victime tendait la main à Askew qui l’attirait au centre du cercle en disant :

– Quelqu’un va mourir aujourd’hui…

– Abandonnes-tu la vie ?

– Je l’abandonne.

– Désires-tu vraiment mourir ?

– Je le désire.

A ces mots, Askew serrait l’épaule du joueur. Il lui parlait à voix basse, au creux de l’oreille. Quand il avait fini, il lui fermait les yeux avec le pouce et l’index tendus en prononçant :

– Ceci est la mort !

Le joueur tombait sur le sol…

– Repose en paix, murmurait Askew.

– Repose en paix, répétions-nous. »

A Stoneygate, sur la lande, les enfants jouent à se faire peur : descendre dans la fosse, mimer la mort, ressortir au grand soleil et savourer le souffle du vent sur leur peau leur procurent une joie indicible. Ils sont vivants et savourent le plaisir trouble de la transgression loin des regards des adultes. Car sous la lande, il y a longtemps, les mines avalaient des enfants, recrachaient parfois leurs cadavres, ou les gardaient enfouis sous les éboulis : ils errent, silhouettes entraperçues, miroitement fugace d’un regard éteint dans un visage émacié strié de poussière de charbon. Ils sont menés par le Soyeux, un petit garçon qui n’est jamais remonté à la surface.

A Stoneygate, certains les voient, comme Kit Watson et son grand-père et bien sûr, John Askew, l’officiant du Jeu de la Mort.

Des enfants, en sortant de la fosse, ont évoqué de terribles rencontres dans l’obscurité des galeries, mais seuls John et Kit savent ce qu’ils ont vu.

C’est vraiment un superbe roman : un univers troublant, à la foi féérique et inquiétant, avec de magnifiques personnages.

J’ai adoré !

So strange

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Lucy STRANGE « Ecoute le rossignol« 

(Castelmore, 2017)

« 1919. Henrietta emménage avec sa famille à Hope House, une grande et très ancienne maison près de la mer. Ses parents et sa gouvernante étant occupés par leurs soucis, Henrietta est livrée à elle-même, avec ses livres pour seule compagnie. Elle découvre que Hope House regorge de secrets : un grenier oublié, des ombres fantomatiques et une mystérieuse lueur qui apparaît entre les arbres au fond du jardin… Une nuit, elle s’aventure dans le bois au Rossignol. Elle va y faire une rencontre qui va bouleverser sa vie…« 

Franchement, ce résumé de l’éditeur ne donne pas assez envie de lire ce roman. C’est dommage.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère digne des romans anglo-américains du tout début du 20ème siècle, comme « Le jardin secret » de Frances Hogdson Burnett, « Papa longues jambes » de Jean Webster ou, dans un tout autre genre, « Le vent dans les saules » de Kenneth Grahame.

Tous les ingrédients y sont : la demeure mystérieuse et son grenier secret, le phare et la mer au loin, la légère fumée qui s’élève dans le bois, et puis la mère enfermée dans sa chambre, le père absent, la nurse dévouée aux deux fillettes, la cuisinière complice. Par là-dessus se greffent un médecin aux méthodes assez glauques, un étrange boiteux…

Tout cela vu à travers les yeux d’Henrietta, dite « Henry » dont l’imagination n’a d’égale que sa bibliothèque bien fournie en auteurs contemporains : Lewis Carroll, Louisa May Alcott, Charles Dickens, mais aussi Hans Christian Andersen et autres conte(ur)s de fées. Et bientôt John Keats et son « Ode à un rossignol »

Jusque-là ce roman pourrait n’être qu’un agréable divertissement.

Mais Lucy STRANGE étoffe le personnage d’Henry qui, malgré ses douze ans, se rend non seulement compte de ce qui se trame, mais puise en elle la force d’aller contre un processus mortifère pour tout le monde.

Puise en elle, certes, mais pas seulement… je ne vous en dis pas plus.

Un roman qui aborde également la manière brutale dont furent traités les soldats revenus choqués de la Guerre de 14, les progrès de la psychiatrie, la difficile résilience après des événements traumatiques, mais aussi l’éducation des filles. Et en cela Henry, nourrie des « Quatre filles du Dr March »et admiratrice de Jo « drôle, garçon manqué et pragmatique », m’a faite me souvenir de Calpurnia, autre personnage de fille énergique qui m’avait beaucoup intéressée, refusant de se plier aux convenances étriquées et dévastatrices de l’époque.

Un coup de coeur pour cette fin d’été.

 

« Vol 508, à la vie à la mort »

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Inspiré de l’histoire vraie de Juliane Koepcke, 17 ans, seule rescapée d’un avion qui s’était écrasé au Pérou, entre Lima et Pucallpa, le 24 décembre 1971, le roman de Pascale PERRIER (publié chez Oskar éditeur dans la collection « suspense » en 2017) est très impressionnant.

« Vol 508, à la vie à la mort« 

« Lima, 24 décembre 1971.

Juliane, 17 ans, et sa mère, viennent de décoller.

Mais l’avion est pris dans un orage tropical et s’écrase dans la forêt péruvienne. Juliane se réveille attachée à son siège d’avion. Elle semble être la seule rescapée. Malgré ses blessures, la jeune fille erre à travers la jungle en attendant les secours. Mais comment survivre, piégée dans cette forêt équatoriale hostile alors que l’épuisement et le désespoir la gagnent ? » (cf. 4ème de couverture)

Blessée, en robe légère, avec une seule sandale, sans ses lunettes perdues dans l’accident d’avion, Juliane va tenter de survivre dans un environnement effrayant.

Sa seule chance c’est d’avoir déjà vécu un an et demi dans la forêt amazonienne.

« Une fois, papa m’avait dit : « Tout ce que mange un singe convient généralement à l’être humain. » Alors dès que j’en vois un, je l’observe. Peut-être me conduira-t-il à une manne ? Le problème, c’est qu’ils grignotent souvent des aliments qu’ils trouvent en hauteur. Impossible de grimper en haut des arbres pour récupérer quelque chose, surtout avec mes blessures ! Alors je me contente de sucer des racines ou des fougères. C’est très mauvais mais je sais que, au moins, celles que je mange ne sont pas toxiques. »

Par deux fois, elle entend un avion survoler la zone, mais ils ne peuvent pas la voir au milieu de toute cette végétation. Alors elle marche, en espérant rencontrer des secours.

Elle va marcher pendant dix jours, la peur au ventre, avec ses blessures qui s’infectent et la faim qui la tenaille.

Le livre est court, à peine cent cinquante pages, mais totalement prenant.

Le survivalisme en mode réel…

En 2000, le réalisateur Werner Herzog reviendra avec Juliane sur les lieux de l’accident pour un film documentaire qu’il intitulera « Les ailes de l’espoir« .

Colorado train

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Colorado train

de Thibault Vermot

chez Sarbacane

 » Ils approchent… eh, eh…!voici des bruits de pas.

Ils longent les quais solitaires, par groupes de trois, quatre, ils rient ; ou bien ils sont seuls, et c’est la nuit- je les préfère enfants, la chair élastique.

Moi, je me coule dans l’ombre d’un wagon, dans l’ombre grise… j’aiguise mes ongles et j’affûte mon sourire, mille lames plus coupantes qu’un méchant soleil.

Patience… !

Patience, ma bouche hérissée, râteau d’épouvantail. Patience, mon ventre à la tripe creuse et racornie !

Ils viennent… ils ne se méfient pas ! La main du gosse sort de sa poche pour y fourrer le jouet qui traîne sur le quai…

Et je viens preste comme un ressort. « 

Dans l’ombre des Rocheuses, il y a Durango, petite ville américaine typique qui savoure la sérénité de l’après guerre. Pourtant il y a quelques années un crime sordide a soudé la communauté dans le même effroi : le meurtre d’une petite fille, éventrée.

Le père de Suzy, policier, ne s’en s’est pas remis et se soûle de violence en détruisant sa femme et sa fille.

Heureusement Suzy n’est pas seule : il y a Don, George, Durham, Michael et Calvin son frère.

Malgré leur jeune age, ils ont chacun connu le rejet, la souffrance.

En marge de leur propre famille ils ont créé un cocon protecteur, la cabane qu’ils ont aménagée, dans laquelle ils peuvent redevenir des enfants loin de ces adultes peu fiables.

Mais un jour, Moe, un de leur condisciple, disparaît.

Toutes les hypothèses convergent vers un scénario plausible et surtout rassurant : la fugue.

Jusqu’à ce qu’on retrouve le corps de l’adolescent en partie dévoré.

Et le constat est sans appel c’est bien une mâchoire humaine qui a dépecé Moe …

Le groupe happé par ce fait-divers, à la fois terrifié et fasciné, va se lancer dans une enquête qui va le mener aux frontières de l’horreur et de la mort.

Un très, très bon roman effrayant et terriblement efficace.

J’ai adoré !

Amour toujours…

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Une histoire d’amour assez improbable, mais un roman bien ficelé.

Tout en nous donnant envie d’aller jusqu’au bout de la romance de ce « Coup de foudre à Pékin« , Chloé CATTELAIN égraine un certain nombre de réalités sur la Chine.

Des réalités pas toujours reluisantes…

(Thierry Magnier, collection « Grands romans », 2017)

« Clémence suit sa mère qui a accepté un poste en Chine. Pas facile de laisser derrière elle son frère chéri et sa meilleure amie, mais rien de tout ça ne viendra gâcher son enthousiasme. Sa mère l’a inscrite dans l’internat d’un lycée chinois prestigieux. La majorité des cours sont en anglais et elle retrouve là des enfants d’expatriés. Dans ce lycée chinois, Clémence perd ses repères : les citations (mantras exaltant les valeurs travail et discipline), la rigueur de l’internat (étude obligatoire dès 7h15 le matin et jusque 21 heures le soir), les exercices de rassemblement et gymnastique collective quasi-militaire en guise de récré, inspection des chambres par la « professeur de vie » chaque matin à 6h30… Un mot d’ordre : ne pas faire désordre et, surtout, rester à sa place. Heureusement, il y a aussi Li Mei, une ado au franc-parler qui a un regard beaucoup plus critique sur ce monde. Clémence remarque bientôt Yonggui, un étudiant d’une faculté prestigieuse. Une histoire d’amour s’esquisse, mais il subit une pression écrasante. Yonggui vient de la campagne et sa famille a consenti d’énormes sacrifices pour lui permettre de se hisser à ce niveau d’études. Clémence va devoir revoir ses réactions égocentriques d’adolescente amoureuse pour plonger, à pieds joints, dans une réalité chinoise parfaitement exotique. » (Présentation éditeur)

Chloé Cattelain qui a étudié le mandarin en Chine, vécu à Shanghai puis à la campagne, sait de quoi elle parle.

« A quoi tu t’attendais ? demanda Li Mei. A un étudiant, le front ceint d’un bandeau blanc avec le caractère « liberté » écrit en noir dessus, manifestant dans la rue, réclamant dans le journal de la fac une totale liberté d’expression, le multipartisme et le respect des droits garantis dans la constitution ?

_ Eh bien…

_ Alors ma belle, prépare tes oranges, parce qu’il croupirait en prison. Mon conseil : évite les inutiles dépenses d’agrumes et prends-le tel qu’il est, avec ses choix pas faciles et sa situation compliquée. Yonggui grappille des bouts de liberté là où il peut. Ça ne fait pas bezef, mais c’est déjà ça.

Pour clore son discours, Li Mei jeta son mégot au sol.

Clémence renchérit :

_ C’est un garçon si gentil ! Je lui ai parlé des atteintes aux droits de l’homme, et tu sais ce qu’il m’a dit ?

_ Oui : il n’a aucune idée de ce que sont les droits de l’homme.

_ Exactement ! s’exclama Clémence.

_ Tu as cours avec moi, voyons, lui expliqua Li Mei, on n’apprend pas ça à l’école. Et tu regardes la télé comme nous tous. Avec la propagande déversée, que veux-tu qu’il pense ? »

Li Mei est fille de hauts dirigeants, elle a fait ses études en Suisse et, après une année dans ce lycée chinois réservé à l’élite, va devoir bientôt les poursuivre au Canada… Je vous laisse découvrir pourquoi en lisant le roman.

 

Nous les menteurs

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Dans la famille Sinclair on est beau, riche, sportifs, intelligents… la crème de la crème. Et rien ne doit troubler cette image si lisse et parfaite. Il faut ravaler ses sentiments, ses rancoeurs, même ses envies si elles ne collent pas avec la volonté de Harris Sinclair le patriarche tout puissant.

L’été, ses trois filles et leurs enfants débarquent à Beechwood, leur ile au large du cap Cod. Cadence, l’ainée des petits enfants se fait une joie chaque année de retrouver ses cousins Mirren et Johnny, et Gat, la pièce rapportée, neveu du nouveau compagnon de sa tante Carrie. Chaque famille à sa propre maison, des domestiques sont là pour assurer de délicieux repas entre les baignades et les promenades…bref un paradis pour gens fortunés. Mais petit à petit les non-dits remontent à la surface et le vernis commence à se craqueler. Cadence manque de se noyer lors de ses 15 ans, et si elle ressort vivante de cet accident, sa mémoire a effacé une partie de cet été là…

Un roman qui a déjà 3 ans et que je n’avais pas encore lu ! Je me suis laissée embarquer à Beechwood, dans cette atmosphère étouffante pour voir les dessous de cette famille si parfaite. Un roman qu’on ne repose qu’une fois terminé !