Archives de Catégorie: Roman

Mémoire en eaux troubles – Joëlle Van Hee – éditions du Jasmin

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Ce livre, lu par une belle journée ensoleillée, m’a fait pleuré.

L’auteure évoque la relation tendre d’un grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer et son petit-fils Antonin.

Jour après jour l’adolescent vient le voir à l’hôpital, d’abord contraint puis avec plaisir.

« Pourquoi est-ce si difficile d’avouer que je sens que Papy nous quitte su le fil de sa mémoire émoussée et que j’ai envie de profiter de ses derniers instants de lucidité funambule?… Lui non plus n’aurait pas voulu finir comme il est en train de finir… Il aurait détesté le mec qu’il est en train de devenir »

Il y fait la connaissance  d’autres « Schmouls » : Popeye, le Doux Gentleman, le Teigneux, Madame Pata… Ils les aiment bien.

Et puis un jour c’est le délire : une Maria Debruyne surgit de la tête du grand-père et une expression apeurée dans sa bouche : « les oiseaux saignent de peur « .

Antonin remonte le fil de l’histoire du patriarche et échange avec lui lors des moments de lucidité. Sa recherche commence mais a-t-il vraiment envie de connaître la vérité?

Quel était son rôle pendant la guerre, le jeune homme va-t-il pouvoir apaiser le tourment de son papy avant la fin?

Joëlle Van Hee nous raconte la peur qu’évoque cette maladie, l’angoisse de se retrouver seul face à ses démons avec une écriture émouvante.

« Devenir poisson, c’est se souvenir qu’on était libre quand on était oiseau. C’est le regarder, cet oiseau, et ressentir encore l’ivresse de quand on déployait les bras pour glisser sur les ailes du vent. Etre poisson, c’est être incapable de hurler son impuissance liquide… »

 

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Heureusement que le chien, lui, est un type bien – Lorenza Ghinelli – Editions Thierry Magnier

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Roman italien qui traite de l’adolescence, du divorce, du harcèlement, de la violence familiale, de la confiance en soi, de l’amour et des pizzas. La vie quoi!

Texte choral dans lequel chaque moment est vécu à travers plusieurs protagonistes. L’écriture est vive, sensible et remplie d’humour.

Massimo est un grand ado de 14 ans qui se fait harceler par Vito qui l’a surnommé Minimo. Et les moqueries du coup vont bon-train au collège. Pourquoi lui ? heureusement que Filippo et sa grand-mère sont là. Et puis il y a Céleste, sa super copine : «  Elles est amie avec Massimo et ce nerd de Filippo, les moins cool de tout le collège. Ils forment un drôle de trio, entre inadaptés ils se sont bien trouvés. Céleste est canon mais elle est plate comme une planche de surf. Et au lieu de valoriser ce qu’elle a, elle s’obstine à se fringuer comme un mec; ça me rend folle » – Stéfania/ boulimique mal dans sa peau à cause de sa mère et amoureuse de Vito.

Mais finalement, Massimo, en se rebellant, va découvrir le terrible secret de Vito.

A la bfm de Limoges

 

La randonnée – Christophe Léon – Editions Thierry Magnier

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5 adolescents s’en vont avec leur éducateur pour une randonnée de quelques jours. Au programme : marcher sans téléphone, camper à la dure en pleine montagne.

Après les noms d’oiseaux d’usage pour se faire respecter, le groupe s’enfonce dans la forêt.

Au fil de la lecture on attrape des petits bouts d’histoires de ces enfants qui racontent leur fragilité, leurs blessures. Se cogner au silence des Pyrénées et à la rudesse du paysage les obligent à se dépasser et être solidaires.

Une nuit Lukas et Damien entendent un bruit inquiétant. Puis c’est une forme fugitive qui glisse à travers les arbustes… des coups de feu? Une angoisse se diffuse, un suspense s’installe… Est-ce la nature ou l’homme qui sera le plus sauvage?

Mais vous êtes bien coquin Monsieur Léon d’avoir écrit une fin si mystérieuse! On peine pour les personnages, on espère pour eux. Diaboliquement bon !

 

A la bfm

Christophe Léon

Blog de l’auteur

 

 

 

Coup de foudre à Pékin – Chloé Cattelain – Editions Thierry Magnier

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Chloé Cattelain est une aventurière sans en avoir l’air :

Elle obtient son bac et décide de partir étudier le mandarin en Chine. Elle trouve des petits boulots à Shanghai et découvre la vie tumultueuse des grandes mégalopoles. Elle voyage dans la campagne chinoise, franchit les cinq montagnes sacrées.

A l’heure actuelle elle est revenue sur les terres gauloises.

« Coup de foudre à Pékin » est une très romantique entrée en matière si vous voulez découvrir la culture chinoise, l’éducation des adolescents si éloignée de nos coutumes.

Clémence part avec sa mère mutée à Pékin. Elles laissent frère et père.

La jeune fille débarque dans son lycée et va devoir se plier au rythme des cours, des séances de gymnastique, de la rigueur des professeurs.

Heureusement il y a les fous rires avec son amie Li-Mei, fille de hauts dirigeants véreux, l’amour avec Yonggui et une vision poétique de la Chine avec Madame Zhou professeure rebelle et subversive.

 

Pour faire écho à ce texte, un film-documentaire poignant  du réalisateur Lixin Fan – Le dernier train » qui en dit long sur la condition des ouvriers en Chine, de la famille, et.. de l’adolescence.

 

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives – Collection L’arbalète/ Gallimard

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Carole Fives écrit  pour les ados et adultes .

Ce dernier roman nous amène dans la vie d’une mère célibataire et son jeune garçon.

Elle est surprotectrice, l’enfant est vampirique. Ces deux personnages vivent l’un sur l’autre et le seul moyen, pour la mère,  de ne pas étouffer, c’est de s’échapper quelques minutes, puis quelques heures, la nuit dans les rues de Lyon.

Parfois elle fait le bilan : sa vie de femme est oubliée, son travail de graphiste free-lance supplanté par le quotidien. Elle s’enfonce mais résiste… encore pour longtemps?

Très beau texte qui parle de l’intimité de ces femmes qui assument seules l’éducation et l’avenir de leurs enfants.

A la bfm

 

 

Mes nuits à la caravane – Sylvie Deshors

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Lucile a perdu sa mère et depuis vit seule avec un père qui dérive.

Cette situation est si lourde qu’elle décide d’emménager dans la caravane où sa mère venait peindre.

Ben, Léna et Djoul sont là pour l’aider, quant à son père, il reste mutique.

Reste dans l’ombre la raison pour laquelle le restaurant de ses parents a brûlé il y a quelques années, tragédie qui a définitivement fait tomber son père dans l’alcoolisme.

Lucile va faire sa petite enquête et découvrir la jeunesse de ses parents.

Génial roman où l’on découvre l’amitié, la vie d’adolescents à la campagne… Bellac : 4000 habitants, la foi en l’avenir, la conquête de l’indépendance.

Une belle bande de copains, solidaires et qui croquent la vie : ça fait du bien !

 

A la Bfm .

« Bacha posh »

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Peut-être avez-vous déjà entendu parler des « bacha posh »  en Afghanistan ou au Pakistan?

Dans le cas du roman de Nadia HASHIMI, l’histoire se passe en Afghanistan à l’heure actuelle, Obayda est une fillette, la dernière de sa famille. Leur père est policier, leur mère reste à la maison comme la plupart des femmes afghanes.

Un drame vient bouleverser l’ordre des choses : leur père est victime d’un attentat à la voiture piégée alors qu’il n’est pas en service. Il y perd une jambe et son travail…

La famille doit alors quitter sa vie « normale » à Kaboul pour vivre à la campagne dans la famille du père, dans un village sous la coupe d’un de ces « seigneurs de la guerre » violents et corrompus, installés par plusieurs décennies de guerre, d’interventions étrangères et d’anarchie politique.

« A Kaboul, toutes les familles envoyaient leurs filles à l’école. Dans le village, en revanche, il y a deux sortes de familles. Celles qui scolarisent leurs filles, et celles qui ne le font pas. Certains parents pensent que leurs filles sont destinées à devenir des épouses et des mères, qu’elles n’ont pas à se soucier des livres. Je suis triste pour ces filles parce qu’elles passent à côté d’un tas de choses. Tout ce qu’elles peuvent compter, c’est combien de tasses de riz il faut mettre dans la casserole, et elles sont incapables de distinguer la lettre kof de la lettre gof. Il y a aussi des parents comme les nôtres, qui pensent que leurs filles doivent être capables d’écrire leur nom, de lire, de compter. Ils souhaitent aussi les voir se marier, mais comme ma mère aime le répéter, une enfant intelligente deviendra une femme encore plus intelligente. »

Toutefois, n’ayant pas de frère, sous la pression d’une de ses tantes, Obayda va devenir Obayd, une « bacha posh », c’est à dire une fille « déguisée » en garçon.

 » (…) Un garçon, ça peut travailler et gagner de l’argent. Un garçon, ça porte bonheur. Un garçon, ça amène d’autres garçons dans la famille. Les filles ne peuvent rien faire de tout cela. Tu n’es plus à Kaboul, ma chère. Ce village est dirigé par Abdul Khaliq, l’horrible seigneur de la guerre, et si on ne se prosterne pas à ses pieds, il est difficile de s’en sortir. Il est temps d’agir pour ta famille. Tu ne veux pas que tes filles aient faim, hein ?

– Bien sûr que non, murmure ma mère d’une voix chevrotante. »

Au début, c’est difficile pour Obayda qui a déjà une dizaine d’années et s’assume bien comme fille, mais elle va vite apprécier la liberté que lui offre ce statut de garçon. Statut tout provisoire car à la puberté, les « bacha posh » redeviennent des filles… c’est cela que nous raconte Obayd(a) dans « Ma vie de bacha posh » (paru aux éditions Castelmore en 2017).

Même si l’on peut être déçu par ce roman écrit par une Afghane d’origine et qui aurait pu aller plus loin dans la psychologie des personnages, il a le mérite d’aborder – même trop rapidement – quelques-uns des problèmes de l’Afghanistan, comme la condition des femmes, l’inégalité entre filles et garçons, les mariages d’enfants et la violence générale.

On peut cependant lui préférer « Bacha posh » de Charlotte ERLIH (paru chez Actes sud en 2013), également à la médiathèque.