Archives de Tag: amour

Comment dire… ?

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Comment dire… ?

Comment dire… ?

Eh bien oui, j’ai été déçue par un livre. Ce n’est pas la première fois, ça arrive dans la masse de livres lus, mais d’habitude je laisse tomber.

Or, celui-là avait des prétentions, il venait de paraître dans une nouvelle collection chez Thierry Magnier, « L’ardeur » :

« LIRE, OSER, FANTASMER, trois mots qui résument l’ambition de la collection L’Ardeur. Depuis ses débuts, notre maison est fière de défendre une littérature courageuse qui s’intéresse à l’adolescence telle qu’elle est, avec ses zones d’ombres, ses excès, ses émotions exacerbées. Mais l’adolescence est aussi une période où le corps se métamorphose, où la vie sexuelle commence. Quoi de plus logique, alors, que d’ouvrir notre catalogue à des textes qui parlent de sexualité, de désir, de fantasme. L’Ardeur se pose résolument du côté du plaisir et de l’exploration libre et multiple que nous offrent nos corps. » (cf. présentation éditeur)

Et puis, il était écrit par Susie MORGENSTERN, vieille routière de la littérature de jeunesse.

Mais, pour moi, il n’a pas tenu ses promesses :

« La nuit, dans son lit, Rose s’invente des histoires de corps qui se rencontrent, mais dans la vraie vie personne n’ose l’approcher. Son albinisme y est peut-être pour quelque chose ? Rose se sent différente et une question la hante : est-ce normal de penser autant au sexe ?
Avec beaucoup de pudeur et de malice, Susie Morgenstern fait son entrée dans la collection L’Ardeur, en abordant la question du désir adolescent avec humour et dérision. Ce texte est accessible aux plus jeunes lecteurs.
 » (cf. Présentation éditeur)

C’est laborieux, en fait.

On a l’impression que Susie Morgenstern avait dans ses tiroirs une nième histoire d’amour, au demeurant originale, entre Rose, jeune fille albinos, et Augustin « aux 506 789 boutons« .

Mais que pour pouvoir coller à « L’ardeur », il fallait pimenter un peu !

Et c’est là que le bât blesse car les passages de « Touche-moi » où Rose s’interroge sur ses fantasmes, se demande si elle est « normale » de se faire des films dans son lit, s’y masturber et fixer l’entrejambe des garçons, ces passages paraissent avoir été rajoutés a posteriori, interrompant (trop ?) fréquemment un récit très linéaire et par ailleurs assez convenu.

Dommage car la plupart des personnages sont intéressants ; Susie Morgenstern aborde aussi bien le thème des familles différentes, que celui du handicap, du harcèlement ou de la sexualité, avec son humour habituel, mais le résultat est d’un lourd…

Il y a quatre titres pour le moment dans cette collection, je vais en tenter un autre.

Mille kilomètres à pied…

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Mille kilomètres à pied, ça n’use pas que les souliers !

Juno en fait l’expérience, elle qui s’est lancée dans l’aventure de ce trek, pour la perspective des cent cinquante mille dols que recevra le gagnant.

Sa famille va à vau l’eau depuis que leur mère est morte, leur père ne travaille plus et

« si la maison est saisie, les petits seront envoyés en foyer jusqu’à leur majorité, mon père sombrera encore plus dans la dépression, et qui sait ce qu’il deviendra. Moi, je resterai travailler à la conserverie, à vider ces horribles poissons [au lieu d’aller à l’université]. »

Mais le « trek du Pownal » n’a rien d’une partie de plaisir, ce sont mille kilomètres de randonnée en autonomie presque totale dans la chaîne de montagnes du Pownal : les Crêtes d’or, le Trivent, l’Albus enneigé, plus les meutes de loups du plateau Leu, les ours de la forêt Ursus, les coyotes, les lynx.

La météo qui peut compliquer la marche voire la rendre dangereuse.

Sans compter les autres concurrents ; d’autant que « si un concurrent porte assistance à un autre, de quelque manière que ce soit, une pénalité sera appliquée au concurrent assisté. »

Et malgré tout, Juno s’est inscrite car c’est le seul moyen de sauver sa famille du naufrage.

Ce premier roman d’Aurore GOMEZ : « L’espoir sous nos semelles« , édité par Magnard en 2018, prend littéralement aux tripes tout au long de ses trois cent et quelques pages.

Chaque jour « nous » marchons vingt-cinq kilomètres environ avec Juno, validons les bornes qui délivrent sa ration journalière de nourriture, composons avec les autres concurrents, rédigeons le message quotidien obligatoire ainsi que photos et vidéos, malgré le temps, la fatigue, le danger…

 

« If your Nerve, deny you—
Go above your Nerve— (…) »

Si le courage te fait défaut
Va au-delà de ton courage.

Emily Dickinson

 

 

Coeurs en hibernation

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Delphine PESSIN : Deux fleurs en hiver

dont vous pouvez lire ou écouter un extrait sur le site de l’éditeur Didier jeunesse, 2020

Capucine et Violette, pour les fleurs, mais pourquoi « en hibernation » ?

Chacune a ses raisons, qu’elles n’ont pas l’intention de dévoiler tout de suite. Mais elles vont faire connaissance, s’apprivoiser et s’apprécier.

Pourtant elles n’ont rien en commun, l’une est élève de Terminale ASSP et a décidé d’effectuer son stage de dix semaines dans un Ehpad, l’autre vient d’entrer dans cet Ehpad à contre-coeur,  « pour sa sécurité » lui a dit son fils…

Delphine Pessin n’édulcore rien et surtout pas le mal être dans les Ehpad dû au manque chronique de personnel, au « Bel air » comme ailleurs, malgré la conscience professionnelle des aides-soignant.e.s :

  » – J’espère que les filles seront là d’ici à ce week-end, m’a confié Lili. Sinon, il faudra laver en priorité les patients qui ont de la visite.

Je suis restée sans voix. Je n’en revenais pas qu’elle dise un truc pareil. Quoi, on n’allait doucher que les vieux en vitrine ? Les autres, ceux qui seraient planqués dans leur chambre, ils n’avaient qu’à sentir le moisi et puis c’est tout ?

Alors que la matinée avançait et que je cavalais tout du long, j’ai compris qu’elle essayait juste de m’apprendre.

C’était ça la réalité du terrain.

Il fallait parfois composer avec ce qu’on avait. C’est-à-dire moins de personnel, et toujours autant de travail. »

Il n’y a pas que les douches qui manquent.

 » – On a dix minutes au maximum pour chacun [des résidents]. Quand j’ai appris les gestes à l’école, on en avait quarante. Quand est-ce qu’on discute avec eux ? Jamais.

– La maison de retraite, c’est l’usine. On voudrait juste s’asseoir, leur prendre la main et discuter, mais il faut les lever, changer les draps, passer à la chambre suivante. »

Alors certains résidents se laissent « glisser, petit à petit, jusqu’au point de non-retour ». La durée moyenne de séjour dans ce type d’établissement est de deux ans et neuf mois…

Quant au personnel, l’issue fréquente c’est le « burn out », après l’enthousiasme du début, succèdent la stagnation, la désillusion, le sentiment d’échec et une souffrance telle que certains pensent à se suicider.

Le roman de Delphine Pessin est beaucoup plus que la dénonciation d’un système inhumain, il montre également comment deux personnes malmenées par la vie peuvent s’épauler, mais encore faut-il en avoir la possibilité.

Violette aurait pu réciter à Capucine cet haïku de Natsume Soseki :

« Sans savoir pourquoi
J’aime ce monde
Où nous venons pour mourir. »

 

 

 

 

 

 

 

« Une photo de vacances »

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Peut-être êtes-vous dans le trolley et il fait moche… Alors ouvrez « Une photo de vacances » de Jo WITEK (Actes sud junior, 2020).

L’auteur raconte quinze jours de l’été qui précède l’entrée en 6ème d’Eugénie. Et c’est tellement vrai… L’incompréhension et une pointe de jalousie pour sa soeur adolescente, les premiers émois malgré cette envie de prolonger l’enfance, avoir un peu ses parents pour soi quand on est celle du milieu, etc.

Heureusement, Eugénie a des parents attentifs et qu’elle peut poser les questions qui la taraudent :

« Je ne sais pas bien par où commencer. Je n’ai pas l’habitude d’avoir des questions sérieuses avec ma mère. J’aime tellement faire le pitre depuis que je suis toute petite. Pourtant cette fois, j’ai envie d’autre chose, envie d’ouvrir le petit jardin cadenassé que j’ai découvert cet été et qu’Adèle appelle l’intimité.

Maman ? C’est… normal de se sentir bizarre parfois à mon âge ?

– Comment ça bizarre ?

Toute drôle dans son corps. Secouée. Enfin, pas comme avant.

– Parfaitement normal, ma puce, ton corps va commencer à changer, tu vas avoir les seins qui vont pousser, des poils aussi et tes règles ensuite…

– Arrête ! Ça me dégoûte ! j’avoue. Ça me fout la trouille, tout ce chamboulement. Pas envie de devenir un monstre !

– Ma puce, ne t’inquiète pas, tu ne vas pas te réveiller un matin avec des poils de yéti sur les jambes ni des seins énormes sous ta chemise de nuit. La nature est bien faite, elle prend son temps.

– Et pourquoi j’ai si souvent envie de pleurer ? »…

« Chez les Manzatti, même si on n’est pas riches, la virée estivale loin de la cité, c’est sacré ! Cette année, direction le Sud. Dans le vieux monospace, Eugénie se retrouve coincée entre sa petite soeur de deux ans, Juliette, et sa soeur aînée, Adèle, accompagnée de sa meilleure copine. Difficile à dix ans de trouver sa place pour Eugénie. Ni grande, ni petite, celle du milieu… Ses vacances, elle les vit dans un drôle d’état entre joie et tristesse, pur bonheur des randonnées à vélo ou en canoë, amertume de perdre Adèle qui la snobe et ne pense qu’aux garçons. Des émotions changeantes tandis qu’elle prend conscience de son corps et du regard des autres. L’amour la dégoûte, et pourtant, voilà que son coeur s’emballe devant un jeune joueur de tambour aperçu dans la fanfare du 14 Juillet. Qu’est-ce qui se passe cet été ? Tout est presque pareil que les autres années, et pourtant Eugénie ne se reconnaît plus. » (Présentation éditeur)

A la BFM parmi une bonne vingtaine d’autres titres de Jo Witek.

La rivière de satin – Jean-François Chabas – Editions Didier jeunesse

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Jean-François Chabas est l’auteur de ce roman qui nous amène sur les rives enchantées d’Hawaï. On y rejoint Sine, orpheline de 15 ans qui va devoir cohabiter avec sa mégère de grand-mère: Abigail.

Depuis que ses parents sont morts noyés dans l’Hudson glacé, elle est atteinte du syndrome d’Alice qui l’oblige à vivre avec des hallucinations qui transforment ce qui l’entoure en des choses gigantesques et effrayantes.

Dans cette île paradisiaque elle découvre la pauvreté des autochtones tandis que les Blancs se sont octroyés les plus beaux paysages. Elle apprend les coutumes polynésiennes avec le beau et mystérieux Holokai . Méduse-Abigael ne perd pas une occasion pour lancer son fiel  : raciste, aigrie, méchante, on pourrait la résumer d’une phrase : il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas.

Mais le volcan Mauna Loa se réveille et c’est alors que la fin du monde est déclenchée. On lit l’apocalypse à travers les yeux de Sine. On y voit le glaive de la Nature : pauvres, riches, enfants, adultes, personne n’est épargné.

Je vous conseille la lecture de la genèse de ce roman qui apportera des informations supplémentaires et surprenantes.

A la bfm

François PLACE

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La première fois que je vous ai parlé de François PLACE, c’était en 2012, mais nous le connaissions depuis longtemps, vous et moi… Sans doute depuis « Les derniers géants » parus en 1992 et souvent étudiés en classe depuis. Peut-être même aviez-vous déjà emprunté en bibliothèque des documentaires Gallimard illustrés de ses dessins soignés et détaillés.

Son dernier roman « La reine sous la neige » est une histoire assez folle, où se mêlent fantastique, intrigue policière, sujets de société comme le harcèlement, les réfugiés, l’art contemporain, les adolescents et l’amour, autour du personnage de Sam.

Samantha est une jeune métisse dont les parents divorcés vivent entre l’Afrique du sud et les Pays-Bas.

Comment se retrouve-t-elle coincée à Londres, sans son portable qu’on vient de lui voler, précisément le jour où la Reine Elisabeth décède ? A vous de le découvrir…

 

François PLACE : La reine sous la neige (Gallimard, jeunesse 2019)

« Une tempête en plein ciel, un avion dérouté, un vol de portable, un coup de foudre,

deux amoureux,

une reine morte, un enfant perdu, un tigre évadé du zoo, une statuette de plastique, une enquête impossible, Londres sous la neige… » (cf. 4ème de couverture)

 

Les objets tiennent une grande place dans ce roman, tout particulièrement ces petites « boules à neige » qu’adorent les enfants.

« Sam ne savait laquelle choisir. Même collier de perles, même petit sac à main un peu ridicule, même coupe de robe, même va-et-vient de la main, mais la palette de couleurs allait du bleu layette au rose pastel. Il y avait un côté un peu effrayant dans leur façon de bouger en rythme. Alignées comme des petits soldats, elles auraient pu servir de public souriant à un défilé militaire en Corée du Nord.

(…) Sam choisit la troisième à partir de la gauche, bleu pervenche. Souriante sous son chapeau cloche, la figurine se tenait au garde-à-vous, raide et endimanchée. Sa main droite à hauteur de l’épaule, doigts réunis et gantés de blanc, oscillait avec une régularité de métronome. Elle semblait dire : « Allez-y, vivez votre vie, faites ce que bon vous semble, chantez, dansez, pleurez, dans tous les cas je vous dirai bonjour, du matin au soir, ou bye-bye si vous préférez, c’est comme vous voulez, ça n’a aucune importance, parce que de toute façon l’Angleterre sera toujours l’Angleterre, et moi, la reine, je serai toujours la reine, et God save the Queen. »

D’ailleurs, est-ce bien Sam l’héroïne de ce roman ? Ne serait-ce pas plutôt la Reine, même morte ?

François Place a écrit là une histoire assez déjantée, je doute que le futur décès d’Elisabeth II engendre autant de drôlerie et d’événements surréalistes. Quant à sa succession… Le chapitre à propos du Prince Charles est assez comique, mais on voudrait y croire.

Un bon moment de lecture, original et joyeux.

 

Libres et affamés de vie, de rire et d’amitié

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Libres et affamés de vie, de rire et d’amitié

de David Arnold chez Milan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vic, 16 ans, à l’annonce du remariage de sa mère fait une fugue. Son père est mort il y a deux ans d’un cancer et il a l’impression que par cette union, sa mère trahit sa mémoire . De plus,

Victor est atteint du syndrome de Moebius, trouble neurologique qui entraîne une paralysie faciale.

Il est rongé par la souffrance et la solitude et disparaît avec les dernières volontés de son père. Celui ci a laissé une lettre sous forme de rebus pour que sa femme et son fils répandent ses cendres.

 » 1- Accroche-moi au Petit Salon.

2- Jette-moi du haut des Palisades.

3- Enfouis-moi dans les briques fumantes de notre premier baiser.

4- Noie-moi dans notre puits aux souhaits.

5- Lâche-moi depuis le sommet de notre roc.  »

Au hasard de ses déplacements il va rencontrer ceux qui vont devenir sa famille de substitution et qui vont l’aider dans sa quête et dans son travail de deuil : Madeline dont il va tomber amoureux, Baz, Coco, Zuz.

 »  Elle se racla une fois de plus la gorge et se mit à parler sur le ton de quelqu’un qui croit que le monde entier l’écoute.

– Et quand les gamins eurent tant besoin de quelqu’un, quelqu’un à aimer, quelqu’un en qui avoir confiance, ils se reconnurent les uns les autres, et ils se nommèrent les Kids of Appetite et ils vécurent, ils rirent et ils virent que cela était bon.

– Qu’est ce que vous en pensez ? demanda Coco.

Les Kids of Appetite, poursuivit Coco. Vous comprenez ? Les gamins d’appétit en quelque sorte, parce qu’on a toujours la dalle, et on est toujours chez Babushka, ou à Napoléon, ou à White Mama et les magouilles à Foodville, avec les pots de glace. Et puis aussi, vous savez, on est affamés de vie, de rires, de tous ces trucs. Double sens, tout ça. Kids of Appetite.  »

Ils ont mis en commun leur instinct de solidarité, leur capacité d’empathie mais le drame n’est jamais loin et l’affection qui cimente le groupe va-t-elle résister ?

Bon roman aux personnages attachants qui tous se sont bâtis sur la souffrance et l’ont transformé en quelque chose de positif : l’écoute, l’attention , et une inaltérable confiance les uns envers les autres.