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Passionnément, à ma folie

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Passionnément, à ma folie

de Gwladys constant aux Éditions du Rouergue

«   Et je suppose que si Marilène n’était pas sortie avec Marien, qui était en 1reS2 et qui fumait, je n’aurais pas rencontré William V .

Et le plus fou dans cette histoire, c’est de réaliser à quoi tient la vie.

Une option théâtre, une copine amoureuse et une clope.

Au début , on ne voit pas bien le rapport avec une lame de rasoir.

Mais, au bout d’un moment, c’est comme un puzzle, ça forme une image d’une netteté implacable. 

Et alors, on ne peut plus jamais avoir confiance en la vie-parce qu’une cigarette à la récré de dix heures peut déclencher la plus implacable des tragédies intimes.

Et la tragédie, c’est bien connu, est une machine que rien n’arrête une fois lancée.  »

Gwenaëlle n’a rien vu venir, ou c’est ce qu’elle se raconte. Face à elle-même, dans la solitude de sa chambre à la clinique, elle essaie d’analyser, de comprendre. Qui est vraiment William, le garçon dont elle est tombée follement amoureuse.

Sa rentrée en première au lycée Camille Claudel s’est pourtant bien passée. C’est encore une adolescente passionnée, sensible, heureuse de vivre.

Et quand William, le garçon le plus populaire du lycée vient vers elle, elle le ressent comme le plus fou des cadeaux .

Mais, dès les premières phrases échangées, une minuscule, infime lézarde a déjà fissuré cette relation naissante. Une petite chose insignifiante qui porte en germe les violences à venir :

le mépris affiché de William pour le livre qu’est en train de lire Gwenaëlle et la réaction de celle-ci, honte, tentative de justification comme si d’emblée elle lui accordait le droit de décider pour elle .

Rapidement il l’isole de sa famille, de ses amis, la rabaisse, l’humilie.

L’alternance de déclarations enflammées et de dénigrement systématique déstabilise l’adolescente qui accepte tout, renie ses choix, ses opinions et malgré les avertissements de son entourage s’enferre dans une relation toxique qui la détruit peu à peu.

Et lorsque le couperet tombe, la séparation, elle ne voie comme issue que la mort.

C’est un très bon roman qui décrit avec efficacité les mécanismes de manipulations et de destruction d’une personnalité.

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Connexion immédiate

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Penny va quitter le lycée pour l’université. Nouvelle ville, nouveau départ loin de sa mère envahissante, de son petit ami insipide au possible… Penny est bizarre, elle ne rentre pas dans le moule et ne souhaite pas y rentrer. Elle se pose beaucoup trop de questions par rapport à ses camarades, et est un peu nerd sur les bords.

Sam travaille dans un café. Il y vit aussi car il est sans domicile. Il a vingt ans, une mère alcoolique et accro au téléachat et pas d’avenir devant lui. Il vit au jour le jour en essayant d’oublier son ex petite amie…

Vous vous en doutez le chemin de Penny va croiser celui de Sam…

Un roman young adult qui ressemble à beaucoup d’autres… Il n’est pas déplaisant à lire, mais les personnages secondaires sont très peu travaillés, ce qui fait que tout tourne autour de Sam et Penny, rendant le tout parfois un peu longuet. Il y a des thèmes intéressants abordés notamment celui de la pauvreté.

Un livre pour l’été, pas prise de tête mais qui du coup s’oublie vite une fois refermé.

Encore plus de bonheur

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Encore plus de bonheur

de Rachel Corenblit

aux

Editions du Rouergue

 » Le premier qui me dit que j’ai exagéré,

je lui pète les dents.

Le premier qui me sort l’explication de la crise

d’ado, je lui arrache les yeux.

Le premier qui relativise et me parle de

la guerre, des enfants qui meurent de faim,

des attentats, de la mondialisation, des

politiciens corrompus, du réchauffement climatique, je lui tanche la langue.

Le premier qui évoque les dictons, proverbes

et autres pensées positives du genre :

après la pluie, le beau temps ou à vaincre

sans péril, on triomphe sans gloire, je le scalpe.  »

Ceci est un manifeste, le manifeste tout en subtilité d’ Angela Milhat, classe de seconde : paroles à graver dans le marbre qui évoquent peut être quelque chose comme : foutez moi la paix !

-Je ne sais jamais si je dois mettre f avec des points de suspensions version hypocrite, f….. moi la paix, ou si je la joue franchise absolue auquel cas je pourrais écrire : arrêtez de m’……. !

En tout état de cause Angela Milhat ne supporte plus ses parents :

Pierre Milhat le père, en crise lui aussi, dans le genre végétarien, coton bio, jus vert (mes poils se hérissent sur mes bras à la pensée d’ingérer le matin à jeun quelque chose qui ressemble, ne nous mentons pas à de la bouse de vache très liquide), Agnès Faucher, la mère qui a trouvé l’amour dans les bras de Joëlle et non  : qui a trouvé l’amour dans les bras de Joël. Deux petites lettres en plus qui font toute la différence pour Angela (jalousiiiiie de femme ?!)

Alice meilleure amie devenue ennemie jurée pour cause de captation éhontée du petit ami potentiel Antoine Fallieri.

Antoine Fallieri, dont la libido reste de glace face à la plastique pourtant renversante d’Angela

Et horreur absolue, apocalypse, peste noire, gastro, fièvre Ebola, rhinite allergique il y a:

FELIX ARTHAUD

C’est très très drôle, j’ai beaucoup aimé !

Hollywood années 60

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« Harry Bonnet, 16 ans, fils d’un cuistot montmartrois, est fou de cinéma. Comment s’est-il retrouvé à Hollywood ? C’est simple. Il lui aura suffi d’une gifle, d’une caille rôtie et d’une assiette de pommes de terre pour traverser l’Atlantique et atterrir sur la colline mythique. L’Amérique ! Des stars à tous les coins de rue ! Une nuit, il suit son père à la cantine, s’introduit en catimini sur le plateau no 17, remplace au pied levé un second rôle souffrant et… tombe nez à nez avec Alfred Hitchcock. Le metteur en scène le plus célèbre du monde commence le tournage dont il rêve depuis quarante ans : l’adaptation d’une pièce de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan. C’est un secret absolu. Le film porte un faux titre et Hitchcock lui-même a pris un nom de code. Mais pourquoi diable Harry a-t-il voulu voir les premières minutes du film fantôme ? Pourquoi a-t-il désobéi au maître du suspense ? »

Malika FERDJOUKH est romancière, mais également fan de cinéma, ce qui explique le sujet de ce livre (« La bobine d’Alfred« , édité à l’Ecole des Loisirs fin 2013), ainsi que les clins d’oeil qu’elle fait tout au long à l’oeuvre d’Alfred Hitchcock.

Si le propos est mince : le tournage d’un film dont rêve Hitchcock depuis toujours (ou presque), l’atmosphère est lourde.

Hitchcock n’est pas montré sous son meilleur jour, l’actrice principale lui reproche

« D’avoir une emprise sur moi pour créer. »

Après qu’elle lui a annoncé qu’elle allait se marier avant la fin du tournage :

« Hitch m’a menacée d’abandonner Mary Rose, crié que ce serait ma faute, que je n’en avais pas le droit, il m’a insultée, traitée de sotte qui préférait une vie petite-bourgeoise alors qu’il élaborait de si grands projets pour moi, m’a accusée de vouloir le tuer, de vouloir tuer son film qui serait probablement sa dernière oeuvre. J’ai rencontré Tippi Hedren dans les années quatre-vingts, Vera Miles, et Joan Fontaine. Avec toutes il s’était comporté de cette manière. Nous étions son McGuffin à lui, un prétexte pour lui donner du désir, pour créer. »

L’atmosphère s’assombrit encore et tourne au polar à cause du directeur d’un « torchon à scandales »

« Hollywood Sensational… ça sonne comme un torchon à scandales. C’est un torchon à scandales. Les stars craignent ses ragots et lui font des courbettes. Un million d’exemplaires par semaine, ça vous assure une phénoménale capacité de nuire. »

Effectivement cet homme n’a guère d’états d’âme, Harry – jusque là dans l’enthousiasme du tournage – ne va pas tarder à s’en apercevoir.

Malika Ferdjoukh vient d’adapter son polar en bande dessinée, un one shot illustré par Nicolas PITZ  et paru Rue de Sèvres début 2018 :

 

13 reasons why

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 » 13 Reasons Why « 

série Netflix adaptée du roman de Jay Asher

Un inconnu dépose chez Clay Jensen, 17 ans, un lot de cassettes audio.

Elles ont été enregistrées par Hannah Baker, une lycéenne dont il était follement amoureux. Elle s’est suicidée quelques semaines auparavant.

Lorsque Clay, bouleversé, commence à les écouter il se rend compte qu’Hannah a laissé les clés permettant de comprendre son geste.

Chaque enregistrement donne un nom, évoque une situation qui ont poussé lentement Hannah vers l’irrévocable.

Elle était victime de harcèlement et a sombré, dans l’indifférence générale.

Clay va se lancer dans une quête douloureuse et traumatisante pour rendre justice à son amie décédée.

Voici le canevas de cette série qui a suscité autant d’enthousiasme que de polémiques.

Elle dépeint avec beaucoup de justesse, me semble-t-il, cet agglomérat toxique composé de harceleurs, de témoins indifférents ou lâches, d’ados survoltés et d’adultes complaisants jusqu’à l’aveuglement.

Bien loin du manichéisme convenu nous découvrons des personnages complexes avec leur part d’ombre : intolérance, violence, sexisme, homophobie.

– Clay le héros est horrifié lorsqu’il apprend qu’Hannah a eu des relations avec d’autres garçons.

– Hannah a elle-même persécuté une de ses condisciples.

– Zach, sensible, attentionné, et terriblement lâche cautionne, par son silence les actes immondes de Bryce Walker.

– Justin, adolescent fracassé par l’inconscience de sa mère, devient à son tour, bourreau.

– Jessica, Alex, tous ont participé à la stigmatisation d’Hannah. Une rumeur, une photo « compromettante » suffisent à la cibler : c’est une fille facile.

Cette forme de consensus, quel que soit le sexe des protagonistes, dans la cruauté et l’indifférence permet à des individus comme Walker de prospérer en toute impunité.

Le mâle alpha et sa meute qui se servent dans le « cheptel » féminin du lycée le font avec l’approbation tacite des adultes. L’argent, la position sociale les mettent hors d’atteinte et ils en sont bien conscients.

Les polémiques créées par la violence de certaines scènes m’étonnent.

Il me paraît moins hypocrite de se révolter contre le nombre d’étudiantes violées dans les universités américaines par des équipes de sportifs adulés que par la représentation filmée de ce même viol.

Il est également complètement indécent de faire le reproche au réalisateur de montrer des lycéens avec des armes a la main alors que tout le monde connaît les drames causés par l’utilisation massive de ces mêmes armes aux États-Unis.

C’est certes une série qui décrit un univers articulé autour des codes particuliers des établissements scolaires américains mais les thématiques abordées, harcèlement, viol sont malheureusement commun à toutes les sociétés .

Et les réactions épidermiques qu’elle a provoquées sont somme toute rassurantes. Peut-être reflètent-elles une prise de conscience bienvenue.

Nous, les déviants

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Nous, les déviants

de C.J Skuse

chez La Belle colère

Lorsqu’ils étaient enfants, ils s’étaient baptisés les Cinq intrépides en référence a la série de romans du « Club des cinq » : Il y avait Max, sa petite amie Ella, Zane, Fallon et Corey.

C’était il y a 4 ans, ils étaient inséparables.

« J’ai fermé les yeux et j’ai retrouvé un souvenir. Fallon et moi, dansant sur les rochers, riant aux éclats, j’avais oublié pourquoi. Max et Zane cueillaient des branchages dans les bois pour fabriquer une cabane. Corey était assis sur la plage de galets, à tenter d’attraper un poisson avec une ficelle accrochée au bout d’un bâton. On était les meilleurs amis du monde, on dansait, on construisait des cabanes, on péchait . Voilà comment filaient nos étés. Et on avait la meilleure des grandes sœurs pour veiller sur nous et nous raconter des histoires.  »

Cette grande sœur très aimée était Jessica la sœur de Max. Elle avait 18 ans, racontait des histoires d’horreur extraordinaires, applaudissait à tous leurs délires .

C’était il y a quatre ans, Jessica est morte et maintenant ils se croisent comme des étrangers. Cette enfance qui les a construits les détruits à présent : Max se drogue, Zane est devenue une brute sadique qui harcèle Corey, Fallon est enceinte et vit avec sa mère dans un taudis et Ella , la narratrice n’en peut plus de cette violence qui l’habite.

 »  C’était comme si chaque coup avait du sens . Pete avait raison. Quand je frappais le pilier à la maison, je ne faisais que me martyriser. Tandis que là, j’avais l’impression de vraiment éliminer. A chaque impact, une minuscule bouffée de poison s’évaporait. J’étais épuisée, mais je vibrais d’électricité.  »

Un hasard va les réunir et tous les secrets vont refaire surface.

C’est un excellent roman à la fois touchant et sordide, dans lequel on avance petit à petit, au rythme des bouffées de colère de l’héroïne, de son désespoir, du silence qu’elle s’impose.

A conseiller !

La chanson d’Orphée

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La chanson d’Orphée

de David Almond

chez Gallimard Jeunesse

« Je suis celle qui reste. Je suis celle qui doit raconter. Je les ai connus tous les deux, je sais comment ils ont vécu et comment ils sont morts. Il n’y a pas longtemps que c’est arrivé. Je suis jeune comme eux. Comme eux ? Comment est-ce possible ? Peut-on être à la fois jeune et mort. Je n’ai pas le temps de penser à ça. Il faut que je me débarrasse de cette histoire et que je vive ma vie. »

Claire est le témoin désespéré d’une histoire d’amour fou entre Ella, son amie, son double, et Orphée, musicien de passage qui séduit et charme humains et animaux.

Leur amour est d’une telle intensité qu’il les consume et les mène à la mort.

C’est bien sûr le mythe d’Orphée et d’Eurydice transposé à notre époque. C’est grâce à un téléphone portable qu’Ella va écouter le chant qu’Orphée fait naître pour elle . Les amis et spectateurs de la tragédie sont des lycéens qui vivent leur dernière année ensemble avant de se séparer à l’orée d’une vie d’adultes.

Mais rien d’incongru dans ce magnifique récit qui alterne scènes ancrées dans le quotidien contemporain et univers fantastique où une grille bornant un cours d’eau devient la bouche des Enfers.

Superbe !