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Arts premiers

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Serialblogueuses a parlé à plusieurs reprises de cette collection initiée par Le Louvre et les éditions Futuropolis : à propos de Matsumoto, Chavouet, Taniguchi, Bilal…

Cette fois, il s’agit de Christian LAX qui entremêle harmonieusement l’histoire d’une sculpture malienne représentant une maternité et celle d’un jeune migrant, Alou, tentant de rejoindre l’Europe.

Harmonieusement mais sans édulcorer le contexte.

Christian LAX : Une maternité rouge

(Louvre / Futuropolis, 2019)

« Au Mali, une Maternité rouge, sculpture datant du XIVe siècle, est sauvée de la folie destructrice des islamistes par Alou, un jeune chasseur de miel. En compagnie d’autres migrants, sœurs et frères d’infortune, Alou prend tous les risques pour rejoindre l’Europe. Son but et son obsession : confier la précieuse statuette au musée du Louvre !

Alou, chasseur de miel, se dirige vers les ruches sauvages d’un baobab. Circulant en 4×4, armés jusqu’aux dents, une bande d’islamistes radicaux foncent sur lui et font exploser le baobab sacré.
Parmi les débris du baobab, Alou découvre, intacte, une statuette représentant une femme enceinte. Encouragé par son père, il se rend dans le pays Dogon présenter la statuette au sage du village, le hogon, respecté de tous pour sa culture. Le hogon reconnaît aussitôt cette Maternité rouge . Elle est l’œuvre, selon lui, du maître de Tintam, dont une première Maternité se trouve déjà au Louvre, au Pavillon des Sessions. Pour le vieil homme, la sculpture, en ces temps de barbarie, sera plus en sécurité au Louvre, près de sa sœur, qu’ici, au Mali.
Confier la statuette au musée parisien, c’est la mission d’Alou. Et pour la mener à bien, le jeune homme prendra tous les risques en traversant déserts et mers, en compagnie de migrants, ses sœurs et frères d’infortune.

Christian Lax rejoint la collection Louvre avec un récit engagé, aux côtés de celles et ceux qui subissent la violence, la misère et la guerre et tentent de rejoindre nos côtes dans l’espoir d’une vie meilleure… » (cf. Présentation Louvre)

Actuellement on discute beaucoup de la nécessité de rendre aux pays anciennement colonisés les oeuvres d’art qui leur avaient été « soustraites » (c’est un euphémisme et les premières pages de la BD le montrent bien) pour enrichir nombre de musées européens. Certaines de ces oeuvres ont déjà regagné leurs pays d’origine.

C’est un autre point de vue que nous propose Christian Lax, sans polémiquer. De même lorsqu’il évoque le parcours du hogon, ancien instituteur du village dogon et la quête originale et somme toute décevante de Alou.

Les illustrations sont très belles, très fortes grâce à l’économie de couleurs : un album à ne pas manquer !

Et pour compléter, ne vous privez pas de lire le dossier pédagogique que le Musée du Quai Branly avait réalisé en 2011 pour l’exposition Dogon.

« Appelez-moi Nathan »

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La journaliste Catherine CASTRO et le dessinateur Quentin ZUTTION ont réalisé ensemble ce roman graphique : « Appelez-moi Nathan » (édité par Payot Graphic en 2018) sur un sujet difficile, inspiré d’une histoire vraie.

Avant Nathan, il y a Lila, une fille sans histoire dans une famille aimante. Bien sûr elle aime mieux être en jean qu’en robe et faire du waterpolo ou jouer au foot avec les garçons, toutes les filles ne sont pas des clones de la poupée Barbie !

Mais à la puberté Lila ne s’accepte plus, avoir des seins, avoir ses règles, c’est impensable et ça la dégoûte.

Alors commence un parcours du combattant pour se faire accepter comme elle se voit : en garçon.

Un parcours douloureux mentalement et physiquement.

« Nathan est né Lila, dans un corps de fille. Un corps qui ne lui a jamais convenu, il décide alors de corriger cette « erreur génétique » avec le soutien indéfectible de sa famille, ses amis, ses profs et, à seize ans, des injections de testostérone de 0,8 mg par mois. Quitte à devenir quelqu’un, autant que ce soit vous-même. » (cf. présentation éditeur)

Si vous pensez comme les copains de son père :

 » – Esteban, j’ai réfléchi à ton problème. C’est la mode en ce moment ces histoires.

Ouais ! Pas un jour où on n’en entend pas parler.

Bon, elle veut devenir un homme… Avec tous les pesticides qu’ils bouffent, pas étonnant que ça déconne. Ça leur flingue le système.

– Elle est pas malade !

– (…) Y a de plus en plus de gosses qui veulent changer de sexe. Je trouve ça bizarre.

– Ça a toujours existé, sauf que c’était ultra-tabou. (…)

– Ouais. Et là, c’est la môme de notre pote. »

Alors lisez cette BD intelligente et pédagogique qui aborde au passage d’autres sujets universels de l’adolescence comme les scarifications, l’addiction au smartphone et les réseaux sociaux ou la violence inacceptable de ceux qui ne supportent pas les différences.

 

Le G.V.S.

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Décidément les « vieux » font parler d’eux.

Celui qui a commencé (!), c’est Wilfrid LUPANO avec « Les vieux fourneaux » dessiné par Paul CAUUET (5 volumes déjà parus chez Dargaud, entre 2014 et 2018), tous plus désopilants les uns que les autres. Si vous n’en n’avez encore lu aucun, foncez !

« Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance: Antoine, Emile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille. Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées. Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps.

Les Vieux Fourneaux, à travers dʼincessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise. » (cf. résumé éditeur)

Et voilà que le Gang des Vieux Schnocks fait parler de lui à son tour sous la plume de Florence THINARD (Gallimard « scripto », 2019)

Le G.V.S. ce sont quatre « vieux » qui en ont marre de cette « société pourrie qui est anti-vieux ! » :

« – On nous méprise ! On nous organise des repas de vieux ! On nous parque dans des maisons de vieux où on nous traite comme des vieux !

– Pero en plous, on nous baisse la pensiòn de retraite !

– Et le pire ? Vous savez ce que c’est le pire ? (…) c’est qu’on nous OUBLIE ! Transparents ! Invisibles ! In-ex-is-tants ! Voilà ce qu’on est ! »

Enfin, pas tout à fait, puisqu’un « jeune à capuche » vient d’arracher  le sac de Rose-Aimée… Mais les autres ont tout vu et ils vont lui montrer de quel bois ils se chauffent, Alfonso le vieil anarchiste espagnol dit « Papi Ferraille », Victor l’artiste du groupe qui tagge avec malice les affiches publicitaires et Gisèle, l’ex-coiffeuse, moulée dans son pantalon léopard.

Le G.V.S. va passer à l’attaque et il n’y aura pas que le p’tit jeune à capuche qui va « morfler » !

De quoi rire, mais aussi réfléchir. Tous empruntables à la BFM !

 

Ada

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Ada de Barbara BALDI (Ici même, 2019)

« 1917, quelque part en Autriche. La jeune Ada vit seule avec son père, un bûcheron aussi rustre qu’autoritaire. Le talent et la curiosité de la fillette pour la peinture ne font qu’attiser la colère et le mépris du père. Consciente que l’affrontement n’est pas une option, Ada fait mine de se soumettre à l’autorité paternelle, pour mieux, secrètement, s’adonner à sa passion. Pour autant, l’orage se prépare au loin et il sera difficile d’y échapper…

Pour son deuxième roman graphique, Barbara Baldi privilégie de nouveau les ambiances aux dialogues, et les paysages silencieux égrenés par le défilé des saisons. Si la nature où vit Ada est à l’abri des combats et des bruits de la guerre, si les paysages qui l’entourent sont somptueux, cet environnement n’en apparaît pas moins, bien vite, comme une prison sans barreaux, où la jeune fille est enfermée, isolée, humiliée.

Les pages muettes installent l’atmosphère étouffante du face-à-face père-fille, et renforcent le sentiment de solitude de l’héroïne. Un album au graphisme saisissant, tout en sensibilité et en clairs-obscurs. » (cf. présentation éditeur)

Ada vit seule avec son père après que sa mère a fui la maison… Elle-même n’aspire qu’à s’échapper, tout au moins grâce à la peinture, qu’elle pratique en cachette dans une cabane au fond des bois. Un mystérieux E. lui fournit parfois pigments et encouragements qui l’aident à tenir.

Un jour pourtant Ada réussira à aller jusqu’à Vienne.

Au fil des pages on croise quelques tableaux d’Egon Schiele ou Gustav Klimt, mais c’est la résistance de cette jeune fille face à l’oppression de son père qui m’a parue le plus intéressant.

Beau roman (graphique) d’apprentissage.

« Voilà pourquoi votre fille est muette »

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« Melinda a 15 ans. Ce soir d’été, au beau milieu d’une fête, la jeune fille est victime d’un drame. Elle appelle la police. Personne ne saura jamais pourquoi elle a lancé cet appel, ni ce qu’il lui est arrivé cette nuit-là. Tout simplement parce que Melinda, murée dans son silence, ne parvient pas à l’exprimer… » (Présentation éditeur : Rue de Sèvres, 2019)

Laurie Halse ANDERSON a écrit ce roman éponyme en 1999, devenu un film en 2004 puis ce roman graphique en 2019, dessiné en noir et blanc par Emily CARROLL.

Depuis 1999, il y a eu #MeToo et les choses changent… très doucement, trop doucement, et encore… pas partout dans le monde. Mais quand on a quinze ans, à qui raconter l’indicible ?

A ses parents, débordés par le drame de leur propre existence qui s’enlise dans un boulot stressant, un couple qui s’est délité et une fille – jusque-là – sans problème, bonne élève… ? A sa meilleure copine ? Pardon, son ex-meilleure copine qui la déteste depuis cette fête qu’elle a « gâchée » en appelant la police ? Aux profs de son nouveau lycée qui « sont là pour vous aider« . Mais en fait

« Tous ces grands discours sur la communication et l’expression des sentiments, ce ne sont que des mensonges. Personne ne veut vraiment savoir ce que vous avez à dire. »

Alors Melinda s’enferme dans le silence, avec pour seule bouffée d’oxygène le cours d’art plastique.

C’est son journal que nous lisons, jour après jour, vexation après vexation, jusqu’à l’ultime violence qui permettra à sa voix de rejaillir

« Mes larmes dissolvent le dernier bloc de glace logé dans ma gorge. Le silence pris en moi se met à fondre. Des éclats de glace tombent à terre et disparaissent dans une flaque de lumière.

Je vais tout vous raconter. »

Un livre indispensable.

 

« Haïkus de Sibérie »

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Les éditions Sarbacane ont édité début 2019 une étonnante et émouvante BD lituanienne :

« Haïkus de Sibérie »

écrite par Jurga Vilé et illustrée par Lina Itagaki.

Il s’agit de l’histoire d’Algis, le père de l’auteure, déporté en Sibérie alors qu’il n’avait que treize ans.

« C’était une période troublée. L’Allemagne venait d’attaquer la Pologne, la guerre avait commencé. La Lituanie a bientôt été envahie par la puissante Russie, et de nombreux Lituaniens, considérés comme « ennemis de l’Union soviétique », ont été déportés.

Ils sont allés chercher des familles entières dans leurs maisons pour les emmener dans les coins les plus reculés et les plus rudes de Russie, en lointaine Sibérie. Nombre d’entre eux sont morts là-bas, dans les camps. Quelques-uns ont eu la chance de rentrer chez eux… comme ces enfants, ramenés par le « train des orphelins ». Dans ce train, il y avait Algis, mon père. »

Les conditions de vie étaient épouvantables, mais Algis et sa sœur Dalia ont eu la chance de ne pas être séparés de leur mère, tandis que leur père était déporté dans un autre camp dont il ne reviendra pas. Ils ont eu la chance également de rester avec quelques autres habitants de leur ancien village, leur tante et une de leurs maîtresses d’école. Ces femmes courageuses, malgré la faim, le froid, l’épuisant travail forcé, la cruauté des gardiens, le chagrin d’être séparés de leurs maris, tentaient d’entretenir le moral des enfants.

Les souvenirs d’Algis sont présentés comme s’il nous les racontait au jour le jour dans un journal intime au style très varié, le résultat est très vivant, même si le récit est dramatique, même si la mort frappe.

Et pourquoi les « haïkus », devez-vous vous demander ? Ce n’est pas spécialement un genre de poésie russe, ni lituanienne. Et puis de la poésie dans l’enfer sibérien…

Eh bien, je vous invite à lire ce one shot pour avoir la réponse et surtout pour découvrir cet épisode tragique de l’histoire des Pays Baltes.

Penss et les plis du monde

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Après La Saga de Grimr, qui avait remporté le Fauve d’or à Angoulême, Jérémie Moreau revient avec Penss et les plis du monde. Son histoire se situe cette fois-ci dans la préhistoire.

Penss est un jeune homme qui a peu de valeur aux yeux de son clan. Il passe son temps à observer le monde qui l’entoure plutôt qu’à chasser. Mais une bouche à nourrir supplémentaire, qui ne rapporte rien de concret au clan ça échauffe vite les esprits et Penss finit en solitaire. Mais à force d’observation, de réflexion, après beaucoup de patience et d’entêtement, Penss va découvrir un grand secret de la nature…

Jérémie Moreau livre un joli conte philosophique. On s’émerveille avec Penss devant la nature et les belles aquarelles de Jérémie Moreau.