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« Coeur de bois »

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C’est toujours étonnant de voir combien certains contes classiques ne cessent d’inspirer auteurs et – surtout – illustrateurs.

2017 n’y échappe pas qui voit réédités comme chaque année force contes traditionnels illustrés de papiers découpés, transformés en pop up, etc. ou, malheureusement, lamentablement édulcorés.

Avec « Coeur de bois » (éditions Notari, 2016), il s’agit de tout autre chose…

Même si cette petite voiture rouge qui s’engage sur la route enneigée au milieu des bois nous fait immanquablement penser à lui, aux premières images nous comprenons qu’il ne va pas s’agir de la ènième version du « Petit chaperon rouge ». Enfin, si… Mais pas tout à fait !

La jeune femme qui conduit a des airs de Bonnie Parker (pas besoin d’être né en 1967 : « Bonnie and Clyde » d’Arthur Penn, ça vous dit bien quelque chose ? Faye Dunaway ?) ressuscitée.

On imagine alors la violence potentielle de cette nouvelle version, mais on se trompe encore.

Henri MEUNIER et Régis LEJONC ont imaginé une espèce de « suite » au conte où ni le Petit chaperon rouge ni le loup ne seraient morts. Mais où, en plus, ils se reverraient.

Une histoire de résilience, donc ?

Un peu…

A vous de voir.

Personnellement cet album m’a posé beaucoup de questions. A la première lecture, j’étais très impressionnée, j’avais couru haletante jusqu’à la dernière page et mon étonnement était aussi profond que la forêt de Régis Lejonc. A la deuxième lecture, j’ai pris le temps de remarquer les clins d’oeil à d’autres contes, mais aussi certaines incohérences du texte et au final j’étais plutôt révoltée par le tour qu’avait pris l’histoire. J’ai attendu quelques jours pour reprendre le livre, pénétrer les illustrations, relire le texte posément, réfléchir…

« Je ne vous ai rien pardonné », souffla Aurore.

« Je suis désolé », bougonna le vieillard impotent.

« Je n’ai pas besoin d’excuses non plus », ajouta-t-elle en admirant la chute hasardeuse d’un premier flocon.

Aujourd’hui vous êtes seul, et je ne le suis pas. Vous êtes malheureux, et je ne le suis pas. Vous êtes fragile, et je ne le suis plus. Vous m’avez dévorée hier. Je viens me promener avec vous aujourd’hui. C’est que j’aime profondément la forêt, l’odeur du sous-bois, le soupir des arbres, le vol fou des geais. Vous ne m’avez pas pris cela. J’ai les lendemains radieux. »

Je voudrais être convaincue.

C’est cependant un livre à lire, absolument.  Justement pour toutes les questions qu’il soulève.

 

 

Spectacle : Sens dessus dessous, de Thierry Bénéteau avec Julien Evain, accordéon

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Spectacle : Sens dessus dessous, de

Thierry Bénéteau
avec Julien Evain, accordéon

Samedi 18 juin / 15 h

Bfm Landouge (en extérieur)

Spectacle tout public

 

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Venez découvrir un duo complice et festif où la parole du conteur et le jeu de l’accordéoniste viennent servir la même histoire…

Les contes issus du répertoire traditionnel sont revisités, parfois un peu bousculés, et entremêlés de chansons et de musique « trad » mise au goût du jour.
Né d’une moitié d’oeuf, Mi Jau une petite moitié de coq tenace est bien décidée à récupérer le trésor qu’on lui a volé.
Martin Ferron un forgeron féru de boulot jusqu’au jour où un souvenir d’enfance lui fait chavirer la tête… Jean le tailleur, un gars qui ne jette rien, et comme tout finit par s’user, il a cette idée géniale de faire du neuf avec du vieux.
Et puis, connaissez-vous Jacquet, un gars malheureux qui part tout au bout de la terre à la rencontre du Bon Dieu… ?

Cinder

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Humains et androïdes cohabitent tant bien que mal dans la ville de New Beijing.
Une terrible épidémie ravage la population.
Depuis l’Espace, un peuple sans pitié attend son heure…

Personne n’imagine que le salut de la planète Terre repose sur Cinder, brimée par son horrible belle-mère. Car la jeune fille, simple mécanicienne mi-humaine, mi-cyborg, détient sans le savoir un secret incroyable, un secret pour lequel certains seraient prêts à tuer…

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Cinder est une adaptation moderne, ou plutôt futuriste, du conte de Cendrillon (Cinderella, en anglais), des frères Grimm. On retrouve aussi bien des engins volants, des androïdes, des cyborgs, que la magie et le côté princier du vrai conte.

Cinder est une cyborg (mélange d’une machine et d’une humaine) vivant avec sa belle-mère, Adri, et ses deux soeurs, Pearl et Peony. Elle est une jeune mécanicienne, réparant aussi bien les holocrans, que les hovers, au service de sa tutrice qui la déteste. C’est une simple jeune fille brimée par sa famille à laquelle elle essaie d’échapper, jusqu’au jour où elle fait plusieurs découvertes étonnantes…

Ce qui m’a sans doute le plus étonnée dans ce roman, c’est que l’histoire ne se passe pas encore et toujours aux Etats-Unis, mais en Chine, à Néo-Beijing. Bien évidemment, les concepts d’Etats-Unis et de Chine n’existent plus à l’époque où vit Cinder. On ne sait pas vraiment quand l’histoire se déroule, le seul élément étant que l’on se situe après la Quatrième Guerre Mondiale… On sait cependant que les continents ont changé et que le peuple de la Lune fait désormais partie de la partie.

De même, j’ai été étonnée de voir que certaines choses ne changent pas dans le futur. Je pense bien évidemment à l’épidémie de létumose, qui n’est pas sans faire penser à ebola, maladie incurable qui se répand à une vitesse incroyable et qu’aucun médecin ne sait soigner…

Le côté Cendrillon reste parfois flou, assez éloigné de l’histoire. Ce qui est à la fois dommage (c’est un de mes contes préférés) et réussi à la fois. Le côté SF est plus présent, avec un univers complet et sympa. Je n’ai toutefois pas eu de grande surprise au long de ma lecture, étant donné qu’au bout d’une cinquantaine de pages, j’avais plus ou moins compris où allait nous emmener l’auteur. Heureusement, il y a certaines choses auxquelles je ne m’attendais pas, ce qui m’a permis de continuer ma lecture jusqu’au bout.

Je ne m’attendais à rien en commençant ce roman, et j’ai bien aimé le mélange d’intrigue de cour, d’aventure, d’espionnage et de science-fiction. De même, j’ai apprécié les personnages secondaires comme Peony (la soeur de Cinder), Iko (la petite androïde pleine d’humour), le docteur Erland ou encore Kai (le prince du royaume). Je lirai donc la suite avec plaisir puisque certaines choses n’ont pas encore été réglées dans ce premier tome 🙂

Cinder, Marissa Meyer

Hansel et Gretel

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Hansel et Gretel

de Jacob et Wilhelm Grimm

 illustré par Lorenzo Mattotti chez Gallimard

Hansel et Gretel n’est pas le conte le plus demandé en bibliothèque.

Rassurés par les adaptations sirupeuses de Disney (ah, la triste naïveté des parents et des enfants demandant les contes écrits par Walt Disney, que le ciel les foudroie !…), les parents oublient que le conte venu du fond des âges est aussi la représentation d’époques révolues avec leurs cruautés quotidiennes, et réclament plus volontiers les histoires avec princesses, baiser final et happy-end obligatoire.

Il est en effet moins traumatisant de voir Cendrillon secouer sa couette Quallofil, qualité anti bactérien, aidée par d’adorables oiseaux, que d’imaginer Cucendron, martyrisée par ses demies sœurs.
Et moins perturbant de se représenter Blanche-Neige avec une coupe petitcarrélissé impeccable et col claudine que d’être confronté, au fil des pages, à une reine cougar prête à dévorer le tendron à la chair trop lisse.

Hansel et Gretel n’a évidemment pas échappé à de multiples et lénifiantes adaptations qui en ont fait un petit film  publicitaire pour Beghin Say. Heureusement, cet album illustré par Mattotti nous restitue intact ce qui pourrait être un fait divers particulièrement sordide avec des enfants abandonnés, une sorcière cannibale et une adorable héroïne qui, sans état d’âme, tue avec préméditation.

C’est un conte sur la faim (la nourriture y est omniprésente), la faim obsessionnelle qui pousse les parents à sacrifier leurs enfants, le fantasme de toutes les faims avec l’extraordinaire maison à consommer sur place, et cette faim monstrueuse et ultime : engraisser les enfants pour les dévorer.

Le texte est scandé par une alternance de pages envahies par un maelström monstrueux,  immédiatement adouci par la sobriété d’un texte tout simple sur la page blanche immaculée.
L’illustration magnifiée par un noir et blanc somptueux nous entraîne dans un tourbillon de noirceur avec en lisière les silhouettes à peine esquissées des protagonistes .


C’est effrayant et magnifique, à déguster sans modération !