Archives de Tag: Danse

Noureev – DVD

Par défaut

Biopic sur Rudolf Noureev réalisé par Ralph Fiennes, le film évoque l’enfance de ce grand danseur russe et  son arrivée à Paris pour une série de ballets en 1961 qui va lui permettre de rencontrer le monde occidental.

Né dans un train au fin fond de l’URSS, enfant chétif et timide, il se construit grâce à son instinct, son ambition et son assurance.

Entre esprit libre et surveillance du KGB, « Rudi » va devoir faire un choix irrévocable : fuir.

Etonnant personnage qui fascine autant qu’il énerve, ce film nous permet de comprendre, à partir de ses origines, son parcours, ses attitudes, ses choix.

Beau panel d’acteurs : Ralph Fiennes, Adèle Exarchopoulos et Raphaël Personnaz.

A la bfm

 

… Et d’autres documentaires sont à votre disposition.

« Le choix de Rudi »

Par défaut

Un roman fort qui nous parle de l’enfance et l’adolescence du plus grand danseur du 20ème siècle : Rudolf Noureev :

Françoise DARGENT : Le choix de Rudi

(Hachette romans, 2015)

« Novembre 1951, Union soviétique. Il fait un froid de loup. Rudi a 13 ans. Il court dans la forêt pour échapper à son père, ce père parti à la guerre et qui n’en est jamais tout à fait revenu, ce père qui ne le connaît pas. Le père de Rudi aurait voulu un fils à son image : un gars qui aime la chasse, qui fera un métier d’homme. Pour Rudi, la vie, c’est la musique et la danse. Sa force, sa puissance, il les met dans chacun de ses pas, de ses pliés, de ses sauts. Bientôt, envers et contre tout, Rudi écrira lui-même son avenir. Bientôt, il vivra son rêve, celui qui va l’emmener à Moscou, Leningrad et à travers le monde, celui où il devient un danseur inoubliable : Rudolf Noureev… « . (Présentation éditeur)

« Quand il ne va pas à l’école, Rudi danse. Quand il danse, il vit. Alors il danse, et il ne pense qu’à cela. Il oublie qu’il n’est pas libre dans son pays, l’Union Soviétique. Il oublie qu’être danseur n’est pas un métier aux yeux de son père. Il oublie la misère et il résiste. Il prend des cours en cachette. Il est doué. Mais aussi rebelle. Un peu trop au goût des adultes. Pour devenir danseur étoile, il va devoir se battre. Pour devenir le meilleur, il va devoir s’enfuir. » (4ème de couverture)

Tout est dit : l’Union Soviétique des années 50 où malgré la mort de Staline, la lourdeur bureaucratique et les passe-droits ont toujours cours, où vous pouvez être envoyé en Sibérie sans autre forme de procès, où la famille de Rudi est pauvre à avoir faim et froid pendant que le Komsomol raconte aux enfants qu’ici tout est merveilleux tandis qu’à l’Ouest on est malheureux comme les pierres. Et puis le père qui prétend « que la danse, c’est pour les tapettes. »

« Ton père a tort. La danse est un art difficile réservé aux plus doués. Depuis toujours les hommes en rêvent. En France, le roi Louis XIV était un merveilleux danseur. Cela ne l’a pas empêché d’être le monarque le plus puissant de son temps. Moi, j’ai dansé pour un homme qui s’appelait Diaghilev, un formidable créateur de ballets. Il s’est fait huer quand il a présenté  ses spectacles. Il s’est fait traiter de tous les noms. Il a résisté, il a continué, et aujourd’hui on le considère comme un très grand artiste. Ceux qui parlent de tapettes n’y connaissent rien. Moi, je ne connais que des artistes. Et tu peux en devenir un si tu le décides. » [m’a répondu Madame Oudelstova]

Effectivement, à force de travail et de persévérance, d’audace aussi, et malgré son dénuement, mais sans oublier ceux qui ont cru en lui et l’ont aidé comme ils pouvaient, à leurs risques et périls, en lui donnant des cours gratuitement et en cachette, en l’hébergeant, en le défendant contre les critiques, « le Tatar » sera accepté au Kirov et dansera à Paris.

« Vous ne vous rendez pas compte à quel point j’ai de la chance d’être ici. Personne n’aurait misé sur moi, il y a encore trois ans. Et, à part les spectateurs viennois il y a quelques mois, seuls les gens de l’Est m’ont vu danser. Ici les gens sont différents. Ils connaissent tant de choses ! Tout est tellement sophistiqué. J’ai peur d’être grossier.

Vous vous trompez, Rudolf. Paris va aimer votre fougue, votre tempérament. Vous êtes tellement déterminé quand vous dansez que cette énergie emporte toute la salle. Et quelles pirouettes ! Comment avez-vous appris à danser comme ça ? [Pierre Lacotte, danseur à l’Opéra et chorégraphe]

Je lui ai raconté mon parcours. Il semblait sincèrement étonné. J’étais pour lui un drôle d’énergumène. J’aurais pu rester longtemps assis à discuter. Mais il fallait que je rejoigne l’autobus. Je lui ai demandé s’il voulait venir pour la répétition générale le lendemain. Elle avait lieu en costume et dans les conditions du spectacle. C’était la dernière fois avant que le Kirov n’apparaisse en public. »

Si vous voulez savoir comment se termine cet épisode de sa vie, lisez le livre !

Vous pouvez également en apprendre plus sur le site de sa fondation. Et, cerise sur le gâteau, rendez-vous à Moulins où vous pourrez admirer au Centre National du Costume de Scène la collection Noureev. En attendant, prenez le temps d’en regarder la vidéo.

PIXEL : danse contemporaine

Par défaut

 

« Pixel » est une création de Mourad Merzouki (chorégraphe) Adrien Mondot et Claire Bardainne.

C’est un enchantement, une mise en abîme : on ne sait plus ce qui est de l’ordre du virtuel et du réel. Nous sommes emportés par la musique qui enrobe les danseurs.

Plus généralement , l’art numérique a ouvert des perspectives au spectacle vivant.

Un autre spectacle du même genre m’avait émerveillé : « La forêt ébouriffée » de François et Christian Ben Aïm.

Emportez-nous encore dans votre magie ! dans la beauté du mouvement et la féerie, le frisson des émotions.

 

Danser

Par défaut

Si vous êtes adepte du rose et des paillettes cette BD sur la danse n’est pas pour vous. Si vous êtes du genre tourmenté ou ascétique, que les mots « discipline », « renoncement », « perfection » trouvent un écho en vous, alors lisez « Polina » de Bastien VIVES publié l’année dernière par Casterman.

L’histoire commence alors que Polina n’est qu’une petite fille recroquevillée au fond du siège-enfant de l’auto qui l’emmène à une audition à l’académie de danse. Les patronymes laissent penser que nous sommes en Russie, mais nous n’en saurons guère plus car Bastien Vives fait fi du décor pour se concentrer exclusivement sur la fillette et ce qui va devenir son environnement : salles de répétition, salles de spectacle, vestiaires, dortoirs, couloirs…

Le second personnage important de cette histoire en noir, blanc et bistre est un homme bourru, barbu à lunettes : Bojinski, c’est lui qui décide qui entrera dans son académie de danse. Dès les premières pages nous savons que cette académie est très courue mais qu’il n’y a que peu d’élues car Bojinski est un professeur terriblement exigeant.

Page après page, nous voyons la ballerine Polina grandir et progresser au milieu de ses compagnes sous la houlette d’un Bojinski toujours plus exigeant, toujours plus dur. Difficile de savoir ce que pense ou ressent Polina, elle semble perpétuellement étrangère à ce qui se passe autour d’elle, tandis que Bojinski assène ses phrases sentencieuses : « Si vous n’êtes pas souple à 6 ans, vous le serez encore moins à 16 ans. », « La danse est un art, il ne s’apprend pas. Il faut l’avoir dans le sang. Ensuite il faut travailler… », « Plus de légèreté, ça doit paraître facile. Les gens ne doivent rien voir d’autre que l’émotion que vous devez faire passer. »… Parfois tout de même Polina craque mais Bojinski en rajoute :  « Une personne qui ne sait pas gérer ses émotions ne m’intéresse pas. », « Vous reviendrez me voir quand vous aurez envie de danser sérieusement. », « Danser dans quel but ? »

De ces exigences et de cette ascèse va – heureusement – naître une grande ballerine et après les cinquante premières pages de ce difficile apprentissage, nous suivons Polina pendant une vingtaine d’années (et cent cinquante autres pages) au cours desquelles elle semble s’épanouir hors du chemin tracé, malgré les blessures physiques ou sentimentales et malgré ses errances professionnelles. Quant à Bojinski, il reste présent en filigrane, jusqu’à la fin.

Cette double page est tout à fait représentative de l’illustration de Vivès, pleine d’ellipses narratives qui nous obligent à suivre le rythme pour combler les manques. Elle montre également le rapport complexe entre Bojinski et Polina.

Bref, à travers l’histoire de cette jeune danseuse, un « roman (graphique) d’apprentissage » sans mièvrerie.

[N’oubliez pas le lien sur Bastien Vivès qui permet de le voir dessiner quelques images de Polina tout en expliquant sa technique.]

La vieille et la bête

Par défaut

A propos de « Pourquoi l’enfant cuisait dans la polenta » d’Aglaja Veteranyi, je vous avais suggéré de ne pas rater la venue de la marionnettiste et danseuse ILKA SCHÖNBEIN, invitée par les Centres Culturels Municipaux de Limoges.

Ilka Schönbein y a interprété mardi soir sa dernière création, dédiée à son père disparu :

« La vieille et la bête« 

accompagnée par la chanteuse et musicienne Alexandra Lupidi, « pour faire danser [ses] vieux os« .

Ilka Schönbein s’est inspirée de plusieurs histoires dont « Le bonhomme misère et la mort dans le pommier » et un conte de Grimm « Le petit âne », mâtiné de « La belle et la bête », pour un spectacle sur le thème de la vieillesse, de l’amour et de la mort. Sur scène peu d’artifices : une estrade, des pommes, de la paille, des chiffons, outre masques-moulages et marionnettes…

Pour commencer, Ilka Schönbein donne vie à une petite ballerine toute rose à la Degas qui, à force de travail, devient « ballereine » mais, avec le temps, finit en « balleruine ». Le ton est donné.On ne pense plus à Degas mais à Egon Schiele.

Elle enchaîne avec la vieille femme dont le pommier est chaque année dépouillé de ses pommes par des enfants et dont le voeu le plus cher serait qu’ils n’en puissent plus descendre sans sa permission ; lorsque la mort elle-même viendra la chercher, elle usera de ce stratagème pour tenter de lui échapper… Car, lui dit-elle, « ce n’est pas moi qui suis vieille et moche, c’est lui, l’animal qui s’appelle mon corps ! »

Ce qui nous amène à la troisième histoire : une reine qui ne pouvait avoir d’enfant… Elle finit cependant par accoucher d’un âne qu’elle élèvera comme un humain ; lui aussi à force de travail – et le corps d’Ilka Schönbein se contorsionne et nous souffrons avec elle – apprendra même à jouer du luth, sera jeté à l’eau (tiens, ça fait penser à Pinocchio) puis épousera une princesse. Evidemment (!), la bête cachait un merveilleux prince…

Puis, c’est « Léna qui ne voulait pas aller dans une maison de retraite » malgré ses 85 ans et, devenue pratiquement folle, arrachant l’une de ses jambes dans laquelle elle sent pousser un pommier (on pense à « L’homme-bonsaï »), elle s’éteindra dans les bras d’Ilka. On ne sait plus quel membre est à la marionnette, lequel est à Ilka, l’illusion est parfaite, la marionnette, Ilka, les corps se fondent, se prolongent, le public est fasciné.

Le petit verre de cidre n’est pas de trop à la fin, pour se rasséréner et « approcher » cette étonnante femme-mime- danseuse-marionnettiste-contorsionniste, terriblement émouvante, fragile et forte à la fois.