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Little Joe – Film de Jessica Hausner

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Alice est une chercheuse en botanique. Elle est passionnée par sa nouvelle recherche : une plante au parfum extraordinaire qu’elle baptise « Little Joe« . Le souci, c’est qu’elle ne se reproduit pas.

D’étranges manifestations se produisent quand les « cobayes » rencontrent la fleur : Leur personnalité semble s’effacer et un seul objectif les animent : protéger la plante. Alertée par une de ses collaboratrices, Alice doute, mais il va falloir se rendre à l’évidence… Surtout quand de drôles d’incidents surviennent dans le laboratoire, ainsi que chez elle quand son fils, à qui elle avait offert une « Little joe« , s’éloigne.

Sentiment de paranoïa, mêlé à une atmosphère angoissante, on sort de ce film ébranlé : ça pourrait arriver ! et c’est là qu’est la force de la réalisation portée par des acteurs fantastiques.

Et ce film, vous pouvez le découvrir sur la médiathèque numérique (si votre bibliothèque y est associée).

 

Alors survint le Jabberwock…

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Si vous avez regardé « Le mystère des pingouins » de Hiroyasu ISHIDA  (d’après une oeuvre de Tomihiko MORIMI), vous avez vu des Jabberwock apparaître dans le ciel et fondre sur vous.

Vous avez également vu des canettes de soda jetées en l’air se transformer en pingouins et autres phénomènes totalement ahurissants.

Le « Mystère des pingouins » est un film d’animation japonais sorti dans les salles en 2019.

Aoyama est un jeune garçon posé et réfléchi ; bon élève de CM1, il compte le nombre de jours qui le séparent de l’âge adulte, quand il pourra devenir « quelqu’un de bien ». Sa passion, ce sont les sciences et lorsque des multitudes de pingouins apparaissent sans aucune raison valable dans sa ville, il va mener l’enquête avec son meilleur copain et sa rivale au jeu d’échecs.

Une autre passion va bientôt naître, platonique certes mais turbulente, pour l’une des jeunes assistantes du cabinet dentaire, qui se révèle rapidement liée à – sinon responsable de – ces événements surnaturels.

Un film totalement absurde au sens littéraire du terme, renforcé par l’irruption des Jabberwock dans la ville, le Jabberwocky faisant référence à un poème de Lewis CARROLL extrait du premier chapitre de « De l’autre côté du miroir« .

L’année dernière, les éditions Grasset-jeunesse ont édité intégralement ce texte, dans la classique traduction d’Henri PARISOT mais avec des illustrations décoiffantes de Nicole CLAVELOUX, quarante-cinq ans après ses illustrations d’ « Alice au pays des merveilles » (réédité cependant en 2013).

L’occasion de découvrir ou redécouvrir ces deux textes jubilatoires de Lewis CARROLL.

Et de re-découvrir également le style original de Nicole Claveloux, prolifique illustratrice jeunesse mais également créatrice de bandes dessinées mise à l’honneur cette année 2020 à Angoulême.

Et pour en revenir à l’atmosphère fantastique du « Mystère des pingouins », signalons également ce très bel album

de CORNELIUS (alias Davide CALI) et Tommaso CAROZZI :

Le jour des baleines

(paru aux Editions Chocolat lui aussi en 2019)

 

 

 

« Happa No Ko »

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Etonnant roman que cet

« Happa No Ko le peuple de feuilles » de Karin SERRES

paru en 2018 aux éditions du Rouergue.

« Pourquoi Madeleine, du quartier France 45-67, se réveille-t-elle un matin, effrayée, en découvrant que ses mains sont devenues vertes ? Lui fait-on tester un nouveau jeu de réalité virtuelle sans qu’elle le sache ? Car désormais c’est l’occupation principale sur Terre : jouer ! La planète est devenue une ville infinie où tout travail a été aboli, maintenant que les machines s’occupent de tout. Pendant ce temps, de l’autre côté de la Terre, dans le quartier Japon 23-58, Ken se réveille aussi avec les mains vertes. Mais lui n’a pas peur, car il sait que les mains vertes donnent des pouvoirs. » (cf. 4ème de couverture)

En fait, jouer n’est pas un choix, mais une obligation et l’énergie dépensée est comptabilisée chaque soir par le bracelet accumulateur d’énergie personnel. D’ailleurs il n’y a guère de place dans ce monde pour la liberté et la fantaisie, le couvre-feu ordonne à chacun de rentrer au bercail où la machine-repas délivre les commandes. Les rues, l’école, tous les espaces publics sont quadrillés de lampadaires-caméras. Et les machines-police contrent toute tentative de désobéissance.

La montée des eaux a tant réduit les terres habitables que les villes ont dû se développer en largeur et en hauteur au point que la lumière du jour n’y pénétre plus.

Et ces villes gigantesques ne recélant plus aucune nature, l’illusion est créée par des dômes-parcs sur les parois desquels de splendides paysages sont projetés.

« C’était le début de l’automne, des oiseaux [invisibles] chantaient, quelques feuilles tombaient du haut des arbres virtuels alentour, l’air sentait l’automne, et la lumière solaire, claire et vive, donnait à Madeleine l’impression de respirer plus largement que dans le jour artificiel qui régnait sur la ville. »

Mais voilà que ce vert sur les mains de Madeleines bouleverse sa vie, ainsi qu’une étrange apparition…

Un roman fantastique qui fait réfléchir sur l’écologie et les dérives possibles d’une vie réglementée par l’intelligence artificielle apparemment devenue totalement autonome.

 

« Le loup »

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Après l’impressionnant « Ailefroide altitude 3954 », récit d’une escalade dramatique qui détermina son choix de devenir dessinateur et non plus guide de montagne, Jean-Marc ROCHETTE nous livre une BD superbe dans une dominante de bleus glaçants sur le thème du loup.

BD qui vient de paraître chez Casterman, mise en couleurs par Isabelle Merlet.

Rochette l’a réalisée après une rencontre avec un berger de l’Oisans qui venait de découvrir cinquante de ses brebis égorgées par un loup.

A partir de ce récit brutal Rochette dessine une BD aussi forte que le combat du vieil homme d’Hemingway contre l’espadon.

Toutefois le « personnage » du loup d’abord louveteau orphelin rend nos sentiments à son égard très ambivalents, on respire quand Gaspard lui laisse la vie sauve, mais…

Mais, comme l’écrit Baptiste Morizot dans la postface « Aux mâles de notre culture, on a appris à transformer toute détresse et toute frustration en une seule chose, la colère, pour qu’ils n’aient pas l’air « faibles ». Sans bien réfléchir aux dégâts que cette éducation pourrait faire à l’histoire des sociétés humaines… »

Alors vient la confrontation, violente, tragique et qui pourrait devenir définitive pour l’un comme pour l’autre. Mais voilà, Rochette nous propose une histoire beaucoup plus subtile.

Au fil des images, on comprend mieux tout le cheminement des « personnages », on se réjouit, on a peur, on croit que tout est perdu… au milieu des rochers, de la neige, du vent glacial.

La postface de Morizot nous ramène sur terre et engage le débat sur « les formes du pastoralisme [qui] doivent changer pour cohabiter avec le loup, mais c’est aussi une opportunité de se réinventer et de donner une visibilité politique aux bergers qu’ils n’ont jamais eue dans l’histoire. »

« Gaspard est un vieux monsieur. Avec ses habitudes, ses rigidités. Pourtant, il a été capable de changer son fusil d’épaule, de se réinventer, de voir autrement sa relation au loup, à l’alpage qui le fait vivre et qu’il partage avec les chamois, les brebis, les abeilles et les prédateurs. De bricoler des formes étranges de réciprocité et de cohabitation, des pactes concrets, qu’il faut inventer, expérimenter, jusqu’à ce que ça marche. Et qu’on puisse enfin partager la terre. »

Une très belle aventure.

 

 

« Le Oki d’Odzala »

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« Dans les forêts du Congo, Oki le grand gorille blanc contrôle les vies…

Clémence, spécialiste des gorilles au Congo-Brazzaville, effectue sa dernière mission faute de financements. Les primates y sont menacés par le virus Ebola et le braconnage. Mais Clémence a un espoir. Il y a quelques années, elle a photographié un gorille blanc qui, à en croire les données génétiques, ne devrait pas exister. Si elle parvient à le retrouver, cela permettrait de débloquer de nouveaux fonds. 
Dans un village au cœur de la forêt, Mickey, un adolescent malingre, cherche à venger sa famille d’un chef de gang de braconniers. Quitte à faire appel aux sorciers vaudou et à invoquer l’esprit du Oki, le Grand Gorille Blanc. » (cf. Présentation éditeur)
En 2014, A. DAN est parti vivre avec des primatologues qui étudient les gorilles dans la jungle équatoriale du parc d’Odzala-Kokoua au Congo-Brazaville. Revenu avec un intéressant carnet de voyage dont nous avons un aperçu à la fin de cette BD, il l’a d’abord fait éditer sous le titre « Des gorilles et des hommes » à La boîte à bulles en 2015.
Mais l’envie de développer une histoire plus personnelle l’a poussé à réaliser cette bande dessinée « avec les ingrédients non seulement scientifiques, mais aussi ceux que j’avais découvert là-bas, le braconnage et les contes africains. J’avais été frappé par la violence et la complexité du trafic de l’ivoire et de la viande de brousse, envers les animaux mais aussi avec les hommes, tout cela dans le contexte du virus Ebola qui y fait rage régulièrement. »
Un récit dur, réaliste, qui donne un aperçu du pillage des ressources de l’Afrique, par des groupes armés, réseaux criminels bien organisés qui profitent de la corruption des autorités. Ces trafics alimentent les marchés étrangers, tout particulièrement la Chine.
On estime qu’environ 20.000 éléphants meurent chaque année à cause de leurs défenses en ivoire et ceci bien que ce commerce ait été interdit au niveau international.
Les populations de gorilles sont elles aussi décimées, et bien d’autres espèces comme les tigres ou les rhinocéros, sans parler des vols d’animaux vivants destinés aux animaleries du monde entier.
Des brigades anti-braconnage sont à l’oeuvre, mais se mettent quotidiennement en danger ainsi que leurs familles.
A. Dan donne également un aperçu des croyances locales et du rôle de sorciers corrompus qui, grâce à leurs sortilèges, aident les braconniers à semer la terreur dans les villages.
Enfin, il met en valeur le travail de fourmi des équipes scientifiques malgré le manque criant de financements.
Tout cela soutenu par un dessin précis, aquarellé avec soin.
Un one-shot à découvrir.

 

Et demain ?

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« La situation sur notre planète n’a jamais été aussi grave.

Si nous ne faisons rien, dans trente ans tout ira encore plus mal. Et c’est votre génération qui devra faire face à de nombreux dangers.

Alors j’aimerais vous proposer de réfléchir ensemble. D’essayer de comprendre comment nous en sommes arrivés là et pourquoi nous nous comportons de cette façon.

Dans ce livre, il y aura des choses vraies, indiscutables, scientifiques. Mais il y aura également des opinions : les miennes et celles de Pierre [Rabhi]. Une opinion est un avis, un point de vue sur le monde. Comme si vous regardiez un paysage du haut d’une colline. Si vous descendez de la colline, vous ne verrez plus la même chose. Et si vous montez sur une autre colline, placée à un autre endroit, vous verrez encore une chose différente. Plus vous gravirez de collines et plus votre point de vue sur le monde sera riche et vous permettra de le comprendre. Vous pourrez alors vous faire votre propre idée et décider de comment vous voulez participer à ce monde.

J’espère que ce livre vous y aidera. » (Cyril DION dans son introduction au livre « Demain entre tes mains » avec Pierre RABHI : Actes sud junior, 2017)

Cerise sur le gâteau, ce livre est illustré par 32 illustrateurs de l’agence Costume 3 Pièces, dont certains nous sont bien connus par leurs albums comme François Roca, Charlotte Gastaut, Serge Bloch ou Julia Wauters, etc., etc.

Beau et intéressant, que demander de plus ? Souhaiter qu’il vous convainc d’aider le monde à aller mieux, comme le colibri de la légende amérindienne !

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » (raconté par Pierre Rabhi)

 

Fantastiques robinsons

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Ils ont deux cents ans d’écart et bien d’autres différences, toutefois j’ai envie de vous parler des deux en même temps.

« Le Robinson suisse » qui a peut-être fait rêver enfants, vos parents et grands-parents, vient d’être réédité par les éditions La Joie de Lire dans une version adaptée par Peter STAMM, traduite par Lionel Felchlin et illustrée par Hannes BINDER dont les gravures en noir et blanc lui conviennent superbement.

Le texte originel, édité en 1812, avait été écrit par un pasteur suisse, Johann David WYSS pour ses quatre garçons. A la différence du Robinson de Daniel De Foe, adulte et solitaire – du moins jusqu’à l’arrivée de Vendredi -, J.D. Wyss fait échouer une famille entière sur une île déserte.

« Une famille suisse – le père, la mère Katharina et leurs quatre fils (Fritz, Ernst, Jack et Franz) – s’échoue sur une île déserte. Seuls survivants d’un naufrage, ils parviennent à sauver un certain nombre d’animaux et d’objets de l’épave. Ils vont vivre de chasse, de pêche et de cueillette, mais aussi domestiquer des animaux sauvages, cultiver des champs et construire toutes sortes d’outils, de bateaux et de cabanes. Ils vont aussi devoir affronter des animaux dangereux – boa, lion, tigre, ours… Au fil des années, ils font de cette île sauvage un petit paradis. Dix ans plus tard, ils y rencontrent une jeune Anglaise naufragée, Miss Jenny. Un navire aborde finalement dans l’île et la famille doit choisir : rester et fonder la colonie de la Nouvelle-Suisse, ou tout abandonner et rentrer en Europe… » (Présentation éditeur)

Peter STAMM a pris quelques libertés avec le texte qui nous le rendent plus fluide à lire, deux cents ans après. Il a condensé les 59 chapitres, supprimé quelques animaux et quelques plantes improbables sur l’île, imaginé la rencontre de Fritz avec un autre naufragé, mais l’esprit de J.D.Wyss demeure :

« entreprise formatrice d’un précepteur éclairé au sein de sa famille. Tandis que les jeunes écoutaient attentivement l’histoire captivante, il leur disait ses quatre vérités. (…) Pour lui, l’homme est prédisposé au bien et à la raison. Ces prédispositions se développent à travers l’enseignement et l’exemple de vie. Dans le roman, les parents agissent ainsi envers leurs enfants, et le pasteur Wyss l’a fait avec ses fils par le biais du roman. La raison et la sagesse, l’habileté et l’imagination distinguent l’esprit sensé. Ces qualités lui permettent de survivre dans la forêt vierge. Mais la bonté tout aussi naturelle de l’être humain prévient la querelle et la jalousie ; elles font place, sous les encouragements attentionnés des parents, à la concorde et à la serviabilité. » (cf. postface de Peter von Matt)

La famille tire parti de tout ce qu’elle découvre, grâce à l’extrême ingéniosité de chacun, ses souvenirs, son expérience, mais également grâce à la bibliothèque sauvée du naufrage :

« Nous possédions un assez grand nombre de livres qui avaient appartenu en partie à nous-mêmes, en partie au capitaine ou aux officiers. La plupart d’entre eux étaient des récits de voyage et des ouvrages d’histoire naturelle, illustrés en couleurs, qui nous permettaient d’apprendre beaucoup de choses. Il y avait en outre quelques cartes marines, des instruments mathématiques et astronomiques, et même un globe terrestre. Nous avions aussi pris sur l’épave des dictionnaires et des romans en plusieurs langues. Nous passions les longs jours de pluie à nous familiariser avec différentes langues pour nous faire comprendre si, un jour, un bateau devait aborder notre île. Tout le monde apprenait le français. Katharina et les deux aînés s’intéressaient aussi à l’anglais et au hollandais. Ernest avait déjà eu des cours de latin à l’école et poursuivait ses études ici. Cette langue rendait surtout service pour lire des livres scientifiques et médicaux. »

Bibliothèque et petit musée d’histoire naturelle constitué au fil des découvertes de la faune, la flore et la géologie de l’île, tout cela prend place dans les différentes « résidences » de la famille.

Au départ simple abri de toile avec des matelas de mousses et d’herbes, puis la fameuse cabane dans les arbres qui a fait rêver des générations d’enfants mais sera remplacée après la saison des pluies par la maison dans la grotte, plus tard agrémentée d’une galerie et d’un bassin avec sa fontaine ; belvédère, cahute, pont-levis, poste de garde, fortifications complètent les différents espaces conquis sur la nature avec leurs plantations, jardins, chemins et abris pour les animaux domestiqués.

Lorsque l’arrivée, pourtant si longtemps espérée, d’un navire va bouleverser leur existence, les quatre garçons sont devenus de jeunes hommes d’une vingtaine d’années et deux d’entre eux décideront de quitter l’île pour retourner en Europe.

« Il me tenait le plus à coeur de laisser partir mes fils en leur témoignant tout mon amour.  (…) Peu importe  à quelle distance nous sommes les uns des autres, leur dis-je finalement, nous vivons sous le même ciel. Et chaque fois que j’observerai les étoiles, je serai en pensée avec vous. Je vous ai appris ce que je pouvais vous apprendre. A l’avenir, vous devrez compter sur votre propre raison. Mais je suis sûr que vous ferez votre chemin et trouverez votre bonheur.« 

C’est à cette conclusion qu’arrivera également Ben (Viggo Mortensen) dans « Captain fantastic » de Matt ROSS.

Mais son cheminement intérieur aura été laborieux.

Ses six enfants n’ont pas été contraints par un naufrage impliquant toute la famille dans les premières années du 19ème siècle, ils apparaissent plutôt comme les « otages » de parents opposés à la société de consommation du 21ème siècle, qui décident de leur faire vivre une utopie au fin fond d’une forêt d’Amérique du nord.

Comme les quatre fils Wyss, les six enfants de Ben vivent une « robinsonnade », ils habitent une cabane, se lavent à la rivière, mangent les produits de leur chasse ou de leur potager. Comme eux, ils lisent beaucoup et n’ont pas d’autre lien avec le monde.

Disons que les premières scènes du film de Matt Ross comme l’impressionnant moment de chasse, le rude entraînement sportif quotidien, les « missions » ou l’accident d’escalade, permettent de « mettre des images » contemporaines sur le récit de J.D. Wyss.

Mais la comparaison s’arrête là et si l’éthique de la famille Cash est responsable et s’appuie sur une réflexion solide, l’écrasante personnalité, l’intransigeance et le dogmatisme de Ben m’ont paru insupportables. Certes il enseigne à ses enfants à défendre leur point de vue et développer leur esprit critique (le passage à propos de « Lolita » de Nabokov et la conversation qui s’ensuivra est un morceau d’anthologie), mais il interdira violemment à ses filles de parler entre elles en espéranto (qu’il réprouve ou simplement qu’il ne comprend pas ?) sans leur donner d’explication convaincante…

Il faudra la mort tragique de sa femme atteinte de troubles bipolaires, suivie de nombre d’événements qu’il ne maîtrise plus pour qu’il (ré)fléchisse et accepte, outre la confrontation des enfants avec ce monde qu’il rejette – dont l’école -,  le départ de son aîné, Bodevan.