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« Le loup »

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Après l’impressionnant « Ailefroide altitude 3954 », récit d’une escalade dramatique qui détermina son choix de devenir dessinateur et non plus guide de montagne, Jean-Marc ROCHETTE nous livre une BD superbe dans une dominante de bleus glaçants sur le thème du loup.

BD qui vient de paraître chez Casterman, mise en couleurs par Isabelle Merlet.

Rochette l’a réalisée après une rencontre avec un berger de l’Oisans qui venait de découvrir cinquante de ses brebis égorgées par un loup.

A partir de ce récit brutal Rochette dessine une BD aussi forte que le combat du vieil homme d’Hemingway contre l’espadon.

Toutefois le « personnage » du loup d’abord louveteau orphelin rend nos sentiments à son égard très ambivalents, on respire quand Gaspard lui laisse la vie sauve, mais…

Mais, comme l’écrit Baptiste Morizot dans la postface « Aux mâles de notre culture, on a appris à transformer toute détresse et toute frustration en une seule chose, la colère, pour qu’ils n’aient pas l’air « faibles ». Sans bien réfléchir aux dégâts que cette éducation pourrait faire à l’histoire des sociétés humaines… »

Alors vient la confrontation, violente, tragique et qui pourrait devenir définitive pour l’un comme pour l’autre. Mais voilà, Rochette nous propose une histoire beaucoup plus subtile.

Au fil des images, on comprend mieux tout le cheminement des « personnages », on se réjouit, on a peur, on croit que tout est perdu… au milieu des rochers, de la neige, du vent glacial.

La postface de Morizot nous ramène sur terre et engage le débat sur « les formes du pastoralisme [qui] doivent changer pour cohabiter avec le loup, mais c’est aussi une opportunité de se réinventer et de donner une visibilité politique aux bergers qu’ils n’ont jamais eue dans l’histoire. »

« Gaspard est un vieux monsieur. Avec ses habitudes, ses rigidités. Pourtant, il a été capable de changer son fusil d’épaule, de se réinventer, de voir autrement sa relation au loup, à l’alpage qui le fait vivre et qu’il partage avec les chamois, les brebis, les abeilles et les prédateurs. De bricoler des formes étranges de réciprocité et de cohabitation, des pactes concrets, qu’il faut inventer, expérimenter, jusqu’à ce que ça marche. Et qu’on puisse enfin partager la terre. »

Une très belle aventure.

 

 

« Le Oki d’Odzala »

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« Dans les forêts du Congo, Oki le grand gorille blanc contrôle les vies…

Clémence, spécialiste des gorilles au Congo-Brazzaville, effectue sa dernière mission faute de financements. Les primates y sont menacés par le virus Ebola et le braconnage. Mais Clémence a un espoir. Il y a quelques années, elle a photographié un gorille blanc qui, à en croire les données génétiques, ne devrait pas exister. Si elle parvient à le retrouver, cela permettrait de débloquer de nouveaux fonds. 
Dans un village au cœur de la forêt, Mickey, un adolescent malingre, cherche à venger sa famille d’un chef de gang de braconniers. Quitte à faire appel aux sorciers vaudou et à invoquer l’esprit du Oki, le Grand Gorille Blanc. » (cf. Présentation éditeur)
En 2014, A. DAN est parti vivre avec des primatologues qui étudient les gorilles dans la jungle équatoriale du parc d’Odzala-Kokoua au Congo-Brazaville. Revenu avec un intéressant carnet de voyage dont nous avons un aperçu à la fin de cette BD, il l’a d’abord fait éditer sous le titre « Des gorilles et des hommes » à La boîte à bulles en 2015.
Mais l’envie de développer une histoire plus personnelle l’a poussé à réaliser cette bande dessinée « avec les ingrédients non seulement scientifiques, mais aussi ceux que j’avais découvert là-bas, le braconnage et les contes africains. J’avais été frappé par la violence et la complexité du trafic de l’ivoire et de la viande de brousse, envers les animaux mais aussi avec les hommes, tout cela dans le contexte du virus Ebola qui y fait rage régulièrement. »
Un récit dur, réaliste, qui donne un aperçu du pillage des ressources de l’Afrique, par des groupes armés, réseaux criminels bien organisés qui profitent de la corruption des autorités. Ces trafics alimentent les marchés étrangers, tout particulièrement la Chine.
On estime qu’environ 20.000 éléphants meurent chaque année à cause de leurs défenses en ivoire et ceci bien que ce commerce ait été interdit au niveau international.
Les populations de gorilles sont elles aussi décimées, et bien d’autres espèces comme les tigres ou les rhinocéros, sans parler des vols d’animaux vivants destinés aux animaleries du monde entier.
Des brigades anti-braconnage sont à l’oeuvre, mais se mettent quotidiennement en danger ainsi que leurs familles.
A. Dan donne également un aperçu des croyances locales et du rôle de sorciers corrompus qui, grâce à leurs sortilèges, aident les braconniers à semer la terreur dans les villages.
Enfin, il met en valeur le travail de fourmi des équipes scientifiques malgré le manque criant de financements.
Tout cela soutenu par un dessin précis, aquarellé avec soin.
Un one-shot à découvrir.

 

Et demain ?

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« La situation sur notre planète n’a jamais été aussi grave.

Si nous ne faisons rien, dans trente ans tout ira encore plus mal. Et c’est votre génération qui devra faire face à de nombreux dangers.

Alors j’aimerais vous proposer de réfléchir ensemble. D’essayer de comprendre comment nous en sommes arrivés là et pourquoi nous nous comportons de cette façon.

Dans ce livre, il y aura des choses vraies, indiscutables, scientifiques. Mais il y aura également des opinions : les miennes et celles de Pierre [Rabhi]. Une opinion est un avis, un point de vue sur le monde. Comme si vous regardiez un paysage du haut d’une colline. Si vous descendez de la colline, vous ne verrez plus la même chose. Et si vous montez sur une autre colline, placée à un autre endroit, vous verrez encore une chose différente. Plus vous gravirez de collines et plus votre point de vue sur le monde sera riche et vous permettra de le comprendre. Vous pourrez alors vous faire votre propre idée et décider de comment vous voulez participer à ce monde.

J’espère que ce livre vous y aidera. » (Cyril DION dans son introduction au livre « Demain entre tes mains » avec Pierre RABHI : Actes sud junior, 2017)

Cerise sur le gâteau, ce livre est illustré par 32 illustrateurs de l’agence Costume 3 Pièces, dont certains nous sont bien connus par leurs albums comme François Roca, Charlotte Gastaut, Serge Bloch ou Julia Wauters, etc., etc.

Beau et intéressant, que demander de plus ? Souhaiter qu’il vous convainc d’aider le monde à aller mieux, comme le colibri de la légende amérindienne !

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » (raconté par Pierre Rabhi)

 

Fantastiques robinsons

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Ils ont deux cents ans d’écart et bien d’autres différences, toutefois j’ai envie de vous parler des deux en même temps.

« Le Robinson suisse » qui a peut-être fait rêver enfants, vos parents et grands-parents, vient d’être réédité par les éditions La Joie de Lire dans une version adaptée par Peter STAMM, traduite par Lionel Felchlin et illustrée par Hannes BINDER dont les gravures en noir et blanc lui conviennent superbement.

Le texte originel, édité en 1812, avait été écrit par un pasteur suisse, Johann David WYSS pour ses quatre garçons. A la différence du Robinson de Daniel De Foe, adulte et solitaire – du moins jusqu’à l’arrivée de Vendredi -, J.D. Wyss fait échouer une famille entière sur une île déserte.

« Une famille suisse – le père, la mère Katharina et leurs quatre fils (Fritz, Ernst, Jack et Franz) – s’échoue sur une île déserte. Seuls survivants d’un naufrage, ils parviennent à sauver un certain nombre d’animaux et d’objets de l’épave. Ils vont vivre de chasse, de pêche et de cueillette, mais aussi domestiquer des animaux sauvages, cultiver des champs et construire toutes sortes d’outils, de bateaux et de cabanes. Ils vont aussi devoir affronter des animaux dangereux – boa, lion, tigre, ours… Au fil des années, ils font de cette île sauvage un petit paradis. Dix ans plus tard, ils y rencontrent une jeune Anglaise naufragée, Miss Jenny. Un navire aborde finalement dans l’île et la famille doit choisir : rester et fonder la colonie de la Nouvelle-Suisse, ou tout abandonner et rentrer en Europe… » (Présentation éditeur)

Peter STAMM a pris quelques libertés avec le texte qui nous le rendent plus fluide à lire, deux cents ans après. Il a condensé les 59 chapitres, supprimé quelques animaux et quelques plantes improbables sur l’île, imaginé la rencontre de Fritz avec un autre naufragé, mais l’esprit de J.D.Wyss demeure :

« entreprise formatrice d’un précepteur éclairé au sein de sa famille. Tandis que les jeunes écoutaient attentivement l’histoire captivante, il leur disait ses quatre vérités. (…) Pour lui, l’homme est prédisposé au bien et à la raison. Ces prédispositions se développent à travers l’enseignement et l’exemple de vie. Dans le roman, les parents agissent ainsi envers leurs enfants, et le pasteur Wyss l’a fait avec ses fils par le biais du roman. La raison et la sagesse, l’habileté et l’imagination distinguent l’esprit sensé. Ces qualités lui permettent de survivre dans la forêt vierge. Mais la bonté tout aussi naturelle de l’être humain prévient la querelle et la jalousie ; elles font place, sous les encouragements attentionnés des parents, à la concorde et à la serviabilité. » (cf. postface de Peter von Matt)

La famille tire parti de tout ce qu’elle découvre, grâce à l’extrême ingéniosité de chacun, ses souvenirs, son expérience, mais également grâce à la bibliothèque sauvée du naufrage :

« Nous possédions un assez grand nombre de livres qui avaient appartenu en partie à nous-mêmes, en partie au capitaine ou aux officiers. La plupart d’entre eux étaient des récits de voyage et des ouvrages d’histoire naturelle, illustrés en couleurs, qui nous permettaient d’apprendre beaucoup de choses. Il y avait en outre quelques cartes marines, des instruments mathématiques et astronomiques, et même un globe terrestre. Nous avions aussi pris sur l’épave des dictionnaires et des romans en plusieurs langues. Nous passions les longs jours de pluie à nous familiariser avec différentes langues pour nous faire comprendre si, un jour, un bateau devait aborder notre île. Tout le monde apprenait le français. Katharina et les deux aînés s’intéressaient aussi à l’anglais et au hollandais. Ernest avait déjà eu des cours de latin à l’école et poursuivait ses études ici. Cette langue rendait surtout service pour lire des livres scientifiques et médicaux. »

Bibliothèque et petit musée d’histoire naturelle constitué au fil des découvertes de la faune, la flore et la géologie de l’île, tout cela prend place dans les différentes « résidences » de la famille.

Au départ simple abri de toile avec des matelas de mousses et d’herbes, puis la fameuse cabane dans les arbres qui a fait rêver des générations d’enfants mais sera remplacée après la saison des pluies par la maison dans la grotte, plus tard agrémentée d’une galerie et d’un bassin avec sa fontaine ; belvédère, cahute, pont-levis, poste de garde, fortifications complètent les différents espaces conquis sur la nature avec leurs plantations, jardins, chemins et abris pour les animaux domestiqués.

Lorsque l’arrivée, pourtant si longtemps espérée, d’un navire va bouleverser leur existence, les quatre garçons sont devenus de jeunes hommes d’une vingtaine d’années et deux d’entre eux décideront de quitter l’île pour retourner en Europe.

« Il me tenait le plus à coeur de laisser partir mes fils en leur témoignant tout mon amour.  (…) Peu importe  à quelle distance nous sommes les uns des autres, leur dis-je finalement, nous vivons sous le même ciel. Et chaque fois que j’observerai les étoiles, je serai en pensée avec vous. Je vous ai appris ce que je pouvais vous apprendre. A l’avenir, vous devrez compter sur votre propre raison. Mais je suis sûr que vous ferez votre chemin et trouverez votre bonheur.« 

C’est à cette conclusion qu’arrivera également Ben (Viggo Mortensen) dans « Captain fantastic » de Matt ROSS.

Mais son cheminement intérieur aura été laborieux.

Ses six enfants n’ont pas été contraints par un naufrage impliquant toute la famille dans les premières années du 19ème siècle, ils apparaissent plutôt comme les « otages » de parents opposés à la société de consommation du 21ème siècle, qui décident de leur faire vivre une utopie au fin fond d’une forêt d’Amérique du nord.

Comme les quatre fils Wyss, les six enfants de Ben vivent une « robinsonnade », ils habitent une cabane, se lavent à la rivière, mangent les produits de leur chasse ou de leur potager. Comme eux, ils lisent beaucoup et n’ont pas d’autre lien avec le monde.

Disons que les premières scènes du film de Matt Ross comme l’impressionnant moment de chasse, le rude entraînement sportif quotidien, les « missions » ou l’accident d’escalade, permettent de « mettre des images » contemporaines sur le récit de J.D. Wyss.

Mais la comparaison s’arrête là et si l’éthique de la famille Cash est responsable et s’appuie sur une réflexion solide, l’écrasante personnalité, l’intransigeance et le dogmatisme de Ben m’ont paru insupportables. Certes il enseigne à ses enfants à défendre leur point de vue et développer leur esprit critique (le passage à propos de « Lolita » de Nabokov et la conversation qui s’ensuivra est un morceau d’anthologie), mais il interdira violemment à ses filles de parler entre elles en espéranto (qu’il réprouve ou simplement qu’il ne comprend pas ?) sans leur donner d’explication convaincante…

Il faudra la mort tragique de sa femme atteinte de troubles bipolaires, suivie de nombre d’événements qu’il ne maîtrise plus pour qu’il (ré)fléchisse et accepte, outre la confrontation des enfants avec ce monde qu’il rejette – dont l’école -,  le départ de son aîné, Bodevan.

 

 

 

 

Jirô Taniguchi

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« S’il avait pu être mené jusqu’à son terme, le projet dans sa globalité aurait sans doute été l’aboutissement de ce que souhaitait réaliser depuis plusieurs années Jirô Taniguchi : raconter, dans un ouvrage à mi-chemin entre manga et bande dessinée [franco-belge], une histoire susceptible d’éveiller les consciences à la nécessité pour l’être humain d’instaurer une relation harmonieuse avec son environnement naturel. »  (cf. postface « les racines du projet » – éditions Rue de Sèvres, 2017)

Jirô TANIGUCHI « La forêt millénaire »

(Rue de Sèvres, 2017)

« Après un terrible séisme, une forêt depuis longtemps disparue émerge dans les environs de Tottori*. Un jeune garçon tout juste arrivé de Tokyo perçoit les vibrations de cette forêt et entend même les murmures de ceux qui la peuplent. »

(*) région natale de Taniguchi

Surprenant par son format à l’italienne de 24 sur 30 cm, relié, cahiers cousus, couvert d’une jaquette sur beau papier grainé, pages de garde décorées, cet album posthume (Jirô TANIGUCHI est mort en février 2017 à 69 ans) est absolument magnifique. Magnifique et terriblement frustrant… car Taniguchi et son éditeur Rue de Sèvres avaient prévu de développer l’histoire en cinq albums. Or le récit, à peine commencé, tient en une cinquantaine de pages. Heureusement la postface « Les racines du projet » de Corinne Quentin (traductrice et directrice de l’agence littéraire) et Motoyuki Oda (éditeur chez Shogakukan et responsable de la publication au Japon) et quelques pages de croquis extraites des carnets de dessin de Taniguchi adoucissent  – un peu – notre déception.

Angoulême l’avait reçu en 2015, plusieurs posts ici ont parlé de ses mangas, il nous reste à les relire inlassablement…

Juste avant cet album, j’avais lu le dernier livre d’Aharon APPELFELD traduit pour L’Ecole des Loisirs au printemps 2017 :  « De longues nuits d’été » et les deux récits se sont un peu catapultés dans ma tête.

[Oui ! Oui ! Vous avez bien reconnu sur la couverture la patte de Mélanie RUTTEN, illustratrice à laquelle le secteur jeunesse de la BFM a rendu hommage en 2016. Bravo !]

A priori, le sujet n’a rien à voir :

« Papi Sergeï, un ancien soldat devenu aujourd’hui un vieil homme aveugle, et Janek, un garçon juif placé sous sa protection, effectuent un long voyage. En toile de fond, la Seconde Guerre mondiale qui fait rage. Les deux compagnons vont de village en village pour mendier et luttent pour leur survie.

« Ce couple de héros peut faire penser, bien sûr, à une variation sur le thème “Le vieil homme et l’enfant”. On pense beaucoup aussi à La Route, de Cormac McCarthy, pour la profondeur et la simplicité du texte, des dialogues, pour sa situation apocalyptique, pour ce lien de confiance entre un homme et un enfant, dans un monde barbare.» ( cf. Valérie Zenatti, traductrice, pour la présentation éditeur)

Toutefois, ce qui frappe à la lecture du récit d’Appelfeld, comme dans son précédent livre « Adam et Thomas » paru en 2014 et inspirés tous deux de sa propre expérience de l’errance dans la forêt, c’est la nécessité absolue de connaître parfaitement cet environnement afin de s’y fondre.

« Son long service militaire avait fait de Sergueï un être de la nuit à l’ouïe fine et à l’odorat puissant, il détectait les odeurs bien avant tout le monde. Il avait un goût très développé aussi et savait aussitôt ce qui était frais ou abîmé. Son sens du toucher était bien sûr également hors du commun.

(…) Les menaces, comme nous l’avons dit, ne perturbent pas le vieux Sergueï, au contraire. Lorsque le danger surgit, tous ses membres se tendent et Janek ne le quitte pas des yeux. Après avoir bu du thé, tiré sur sa pipe et écouté un long moment les bruits du village, Sergueï dit :

– Maintenant tu peux aller chez Sonia.

Sergueï connaît bien les habitudes du village, il a l’ouïe fine et les narines aux aguets. Il sait exactement quand le danger s’approche d’eux ou s’éloigne.

(…) Ce n’est que lorsqu’ils sont dans la forêt, qui appartient à tous, que Sergueï autorise Janek à cueillir des cerises et des myrtilles. Janek aime la forêt et les fruits qui y poussent. Les animaux aussi : écureuils, biches, lapins. Tous ont une façon prudente de se mouvoir, ils font preuve d’écoute et d’attention. Il reste parfois assis un long moment pour apercevoir la silhouette d’une biche. Il arrive que des yeux bleu-vert surgissent dans un buisson : un loup.

– Grand-père, pourquoi ne dormons-nous pas dans la forêt ? Parce qu’elle est dangereuse à cause des loups ?

-Oh, les hommes qui y vivent sont bien plus dangereux : des bandits, des assassins, des êtres qui ont la haine de Dieu et des hommes. La forêt est un endroit où ils sont puissants. Ils kidnappent des gens et exigent une rançon. Lorsqu’ils ne l’obtiennent pas, ils n’hésitent pas à tuer.

  Le vieux Sergueï est très organisé. Il envisage le moindre détail avant de prendre la route : à quel endroit coule un ruisseau, quelles sont les cabanes ou les chaumières qui abritent des gens susceptibles de se montrer hostiles… »

Ils n’entrent jamais vraiment dans les villages : ils restent en lisière, dans une clairière près d’un point d’eau et se reposent sous un arbre au printemps et en été, l’hiver ils dorment dans des auberges ou des presbytères. Sergueï entraîne l’enfant à fortifier et endurcir son corps, à résister à la faim qui les tenaille et à espérer.

« Nous dormons avec nos vêtements et ce n’est qu’une fois que tout est silencieux que nous enlevons nos chaussures. Mais ne t’inquiète pas, tu vas très vite t’habituer à cette vie. Les vagabonds dont comme des soldats, toujours en alerte. Cette condition comporte cependant des petits plaisirs qui te réjouiront. »

Et comme Wataru Yamanobé dans le texte de Taniguchi, Janek entend des voix qui murmurent à son oreille des conseils ou des encouragements.

Deux très beaux récits d’apprentissage.

 

 

Onirique

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Au moment où j’écris cet article, je n’ai lu encore que le premier tome de ce manga : « Underwater : le village immergé » de Yuki URUSHIBARA, mais j’ai hâte de lire le second.

Déjà, c’est un bel ouvrage : un manga d’un format un peu atypique (24 x 17 cm) sous une couverture de beau papier épais et embossé et illustrée à l’aquarelle dans des tons très doux, très… aquatiques, publié par les éditions Latitudes en ce début d’année 2016.

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« Par un été étouffant, alors que d’importantes restrictions d’eau frappent le Japon, la jeune Chinami s’évanouit pendant un entraînement d’athlétisme. Mais lorsque la collégienne se réveille, elle se trouve sur les berges idylliques d’une rivière aux eaux cristallines.

Autour d’elle, un village paisible, où seuls vivent encore un vieil homme et un petit garçon. Ce lieu mystérieux, qui lui semble étrangement familier, va petit à petit lui livrer ses nombreux secrets… »

Et Yuki Urushibara décrit ce monde très onirique avec beaucoup de poésie dans des illustrations grisées, douces et précises.

Sans oublier toute la partie extrêmement réaliste de la lutte des habitants contre le futur barrage…

Nous, qui habitons à proximité du beau et grand lac de Vassivière, ne pouvons que penser aux villages immergés lors de la construction du barrage et rêver en lisant ce très esthétique manga aux souvenirs engloutis sous les eaux calmes du lac.

Lecture de paysages

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Voici un livre idéal à emporter en vacances… à la seule réserve que son format ne tient pas dans la poche.
Mais, justement, ses 31 sur 27 centimètres le rendent extrêmement lisible !

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« Nous sommes sans cesse confrontés à des paysages. Ceux parmi lesquels nous vivons, ceux que nous voyons par la fenêtre des voitures ou des trains ; ceux que nous contemplons parce que nous les aimons, à la mer, à la montagne, en ville ; ceux que nous détestons.

Imaginez un instant qu’un géographe pointe du doigt les lignes de force, les détails remarquables, les mouvements de la roche, la nature du sol, la forme particulière d’un arbre. Voir le monde à travers les yeux d’un géographe, c’est répondre à toutes sortes de questions absurdes et essentielles. Pourquoi des arbres au bord des routes ? Qui creuse les gorges et les vallées ? Comment naissent les villes et grandissent les montagnes ? C’est brasser allègrement des millions, des centaines de millions d’années et réaliser que le moindre caillou s’inscrit dans un temps géologique qui nous réduit à poussière. » (cf. présentation éditeur)

Florence THINARD et les éditions Plume de carotte nous invitent à regarder et comprendre cinquante-cinq paysages, du delta aux lacs glaciaires, en passant les tourbières ou le bocage, mais également l’élevage industriel ou les centrales nucléaires…

La double page présente à gauche une photo du paysage ainsi que son histoire, plus un encart qui donne une précision et, à droite, un crayonné des grandes lignes de ce paysage complété par de judicieuses explications.

P1110820Certes, sa lecture n’a rien d’un roman léger, mais les vacances ne servent-elles pas aussi à découvrir, comprendre et s’enrichir de nouvelles rencontres ?

Rappelons au passage que Plume de carotte est l’éditeur des superbes livres de Marc Pouyet sur le Land Art, ainsi que de nombreux herbiers que vous pouvez retrouver sur les rayonnages de la BFM.

Bonnes vacances et bonne(s) lecture(s)… de paysages 🙂 !