Archives de Tag: Ecologie

Onirique

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Au moment où j’écris cet article, je n’ai lu encore que le premier tome de ce manga : « Underwater : le village immergé » de Yuki URUSHIBARA, mais j’ai hâte de lire le second.

Déjà, c’est un bel ouvrage : un manga d’un format un peu atypique (24 x 17 cm) sous une couverture de beau papier épais et embossé et illustrée à l’aquarelle dans des tons très doux, très… aquatiques, publié par les éditions Latitudes en ce début d’année 2016.

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« Par un été étouffant, alors que d’importantes restrictions d’eau frappent le Japon, la jeune Chinami s’évanouit pendant un entraînement d’athlétisme. Mais lorsque la collégienne se réveille, elle se trouve sur les berges idylliques d’une rivière aux eaux cristallines.

Autour d’elle, un village paisible, où seuls vivent encore un vieil homme et un petit garçon. Ce lieu mystérieux, qui lui semble étrangement familier, va petit à petit lui livrer ses nombreux secrets… »

Et Yuki Urushibara décrit ce monde très onirique avec beaucoup de poésie dans des illustrations grisées, douces et précises.

Sans oublier toute la partie extrêmement réaliste de la lutte des habitants contre le futur barrage…

Nous, qui habitons à proximité du beau et grand lac de Vassivière, ne pouvons que penser aux villages immergés lors de la construction du barrage et rêver en lisant ce très esthétique manga aux souvenirs engloutis sous les eaux calmes du lac.

Lecture de paysages

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Voici un livre idéal à emporter en vacances… à la seule réserve que son format ne tient pas dans la poche.
Mais, justement, ses 31 sur 27 centimètres le rendent extrêmement lisible !

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« Nous sommes sans cesse confrontés à des paysages. Ceux parmi lesquels nous vivons, ceux que nous voyons par la fenêtre des voitures ou des trains ; ceux que nous contemplons parce que nous les aimons, à la mer, à la montagne, en ville ; ceux que nous détestons.

Imaginez un instant qu’un géographe pointe du doigt les lignes de force, les détails remarquables, les mouvements de la roche, la nature du sol, la forme particulière d’un arbre. Voir le monde à travers les yeux d’un géographe, c’est répondre à toutes sortes de questions absurdes et essentielles. Pourquoi des arbres au bord des routes ? Qui creuse les gorges et les vallées ? Comment naissent les villes et grandissent les montagnes ? C’est brasser allègrement des millions, des centaines de millions d’années et réaliser que le moindre caillou s’inscrit dans un temps géologique qui nous réduit à poussière. » (cf. présentation éditeur)

Florence THINARD et les éditions Plume de carotte nous invitent à regarder et comprendre cinquante-cinq paysages, du delta aux lacs glaciaires, en passant les tourbières ou le bocage, mais également l’élevage industriel ou les centrales nucléaires…

La double page présente à gauche une photo du paysage ainsi que son histoire, plus un encart qui donne une précision et, à droite, un crayonné des grandes lignes de ce paysage complété par de judicieuses explications.

P1110820Certes, sa lecture n’a rien d’un roman léger, mais les vacances ne servent-elles pas aussi à découvrir, comprendre et s’enrichir de nouvelles rencontres ?

Rappelons au passage que Plume de carotte est l’éditeur des superbes livres de Marc Pouyet sur le Land Art, ainsi que de nombreux herbiers que vous pouvez retrouver sur les rayonnages de la BFM.

Bonnes vacances et bonne(s) lecture(s)… de paysages 🙂 !

Toujours plus…

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Vous avez certainement encore au fond de votre mémoire ce conte des frères Grimm « Le pêcheur et sa femme » : un poisson magique, un pauvre vieux pêcheur et sa femme qui désire, l’une après l’autre, des maisons de plus en plus grandes et des fonctions de plus en plus honorifiques…
Ma version préférée était, jusque là, celle illustrée par John HOWE pour Grasset Jeunesse :

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John HOWE est un illustrateur canadien, célèbre pour ses illustrations de TOLKIEN (Le Seigneur des Anneaux, Bilbo le hobbit, etc.), un spécialiste du Moyen-Age (« Les Chevaliers de la Table Ronde ») et des dragons :

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[A propos, Saroumane vient de mourir, enfin, plus exactement Christopher Lee. ]

Mais revenons au conte de Grimm, « Le pêcheur et sa femme » !

En 2013, Renate RAECKE et Jonas LAUSTROER ont revisité ce conte pour « Minédition » dans un tout autre esprit :

« A la lecture du « Pêcheur et sa femme », j’ai immédiatement pensé à notre civilisation en rapide croissance et à son avidité de pouvoir et de richesse. Les stocks de poisson menacés par la surpêche et les autres catastrophes environnementales qui se succèdent, s’offraient à mon interprétation comme une évidence. J’ai songé immédiatement aux images de la marée noire dans le golfe du Mexique ou à l’accident nucléaire au Japon, il y a quelques temps.

Des symboles de puissance, tels que la Reine d’Angleterre, ou bien des personnalités particulières, comme le dictateur coréen, ont jailli comme des évidences dans mon esprit. La barbue incarne, à elle seule, tous les stocks de poisson menacés ainsi que la nature en deuil, le pêcheur symbolise le misérable petit rouage dans le système qui doit céder à la pression la plus forte, et la femme représente l’avidité de pouvoir et de richesse qui pousse notre société vers  le « vouloir toujours plus » et vers son futur noir déjà programmé.

C’est dans un esprit que j’ai illustré ce conte plus actuel que jamais. » Jonas Lauströer (postface de l’ouvrage)

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 imageNe vous privez donc pas de relire ou de découvrir ce conte dans cette nouvelle version de grande qualité graphique !

P.S. J’aime toujours John Howe ^^

 

« L’oiseau sur la branche »

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Lorsque vous lirez ce post, le mois de mai sera bien avancé et le roselin cramoisi aura nidifié dans quelques jardins d’Europe occidentale, un nouveau venu qui niche ordinairement vers l’Asie mineure ou l’Inde.

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Documentaire ou livre d’art ? L’album d’Anne CRAUSAZ « L’oiseau sur la branche » paru en fin d’année 2014 aux éditions Memo est tout à la fois.

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D’un format « confortable » (30 x 23 cm), sur un beau papier épais, il propose en 52 doubles pages d’aplats colorés une année au jardin. 52 oiseaux différents visitent tour à tour ce pommier, de jour, de nuit, saison après saison, semaine après semaine.

Aujourd’hui cependant le pommier est là, debout, fleuri, butiné par les abeilles, mais où est l’oiseau ?

P1110087« Passant la plupart de son temps dans les airs,

le martinet noir n’est pas venu sur la branche.

Il n’y a plus qu’à admirer les pommiers en fleurs.

Ni pluie ni vent, les fleurs restent, pour le plaisir des

yeux. Les abeilles les butinent et ainsi les fécondent

pour qu’elles puissent devenir fruits. »

Facétieuse Anne Crausaz !

Et puisqu’on joue, rendez-vous cet été pour repérer l’engoulevent au début de la nuit, il est difficile à détecter mais son chant est typique, un peu comme le moteur d’un vieux solex…

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Un documentaire simple (mais pas simpliste) et efficace, un livre d’art traité avec les outils numériques chers à Anne Crausaz, mais sans froideur, et beaucoup de poésie font de cet ouvrage un livre qu’on aura envie de s’acheter pour le feuilleter régulièrement, une fois découvert sur les rayonnages de la BFM.

La BFM qui avait consacré une exposition aux précédents livres d’Anne Crausaz en 2013.

 

 

 

« Cli-fi »

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« Cli-fi » (de « climate fiction ») ou, en français, « l’anticipation climatique », serait, au sein des romans de science-fiction, un genre nouveau (!) qui aurait le vent en poupe…
Pourtant le livre de Jean JOUBERT, « Les enfants de Noé » a déjà vingt-six ans. Ecrit en 1987, l’auteur l’avait daté de 2006.

Les premières et importantes chutes de neige (un mètre cinquante en une journée) dans le nord-est des Etats-Unis cet automne 2014 m’ont rappelé ce livre que j’ai eu envie de relire.

15802         (Ecole des Loisirs, « Médium », 1988)

« En février 2006, des expériences dans la zone polaire provoquent une gigantesque tempête qui ensevelit l’hémisphère nord sous plusieurs mètres de neige, paralysant toute activité. Quelques années plus tard, un jeune homme, Simon, raconte la longue lutte pour la survie matérielle et spirituelle qu’il a menée avec sa famille, dans leur chalet des Alpes, au coeur de ce déluge blanc. Dans leur arche perdue, le père, la mère et les deux enfants affrontent de multiples périls, la solitude, la peur, parfois l’angoisse, mais finalement c’est l’ingéniosité et l’espoir qui l’emportent. Ils réinventent des gestes ancestraux qu’ils croyaient oubliés. Auprès d’eux, leurs animaux familiers les aident, de diverses manières, à surmonter l’épreuve. Dans les livres qui les entourent, et dont le père lit chaque soir quelques pages au coin du feu, ils puisent aussi des leçons d’amour et de courage. Roman d’anticipation, récit d’aventures, fable écologique, ce livre est aussi une méditation sur la fragilité du monde où nous vivons, et comme un manuel de survie pour les futurs naufragés de la société industrielle. » (Présentation éditeur)

L’époque de son écriture, sans doute, n’appelait pas encore une véritable réflexion sur l’évolution du climat, le sujet est simplement esquissé dans le premier chapitre, lors de la discussion entre le père du narrateur et un voisin, Sébastien.

Jean Joubert saisit plutôt ce prétexte pour raconter un huis-clos de deux mois au sein du chalet entre les quatre personnages, leurs réactions, l’évolution de leurs sentiments, la difficile survie…

« Depuis trois jours, nous n’avons pas revu les loups. Je n’arrive pas à croire que le soufre seul ait été capable de les mettre en fuite.

Autre souci : notre nourriture qui s’épuise. Nous n’avons plus de seigle, de conserves, de porc salé, de riz, de pâtes, de choux. Je me demande si nous ne risquons pas, un jour ou l’autre, d’être atteints de scorbut ;  mais je crois que le lait et les oeufs, que nous avons heureusement en quantité suffisante, peuvent nous en protéger.

(…) Pa continuait de marquer les jours sur le calendrier, où les coches faisaient maintenant une grande tache sombre. Nous étions ensevelis depuis cinq semaines, Man était malade depuis une semaine, et nous savions que le printemps était venu, même si rien ne le révélait vraiment. Les jours étaient certes plus longs, mais le ciel restait pesant, et, lorsque nous apercevions le soleil à travers les nuages, c’était un disque pâle, qui faisait plutôt penser à la lune. Le froid persistait, et s’il n’était pas très vif, la température dépassait rarement le zéro. Rien n’annonçait la proximité de la fonte des neiges, et, la croûte, qui s’était peu à peu formée à la surface, restait insuffisante pour supporter notre poids. »

En le relisant, certaines petites inexactitudes me sont apparues, quelques clichés (c’est la mère qui va « lâcher prise » en premier), des idées dont l’auteur ne tire pas partie (comme ce drôle d’hélicoptère qui les survolera vers la fin, leur délivrant un colis de nourriture « chimique » mais bienvenue « et un livre » dont on n’entendra plus parler, alors pourquoi en avoir parlé ?), mais cela n’a guère d’importance tant on est pris par l’atmosphère et le suspense.

Une espèce de robinsonnade, philosophique et poétique à la fois, qui se lit d’une traite.

 

 

Energies extrêmes

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Si vous n’avez jamais entendu parler du gaz de schiste, c’est le moment de lire cette bande dessinée. Si vous avez déjà entendu parler du gaz de schiste, c’est aussi le moment de lire cette bande dessinée : « Energies extrêmes »  parue en août 2014 chez Futuropolis après avoir été publiée en 3 volets par « la Revue dessinée » !

Le dessin réaliste de Daniel BLANCOU aide bien à comprendre le propos de Sylvain LAPOIX.

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Et le propos de Sylvain Lapoix, c’est une enquête qu’il a réalisée en mai 2013 sur une zone d’extraction de ces hydrocarbures aux Etats-Unis dans le Dakota du Nord. Cela faisait déjà quatre ans que ce journaliste s’intéressait au sujet, remontant même jusqu’en 1949 pour comprendre ce qu’est la fracturation hydraulique, cette technique qui a libéré les gaz de schiste. Le but étant « d’atteindre plus de gaz ou de pétrole que celui situé dans les roches traversées par un forage ». « La pénurie de carburant au sortir de la guerre [poussant] à explorer de nouvelles pistes. La plupart des types qui faisaient ça étaient d’ailleurs d’anciens militaires [qui] tapaient dans les réserves de l’armée pour s’équiper » (pompes, napalm, etc.).

« Il allait se passer 60 ans avant que la technique ne soit appliquée aux gaz de schiste mais, en germe, le boom était déjà là. Mais la révolution dont je vous parle n’est pas qu’une affaire de petits chimistes. (…) Le boom dont nous parlons est aujourd’hui l’affaire de nombreux citoyens. Quinze millions d’Américains vivraient à moins de 2 kilomètres d’un puits de gaz ou d’huile de schiste. »

A petits pas, Sylvain Lapoix nous explique pourquoi et comment on en est arrivé là. Comment, après l’embargo pétrolier de 1973 et  l’hiver très rigoureux de 1976 qui a fait éclater la « bulle gazière »,  Jimmy Carter, président d’alors, promit une nouvelle politique énergétique alternative au gaz et au pétrole pour rendre le pays énergétiquement moins vulnérable.

Il raconte le financement des campagnes électorales par les pétroliers et les gaziers, et les techniques de propagande utilisées aux Etats-Unis auprès des administrations, des médias et des populations locales depuis le livre de coloriage distribué systématiquement aux enfants, les vidéos mensongères, les études universitaires falsifiées, les conférences-bourrage de crâne jusqu’à la tentative de culpabilisation individuelle :

« Vous ne voulez pas qu’on exploite votre gaz naturel ? Vous n’êtes pas patriote ? » (…) [En réduisant] notre dépendance aux importations d’hydrocarbures du Moyen-Orient, cela freinerait le financement du terrorisme. »

Méthodes pratiquées par d’anciens personnels militaires des unités de guerre psychologique…

Le récit de Sylvain Lapoix deviendrait vite fastidieux s’il n’était que technique, mais il se lit en fait comme un polar, un polar bien noir, qui nous concerne tous. Car « pendant que le paysage américain était redessiné par petites touches industrielles, d’invisibles frontières avaient été tracées sur la carte de France. »

Il explique au passage le rôle du prestigieux Corps des Mines… Les implications et compromissions de chacun aux plus hautes instances de l’Etat. Et, au niveau même de l’Union Européenne, le fichage et la surveillance des « TVO » (« travelling violent offenders », en français « délinquants violents itinérants »), mettant sur le même plan hooligans anglais, manifestants antiG20 et les militants écologistes !

Car, sinon, comment  faire oublier que ces gaz et pétroles rejetant des gaz à effet de serre contribuent largement au bouleversement climatique.

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« Autant de façons de ne pas se poser la question du besoin réel que nous avons de ces foutus hydrocarbures. »

« Fééries dans l’île »

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C’est sous ce titre qu’avait paru chez Stock en 1957 la traduction de « My family and other animals » de Gérald DURRELL. Le titre original témoignait mieux de l’humour de l’auteur…
Près de soixante ans plus tard, les Editions La Table ronde rééditent ce récit pour notre plus grande joie, ainsi que les deux volumes qui suivirent (« Oiseaux, bêtes et grandes personnes » et « Le jardin des dieux ») sous le titre tout aussi insignifiant de « Trilogie de Corfou ».

Oublions le titre et consacrons nous à la lecture de ces souvenirs car c’est de cela qu’il s’agit.

« Gerry », l’auteur, est âgé d’une douzaine d’années lorsque sa famille s’installe à Corfou. Son frère aîné Larry (l’écrivain Lawrence Durrell) est à l’origine de cette décision et convainc leur mère, récemment veuve, d’emmener le reste de la famille sur cette île grecque.

« À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Lawrence Durrell, futur auteur du Quatuor d’Alexandrie, fuit l’hiver anglais avec sa mère, sa sœur Margo, cœur d’artichaut, ses frères Leslie, autoritaire chasseur en herbe, et «Gerry», éminent zoologiste d’une douzaine d’années. Ils s’installent à Corfou, jardin d’Éden au beau milieu de la mer Ionienne. Là, le benjamin de la tribu part à la conquête de son île et de sa grouillante faune. Les souvenirs qu’il a conservés de cette époque enchanteresse ont donné naissance à des mémoires en trois volumes, adoubés par des générations de lecteurs, adultes et enfants confondus. » (cf. Présentation éditeur)

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Cette époque de rêve va durer cinq ans, mais la seconde guerre mondiale  va rattraper ces citoyens britanniques et les obliger à quitter Corfou à laquelle,  néanmoins, la vocation de naturaliste de Gérald Durrell devra tout. Une quinzaine d’années plus tard, « Gerry » se remémorera cette période et la décrira, avec une grande précision, d’une manière tellement drôle et tendre à la fois qu’il faut se réjouir de cette réédition.

Une fois la maison trouvée grâce à Spiro (un des personnages clef du séjour grec), chacun s’installe selon ses préoccupations.

« Margo, en enfilant un maillot de bain microscopique et en s’exposant au soleil dans les oliveraies, avait rassemblé une bande ardente de jeunes et beaux paysans qui surgissaient comme par magie dans ce paysage apparemment désert chaque fois qu’une abeille volait trop près d’elle ou que son transat devait être changé de place. Mère se sentit obligée d’observer qu’elle trouvait ces bains de soleil assez imprudents.

Après tout, ma chérie, ce costume ne cache pas grand chose.

– Oh, Mère, ne sois pas si démodée, dit Margo avec impatience. Après tout, on ne meurt qu’une fois.

Cette remarque, aussi déconcertante qu’exacte, réduisit Mère au silence. »

Lawrence écrit et reçoit une foule d’amis artistes qui nécessiteront bientôt d’emménager dans une autre villa, plus spacieuse.

Leslie entretient une véritable armurerie et chasse, ce qui occasionne quelques passages délirants parmi les souvenirs de Gerry « grâce » aux mésaventures de quelques invités de Larry… Mère cuisine et Gerry découvre la nature, quasiment livré à lui-même hormis la compagnie de son chien Roger. Le jardin y suffira quelque temps puis au fur et à mesure que son grec s’améliore, il étendra ses explorations  à travers les oliveraies ainsi que sa découverte des voisins qui le gavent de fruits, de pain et de judicieux conseils.

Aux explorations s’ajoutent bientôt une passion pour la zoologie qui lui font rapporter à la maison toutes sortes d’animaux plus ou moins bien acceptés par les autres membres de la famille (crapauds, serpents, huppe, pies, goéland farouche…) et  leur vaudront lors d’un retour en Angleterre, au passage de la douane suisse, ce délicieux commentaire du douanier sur le formulaire de description des voyageurs : « Un cirque ambulant et son personnel » !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager le moment, par exemple, où Gerry découvre une femelle scorpion et ses bébés et,  l’introduisant en fraude à la maison à l’heure du déjeuner, la cache en attendant dans une boîte d’allumettes que Larry va malencontreusement ouvrir à la fin du repas…

« Larry poussa un rugissement d’effroi. Lugaretzia en laissa tomber une assiette, ce qui fit sortir de dessous la table un Roger aboyant férocement. D’une secousse, Larry lança la malheureuse bestiole sur la table, où elle atterrit entre Margo et Leslie, dispersant sa progéniture comme des confettis. Puis elle se dirigea vers Leslie, son dard frémissant d’émotion. Leslie se leva d’un bond, renversa sa chaise et, à grands coups de serviette, chassa l’insecte vers Margo, qui poussa un hurlement de locomotive. Mère, stupéfaite devant le chaos soudain, mit ses lunettes pour découvrir la cause de ce pandémonium. A ce moment, Margo, pour tenter d’arrêter l’avance de l’ennemi, lui jeta un verre d’eau. Au lieu d’atteindre l’animal, l’eau trempa Mère qui en eut le souffle coupé. L’insecte se réfugia sous l’assiette de Leslie, tandis que ses petits se répandaient, affolés, sur toute la table. Roger intrigué par la panique et décidé à y prendre part, se mit à courir autour de la pièce en aboyant frénétiquement.

– C’est encore ce maudit gamin !… tonna Larry.

– Attention ! Attention ! Les voici ! hurla Margo.

– Un livre ! rugit Leslie. Ne vous affolez pas, écrasez-les avec un livre !

– Mais enfin que se passe-t-il ? demandait Mère essuyant ses lunettes. »  (pp. 174-175)

Le flegme de Mère est aussi typique que l’humour de Gerry au fil des cinq années et des trois volumes, égratignant au passage quelques personnages qui le méritent bien (!) mais rendant  hommage à tous ceux qui, précepteurs improvisés, voisins chaleureux, visiteurs atypiques, contribueront à sa « naissance » de futur naturaliste.

N’attendez pas que le temps se gâte pour entamer la trilogie, faites d’ores et déjà provision de soleil et d’éclats de rire !