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« Le groupe »

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Parmi les [bonnes] résolutions de rentrée, il y a les nouvelles activités auxquelles on va s’inscrire, par intérêt pour la chose, pour suivre copain ou copine ou par bravade… C’est un peu tout cela qui pousse dix élèves de terminale et deux profs à monter un atelier d’écriture qui va durer jusqu’aux vacances d’été.

« François Roussel, professeur d’anglais et écrivain, se laisse convaincre de monter un atelier d’écriture pour les terminales de son lycée. Il se demande tout de même qui cela pourrait bien intéresser. Et puis les premiers inscrits arrivent : Léo, Émeline, Nina… et même Boris, le rigolo de la terminale ES. Ils seront douze au total, dix élèves et deux profs, réunis une heure par semaine dans un monde clos pour écrire. Pour tous, c’est un grand saut dans l’inconnu. Les barrières tombent, ils seront tous au même niveau, à découvert. Un groupe à part. Avec des révélations, des révoltes, des secrets qu’on dévoile. Des chemins qui se dessinent… » (Présentation éditeur : Actes sud junior, 2017)

Jean-Philippe BLONDEL est lui-même écrivain et prof’ (il enseigne l’anglais à Troyes) et l’on peut facilement imaginer que ce petit livre de cent vingt-cinq pages est tiré d’une expérience personnelle.

Le groupe, ce sont donc les deux profs et ces dix filles et garçons de terminale, littéraires souvent, mais pas seulement… qui s’engagent à/dans l’aventure pour six mois et vont vraiment jouer le jeu.

Les consignes… elles sont variées, elles vont crescendo, sept d’entre elles figurent dans le livre.

Quant aux textes :

« Je leur ai aussi demandé la permission d’utiliser leurs écrits. Certains ont souhaité les retoucher. Au départ, je n’y étais pas favorable. Je voulais que les textes restent bruts, dans l’état où ils avaient été livrés pendant les séances – mais finalement je me suis dit que c’était leurs phrases, leurs paragraphes, leurs fictions mêlées à leurs vies, alors j’ai cédé.« 

En voici un extrait :

« Nina

On a tous été très secoués.

Par toutes les histoires. Les fausses. Les vraies. C’est comme si nous avions été projetés à l’intérieur d’un film très réaliste. Comme quand on lit un roman et que, d’un seul coup, le monde extérieur cesse d’exister. Juliette et Camille s’essuyaient les yeux. Boris fixait le plafond, ce qui est sa façon de contrer l’émotion. Mais le plus troublant, c’était Mme Grand. Alors, elle, toutes les digues ont lâché. Elle était carrément en PLS. C’est bizarre de voir un adulte pleurer. Et nous, on était un peu décontenancés. On avait envie d’aller la voir et de la prendre dans nos bras, mais un élève, ce n’est pas censé agir comme ça avec un prof. Finalement M. Roussel lui a murmuré quelques phrases à l’oreille et elle est sortie précipitamment. Ensuite, il a esquissé une moue et il nous a simplement remerciés. Sauf que personne ne s’est levé. Dehors il faisait presque nuit. Il fallait aller dans le froid à l’arrêt de bus, reprendre le cours de nos existences, tout en gardant au chaud toutes ces vies croisées l’espace d’un atelier, toutes ces intimités dévoilées – c’était plus que nous n’en étions capables. Nous voulions rester là, dans le lycée, à réfléchir et à nous parler.« 

Allez, un autre…

« Emeline

Pendant les premières séances, il y avait de l’appréhension. Est-ce qu’on allait parvenir à répondre aux exigences ? Est-ce qu’on n’allait pas se ridiculiser . Maintenant il n’y a plus que l’envie. Qui monte, tandis que nous écrivons nos première et dernière lignes, les noms d’un personnage, d’un lieu et des mots tirés de la première page. On s’observe. On se comprend. Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe avec ce groupe. Maintenant, chaque fois que je franchis la porte du lycée, je suis heureuse parce que je vais les retrouver. Et je me moque de la note que je vais avoir en histoire-géo ou du fait que je sois encore et toujours célibataire – je vais les retrouver et c’est tout ce qui compte. Nous avons d’autres amis, bien sûr, nous ne passons pas la journée collés ensemble, mais chaque fois que nous nous croisons, nous nous sourions et nous nous embrassons. C’est chaleureux. C’est rassurant. J’ai l’impression que s’il arrivait quelque chose de grave à l’un d’entre nous, alors nous nous mobiliserions. Je suis consciente que c’est sans doute une illusion – mais j’ai envie de vivre cette illusion-là.« 

Voilà… J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre mais surtout d’avoir la chance de participer vous aussi à un atelier d’écriture.

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« Ecrire, dit-elle »

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Une couverture relativement austère et un début assez classique qui nous introduit immédiatement dans l’histoire : « Ce n’est pas toujours  évident depuis que maman est morte. »

D’ailleurs, c’est fou ce que les mères peuvent mourir dans l’actuelle littérature de jeunesse, phénomène de société ou prétexte littéraire ?

En tout cas, ce n’est pas l’unique propos de ce roman qui m’a bien plu.

En fait, il s’agit pour l’héroïne, Katinka, qui vit aux Pays-Bas avec son père et son petit frère Kalle, de nous raconter l’irruption d’une belle-mère dans sa vie.

« Le lecteur doit vivre ce que tu vis », avait dit Lidwine. Mais qu’est-ce que je vivais au juste ? J’avais pas l’air maligne avec mon rêve de devenir écrivaine. Et là, une idée m’est venue. J’allais raconter comment Dirkje était entrée dans notre vie. J’ai ouvert mon ordinateur portable et j’ai retroussé mes manches. Mais mes doigts sont restés immobiles sur le clavier. Avant d’en venir à Dirkje, il faudrait d’abord que j’écrive que ma mère n’est plus là, et que je parle de mon père et de Kalle, de notre maison et du fait qu’on ne mange jamais à table. Je devais commencer par le commencement. Mais où commençait le commencement ? Il était une fois une fille à Hilversum ?

Et hop ! nous voici dans un roman qui se construit devant nous, grâce aux judicieux conseils de Lidwine, la voisine écrivaine de la famille de Katinka. Une mise en abyme, quoi ! La mise en abyme, vous savez bien, c’est l’image de la Vache qu rit (mais qui mange encore des « Vache qui rit » ? Parlerais-je d’un « monde que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » ???). Donc la boîte de « Vache qui rit » sur laquelle la Vache porte en boucles d’oreilles des boîtes de « Vache qui rit »  sur lesquelles… etc. à l’infini.

Donc là, nous lisons un roman attachant dans lequel se construit ce roman attachant d’une ado qui rêve d’écrire un roman sur la douleur de la perte de sa mère mais aussi l’arrivée d’une belle-mère chaleureuse et compréhensive dans sa vie d’ado.

Par un original va et vient, entre la voisine écrivaine et notre héroïne, le tour est joué.

On ne s’ennuie pas une minute grâce au talent de Annet HUIZING et l’on peut faire son miel des conseils qu’elle donne, à travers le personnage de Lidwine.

  •   Je ne sais pas par où commencer, ai-je dit à Lidwine.

(…)

  • Inutile de remonter au déluge, m’a-t-elle répondu, démarre avec le cadavre.
  • Le cadavre ?
  • Comme dans un polar. Un polar commence souvent avec un cadavre. Du coup, le lecteur est scotché au livre. Il veut absolument savoir qui est l’assassin et quel est son motif.

J’aime bien les polars. Mon père et moi, on regarde souvent Inspecteur Barnaby . Papa imite à la perfection la voix de l’inspecteur qui parle entre ses dents. On adore parier sur l’identité du coupable. Après une demi-heure de feuilleton, on écrit chacun le nom de notre suspect sur un petit papier. Et on met notre papier avec un euro dans la boîte à gâteaux. Celui qui a deviné qui était l’assassin empoche l’argent. Parfois on se trompe tous les deux (chapeau pour les scénaristes !) et la mise reste dans la boîte jusqu’à la fois suivante. Si bien que des pièces d’un euro traînent au milieu des petits-beurre. Certaines personnes trouvent ça dégueu, mais pas nous.

  • Je veux dire que tu n’es pas obligée de respecter la chronologie, a précisé Lidwine. Tu peux commencer au milieu et, à partir de là, regarder en avant ou en arrière, c’est bien plus prenant. Ou commencer par la fin.
  • Tu veux dire faire des flashback ? »

On vit l’histoire touchante de Katinka, on prend les conseils d’écriture de Lidwine comme ils viennent (grâce à une alternance de typographie dans le texte) et on ferme le livre avec une furieuse envie de s’y mettre à notre tour.

Merci aux éditions Syros d’avoir édité l’année dernière ce livre traduit du néerlandais, qui a gagné le Zilveren Griffel, prix littéraire pour la jeunesse des Pays Bas !

Comment ne plus jamais s’ennuyer

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D’accord mon titre est un peu accrocheur, mais franchement quand vous aurez ouvert ce petit cahier qui s’intitule

« L’atelier d’écritérature. Le carnet de ceux qui vont aimer l’écriture & les écrivains »

vous allez y trouver tellement d’idées pour occuper les journées maussades de la saison qui vient, que vous ne devriez pas vous ennuyer de quelque temps !

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Déjà, quelqu’un (Sonia GOLDIE, l’auteure) qui déclare tout de go « écris et rature », c’est engageant, non ? D’accord, c’est en fait un mot-valise pour écriture et littérature et c’est moi qui invente les ratures, mais ça nous décoince : on écrit, on rature, on retravaille, on s’amuse sur des consignes incitatives.

« Se faire un monde… », « pause lunaire », « un graffiti a changé ma vie », « le thé des fous », « pour qui tu te prends ? », « histoires comme chats », etc. parmi la bonne soixantaine de propositions. On peut prendre le cahier et ses sympathiques contraintes dans l’ordre ou y piocher au hasard, selon son humeur.

Cela ne nécessite aucun autre matériel que ce vous possédez déjà : un crayon et du papier, ce qui – à la différence de votre ordinateur – vous permet d’écrire partout, dans votre chambre comme dans le bus, à l’interclasse comme dans une salle d’attente, assis par terre ou dans votre lit, sous la pluie, la neige, dans le brouillard… et comme vous continuerez encore cet été, à la plage !!!

Et puis, Sonia Goldie a pensé à tout : si vous êtes en panne de lecture, elle vous propose de découvrir quelques écrivains auxquels vous n’auriez peut-être pas pensé, comme Calamity Jane avec les lettres à sa fille, Jack London – qui n’a pas écrit que « Croc blanc » – Edgar Allan Poe et d’autres, avec de nouvelles pistes pour des jeux inspirés par ces auteurs.

Et puis quand vous serez venus à bout des quatre-vingt pages de ce cahier joliment illustré et mis en page par Isabelle Vermeir, décoré d’origamis et de papiers découpés par Christine et Hervé Guillard, de photos par Juliette Monnier, etc., vous pourrez piocher dans le carnet voyageur à double entrée « Côté ville / côté campagne » destiné aux adultes ou offrir à votre petite soeur « L’atelier des mots » a priori destiné aux 7/10 ans, mais bien stimulant aussi et que vous lui emprunterez sitôt offert 🙂

Sonia GOLDIE – Isabelle VERMEIR

L’Atelier d’écritérature

Le carnet de ceux qui vont aimer l’écriture & les écrivains

(3 points à la ligne… éditions, 2015)

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