Archives de Tag: Enfance

Violette Hurlevent – P. Martin / J-B Bourgois – Editions Sarbacane

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Violette, son frère et sa mère emménagent dans une maison de famille à l’abandon afin d’échapper à un père et mari violent.

Dès les premières pages on sent l’atmosphère pesante liée à cette situation effrayante pour une petite fille.

Elle commence à explorer le jardin sauvage avec son fidèle chien Pavel et réveille un monde inconnu dans lequel les loups parlent, les montagnes se déplacent mais où un péril guette. Violette devient la protectrice du jardin, et se découvre une force et un courage qui l’aideront à affronter toutes ses peurs.

Un livre rempli d’émotions et qui nous invite à cultiver notre monde imaginaire.

A la bfm

 

« L’Ile au trésor »

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Rien à voir avec l’île au trésor de Stevenson, encore que… !

« L’Ile au trésor » de Guillaume BRAC,  ça pourrait être à Saint-Pardoux, Meuzac ou Vassivière…

Sauf que Guillaume Brac a filmé à Cergy-Pontoise en région parisienne et que la base est payante. Alors les petits flibustiers ce sont, dit-il, « ces ados usant de subterfuges pour rentrer sans payer dans ce parc de loisirs » et profiter eux aussi de la fraîcheur de l’eau alors qu’il fait trop chaud dans leurs cités.

On y nage, on y drague, on fait du pédalo la journée ou l’on navigue clandestinement à la tombée de la nuit en paddle, on pique-nique et on chante.

Il y a de la joie et de l’insouciance, également un peu de nostalgie à repenser à la région parisienne avant toutes ces énormes villes nouvelles. Mais il y a aussi, justement, ceux qui viennent d’ailleurs et évoquent avec émotion pourquoi ils sont arrivés ici.

Un film touchant qui fait repenser à l’été, maintenant qu’on aborde l’automne ! A emprunter à la BFM.

« Une photo de vacances »

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Peut-être êtes-vous dans le trolley et il fait moche… Alors ouvrez « Une photo de vacances » de Jo WITEK (Actes sud junior, 2020).

L’auteur raconte quinze jours de l’été qui précède l’entrée en 6ème d’Eugénie. Et c’est tellement vrai… L’incompréhension et une pointe de jalousie pour sa soeur adolescente, les premiers émois malgré cette envie de prolonger l’enfance, avoir un peu ses parents pour soi quand on est celle du milieu, etc.

Heureusement, Eugénie a des parents attentifs et qu’elle peut poser les questions qui la taraudent :

« Je ne sais pas bien par où commencer. Je n’ai pas l’habitude d’avoir des questions sérieuses avec ma mère. J’aime tellement faire le pitre depuis que je suis toute petite. Pourtant cette fois, j’ai envie d’autre chose, envie d’ouvrir le petit jardin cadenassé que j’ai découvert cet été et qu’Adèle appelle l’intimité.

Maman ? C’est… normal de se sentir bizarre parfois à mon âge ?

– Comment ça bizarre ?

Toute drôle dans son corps. Secouée. Enfin, pas comme avant.

– Parfaitement normal, ma puce, ton corps va commencer à changer, tu vas avoir les seins qui vont pousser, des poils aussi et tes règles ensuite…

– Arrête ! Ça me dégoûte ! j’avoue. Ça me fout la trouille, tout ce chamboulement. Pas envie de devenir un monstre !

– Ma puce, ne t’inquiète pas, tu ne vas pas te réveiller un matin avec des poils de yéti sur les jambes ni des seins énormes sous ta chemise de nuit. La nature est bien faite, elle prend son temps.

– Et pourquoi j’ai si souvent envie de pleurer ? »…

« Chez les Manzatti, même si on n’est pas riches, la virée estivale loin de la cité, c’est sacré ! Cette année, direction le Sud. Dans le vieux monospace, Eugénie se retrouve coincée entre sa petite soeur de deux ans, Juliette, et sa soeur aînée, Adèle, accompagnée de sa meilleure copine. Difficile à dix ans de trouver sa place pour Eugénie. Ni grande, ni petite, celle du milieu… Ses vacances, elle les vit dans un drôle d’état entre joie et tristesse, pur bonheur des randonnées à vélo ou en canoë, amertume de perdre Adèle qui la snobe et ne pense qu’aux garçons. Des émotions changeantes tandis qu’elle prend conscience de son corps et du regard des autres. L’amour la dégoûte, et pourtant, voilà que son coeur s’emballe devant un jeune joueur de tambour aperçu dans la fanfare du 14 Juillet. Qu’est-ce qui se passe cet été ? Tout est presque pareil que les autres années, et pourtant Eugénie ne se reconnaît plus. » (Présentation éditeur)

A la BFM parmi une bonne vingtaine d’autres titres de Jo Witek.

Nous étions les ennemis

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« Alors que les familles des États-Unis s’apprêtent à fêter Noël, une terrible nouvelle tombe à la radio : l’attaque surprise du Japon à Pearl Harbor. Le lendemain, le 8 décembre, l’Amérique entre dans la Seconde Guerre mondiale.
Rapidement, le président Roosevelt signe un décret accordant aux commandants militaires le pouvoir d’arrêter et d’incarcérer « certaines personnes, voire toutes d’origine japonaise », craignant la présence d’un ennemi de l’intérieur. La famille de George est américano-japonaise. Si sa mère est née aux États-Unis, son père, lui, n’a pas pu obtenir la citoyenneté alors qu’il vivait dans le pays depuis cinquante ans.

George Takei, âgé de 4 ans suit alors sa famille pour le Fort Rohwer, l’un des dix camps d’internement établis par ordre du président. Nous étions les ennemis permet de mieux comprendre le parcours de cet acteur de la série originale Star Trek. Il associe l’esprit d’aventure de son personnage de fiction à l’histoire de ses parents qui se demandaient comment survivre et prospérer dans un pays où ils étaient littéralement qualifiés d’extraterrestres. » (Présentation éditeur)

Serialblogueuses a déjà abordé ce sujet surréaliste des camps d’internement des Japonais aux Etats-Unis en 1941, pas à l’honneur des Américains qui n’ont offert leurs « excuses » qu’en 1988 avant de « dédommager » les survivants (il n’en restait plus que la moitié) en 1991, tout en reconnaissant qu’aucune somme (en l’occurrence 20 000 dollars) ne pourrait compenser les années perdues.

[N’oublions cependant pas qu’en 1940, la France elle-même interna des Juifs dont certains étaient arrivés des pays de l’Est avant la guerre de 1914 et avaient combattu dans l’armée française, des Allemands et des Autrichiens anti-nazis, des Républicains espagnols réfugiés sans oublier les Tsiganes, et les livra aux nazis…]

George TAKEI raconte dans « Nous étions les ennemis » (roman graphique édité par Futuropolis en 2020, avec la collaboration de Steve Scott et Justin Eisinger, et illustré par Harmony BECKER) ce très douloureux épisode de son enfance qui le hantera toute sa vie et en fit un actif défenseur de justice sociale.

Président des affaires culturelles du Musée national américain japonais à Los Angeles, il fut décoré par le Japon.

Mais il reste plus célèbre dans le monde pour son rôle d’Hikaru Sulu, le capitaine du vaisseau spatial Enterprise dans la série télévisée Star Trek.

Il est également connu pour sa défense des droits des LGBTQ.

Alors survint le Jabberwock…

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Si vous avez regardé « Le mystère des pingouins » de Hiroyasu ISHIDA  (d’après une oeuvre de Tomihiko MORIMI), vous avez vu des Jabberwock apparaître dans le ciel et fondre sur vous.

Vous avez également vu des canettes de soda jetées en l’air se transformer en pingouins et autres phénomènes totalement ahurissants.

Le « Mystère des pingouins » est un film d’animation japonais sorti dans les salles en 2019.

Aoyama est un jeune garçon posé et réfléchi ; bon élève de CM1, il compte le nombre de jours qui le séparent de l’âge adulte, quand il pourra devenir « quelqu’un de bien ». Sa passion, ce sont les sciences et lorsque des multitudes de pingouins apparaissent sans aucune raison valable dans sa ville, il va mener l’enquête avec son meilleur copain et sa rivale au jeu d’échecs.

Une autre passion va bientôt naître, platonique certes mais turbulente, pour l’une des jeunes assistantes du cabinet dentaire, qui se révèle rapidement liée à – sinon responsable de – ces événements surnaturels.

Un film totalement absurde au sens littéraire du terme, renforcé par l’irruption des Jabberwock dans la ville, le Jabberwocky faisant référence à un poème de Lewis CARROLL extrait du premier chapitre de « De l’autre côté du miroir« .

L’année dernière, les éditions Grasset-jeunesse ont édité intégralement ce texte, dans la classique traduction d’Henri PARISOT mais avec des illustrations décoiffantes de Nicole CLAVELOUX, quarante-cinq ans après ses illustrations d’ « Alice au pays des merveilles » (réédité cependant en 2013).

L’occasion de découvrir ou redécouvrir ces deux textes jubilatoires de Lewis CARROLL.

Et de re-découvrir également le style original de Nicole Claveloux, prolifique illustratrice jeunesse mais également créatrice de bandes dessinées mise à l’honneur cette année 2020 à Angoulême.

Et pour en revenir à l’atmosphère fantastique du « Mystère des pingouins », signalons également ce très bel album

de CORNELIUS (alias Davide CALI) et Tommaso CAROZZI :

Le jour des baleines

(paru aux Editions Chocolat lui aussi en 2019)

 

 

 

« Sauvages »

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Nathalie BERNARD : Sauvages (Thierry Magnier, 2018)

« Jonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté.

Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures. D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné.

En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’Indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt. »

A travers ce destin, Nathalie BERNARD nous parle de ces pensionnats autochtones qui ont existé au Québec jusque dans les années 1990 et qui ont « accueilli » des milliers d’enfants brutalement arrachés à leur culture indienne.

Entre roman historique et thriller, l’auteur nous entraîne dans une course effrénée au coeur de ces immenses forêts québécoises. Une chasse à l’homme qui ne possède que deux issues : la liberté ou la mort. » (cf. 4ème de couverture)

Le dernier de ces pensionnats a fermé ses portes en 1996… Ils avaient été créés en 1820 afin de scolariser mais surtout évangéliser et assimiler les enfants autochtones : dans le roman, Jonas est un Cri et Gabriel un Inuit.

« (…) La Gendarmerie royale du Canada vient m’enlever à [ma mère].

– C’est mieux pour lui, madame ! Au pensionnat du Bois Vert, il recevra une bonne éducation et il apprendra le français, lui assurent-ils en tentant de m’arracher à ses bras. (…) De toute façon, vous n’avez pas le choix. Si vous refusez, vous agissez contre la loi !

Les mains nouées autour de son cou, je m’accroche à ma mère comme à un rocher. Impuissante, elle me regarde, ou plutôt me dévore des yeux, sachant au plus profond d’elle-même que c’est la dernière fois qu’elle me voit. Ma mère est une Cri et elle appartient au clan du loup. Néanmoins, elle a déjà croisé la route de ceux que nous appelons « les manteaux noirs », les prêtres missionnaires. Elle a accepté de me faire baptiser et de me choisir un prénom chrétien. Je crois même qu’elle aime certains aspects de la religion que les Blancs veulent nous imposer. Pourtant, en dépit de leurs interdictions, elle continue de croire aux esprits de la forêt et de vivre de la même manière que nos ancêtres. Ainsi, au lieu de profiter des vaccins et de la nourriture gratuite qu’on nous a promis, elle a préféré m’apprendre l’art de piéger le gibier, de monter un wigwam ou une tente, de tanner les peaux et de soulever mon propre poids lors des portages. »

Malheureusement les conditions d’existence dans la plupart de ces pensionnats étaient effroyables ; après le traumatisme d’être séparés de leur famille, les enfants en arrivant étaient dépouillés de leurs vêtements et de tous leurs souvenirs, rasés, désinfectés puis punis s’ils utilisaient leur langue.

« Des petits nouveaux qui avaient passé un premier mois particulièrement difficile. Plus foncés que la moyenne, on leur avait plusieurs fois nettoyé le visage à l’eau de Javel pour tenter de les éclaircir un peu. Nous connaissions tous les effets secondaires de ce traitement : yeux rouges, démangeaisons nocturnes et peau qui pèle…

L’horreur.

Sans parler de la suite : les gamins s’étaient mis à hurler dans leur langue et les soeurs leur avaient nettoyé la bouche avec du savon jusqu’à leur donner envie de rendre leur déjeuner. »

C’est même parfois pire :

« D’une manière ou d’une autre, on va t’apprendre à faire des phrases, mon sauvage. (…) Ouvre la bouche, en grand !

Tourné vers les pensionnaires médusés, l’enfant finit par obéir (…) la Vipère plaça sur sa langue une lame de rasoir.

– Pendant que tes camarades feront leur prière et avaleront leur soupe, tu resteras ici avec cette lame dans la bouche. Ainsi, j’espère que tu auras compris la leçon : ici, on ne parle pas en algonquin mais en français. »

Sans compter tous les autres sévices psychologiques, physiques voire sexuels.

Nombre de ces enfants mouraient avant d’avoir pu revoir leurs familles.

Des conditions suffisamment terrifiantes pour que depuis quelques années des excuses soient venues des religieux et des politiques, jusqu’au premier ministre, Justin Trudeau qui en 2015, au nom de l’Etat fédéral, a solennellement demandé pardon aux peuples autochtones du pays.

Ces méthodes ont existé également en Europe comme pour les Samis, peuple autochtone du nord de l’Europe, qui ont été soumis à une politique d’assimilation forcée jusque dans les années 1980 en Finlande ou en Suède.

Et n’oublions pas les enfants réunionnais transplantés en métropole entre 1962 et 1984.

A lire.

 

« Bacha posh »

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Peut-être avez-vous déjà entendu parler des « bacha posh »  en Afghanistan ou au Pakistan?

Dans le cas du roman de Nadia HASHIMI, l’histoire se passe en Afghanistan à l’heure actuelle, Obayda est une fillette, la dernière de sa famille. Leur père est policier, leur mère reste à la maison comme la plupart des femmes afghanes.

Un drame vient bouleverser l’ordre des choses : leur père est victime d’un attentat à la voiture piégée alors qu’il n’est pas en service. Il y perd une jambe et son travail…

La famille doit alors quitter sa vie « normale » à Kaboul pour vivre à la campagne dans la famille du père, dans un village sous la coupe d’un de ces « seigneurs de la guerre » violents et corrompus, installés par plusieurs décennies de guerre, d’interventions étrangères et d’anarchie politique.

« A Kaboul, toutes les familles envoyaient leurs filles à l’école. Dans le village, en revanche, il y a deux sortes de familles. Celles qui scolarisent leurs filles, et celles qui ne le font pas. Certains parents pensent que leurs filles sont destinées à devenir des épouses et des mères, qu’elles n’ont pas à se soucier des livres. Je suis triste pour ces filles parce qu’elles passent à côté d’un tas de choses. Tout ce qu’elles peuvent compter, c’est combien de tasses de riz il faut mettre dans la casserole, et elles sont incapables de distinguer la lettre kof de la lettre gof. Il y a aussi des parents comme les nôtres, qui pensent que leurs filles doivent être capables d’écrire leur nom, de lire, de compter. Ils souhaitent aussi les voir se marier, mais comme ma mère aime le répéter, une enfant intelligente deviendra une femme encore plus intelligente. »

Toutefois, n’ayant pas de frère, sous la pression d’une de ses tantes, Obayda va devenir Obayd, une « bacha posh », c’est à dire une fille « déguisée » en garçon.

 » (…) Un garçon, ça peut travailler et gagner de l’argent. Un garçon, ça porte bonheur. Un garçon, ça amène d’autres garçons dans la famille. Les filles ne peuvent rien faire de tout cela. Tu n’es plus à Kaboul, ma chère. Ce village est dirigé par Abdul Khaliq, l’horrible seigneur de la guerre, et si on ne se prosterne pas à ses pieds, il est difficile de s’en sortir. Il est temps d’agir pour ta famille. Tu ne veux pas que tes filles aient faim, hein ?

– Bien sûr que non, murmure ma mère d’une voix chevrotante. »

Au début, c’est difficile pour Obayda qui a déjà une dizaine d’années et s’assume bien comme fille, mais elle va vite apprécier la liberté que lui offre ce statut de garçon. Statut tout provisoire car à la puberté, les « bacha posh » redeviennent des filles… c’est cela que nous raconte Obayd(a) dans « Ma vie de bacha posh » (paru aux éditions Castelmore en 2017).

Même si l’on peut être déçu par ce roman écrit par une Afghane d’origine et qui aurait pu aller plus loin dans la psychologie des personnages, il a le mérite d’aborder – même trop rapidement – quelques-uns des problèmes de l’Afghanistan, comme la condition des femmes, l’inégalité entre filles et garçons, les mariages d’enfants et la violence générale.

On peut cependant lui préférer « Bacha posh » de Charlotte ERLIH (paru chez Actes sud en 2013), également à la médiathèque.