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Une famille nombreuse…

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Si vous avez regretté un jour de ne pas avoir de frère(s) ou de soeur(s), lisez « Famille nombreuse » de Chadia CHAIBI LOUESLATI chez Marabout (Marabulles, 2017) :

ce premier roman graphique va vous aider à relativiser !

Chadia Chaibi Loueslati n’en est pas à son coup d’essai car elle a déjà illustré des livres pour enfants, mais cette BD pleine d’humour et de tendresse est sa première. J’espère d’ailleurs qu’il y aura au moins un second volume car on s’amuse bien à lire les aventures quotidiennes de cette famille franco-tunisienne… très nombreuse.

Outre la vie au jour le jour quand on est onze enfants et qu’on habite un F5, ce qui rend la chose parfois assez drôle, parfois plus compliquée, c’est également un bel hommage à ses parents que Chadia dessine là.

Arriver dans un pays étranger dont on ne lit pas la langue, c’est déjà une aventure, mais y élever avec amour et rigueur onze enfants, c’est une autre aventure. D’autant que voisins, camarades de classe, parents d’élèves, enseignants, tous ne sont pas forcément bienveillants et on imagine que certaines réflexions entendues par les enfants ont dû faire mal.

Chadia, sixième de cette fratrie, dresse un merveilleux portrait de sa mère, que tous appellent Omi et qui, loin d’être effacée et envahie par sa progéniture, passe son permis au début des années 1980, prend chaque soir un peu de temps pour elle (enfin… tout est relatif !), a le cran d’aller récupérer leurs économies auprès d’un agent immobilier véreux, etc.

Le « daron », les dix frères et soeurs avec chacun sa personnalité bien affirmée, ne sont pas oubliés : on rit, on s’émeut, on s’y retrouve aussi parfois malgré un parcours différent.

Et on a bien envie de continuer à avoir des nouvelles de toute la famille !

Cerise sur le gâteau, si vous regardez la courte vidéo où Chadia présente cette BD, vous constaterez que la bibliothèque municipale qu’elle a fréquentée depuis l’enfance a beaucoup compté pour elle.

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L’enfant et la rivière

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A la librairie, regardant la table des nouveautés BD, j’aperçois une belle couverture de Xavier COSTE et son titre : L’enfant et la rivière, d’après le roman d’Henri BOSCO

Aussitôt me viennent des images sur un magnifique texte qui avait enchanté un de mes étés. Je feuillette l’album, étonnement : pratiquement pas de texte !

Curieuse, les illustrations me plaisant, j’achète la BD et me dis que je vais en profiter pour relire le texte avant de passer à la bande dessinée.

Eh bien, Xavier COSTE a réussi à éviter les écueils d’un texte qui a malgré tout un peu vieilli, son illustration est intemporelle et le – peu de – texte qu’il a retenu suffit à recréer l’atmosphère poétique du roman. En clair, j’ai beaucoup aimé cette adaptation.

Puisse-t-elle faire connaître ce roman idéal pour les beaux jours qui s’annoncent. Fraîcheur, mystère, action et en même temps patience et longueur de ces journées passées sur la rivière à faire un feu discret pour griller le poisson pêché, à se cacher dans les criques reculées, à observer les animaux et parfois se faire peur …

« La barque reposait tout près de l’île. Du rivage, on ne pouvait pas l’apercevoir. L’ombre des arbres la couvrait.

Je m’étais installé au banc de proue. De là je pouvais commodément surveiller le rivage.

Rien n’y bougeait.

L’attente fut longue, mais je n’avais pas envie de dormir. Je voulais, moi aussi, même de loin, voir quelque chose.

L’âme se manifesta vers minuit. Elle marcha le long du rivage, écarta un buisson et descendit sur la grève. Elle m’y apparut comme une petite blancheur. Cette blancheur erra un moment, puis s’approcha de l’eau. C’est alors que je perdis la tête. Je détachai la barque du mouillage et, tout doucement, à la perche, je la poussai. Elle m’obéit et se mit à glisser sur l’eau noire. »

Xavier COSTE – Henri BOSCO : l’Enfant et la rivière (Sarbacane, 2018)

 

 

« On ne voit bien qu’avec le coeur… »

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« Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde » (extrait du « Petit Prince » de Saint-Exupéry)

Difficile de ne pas penser au renard du petit Prince en lisant le roman de Sara PENNYPACKER : « Pax et le petit soldat » (illustré par Jon KLASSEN et édité par Gallimard jeunesse en 2016).

Mais ces deux-là se sont apprivoisés depuis longtemps.

« Pax n’avait pas l’habitude d’être seul. Il était né au milieu d’une portée remuante de quatre renardeaux, mais leur père avait disparu avant même que les petits n’apprennent à reconnaître son odeur, et peu après, un matin, leur mère n’était pas revenue. L’un après l’autre, ses frères et sa soeur étaient morts, et dans le terrier froid n’était resté que son seul battement de coeur jusqu’à ce que son garçon, Peter, le tire de là.

Depuis ce jour, chaque fois que son garçon partait, Pax allait et  venait dans son enclos jusqu’à ce qu’il revienne. Et, la nuit, il gémissait pour qu’on le laisse entrer à l’intérieur, où il pourrait entendre son humain respirer.

Pax aimait Peter ; plus encore, il se sentait responsable de lui, voulait le protéger. Quand il ne pouvait pas jouer ce rôle, il en souffrait. »

Maintenant Peter a douze ans et son père lui a dit :

« Nous allons entrer en guerre. Cela signifie que tout le monde doit faire des sacrifices. Je dois m’engager, c’est mon devoir. Et toi, tu dois partir. » Bien entendu, Peter s’y était à moitié attendu. Deux de ses amis avaient déjà fait leurs bagages avec leurs familles et étaient partis dès que les rumeurs d’évacuation avaient couru. Ce à quoi il ne s’était pas attendu, c’était au reste. Au pire. « Et ce renard… Bah, le moment est venu de le relâcher dans la nature, de toute façon. »

Alors ils ont lâché Pax dans la forêt.

Mais plus Peter y pense et plus il est malheureux et il décide de reparcourir à pied, seul, les cinq cents kilomètres qui le séparent de son renard…

Une histoire absolument magnifique, déchirante, à deux voix. Celle de Peter et celle de Pax, qui lui aussi veut « retrouver son humain » et ne plus jamais le quitter, mais qui, en attendant doit survivre dans un environnement hostile, qu’il ne connaît pas et, qui plus est, perturbé par la guerre.

Peter en chemin va rencontrer Vola, une ancienne soldate qui vit en solitaire à cause, on le comprend, d’un syndrome de stress post-traumatique. Vola va l’héberger quelque temps car Peter s’est blessé, et lui explique petit à petit ce que la guerre détruit chez les hommes et dans la nature.

Pax, lui, va rencontrer Hérissée, une jeune renarde qui le tolère et va l’aider à s’adapter, mais ils doivent faire face aux prédateurs et à la guerre qui mine les terres et complique la recherche de nourriture.

Sara Pennypacker s’est abondamment renseignée sur les renards roux :

« Dans ce roman, lorsque le comportement des renards correspond à la réalité, c’est grâce à son expertise [de Matthew Walter, biologiste de l’Etat de New-York et talentueux observateur des animaux sauvages, qui a passé des années à étudier les renards roux sur le terrain ], qu’il a généreusement partagée avec moi. Lorsque ce n’est pas le cas, c’est que j’ai dû faire un choix afin de répondre aux besoins de l’histoire. J’incite vivement les lecteurs à faire eux-mêmes des recherches sur ce splendide animal. »

Je n’en raconte pas plus : lisez ce livre !

Momo

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Momo est une bande dessinée en deux tomes, écrite par Jonathan Garnier et illustrée par Rony Hotin.

Momo est une petite fille qui vit chez sa grand-mère dans un village en bord de mer. Elle a le caractère bien affirmé et une grande passion pour les chats. Elle est élevée par sa grand-mère en l’absence de son père qui est marin. Mais d’autres personnes du village vont également l’aider à grandir, que ce soit le groupe des garçons avec lequel elle se bat, Françoise la jeune citadine ou le terrifiant poissonnier…

Une jolie histoire, où l’on s’attache très rapidement à l’intrépide Momo.

« Le ventre est encore fécond… »

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Peu nous importe que cette phrase : « le ventre est encore fécond d’où a surgi la chose immonde » soit ou non la traduction littérale de la phrase de Bertold Brecht dans sa pièce « La résistible ascension d’Arturo Ui », elle est claire et reste – hélas – d’actualité.

D’ailleurs l’épilogue complet dit :

« Vous, apprenez à voir, au lieu de regarder

Bêtement. Agissez au lieu de bavarder.

Voilà ce qui a failli dominer une fois le monde.

Les peuples ont fini par avoir raison.

Mais nul ne doit chanter victoire hors de saison :

Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la chose immonde. » (Texte français d’Armand Jacob – Collection du Répertoire TNP/ L’Arche, 1959)

Lorsque Brecht écrit cette pièce en 1941, il pense que l’ascension d’Hitler aurait pu être évitée (« la résistible » ascension), mais il ne sait pas encore quelle dramatique extension cela va prendre dans toute l’Europe, jusqu’en 1945.

C’est d’une autre pièce de théâtre dont nous parle Adam JAROMIR , dans un livre illustré par Gabriela CICHOWSKA (aux éditions Des ronds dans l’O , 2017) :

« La dernière représentation de Mademoiselle Esther. Une histoire du ghetto de Varsovie »

Nous sommes en mai 1942, depuis le 16 novembre 1940, la communauté juive de Varsovie (en Pologne) est enfermée dans un ghetto. Parmi celle-ci, le Docteur KORCZAK qui dirige un orphelinat de deux cents enfants, sans moyens.

« Un vieil homme ouvre et m’annonce après m’avoir jaugé d’un coup d’oeil :

– Nous n’achetons rien.

Je souris, m’efforce de sourire.

-Il s’agit d’un orphelinat, d’une poignée d’enfants dont la vie et la santé sont en jeu… Vous pouvez aider. Avec un peu d’argent ou juste une indication…

-Des enfants…, répète-t-il, perdu dans ses pensées. Puis il disparaît dans l’obscurité et revient au bout d’un moment avec une petite pièce. Tout cela se répète. Dix à vingt fois par jour. Six fois par semaine, sauf le jour du Sabbat.

Le butin d’aujourd’hui : 50 zlotys et une promesse de 5 zlotys par mois. Pour nourrir deux cents personnes… »

Et pour les occuper jour après jour à l’intérieur de l’orphelinat, que faire ? Cours, lecture, bricolage, couture, écrire son journal, faire de la musique, cela ne suffit pas à faire reculer la faim, l’inquiétude, les souvenirs qui vous assaillent.

Alors un jour, mademoiselle Esther propose de jouer une pièce de théâtre écrite par Rabindranath Tagore, un conte des Indes, « Amal et la lettre du roi« .

« Le projet de mademoiselle Esther semble en bonne voie. Les enfants sont comme transformés. Les garçons jouent les menuisiers – j’entends le bruit de leurs marteaux -, les autres sont assis à table et font des fleurs en papier. En fermant les yeux et en entendant leurs voix joyeuses, on pourrait penser que la guerre n’était qu’un mauvais rêve. Et que nous sommes de nouveau dans notre salle à manger dans la rue Krochmalna en train de nous préparer pour la fête de Pourim. »

Trois semaines après la représentation du « Bureau de poste » de Tagore, l’orphelinat au complet est déporté à Treblinka où les 192 enfants, madame Stefa, le Docteur et leurs neufs collaborateurs seront immédiatement gazés. Mademoiselle Esther, quelques jours auparavant, avait déjà été victime d’une rafle de rue dans le cadre de « l’action de transfert » des Juifs du ghetto vers Treblinka, commencée le 22 juillet 1942.

Pendant ce temps et jusqu’à la mi-mai 1943 où Jürgen Stroop – chargé de détruire le ghetto et ses habitants – câblera à Himmler « Il n’y a plus de quartier juif à Varsovie », les archives du ghetto seront rassemblées, cachées puis enterrées en trois lots dont deux seront retrouvés en 1946 puis en 1950.

C’est à l’initiative d’un historien, Emanuel Ringelblum et du collectif qu’il avait réussi à réunir autour du projet de rassembler tous les témoignages de l’histoire de la population juive de Pologne et tout particulièrement celle emmurée dans le ghetto de Varsovie, que ces archives ont pu être sauvées.

Didier ZUILI le raconte dans une bande dessinée : « Varsovie Varsovie. Ils vont sauver les archives de l’oubli » éditée par Marabulles (Editions Marabout) en 2017.

Cette bande dessinée est un hommage à Emanuel Ringelblum, à son groupe Oyneg Shabbes et « à tous les résistants du quotidien ». Elle est complétée par un dossier historique de trois pages de Georges Bensoussan qui se clôt sur ce qu’avait écrit l’un de ces résistants, David Graber, âgé de 19 ans :

« Ce que  nous ne pouvions transmettre, nos cris, nos hurlements, nous l’avons enterré. J’aimerais vivre pour voir le jour où cet immense trésor sera découvert et fera éclater la vérité à la face du monde. Ainsi, le monde saura tout. Ainsi, ceux qui ne l’ont pas vécu pourront se rendre compte de la chance qu’ils ont eue, tandis que nous serons comme des vétérans, la poitrine ornée de médailles. Puisse ce trésor tomber dans de bonnes mains, puisse-t-il se conserver jusqu’à des jours meilleurs, pour alerter le monde de ce qui a été connu et commis au XXe siècle.« 

En 1999 ces archives ont été inscrites au Registre Mémoire du Monde de l’UNESCO.

« La 2 CV, la nuit »

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Est-ce que chacun sait encore ce que cache ce sigle ? On a vu depuis apparaître le B2i, le P2P, etc., mais ce « 2CV » ?

Espérons qu’à défaut d’être un jour monté dedans, question d’âge, chacun a dans sa tête l’image de cette voiture atypique : la « deux chevaux » ou « deudeuche » conçue par Citroën en 1948 ?

On a fait mieux depuis, côté confort du passager, mais c’était une fabuleuse expérience :

« Il n’y a pas de doute, c’est le véhicule parfait pour accompagner ces chemins qui rechignent à sortir des âges anciens. Ce n’est pas la 2 CV qui ira se plaindre des ornières ou des nids de poule. Avec sa suspension de trampoline, elle bondit en raclant au passage le talus hérissé d’herbes sauvages. Elle a un bruit de moteur inimitable, avec une cadence légèrement asthmatique, et il est hors de doute qu’elle roule les R. Elle a su garder quelque chose de l’abri provisoire, de la hutte ou de la tente, la pluie tambourinant sur la capote trouve toujours le moyen de rentrer et de se glisser dans le cou, les demi-carreaux de ses portières avant ont la fâcheuse habitude de se rabattre au moindre cahot, elle tangue à faire peur dans les virages, sa tôle épaisse comme celle d’une boîte à sucre se gondole au premier gnon. On se sent protégé, mais pas trop. Juste ce qu’il faut. A soixante à l’heure, on est grisé de vitesse.

(…) Mais très honnêtement, si on veut vraiment goûter au charme du voyage en 2 CV, il faut qu’il soit enveloppé des mystères de la nuit. »

Qui donc nous gratifie d’un peu plus de cinq pages (sur la centaine que compte le livre) drôles et affectueuses sur cette « vraie bagnole » ?

François PLACE.

Alors là, ne me dites pas que vous ignorez qui est cet auteur ! Quel que soit votre âge, vous avez au moins regardé mais certainement lu un [livre de] François Place.

Si je vous dis :

« C’est au cours d’une promenade sur les docks que j’achetai l’objet qui devait à jamais transformer ma vie : une énorme dent couverte de gravures étranges.
L’homme qui me la vendit en demandait un bon prix, prétextant que ce n’était pas une vulgaire dent de cachalot sculptée, mais une «dent de géant»… »

Bien sûr ! « Les derniers géants »…

Eh bien, François Place nous régale cette fois de ses souvenirs d’enfance.

Et pas de n’importe où. En Corrèze. Bombons le torse…

Pour ceux qui seraient nés de la dernière pluie, certes la Corrèze n’est plus qu’un vague département de la vaste et « nouvelle » Aquitaine, mais pour les autres, la Corrèze faisait partie de nous-mêmes Haut-Viennois, avec la Creuse. Tous trois rassemblés sous la feuille de châtaignier du Limousin, contrée que vous découvriez exotique dès que vous en franchissiez les frontières, assez peu de personnes étant capables de vous la situer sur la carte de France !

Dans une collection dirigée par Martine Laval  et qui s’inspire d’un des titres emblématiques de Jack London : « Ce que la vie signifie pour moi », les Editions du sonneur viennent d’éditer François Place.

N’y cherchez pas ses habituelles illustrations colorées, précises et fouillées, toutefois une bonne quinzaine de petits croquis en noir et blanc de 2 CV parsèment le livre.

Rassurez-vous, il n’y parle pas que de la « deuche », il raconte ses souvenirs de petit citadin des années 60 qui passait ses vacances dans la famille maternelle, quelque part sur le plateau de Millevaches.

Alors si vous voulez comprendre ce monde révolu qu’ont connu vos grands-parents, lisez « La 2CV, la nuit« . C’est admirablement détaillé mais on ne s’y ennuie pas, nous. Car lui l’avoue vers la fin du récit :

« On pourrait donc croire que de telles vacances sont bien remplies. Pas de télévision, et des journées entières au-dehors, dans un terrain de jeux et d’aventures sans limite.

Eh bien, soyons honnêtes : souvent, on s’ennuie. »

Réjouissons-nous de cet ennui qui fut productif pour nous, ses futurs lecteurs, car pour se désennuyer, il dessine…

 

 

« L’île de Giovanni »

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« 1945 : Après sa défaite, le peuple japonais vit dans la crainte des forces américaines. Au nord du pays, dans la minuscule île de Shikotan, la vie s’organise entre la reconstruction et la peur de l’invasion. Ce petit lot de terre, éloigné de tout, va finalement être annexé par l’armée russe. Commence alors une étrange cohabitation entre les familles des soldats soviétiques et les habitants de l’île que tout oppose, mais l’espoir renaît à travers l’innocence de deux enfants, Tanya et Jumpei… »

Ce film : « L’île de Giovanni » réalisé par Mizuho NISHIKUBO en 2014 traite d’un thème peu connu de l’histoire du Japon lorsque après la défaite de 1945, les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki et l’occupation américaine, les septentrionales Iles Kouriles vont, elles, se retrouver sous occupation soviétique et ce, jusqu’à nos jours, sujet constant de friction entre le Japon et la Russie.

En1946, les habitants en seront finalement déportés vers des camps du Kazakhstan et de l’Ouzbekistan avant de rejoindre progressivement le Japon et ne reviendront jamais sur leurs îles natales.

Le film de Nishikubo présente une chronologie précise de cette période à travers la vie d’une famille déjà éprouvée par le sort, puisque la maman des deux petits garçons est morte. Le papa puise son énergie à la fois dans sa fidélité au Japon et dans la lecture qu’il fait faire chaque jour à Junpei et Kanta de la nouvelle « Train de nuit dans la Voie lactée » de Kenji Miyazawa, qu’aimait beaucoup leur mère, au point de surnommer ses enfants Giovanni et Campanella, du nom des deux héros de cette nouvelle.

Courte période, mais qui marquera à jamais l’aîné des garçons, à la fois amoureux de la fillette russe qui habite désormais leur maison réquisitionnée et en même temps éperdu de rage et de douleur quand son papa sera envoyé au goulag par le propre père de la jeune Tanya…

Un peu moins tragique que « Le tombeau des lucioles » de Isao Takahata dont il n’a sans doute pas la force, « L’île de Giovanni » a toutefois recueilli plusieurs récompenses dont une mention du jury à Annecy en 2014. Grâce, peut-être également, aux images de son directeur artistique Santiago Montiel.