Archives de Tag: Enfance

La bibliothèque des citrons

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La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill

Calypso a 10 ans et une passion dévorante pour les livres. C’est une enfant solitaire, qui préfère la compagnie des mots à celle des autres enfants. Elle tient cette idée de son père, auteur solitaire qui passe ses journées enfermé dans son bureau depuis le décès de sa femme. Cette vie convient très bien à Calypso, jusqu’au jour où elle rencontre Mae. L’amour des livres rapproche les deux enfants. En côtoyant Mae et sa famille, Calypso va progressivement se rendre compte que ce n’est pas normal que son père passe si peu de temps avec elle, oubliant même de lui faire à manger…

Un livre qui sous une couverture joyeuse et une écriture simple cache des sujets assez difficiles : la perte d’un proche, les enfants qui doivent assumer des responsabilités pas de leur âge… et au fil des pages on sent l’amour que voue l’auteur à la littérature avec des dizaines de titres de livres cités.

Martha & Alan

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J’avais fait un post il y a quelques années sur La guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert. Dans ce roman graphique il raconte les souvenirs de la seconde guerre mondiale que lui a livrés Alan Ingram Cope. Il a ensuite écrit L’enfance d’Alan.

Dans Martha & Alan Alan Ingram Cope parle de son amitié d’enfance avec Martha. Le livre est constitué de petites anecdotes, morceaux de souvenirs de cette relation enfantine. Leurs aventures, leurs familles, les jeux… Un petit livre simple, qui se lit rapidement. L’illustration d’Emmanuel Guibert rend bien un côté rétro et nostalgique de Pasadena en Californie où grandissent Alan & Martha. Il a marqué mon esprit car il montre bien l’importance que peuvent avoir certaines personnes dans votre vie, même quand vous les perdez de vue.

George

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George est un garçon discret. Elle garde un secret pour lui : elle n’est pas un garçon mais elle seul le sait. Malgré son corps et son anatomie masculine, elle sait que elle est une fille. Elle s’est même trouvée un prénom, Mélissa. Ca personne ne le sait: ni sa mère ou son grand frère, même pas sa meilleure amie Kelly. Mais le jour où une pièce de théâtre se monte à l’école, George ne rêve que d’une seule chose : interpréter le premier rôle. Elle se dit que ce rôle féminin lui permettrait de montrer à sa mère qu’elle est une fille. Mais ce n’est pas si facile que ça d’arriver à surmonter sa peur, de faire face aux préjugés…

George est le premier roman d’Alex Gino, lui-même transgenre. Le texte est simple, plein de douceur. George sait qui elle est et n’a pas de problème avec ça, l’enjeu pour elle est d’arriver à montrer au reste du monde, à commencer par sa mère que c’est une fille. Il existe peu de livre sur ce thème, et George est le premier qui s’adresse à des enfants ( 9 à 12 ans selon L’école des loisirs ).

« Les contes de la ruelle »

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Quatre nouvelles assez intemporelles, mais qui se déroulent toutes dans un quartier du vieux Pékin. Dans ces fameuses ruelles aux maisons basses qui cachent de larges cours intérieures carrées qu’on nomme « hutongs ».

D’ordinaire les murs y sont gris et les entrées rouges, selon la volonté de l’Empereur, mais les aquarelles de NIE JUN les colorent joyeusement. On ne circule dans ces ruelles qu’en vélo ou en tricycle et c’est dans ce décor désuet et charmant que vivent Yu’er et son grand-père, Doubao, un ancien facteur.

Yu’er est une petite fille handicapée, ce qui ne l’empêche pas de se rêver en championne paralympique, ni de profiter de balades dans son quartier où traînent bien quelques voyous, mais aussi d’étonnants personnages comme un jeune garçon et son « paradis des insectes » ou un vieux peintre ronchon. Mais surtout il y a son pépé, sa collection de timbres et sa grande histoire d’amour.

La vie y paraît douce, comme les aquarelles de Nie Jun, mais pas « sucrée » :  l’auteur ne cache pas la réalité du quartier ni les difficultés liées au handicap de Yu’er, toutefois la relation entre l’enfant et son grand-père transcende tout et met du baume au coeur, même pour nous, lecteurs…

A la fin du livre, un petit carnet de croquis en noir et blanc de Nie Jun donne envie de s’envoler pour découvrir ce quartier de Pékin avant qu’il n’ait disparu pour cause de « modernisation » !

Un « one shot » touchant, pour tout public, édité en 2016 par Gallimard « bande dessinée ».

 

 

Lucien Lucien

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Lucien Lucien

de

Anne Houdy

chez Alice Éditions

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«  Papa est allé voir ailleurs s’il y avait mieux. Et papa a trouvé mieux. Il est allé voir là-bas si maman y était. Comme elle n’y était pas, il est resté là-bas. C’était préférable.

Papa a toujours eu envie de partir. C’est depuis ma naissance, depuis la naissance de maman, mais aussi depuis sa naissance à lui. Alors, un jour, après une grosse dispute, papa est parti. Maman et moi, on est restés.

Le jour ou papa a pété les plombs, maman n’a jamais pu remettre la lumière toute seule. Depuis nous sommes dans le noir. Elle et moi.  »

Maman est cassée en mille morceaux, elle perd le Nord, elle perd ses clefs, elle perd Lucien.

Pourtant Lucien est son fils, une petite marionnette dont elle tire les fils de ses doigts affolés.

Alors Lucien danse : va au parc… non reste là… non prends ton bain… non va te coucher… et sans manger puisque c’est comme ça !

Maman est comme un oiseau qui se heurte au barreaux de la cage et s’épuise vainement.

Elle n’en peut plus de ce petit garçon qui la regarde sombrer et qui lui demande les attentions et l’amour qu’elle ne peut donner.

Elle va enfin se reposer, le docteur a dit que Lucien allait partir en vacances dans une famille d’accueil.

 » La porte du train s’est refermée. Le train ne partait pas, elle avait encore une chance de faire demi-tour… Mais j’ai bien compris qu’elle ne ferait plus jamais demi-tour. Voilà. C’est ce jour-là. Je ne sais pas quel jour était ce jour. Maman était trop pressée. Mais, ce jour-là, maman et moi, nous nous sommes perdus pour toujours. »

Au bout du chemin, Leone et Raoul attendent. Leone parle toute seule pour meubler les silences de sa vie et Raoul pleure en écoutant Schubert dans son vieil autocar enraciné au fond du jardin.

Ils essaient bien, mais n’y arrivent pas. Ils n’ont pas le mode d’emploi pour sauver un enfant du désespoir. Pourtant ils l’aiment, à leur manière.

Comme dit Leone : c’est comme un chien, au début on n’en veut pas et puis on s’habitue.

Et Lucien, doucement s’efface…

C’est un roman magnifique et éprouvant : il a la noirceur de ces contes dans lesquels on abandonne les enfants au fond de la forêt, avec cette sensation oppressante de cauchemar, on court fuyant le danger – ou au contraire à la recherche désespérée de quelqu’un ou de quelque chose.

Mais il y a aussi tant de tendresse, d’amour dans les tentatives maladroites de ces personnages pour trouver à la fois leur place et la force d’exprimer leurs sentiments.

C’est un vrai coup de cœur remarquablement écrit.

« Mon père était boxeur »

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Une bande dessinée et un film réalisés par une fille : Barbara PELLERIN sur son père, Hubert PELLERIN.

Une histoire vraie, une histoire particulière, mais qui peut toucher grand nombre d’entre nous, tous ceux pour lesquels la communication n’a pas été facile…

« Les rares conversations téléphoniques étaient vides, nous ne savions pas quoi nous dire.« 

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« Cadet d’une famille de 14 enfants, mon père avait l’habitude de se faire respecter avec les poings.
A 18 ans, galvanisé par un titre de champion de France espoirs, il interpella ma mère
dans la cour de l’usine et là demanda en mariage.
Durant 17 ans, ma mère accompagna ses victoires et ses défaites.
Pourtant de leur histoire, je ne souviens que des disputes violentes, de mon père fou de rage,
fou d’amour,
fou de jalousie, fou d’une violence qui le dépassait.
Malgré tout, au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un trait d’union
entre nous deux.
A 30 ans, désormais armée d’une caméra, je décide de le suivre aux abords du ring.
Ce récit est le portrait d’une relation entre un père et sa fille. » (Présentation éditeur)

« (…) En allant le rencontrer,

je retrouve mes terreurs d’enfant. »

Le récit, relativement sobre, de Barbara PELLERIN a été illustré par Vincent BAILLY.
Il est accompagné d’un DVD réalisé par Barbara et KRIS. Cinq années de travail pour exorciser les souvenirs,
les souvenirs d’une enfance prise en étau entre un homme et une femme qui se sont aimés puis quittés.
« Pourtant, de leur histoire, je ne me souviens que
des disputes violentes, de mon père fou de rage,
fou d’amour, fou de jalousie, fou d’une violence qui le dépassait.. »
« Et pourtant, au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un trait d’union entre nous deux. »
Barbara décide donc de filmer son père dans son environnement professionnel, la boxe et le club
où il est désormais entraîneur.
Son père se prête plus ou moins volontiers à ces entretiens filmés, souvent il fait répéter la question,
problèmes d’audition réels dus à ce sport violent ou simplement gêne ?
Nous aussi, spectateurs, sommes parfois gênés, gênés des questions qu’elle pose, gênés de sa gêne à lui,
de ses réponses qu’on connaît trop bien :
« Je ne l’ai jamais dit, mais je le savais… »
Ne jamais dire, ne jamais exprimer ses sentiments… « Tu étais une vraie brute, un ours balourd,
mais tu étais aussi un homme blessé. »
« Comment parler avec son père ?
Comment vraiment parler avec son père lorsqu’on est devenu adulte ?
D’égal à égal ? Et puis après, comment parler de son père lorsqu’il n’est plus ? »
Car, peu de temps après ces entretiens et ce film, Hubert Pellerin décèdera à l’hôpital psychiatrique
où il était soigné pour dépression.
« Parfois, je croise dans la rue des hommes qui me rappellent la forme de ton visage ou ta silhouette.
J’entends alors instantanément ta voix grave et douce m’appeler… »
 Une histoire personnelle, unique et, pourtant, tellement « universelle ». Un coup de coeur. Un coup au coeur.
Barbara Pellerin, Vincent Bailly et Kris :
« Mon père était boxeur »
(Futuropolis, Quilombo films, 2016)

Jan

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Jan

de Claudine Desmarteau

aux Éditions Thierry Magnier

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« Je ne suis pas le genre de personne qu’il faut chercher avec des noises. J’ai toujours été comme ça, paraît même que quand je suis née, j’avais mes petits poings serrés en gueulant comme un nouveau-né pas commode, c’est mon père qui raconte ça quand il est fier d’avoir une fille qui n’est pas une gonzesse. Moi j’ai des doutes sur ce qu’il est capable d’inventer quand il a des souvenirs pas clairs, et je parie que le jour de l’accouchement, il avait commencé à fêter ça avant que je survienne du ventre de ma mère. »

Au début était Janis mais ça c’était au début, avant l’école primaire, avant la bande de tocards qui scandaient : Janus pisse, pisse.
Janis y a mis bon ordre, à coups de poings comme il se doit, et s’est rebaptisée Jan, comme un garçon.
De toutes façons Jan n’aime pas les filles, surtout celles qui ont des seins et qui se mettent à courir partout comme des poules sans têtes quand un garçon passe.
Jan n’aime pas l’autorité : les profs, le collège, le principal du collège, la voisine, le gérant du Franprix, etc… Surtout son père quand il est ivre, ce qui lui arrive souvent depuis qu’il a perdu son travail.

« Quand on a confiance en quelqu’un, faut garder confiance sinon ça pourrait porter malheur. Faut lui montrer qu’on croit fort qu’il va y arriver pour qu’il garde sa confiance, lui aussi. Faut pas passer son temps à se rappeler ce qui s’est déjà passé parce que ça ne sert à rien.« 

Mais de promesses non tenues en rendez vous manqués aux Alcooliques anonymes, la confiance et l’amour s’effritent peu à peu.
La famille est tenue à bout de bras par la mère, vendeuse dans un magasin de chaussures. C’est un travail pénible, peu gratifiant, mal payé, surtout lorsque l’argent disparaît dans les poches du père qui va refaire le monde au Bar des Amis.

Heureusement, il y a Arthur et un film, Les Quatre Cents Coups de François Truffaut.
Arthur c’est son petit frère, celui pour lequel elle se bat, l’évidence de l’amour à la vie, à la mort..
Les Quatre Cents Coups, c’est la rencontre improbable entre une gamine tendre et violente et son double, son miroir, un personnage de fiction : Antoine Doinel.

Un soir l’univers de Jan et d’Arthur va exploser, de foyers en famille d’accueil comment faire revivre le fantôme d’une famille détruite ?

Jan est tendre et violente, pudique et extravertie. On oscille entre l’envie de la prendre dans ses bras et le désir inavouable de l’abandonner sur une île déserte. Elle fascine par cette violence toujours à fleur de peau et par son étonnante capacité d’adaptation.

C’est un roman qui souvent fait rire, parfois pince le cœur et embue l’œil : une réussite quoi !!!

« Je me souviens qu’à la fin du film, Doinel court jusqu’à la mer et il marche dans l’eau avec ses chaussures. Puis on voit sa tête en gros et il nous regarde. On n’arrive pas à savoir s’il est content ou s’il est triste et ça se termine comme ça. Au foyer, je l’ai regardée plein de fois, cette fin. Quand il commence à courir sur le sable, ça me fait chialer à tous les coups, je ne sais pas pourquoi.
Je me demande ce qui lui est arrivé à Doinel, ensuite. S’ils l’ont chopé ou s’il a couru encore plus loin. »