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L’étrange bibliothèque

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« La bibliothèque était beaucoup plus silencieuse qu’à l’ordinaire.

(…) Dans l’espace réservé au prêt était assise une femme que je n’avais jamais vue, occupée à lire un ouvrage très épais. Un livre dont les pages déployées avaient une largeur considérable. On aurait dit qu’elle lisait à l’aide de l’oeil droit la page de droite et de l’oeil gauche la page de gauche.

« Excusez-moi », lui dis-je.

Elle reposa bruyamment son ouvrage sur la table, leva la tête et me regarda.

« Je viens rapporter ces livres » fis-je. Et je déposai sur le comptoir les deux volumes que je tenais dans les bras. C’était : Comment construire un sous-marin, pour l’un des deux, et Souvenirs d’un berger, pour l’autre.

Elle retourna la couverture des livres, vérifia la date de prêt. Bien entendu, j’étais parfaitement dans les temps. Je suis très scrupuleux et j’observe consciencieusement les délais prescrits. C’est ce que ma mère m’a enseigné. Les bergers en font autant. Si un berger ne respectait pas les horaires, ses moutons seraient complètement affolés.

Elle imprima un vigoureux coup de tampon signalant « rendu » sur la carte de prêt puis retourna à sa lecture.

« Je cherche un livre… déclarai-je.

-Descendez l’escalier, et puis à droite, répondit la femme sans lever la tête. Avancez tout droit jusqu’à la salle 107. »

A partir de là, le garçon et nous-mêmes nageons en plein cauchemar dans les caves de la bibliothèque.

***

Après la lecture de « L’étrange bibliothèque« , petit ouvrage atypique de soixante-treize pages, paru en 10/18 en 2015, n’hésitez pas à profiter des visites organisées à la BFM pour vérifier que ses sous-sols ne recèlent pas des espaces aussi mystérieux !

L’atmosphère très particulière du récit de Haruki MURAKAMI est amplifiée par les illustrations de Kat MENSCHIK, originales et un peu inquiétantes.

« Un moment après que le vieillard eut disparu, la fillette entra dans la pièce. Comme toujours, elle entrouvrit à peine la porte et se faufila à l’intérieur.

« C’est la nuit de la nouvelle lune », dis-je.

La fillette s’assit paisiblement sur le lit. Elle paraissait extrêmement lasse. Son teint était plus pâle que jamais, elle semblait si fragile et transparente que je voyais presque le mur à travers elle.

« C’est à cause de la nouvelle lune, fit-elle. La nouvelle lune nous dépossède de toutes sortes de choses. »

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Sanglant hiver

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Sanglant hiver

de Hildur Knutsdottir chez Thierry Magnier

Oui c’est vrai, Bergljot est en colère. Ses parents Thorbergur et Sigrun avaient prévu un week-end en amoureux, elle allait passer une soirée d’enfer avec ses copines et le beau Grimur.

Mais un imprévu professionnel oblige sa mère à annuler ce beau projet et l’adolescente qui se voyait déjà dans les bras du beau gosse se retrouve en route pour le chalet familial avec père et frère.

L’enthousiasme n’est pas de mise surtout que la maison est isolée et que des chutes de neige sont annoncées.

Alors que tout ce petit monde est installé, Thorbergur essaie de joindre sa femme et Bergljot ses copines : il faut bientôt se rendre a l’évidence, il y a soit un problème de réseau téléphonique , soit une mortalité massive et imprévisible.

Et si on allait tous jouer au foot sur le terrain à cote du camping , quelle est bonne l’idée !!! on ferait comme si on était Mbappé !!!

C’est sympa, il y a déjà quelques familles, ah mais comme c’est embêtant (et dégoûtant) ils commencent tous à vomir et à tomber comme des quilles dans la neige, MORTS.

Rhinite allergique peut-être ?!

Thorbergur passe en mode survie, voiture, nourriture, enfants et décide de s’éloigner de ces miasmes suspects.

MAIS

«  Ils avaient tous disparus. Tout ceux qui s’étaient trouvés là au moment où Bragi et Thorbergur avaient pris leur jambe à leur cou. Mais par terre, on distinguait leurs restes. Ça et là étaient dispersés des lambeaux de chair dans la neige, comme si tous ces corps étaient passés dans un broyeur. Sans voix, Bragi observa le champ de bataille. Lorsque ses yeux tombèrent sur un bras, en bordure du terrain, abandonné là comme si quelqu’un l’avait balancé, il porta la main à sa bouche et se retourna. « 

………. un citrate de bétaïne peut-être ?!

Ça va bien sur de mal en pis, tout le monde se fait boulotter, c’est affreux, c’est amusant et tellement délassant … Miam

Demain il sera trop tard

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Demain il sera trop tard

de Jean-Christophe Tixier

chez Rageot

 

« Virgil, ne rentre surtout pas. Il doit s‘agir d’une méprise, mais j’ai peur. Deux agents de la brigade Spéciale sont venus t’arrêter. Et sur le trottoir, j’ai aperçu un van blanc des Brigades du Terme. Cache-toi ! Attends que ton père démêle cette affaire. N’appelle pas, je te recontacterai. N’oublie surtout pas que je t’aime. »

Lorsque Virgil Geller reçoit ce message de sa mère, il pense dans un premier temps à une plaisanterie douteuse. Après tout, il est un Long Terme, un 87. C’est clairement indiqué sur l’implant ID implanté dans la paume de sa main.

Cet implant justifie aux yeux de tous son enfance dorée, les études prestigieuses qui l’attendent, la famille qu’il va former.

Est-ce sa faute si, lorsqu’il est né, un test génétique mis au point par la FGAH (Fondation Génétique pour l’Avenir de l’Humanité) a déterminé cette enviable durée de vie : 87 ?

Certes, tous n’ont pas cette chance, il y a les Moyens Termes, moins chanceux, et la lie de l’humanité les Courts Termes.

En effet, en toute logique, et l’adolescent partage comme la grande majorité des nantis cette théorie, pourquoi engager des frais pour une population promise à une si courte existence.

Et Virgil ne s’est jamais trop inquiété de la vie de ces gens là, après tout il ne les côtoie guère. La population est constamment surveillée par des drones, filtrée aux check-points et chacun regagne qui sa maison cossue, qui son bidonville.

Les Brigades du Terme qui sont là pour réguler cette organisation, viennent chercher à date échue les candidats à la mort et s’en occupent avec beaucoup de diligence.

Un appareil policier important veille au bien-être des Longs Termes et jugule les actions de la Résistance. Car, bien sûr, tous n’acceptent pas cet ahurissante discrimination.

Aussi lorsque Virgil se retrouve traqué par les unités chargées de le protéger et qu’il doit fuir ou mourir, son univers s’effondre.

Que s’est-il passé le jour de sa naissance, il y a 17 ans ? Qui sont vraiment ses parents ?

Et surtout, question ultime, combien de temps lui reste-t-il à vivre ?

C’est vraiment un roman qui interpelle : que ferait-on si notre vie était dès la naissance bornée par la connaissance de notre disparition ?

Qu’en pensez vous ?

Coeur de bois

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Cœur de bois

de Henri Meunier et Régis Lejonc

Une église, quelques maisons écrasées par un ciel plombé. Il fait froid et l’on devine les habitants repliés dans la chaleur de leurs maisons.

Dans l’une d’elles, Aurore se prépare. Nous l’apercevons de dos et c’est le miroir qui nous envoie le reflet de cette femme .

Elle se regarde, sûre d’elle .

Qui est-elle? avec son béret noir, elle ressemble à Bonnie Parker. Elle est mystérieuse et séduisante, peut être dangereuse. Est-ce une belle espionne ? une actrice ? Une femme en fuite qui reprend sa respiration après une course sans fin ?

Elle a rendez-vous .

Elle gare sa petite voiture rouge à l’orée des grands bois noirs figés par le froid et disparaît entre les troncs . Elle marche, le ruban du paquet d’un carton de pâtissier passé à son bras. Elle a pensé à acheter une galette car oui, elle est attendue et c’est à l’évidence un moment heureux, elle a le sourire aux lèvres, elle avance sans peur.

Nous nous étions donc trompés, tout va bien, elle rejoint des amis, une personne aimée peut-être .

Mais une maison apparaît, sombre, délabrée.

Aurore entre, interpelle le locataire inconnu, fait un peu de ménage, prépare le goûter. Il y a comme une étrange familiarité entre désinvolture et mépris . Enfin, il apparaît : surprise, c’est le monstre, le grand prédateur mais il n’est plus que le roi déchu de la fable.

 »  Aujourd’hui vous êtes seul, et je ne le suis pas. Vous êtes malheureux, et je ne le suis pas. Vous êtes fragile, et je ne le suis plus. Vous m’avez dévorée hier. Je viens me promener avec vous aujourd’hui. C’est que j’aime profondément la foret, l’odeur du sous-bois, le soupir des arbres, le vol fou des geais. Vous ne m’avez pas pris cela. J’ai des lendemains radieux.

Je vous rends visite parce que je suis là. Debout. Malgré vous. Je veux croire qu’il est possible de devenir grand sans devenir méchant. Et je prends soin de vous pour le croire toujours.

Je veux être forte pour pouvoir aimer. »

Même vous. »

On sait tous ce qui est arrivé au petit chaperon rouge, et chaque lecteur abordera ce livre avec une analyse et une sensibilité particulière mais ce sont là, les paroles d’une survivante à son bourreau, les paroles d’une femme qui a subi et s’est relevée et qui enfin peut, parce qu’elle le décide, côtoyer celui qui un jour a voulu la soumettre.

C’est un album absolument superbe, il y a cette évidente connivence entre le texte et les illustrations. C’est beau, subtil, magnifique. Merci aux auteurs !

Pour un œil de poupée

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Pour un œil de poupée

de Marina Cohen

aux Éditions Thierry Magnier

« Elle aurait dû aimer cette maison. En tomber follement amoureuse. De la même façon que Maman, Ed et Isaac. Sauf qu’il régnait ici une atmosphère étrange. Il y avait une lourdeur, qui semblait peser sur elle. Et malgré la chaleur d’août, l’air y était froid et moite, comme dans un tombeau descellé depuis des années. Elle déposa le carton à ses pieds, tourna les talons et s’empressa de retourner dehors. »

Hadley est un peu perdue : elle qui a longtemps vécu seule avec sa mère doit maintenant la partager avec son nouveau mari Ed et le fils de celui-ci, Isaac.

Certes la maison est magnifique et ils ont pu l’acquérir pour une bouchée de pain, mais Hadley a de la peine à s’adapter à cette nouvelle vie.

Et puis elle a rapidement l’impression de ne pas être seule dans la maison, il y a des bruits étranges, une silhouette entrevue, rien d’inquiétant pour le moment.

Au hasard de ses déambulations, Hadley découvre une magnifique maison de poupées dans le grenier. Elle est la réplique exacte de leur maison et est « habitée » par une famille de marionnettes  : le père, la mère et leur petite fille. Il y a même le garage avec la pièce au-dessus et sa pensionnaire, une poupée aux cheveux blancs, qui pourrait être la grand mère de cette curieuse famille .

L’adolescente est fascinée par cet univers miniature : à qui appartenait cette maison de poupées, et les marionnettes, sont-elles de simples objets de bois ou les reflets d’une famille de chair et de sang ?

Peu à peu l’angoisse s’installe…

Il y a une leçon à tirer de ce roman  : ne jamais se fier à un agent immobilier qui vous vend pour 100 000 euros une maison de 250 m² habitable au milieu d’un parc avec une piscine. Il ne faut pas rêver, il y a un problème : termites ? ou…

Posez deux questions :

1- Pourquoi les heureux propriétaires de cette belle demeure la vendent-ils à ce prix dérisoire ?

2- Sont-ils encore vivants ?

La fin est flippante !

Reste avec moi

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Reste avec moi

de Jessica Warman

chez Fleuve noir

« Flottant. Entre deux eaux. Sur le ventre. Oh, merde.

Ce n’est pas un poisson, mais un être humain. Une femme. Aux longs cheveux si blonds qu’ils en paraissent presque blancs, magnifiquement scintillants dans la houle. Les mèches tentaculaires ondulent telles des algues presque jusqu’à la taille de la morte, où se rejoignent un jean et un pull rose à manches courtes. Des santiags blanches à bouts ferrés, incrustées de fausses pierres précieuses. Franchement décadentes.

Le cadeau d’anniversaire de ses parents. Elle les a fièrement portées toute la nuit, mais la pointe de la gauche s’est coincée à un angle bizarre entre le bateau et le quai. Chaque vague l’envoie cogner contre la coque, comme si la noyée essayait de tirer du sommeil les dormeurs du yacht. »

Elizabeth Valchar, 18 ans tout frais, belle, riche, aimée, s’est endormie sur le yacht de ses parents après une fête d’anniversaire bien arrosée et se réveille spectatrice de sa propre mort.

Elle qui n’existait que par le regard des autres s’est évaporée comme la buée sur une vitre.

Un seul la voit, Alex, mort lui aussi, un an auparavant, tué par un chauffard qui l’a laissé agonisant dans un fossé.

Ils sont dans les limbes, à la fois invisibles aux yeux de tous et pourtant terriblement présents car leur nouveau statut leur permet de s’insinuer dans l’intimité de tous.

Tout les séparait de leur vivant et la mort ne rend pas Elizabeth plus sympathique aux yeux d’Alex.

En effet, la brave petite était une punaise narcissique qui, avec sa bande d’amis aussi odieux qu’elle, menait la vie dure aux « nuls » : en gros ceux qui n’avaient pas l’argent, les voitures, les bateaux, les fringues adéquates.

Pourquoi la mort les a-t-elle réunis ? Que vont-ils découvrir ? Comment Elizabeth s’est-elle noyée ?

Ce n’est pas la bluette sirupeuse– la couverture !!!! le titre !!!- à laquelle je m’attendais. C’est plutôt l’envers du décor jusqu’au sordide d’une bande de gosses gâtés pourris, lâchés par des parents trop occupés.

Et donc, contre toute attente ce n’est pas si mal.

La noirceur des couleurs

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La Noirceur des Couleurs

de Martin Blasco

à l’École des Loisirs

 

« 28 Février 1885

Marie a toujours été une grande admiratrice de mon travail. Elle a de vastes connaissances en médecine et je lui ai confié la charge de la santé des enfants. Étant donné les conditions dans lesquelles ils devront vivre (enfermement, peu d’activité physique), ils pourraient tomber malades. Marie veillera à ce qu’ils jouissent toujours d’une bonne santé. Félix et Brian sont mes deux meilleurs disciples. Chez Félix, je vois un net penchant pour la cruauté, ce qui parfois m’inquiète, mais je sais aussi que je m’en servirai pour les étapes plus difficiles du projet. »

Le 5 avril 1885, cinq nouveaux-nés sont enlevés. Leurs parents sont des immigrés très pauvres et la police ne s’intéresse pas à l’affaire, qui tourne court.

1910, les années ont passées. Amira, l’une des disparues, réapparaît miraculeusement. Elle n’a aucun souvenir de ce qui lui est arrivé, est quasiment mutique. Où était- elle ? Comment-a-t-elle survécu toutes ces années ? Toutes les questions qui lui sont posées demeurent sans réponse.

Son père contacte Alejandro Berg, un jeune journaliste, et lui demande de reprendre l’enquête.

Très rapidement, Alejandro découvre que d’autres enfants sont revenus dans leur famille. Ils sont tous, à des degrés divers, profondément traumatisés : Damien ne sait ni lire ni écrire, Dimitri a le comportement d’un animal. Qui les a torturés ainsi et pourquoi ?

L’amnésie ou l’impossibilité de communiquer des victimes rend la recherche d’informations particulièrement difficile et, lorsque Berg commence à dérouler le fil de cette tragédie, son premier témoin est sauvagement assassiné.

 » Ensuite – ce qui était évident dès la première seconde – il fut inéluctable que ce rouge furieux était du sang, que la colonne qui s’élevait au centre était composée d’intestins et d’os, que l’explosion de couleurs jaillissait des viscères et des fluides, et que chaque élément de l’œuvre avait constitué un être humain vivant. Alors seulement on entendit les premiers cris. »

Quel est donc ce meurtrier qui tue comme on compose un tableau ? Etait-il victime avant d’être bourreau ?

Très bon roman !

J’ai certes choisi un passage particulièrement goûteux mais non le roman n’est pas écrit à l’hémoglobine, l’intrigue en est vraiment prenante et la fin est une réussite.