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« Tout en haut du monde »

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Prix du public au Festival international du Film d’animation d’Annecy en 2015, « Tout en haut du monde » de Rémi CHAYE m’a bien plu aussi.

414149Outre le sujet :

« 1882, Saint-Pétersbourg. 
Sacha, jeune fille de l’aristocratie russe, a toujours été fascinée par la vie d’aventure de son grand-père, Oloukine. Explorateur renommé, concepteur d’un magnifique navire, le Davaï, il n’est jamais revenu de sa dernière expédition à la conquête du Pôle Nord. Sacha décide de partir vers le Grand Nord, sur la piste de son grand-père pour retrouver le fameux navire. »

qui met en valeur une jeune héroïne d’une quinzaine d’années, courageuse et intelligente, sachant imposer – le moment venu et avec persévérance – ses compétences et sa manière de voir, malgré l’hostilité de certains,

l’esthétique de ce dessin animé est indéniable, avec un graphisme simple et des aplats de couleurs pastel. Lorsque Sacha quitte Saint-Pétersbourg, par exemple, la vision des palais au bord de la Neva est superbe, de même la banquise, plus tard, lors de leur lente progression…

La plupart des autres personnages ont également « de l’étoffe » que l’histoire va permettre d’affirmer : Olga au port d’Arkhangelsk, le Capitaine Lund, Katch le mousse et surtout Larson le Second qui va se découvrir dans l’épreuve de cette course contre la montre / la nature pour retrouver l’hypothétique Insubmersible, dans l’environnement menaçant des glaces qui se soudent, des icebergs et des ours, sans compter la folie qui guette avec la faim et le blizzard.

De grandes qualités pour une aventure à la Jules Verne.

Davaï ! (Allons-y !)

« La guerre n’a pas un visage de femme »

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Quand on étudie la Seconde Guerre mondiale, on a le sentiment qu’il s’agit essentiellement d’une guerre d’hommes, bien que quelques Résistantes françaises aient leur Panthéon comme Lucie Aubrac ou Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mais dans le livre de Svetlana ALEXIEVITCH, il s’agit de tout autre chose :

9782290344514_cb(« La guerre n’a pas un visage de femme » J’ai lu, 2004. 2016)

« La Seconde Guerre mondiale ne cessera jamais de se révéler dans toute son horreur. Derrière les faits d’armes, les atrocités du champ de bataille et les crimes monstrueux perpétrés à l’encontre des civils, se cache une autre réalité. Celle de milliers de femmes russes envoyées au front pour combattre l’ennemi nazi. Svetlana Alexievitch a consacré sept années de sa vie à recueillir des témoignages de femmes dont beaucoup étaient à l’époque à peine sorties de l’enfance. Après les premiers sentiments d’exaltation, on assiste, au fil des récits, à un changement de ton radical, lorsque arrive l’épreuve fatidique du combat, accompagnée de son lot d’interrogations, de déchirements et de souffrances. Délaissant le silence dans lequel nombre d’entre elles ont trouvé refuge, ces femmes osent enfin formuler la guerre telle qu’elles l’ont vécue. Un recueil bouleversant, des témoignages poignants.

Svetlana Alexievitch a reçu le prix Nobel de littérature en 2015. » (cf. présentation éditeur)

Près d’un million de femmes ont servi dans l’armée soviétique, mais jusque-là les récits sur la Seconde Guerre mondiale étaient historiquement dominés par les hommes. Aussi, le travail qu’a effectué Svetlana Alexievitch n’a pas été simple. Entre les hommes qui lui disent : « Est-ce qu’il n’y a pas assez d’hommes à interroger ? Pourquoi avez-vous besoin de femmes ? A quoi bon écouter leurs délires… leurs histoires de bonnes femmes…« , ceux qui recommandent à leur femme : « Raconte comme je te l’ai appris. Sans larmes ni détails idiots, du genre « j’avais envie d’être jolie, j’ai pleuré quand on m’a coupé ma tresse. » (il faut savoir que la plupart de ces volontaires n’avaient que seize, dix-sept ans, certaines plus jeunes encore) et les femmes, elles-mêmes, qui s’autocensurent : « Mais pourquoi venir me trouver, moi. Tu devrais plutôt rencontrer mon mari, il t’en raconterait… Les noms des commandants, des généraux, les numéros des unités – il se rappelle tout. Pas moi. Je ne me souviens que de ce que j’ai vécu…« .

C’est justement ça qui fait tout l’intérêt du document que nous livre Svetlana Alexievitch : ce qu’elle ont vécu.

L’une d’elles lui dit : « J’ai l’impression d’avoir vécu deux vies : une vie d’homme et une vie de femme… » et pourtant, ces/ses deux vies s’entremêlent, même si, dès le lendemain de « la Victoire », la plupart d’entre elles se sont trouvées en butte à d’autres formes de souffrance : les souffrances physiques bien sûr, dues au choc de la guerre, aux commotions, aux blessures, mais également les souffrances morales, être considérées comme des « filles-soldats » avec lesquelles il serait déshonorant de se marier, « anormales » parce qu’au lieu de donner la vie, elles ont été obligées de tuer, parfois insultées par les femmes des soldats qui les soupçonnaient d’avoir passé la guerre à coucher avec leurs maris, etc. Une vétérane raconte qu’en rentrant elle a déchiré tous ses papiers, sans réaliser qu’elle se priverait ainsi, par la suite, de toucher des allocations afin de pouvoir se faire soigner. La plupart en rentrant n’ont pas bénéficié, à la différence des hommes, d’avantages liés à leur statut, comme un appartement individuel ou des distributions de denrées alimentaires.

Et puis, petit à petit, ces femmes se transmettent les coordonnées de Svetlana Alexievitch pour parler enfin… « Je vis toujours là-bas… Au front…« ,

même si elles ont renoncé à porter leurs décorations de peur de se faire reprocher de les porter comme si elles étaient des hommes (!) « (…) après cet incident, j’ai perdu l’envie de porter mes décorations. Même si j’en suis fière »

et même si certaines voudraient pouvoir oublier car « se rappeler la guerre, c’est continuer de mourir… De mourir et encore de mourir… ».

« Qui prend la relève ? Que restera-t-il après nous ? J’enseigne l’histoire. Je suis une vieille prof. Au cours de ma carrière, on a réécrit l’histoire trois fois. Je l’ai enseignée suivant trois manuels différents… J’ai bien peur que notre vie aussi, on ne la réécrive. Pour nous, à notre place. Mieux vaut que je la raconte moi-même… Nous-mêmes… Ne parlez pas à notre place et ne nous jugez pas… ».

Contrairement à ce que peuvent dire certains détracteurs du livre de Svetlana Alexievitch, ce livre – au-delà du témoignage de femmes soviétiques (car les premiers entretiens ont eu lieu en 1985, avant la perestroïka et la dissolution de l’URSS) – est universel et bien des femmes – flouées – s’y reconnaîtront.

 

« Les femmes qui lisent sont dangereuses »

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Voici un livre extrêmement réjouissant au moment où tout laisse à penser que le lecteur est une espèce menacée.

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« C’est une rengaine bien connue. Les hommes prennent – souvent – les femmes belles pour des connes. » et Laure Adler de nous renvoyer au portrait de Marilyn Monroe lisant « Ulysse » de James Joyce en 1952, en attendant la séance de pose pour la photographe Eve Arnold.

Elle le lisait vraiment, pas pour la photo, avec concentration et ferveur répète Laure Adler : « On ne le lui a pas fourgué entre les mains à la dernière seconde, pour jouer « Marylin l’intello ». Cela se voit. »

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Stefan Bollmann a recensé et commenté dans ce livre, paru initialement en 2006 chez Flammarion et réédité en 2015, un très grand nombre de tableaux ou photographies de femmes lisant, du 13e au 21ème siècle.

De la Vierge de l’Annonciation de Simone Martini,

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que l’ange interrompt, dérange dans sa lecture ; d’ailleurs malgré l’énormité du message que lui apporte Gabriel, le livre ne lui tombe pas des mains, elle a même glissé son pouce en guise de marque-page afin de reprendre sa lecture lorsque l’importun se sera retiré.

De Marie donc à Marilyn, une soixantaine d’oeuvres bien présentées, sur de beaux papiers colorés, ce qui fait de ce livre fort intéressant, un ouvrage d’art, musée portatif que rien ne vous empêche d’augmenter pour vous même de cartes ou de photos.

 

« Comment peut-on être persan ? »

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J’avais déjà parlé des femmes au Yemen il y a quelque temps avec « La voiture d’Intisar » de Pedro RIERA chez Delcourt.

Cette fois ce sont les éditions Futuropolis qui font paraître une BD sur le sujet :

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« Elles passent dans la rue sans faire de bruit, glissant comme des fantômes, recouvertes d’un voile noir des pieds à la tête. Sabiha, Hamedda, Aïcha, Nabiha, Ghada, Hafitha… autant de noms, de désirs cachés, de vies brimées derrière des niqabs. De toutes ces femmes, on ne perçoit que leurs regards qui expriment peurs, incertitudes, espoirs, volonté. Vendue en mariage à la sortie de l’enfance, Sabiha rêve de liberté et de sentir le vent caresser son visage. Un jour, elle ose retirer son voile et se pencher par la fenêtre, au risque d’être vue par un étranger… mais c’est son mari qui la surprend. Il la roue alors de coups : « Ne t’avise plus jamais de porter le déshonneur sur cette maison ». Prisonnière du carcan des traditions, elle tente alors dans un ultime effort de fuir ce foyer oppressant, au prix de sa vie. Hamedda, elle, a épousé un homme qui la laisse libre de ses mouvements. Bravant les mauvaises langues qui mettent à mal sa réputation, elle ouvre une cantine pour subvenir aux besoins de sa famille. En dépit des interdits sociaux, elle travaille pour des hommes-soldats pendant la guerre civile en leur procurant un repas chaud et un toit. L’affaire prospère, et à la fin de la guerre, les soldats sont remplacés par les premiers touristes. Refusant de porter le niqab, Hamedda offre le portrait d’une femme indépendante et volontaire. Aïcha a 13 ans. Elle commence à ressentir la pression insistante de sa famille, et en particulier de son frère aîné, pour porter le niqab afin de se soustraire aux regards des hommes dans la rue. Entre ses belles-soeurs traditionalistes, sa mère qui dédramatise le symbolisme du port du voile et ses amies progressistes, Aïcha hésite… Des portraits de femmes bouleversantes qui donnent à voir leur courage pour lutter au quotidien contre les traditions et acquérir leur émancipation. Autant de témoignages qui dessinent un nouveau visage du Yémen, celui de femmes qui n’ont plus peur de lutter pour leur liberté. Une révolution, de moins en moins silencieuse. » (Présentation éditeur) « Le Monde d’Aïcha. Luttes et espoirs des femmes au Yemen » (Futuropolis, 2014)

Ugo BERTOTTI a travaillé sur les impressions de voyage d’Agnès MONTANARI, photographe, qui avait rejoint son mari en mission là-bas.

« Le nombre de femmes que j’ai pu interviewer dépasse largement la trentaine. Elles sont de tous les âges, de toutes les classes sociales, de tous les niveaux d’instruction (…) Ce qui m’a particulièrement frappé chez ces femmes, c’est leur capacité à analyser de manière critique la vie qu’elles ont eue et leur volonté de ne pas faire les mêmes choix pour leurs filles. La nouvelle génération se trouve souvent entre deux mondes. » (A.M.)

Ce qui m’interpelle dans ces deux BD, c’est que ce sont des hommes européens qui les ont réalisées, grâce au fait que des femmes ont pu entrouvrir les portes de ce monde mystérieux qui est celui des femmes au Yemen, « entre deux mondes » comme le dit Agnès Montanari ou entre deux périodes de l’Histoire. Mais les hommes yéménites, ceux qui se permettent de violenter voire tuer leur femme ou leur soeur pour une fenêtre ouverte, un compliment… Ceux qui, comme le dit Ghada dans la BD, « se sont nourris  avec leur lait de l’idée que l’homme est un degré au-dessus de la femme », même lorsqu’ils viennent de familles « évoluées » et ont fait des études, qu’ont-ils à nous dire ?

J’ai aimé le graphisme d’Ugo Bertotti, son dessin en noir et blanc, ombre et lumière… Mais ces jeunes femmes comme Sabiha, pourront-elles un jour sentir l’air frais sur leur peau et profiter de la lumière solaire sans risquer d’y perdre la vie ? Combien de générations faudra-t-il encore ? Combien de femmes sacrifiées, toutes courageuses et bouleversantes fussent-elles ? Une belle BD mais un énième désespérant constat.

(*) Vous aviez reconnu la citation de Montesquieu…

« Les pieds bandés »

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LI KUNWU dont nous avons déjà lu avec intérêt la trilogie « Une vie chinoise » a réalisé un one shot sur une pratique heureusement tombée en désuétude dans les années 1950 : le bandage des pieds des petites filles.

9782505016915-couv-I258x392(LI KUNWU  : Les pieds bandés – Kana, 2013)

« Ce récit raconte comment une jeune fille, Chun Xiou, est forcée de se bander les pieds suivant la tradition, et la torture que cela représente. Mais le calvaire ne s’arrête pas là, car avec la révolution elle va devoir supporter la pression d’une nouvelle société qui rejette toutes ses anciennes coutumes » (cf. résumé de l’éditeur)

LI KUNWU a bien connu Chunxiu qui fut sa nourrice et celle de sa soeur jusqu’à ce qu’un nouvel épisode de la  révolution, en 1966, les oblige à se séparer de cet « élément de la classe [sociale] opposée » après une brutale séance de dénonciation de leur père et de leur mère sommés de « confesser [leurs] crimes avec sincérité« .

Les nuits précédant son départ, Chunxiu leur raconte son histoire, une histoire qui la dépasse totalement. En effet, c’est à l’âge de six ou sept ans que ses pieds furent bandés par une amie de sa mère. Sa mère, d’une pauvre famille paysanne, était persuadée qu’elle offrait ainsi sa fille un avenir meilleur que le sien. Les petits « lotus d’or », ainsi appelait-on les pieds bandés qui ne dépassaient pas trois pouces (sept centimètres et demi…) étant extrêmement prisés.

– Cette mutilation permettait en fait de cloîtrer l’épouse à l’intérieur de la maison, du fait de la difficulté à marcher, sans compter la douleur des premières années -.

Malheureusement pour Chunxiu qui aurait effectivement pu prétendre à un beau mariage, la chute de la dynastie Qing et du vieux système féodal va sonner le glas de cette pratique. Les femmes aux pieds bandés sont recensées et doivent donner l’exemple. Et même si Chunxiu va se réfugier dans sa province, suffisamment éloignée pour ne pas être inquiétée, sa vie sera définitivement bouleversée.

Li Kunwu en profite pour dépeindre cette société en voie de disparition, restituant l’ambiance des marchés avec leurs spectacles d’opéras en plein air, les petits métiers, les jeux des enfants, les maisons de thé et les fumeries d’opium…  Il aborde rapidement ensuite les périodes dramatiques pour la Chine comme celles du « Grand bond en avant », puis la « Révolution culturelle », à retrouver plus en détail dans la trilogie « Une vie chinoise ».

« Les pieds bandés » , outre la description détaillée de cette coutume exclusivement chinoise,  incompréhensible, mutilante et uniquement destinée à soumettre la femme, est un hommage à cette vieille femme morte dans une solitude absolue après une vie des plus pathétiques.

Les Pieds Bandés, Li Kunwu

Dix choses que nous n’aurions pas dû faire

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April, dix-sept ans, et sa meilleure amie Vi, exultent. Elles habiteront ensemble pendant six mois sans adulte pour les surveiller. Par un habile mensonge, April a fait croire à son père obligé de déménager pour son nouveau poste, qu’elle va vivre chez Vic sous la surveillance de sa mère, laquelle se trouve en voyage. Les filles établissent une liste de dix choses interdites et saugrenues. Comme adopter un chat et l’appeler Donut, acheter un jacuzzi, organiser une fête avec plein de monde où tout est permis, peu importe qu’April ait déjà un petit copain. De petits mensonges en quiproquos, d’habiles dissimulations en fous rires alcoolisés, April va apprendre au gré de quelques nuits blanches et de maux de tête au réveil, le vrai prix de l’indépendance, mais sans perdre le sourire.

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Voilà un livre que j’avais envie de lire depuis quelques temps déjà. Un livre détente avec une jeune écervelée qui fait la fête, a un petit copain trop génial et des amies trop cool. Un livre qui se lit vite (deux jours environ) et dont je ne me souviendrai pas dans trois mois.

April a encore 16 ans lorsque son père lui annonce qu’ils vont devoir partir vivre, avec sa belle-mère Perry, à Cleveland, loin de Westport. Sa mère vivant à Paris depuis le divorce de ses parents, il est normal qu’April les y accompagne. Sauf qu’elle ne veut pas abandonner sa jolie petite vie, ni ses amis, ce qui est compréhensible. Elle va donc monter un plan loufoque avec Vi pour qu’elle puisse aller habiter chez elle pour le semestre. Sauf que les choses ne vont pas forcément se passer comme prévu…

L’histoire est séparée en dix chapitres, les dix choses qu’elle n’aurait jamais dû faire. C’est clair, mais on est un peu spoilés de ce qui se passe dans le chapitre.  On trouve tout au long de ces chapitres de nombreux flashbacks qui nous expliquent pourquoi  April, l’héroïne, agit comme elle le fait.

On se rend vite compte qu’April est une jeune fille qui a tout à apprendre de la vie sans adulte (ou presque) : elle ne sait pas faire la lessive, elle est émerveillée au moment d’aller faire les courses puisqu’elle n’y va jamais et elle ne sait pas qu’il y a des factures à payer. Son père qui lui verse une grosse somme mensuelle ne se rend absolument pas compte qu’elle fait n’importe quoi avec son argent (comme acheter un jacuzzi par exemple). C’est une jeune fille assez irresponsable dans le fond.
De même, elle n’a qu’une idée en tête maintenant qu’elle est indépendante : faire l’amour avec Noah, son petit-ami depuis deux ans. Cela devient une véritable obsession pendant tout un moment, ce qui rend April assez exaspérante. On voit cependant que quelque chose se cache sous la surface, ce qui m’a poussé à continuer ma lecture.

J’ai bien aimé ce livre pour ses personnages attachants (après tout April, est une fille comme une autre), son histoire loufoque et peu prise de tête, son écriture simple. On se rend compte au cours de la lecture que sous couvert d’un livre léger, on trouve un livre qui montre les souffrances des adolescents (dans une certaine mesure), leur besoin d’amour, leur conflits avec leurs parents…

Dix choses que nous n’aurions pas dû faire, Sarah Mlynowski

Wadjda

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« Wadjda, douze ans, habite dans une banlieue de Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite. C’est une fille pleine de vie qui porte jeans et baskets, écoute du rock et ne rêve que d’une chose : s’acheter le beau vélo vert qui lui permettra de faire la course avec son ami Abdallah. Mais au royaume wahhabite, les bicyclettes sont réservées aux hommes. Wadjda se voit donc refuser par sa mère la somme nécessaire à cet achat. Déterminée à trouver l’argent, elle décide de participer au concours de récitation coranique organisé par son école, avec pour la gagnante, la somme tant désirée. »

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Une heure trente cinq de dépaysement total avec ce film de la réalisatrice saoudienne Haifaa AL-MANSOUR.

Tour à tour on a le coeur serré, on rit, on se révolte, on s’angoisse pour cette toute jeune fille et sa mère confrontées à des traditions liberticides qui nous sont totalement étrangères. Et en même temps on est subjugué par la sérénité de Wadjda qui va jusqu’au bout de ses idées.

Même si l’on sait que la réalisatrice a dû filmer enfermée dans une camionnette et communiquer par talkie-walkie avec les hommes de l’équipe de tournage, même si l’on sait que c’est le premier film tourné en Arabie saoudite où les cinémas sont fermés depuis les années 70, même si l’on sait que des femmes elles-mêmes sont complices de cette situation (la directrice de l’école, la grand-mère de Wadjda, etc.)… On veut espérer pour Wadjda et les filles de sa génération que les choses vont évoluer et qu’enfin leur intelligence, leur détermination, leur ténacité, leur débrouillardise et toutes leurs autres qualités leur permettront de décider de leur vie et non d’être confinées dans le seul rôle de reproductrice – de garçons -.

Un film sorti en 2013 à voir absolument. Il a obtenu le Prix du meilleur film art et essai au Festival de Venise 2012.