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A la russe

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« L’Eblouissante lumière de deux étoiles rouges : l’affaire des cahiers de Viktor et Nadia »

David MOROSINOTTO (L’Ecole des Loisirs, 2019)

« 1941. Hitler décide d’envahir l’Union soviétique. Dans la précipitation, on organise l’évacuation vers l’arrière de milliers d’enfants. Viktor et Nadia sont parmi eux. Mais, pour la première fois de leur vie, les voilà séparés. Viktor est envoyé dans un kolkhoze à Kazan, pendant que Nadia se retrouve bloquée à proximité du front des combats. Désormais, Viktor n’a plus qu’une idée en tête : traverser le pays dévasté par la guerre, les bombardements et la faim, pour retrouver sa soeur. Et pour cela, il doit être prêt à tout. Car, dans un pays en guerre, nécessité fait loi. »

Viktor et Nadia sont jumeaux. Ils vivent à Leningrad (alias Saint-Petersbourg) dans un appartement collectif, avec leurs parents qui travaillent au Musée de l’Ermitage.

Ce jour ensoleillé de juin 1941, ils apprennent par la radio que Hitler vient de trahir le pacte de non-agression avec leur pays en bombardant des villes russes :

« Citoyens d’Union soviétique ! ( …) La guerre qui commence aujourd’hui n’est pas imputable au peuple allemand, pas plus qu’aux ouvriers, aux paysans ou aux intellectuels dont nous connaissons les souffrances. Elle est voulue par les fascistes assoiffés de sang qui dominent l’Allemagne et qui ont déjà réduit en esclavage les populations française, tchèque, polonaise, serbe, norvégienne, belge, danoise, hollandaise, grecque et bien d’autres encore.

(…) Ce n’est pas la première fois que notre nation se retrouve à affronter l’attaque d’un ennemi arrogant. Quand Napoléon a cherché à envahir la Russie, notre peuple s’est battu pour la mère patrie, a vaincu Napoléon et l’a renvoyé à son destin. Il en ira de même avec Hitler. »

Dès le début de la guerre, le père de Viktor et Nadia les incite à tenir un journal à deux mains. Toutefois début juillet des trains spéciaux sont frétés pour évacuer les enfants loin de Léningrad. Heureusement pour Viktor et Nadia car bien des enfants n’auront pas le temps de fuir les bombardements puis le tragique siège de la ville, malheureusement ils vont se retrouver dans deux trains séparés, respectivement le 76 et le 77. Ils ont juste le temps de se dire au revoir et de partager leurs cahiers et leurs crayons, bleus pour Nadia, rouges pour Viktor (« la couleur du communisme », déclare-t-il).

Dès lors le lecteur va lire alternativement ces cahiers rouges et bleus tenus jusqu’à la fin novembre 1941.

Le lecteur ? Nous, bien sûr, mais surtout le commissaire du peuple aux affaires intérieures (alias NKVD), le colonel Smirnov chargé en 1946, aux 18 ans des enfants Danilov(a), de déterminer s’ils sont innocents ou coupables des faits qui leur sont reprochés.

« Conjointement à ce document m’ont été remis les deux tampons réglementaires dont l’utilisation sera laissée à ma seule discrétion, au terme de cette enquête. Ils sont identiques, avec une étoile et deux épis de blé de part et d’autre. Seule l’inscription change : INNOCENT, sur le premier. Et sur l’autre, COUPABLE.

Il n’y aura qu’une sentence. Il n’y aura qu’un jugement. Pour la gloire du Parti. »

Le roman de Davide MOROSINOTTO est une extraordinaire épopée « à la russe », comme ces récits de propagande destinés à l’édification des jeunes Soviétiques. Le génie de Morosinotto est d’avoir intercalé les commentaires de Smirnov avec le récit des enfants.

Le journal de chacun des jumeaux permet de découvrir le tragique quotidien de cette « grande guerre patriotique », selon l’expression de l’Union soviétique. Les commentaires de Smirnov reflètent la voix du Parti, les mensonges et la propagande utilisée lors du Siège de Léningrad, affamée près de neuf cents jours par les troupes nazies .

Ils permettent également de sérier les informations, la fiction imaginée par Morosinotto pour nous tenir en haleine jusqu’au bout de ce roman de 520 pages et la « réalité » des faits. Fiction habilement illustrée de « documents d’époque ».

Passionnant récit mi-initiatique mi-historique qu’on dévore d’une traite.

Cinq branches de coton noir…

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« Philadelphie, 1776. Mrs Betsy est dépêchée par les indépendantistes américains pour concevoir le tout premier drapeau des futurs États-Unis d’Amérique. Sa domestique, Angela Brown, décide alors de transformer cet étendard en un hommage révolutionnaire, en y adjoignant en secret un symbole inestimable…

Douvres, 1944. Le soldat Lincoln se morfond dans son camp militaire, entre discriminations raciales et bagarres quotidiennes. Jusqu’à ce qu’il reçoive une lettre de sa soeur, Johanna, annonçant qu’elle a découvert dans les possessions de leur tante décédée les mémoires d’Angela Brown – rien de moins qu’un témoignage d’une rareté et d’une valeur exceptionnelles. Si l’histoire relatée dans ces mémoires est réelle, alors c’est l’histoire des États-Unis qui est à récrire.

Sauf que l’emblème américain est aux mains des Allemands nazis, qui l’ont dérobé ainsi que d’innombrables trésors, au cours de leurs pillages. S’ensuit donc la mise en place d’une opération de la plus haute importance, à laquelle participe Lincoln… » (Présentation éditeur)

Cent soixante quinze pages écrites par Yves SENTE, dessinées par Steve CUZOR, mises en couleur par Meephe VERSAEVEL et éditées par Aire Libre / Dupuis en 2018 sur un sujet malheureusement toujours d’actualité qui gangrène nos sociétés, aux Etats-Unis comme ailleurs : le racisme.

1776 :

« Le meurtre impuni de mes frères Tommy et Justin était insupportable. Je venais seulement de comprendre – ou d’accepter – que, esclaves ou descendants d’affranchis, les Noirs n’ont pas plus d’avenir dans ce nouveau pays qui va proclamer son indépendance dans quelques jours que dans celui qui appartenait aux Anglais. »

1940 :

 » – Des Noirs sur le front… ?

– Ouais, notre Etat-Major s’est laissé enfumer comme une bleusaille par des « costards cravates ». A vouloir armer n’importe qui, ça finira par nous péter à la gueule de retour au pays. »

1944 :

« – Tu notes ?… Accident de la route… Jeune fille environ vingt ans… décédée…

– OK, Sam, je t’envoie une ambulance aussi vite que…

– Bah, il n’y a pas d’urgence, vieux… C’est une négresse. »

A la fin de l’album, un cahier de quatorze pages présente sept illustrations inédites de Steve Cuzor, en noir et blanc…

 

 

 

 

« La vallée des immortels »

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Toujours dans la vague « ne laissons pas disparaître nos personnages de BD préférés, malgré la mort de leurs créateurs », voici le « Blake et Mortimer » 2018 (Dargaud). Vingt-cinquième album de la série initiée par Edgar P. JACOBS en… 1946.

Sa couverture ne peut pas passer inaperçue, elle nous rappelle étrangement une autre image… Ah ! mais bien sûr ! C’est Tintin (et Milou) dans le « Lotus bleu » ! D’ailleurs, regardez bien, il y a un autre clin d’oeil dans ce volume.

« Pendant que, dans la Chine voisine, les communistes de Mao affrontent les nationalistes de Chiang Kai-shek, le Seigneur de la guerre Xi-Li cherche à mettre la main sur un manuscrit qui lui permettra d’asseoir son pouvoir sur l’Empire du Milieu. Face aux menaces qui planent sur la région, le capitaine Francis Blake est chargé d’organiser la défense de la colonie britannique de Hong Kong. De son côté, à Londres, le professeur Philip Mortimer est amené à s’intéresser de près à une curiosité archéologique chinoise suscitant appétits et convoitises. Au même moment, le fameux colonel Olrik, ancien conseiller militaire déchu de Basam-Damdu, profite du chaos ambiant pour monnayer ses services auprès du général Xi-Li afin d’assouvir sa soif de vengeance…

Premier volet d’un diptyque, La Vallée des Immortels commence exactement là où Le Secret de l’Espadon s’achève. » (Présentation éditeur)

Sur un scénario d’Yves SENTE et les dessins de Teun BERSERIK & Peter VAN DONGEN, Blake et Mortimer reprennent du service pour, une fois encore, sauver le monde libre avec « La vallée des immortels. Menace sur Hong-Kong« .

C’est évidemment compter sans la duplicité du traitre Olrik qu’on croyait pourtant disparu dans la fulgurante destruction du palais impérial de Basam Damdu.

Alors installez-vous pour de nouvelles aventures, avec toujours d’apocalyptiques combats aériens, de nouveaux « savants »,  de nouveaux traitres, de nouvelles usurpations d’identité pour Olrik, et nos deux immuables héros, toujours si « british » et sans rides supplémentaires malgré leurs soixante-douze ans de service.

 

 

 

« La demoiselle de Wellington »

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« 1917 Sous la ville d’Arras dévastée, dans le plus grand secret, des milliers de soldats attendent dans les galeries d’une ancienne carrière de pierre. Bientôt ils déferleront sur les lignes allemandes…

Dean Kingston est l’un d’entre eux. Sa femme Jenny l’attend en Angleterre. Il lui fait le récit, dans son journal de bord, de cette étrange vie souterraine.

Avec espoir et détermination, il lui raconte le froid et l’humidité, la solitude des hommes, la peur qui lui tenaille le ventre, et les chants pour réchauffer les coeurs… jusqu’à l’assaut final. » (cf. 4ème de couverture)

Dorothée PIATEK : La demoiselle de Wellington

(Seuil, 2017)

Vraisemblablement parmi les derniers romans en hommage aux soldats de la Guerre de 14-18, puisque les commémorations devraient se terminer le 11 novembre avec l’anniversaire de l’Armistice…

1939-2019 prendront-elles le relais pour six ans de plus ? Car si la Guerre de 14-18 devait être « la der des der », chacun sait – hélas ! – qu’il n’en a rien été.

En attendant, nous sommes à Arras en avril 1917. Les troupes britanniques viennent d’arriver en prévision de la bataille de Vimy préparée par le Général Byng et des troupes canadiennes ; ce sont vingt mille soldats qui vont tenir dans la « ville sous la ville », creusée par des tunneliers néo-zélandais dans les anciennes carrières de calcaire datant du Moyen-Age, en attendant le jour de l’attaque.

Il s’agit de ne pas réitérer la Bataille de la Somme qui vit périr 1 060 000 soldats entre juillet et novembre 1916 (cf. la BD de Joe Sacco).

Les soldats anglais sont arrivés à Arras en toute discrétion et sans imaginer quel serait leur cantonnement :

« Au niveau de la rue Saumon, nous avons passé la « porte de fer », un trou creusé dans la fortification Vauban. Ma compagnie est descendue au moins vingt mètres plus bas, longeant des murs humides et froids par un escalier en brique pour atteindre un tunnel d’égout. Puis à la lueur d’un morceau de bougie qu’on nous avait fourni à l’entrée, nous avons marché pendant des kilomètres, rejoignant un labyrinthe de carrières et de boyaux artificiels construits perpendiculairement à la ligne de front.

Nous sommes passés en procession devant des cavités remplies de nourriture et de munitions, avant d’arriver dans le quartier destiné à ma compagnie, que nous indiqua un scout. Wellington, la carrière Wellington, c’est là que je suis cantonné désormais.

J’ignore quel jour aura lieu l’attaque, je sais seulement qu’être positionné sous cette ville nous évitera de traverser le no man’s land le jour J.

Des tunnels d’assaut déjà forés demeureront bouchés jusqu’au grand jour. Alors, après une succession d’explosions de mines, nous grimperons quatre à quatre les marches taillées dans la pierre et passerons les trappes qui nous séparent de la surface. C’est de là que nous jaillirons pour surprendre l’ennemi. C’est de là que des milliers de soldats s’élanceront. »

La bataille aura lieu le 9 avril 1917 et la carrière Wellington peut désormais être visitée. « Abandonnée en 1919, elle servira d’abri durant la Seconde Guerre mondiale puis sera oubliée jusqu’à sa redécouverte en 1990 par l’archéologue Alain Jacques » (cf. p.103) qui nous l’explique en fin d’ouvrage :

« Les troupes britanniques qui se sont relayées dans cet immense abri nous ont laissé des milliers de graffitis. Ces écrits et dessins témoignent de leur passage et nous renseignent sur l’état d’esprit qui régnait en ces lieux à la veille des combats.

(…) Parmi les dessins découverts, un portrait de jeune femme a particulièrement attiré l’attention de mon équipe de recherche. L’apparition dans le faisceau de la lampe électrique de ce visage gracieux, éclairé d’un léger sourire, ainsi que la discussion qui s’en est ensuivie, sont restés dans notre mémoire.

Qui était-elle ?

Quel souvenir cette jeune femme avait pu laisser à ce soldat pour qu’il ressente l’envie de la dessiner ?

Avait-il simplement le besoin de sentir ce regard féminin et bienveillant posé sur lui en attendant les épreuves qu’il devrait endurer lors de l’offensive à venir ? » (pp. 105-107)

Dorothée PIATEK, en rédigeant ce court mais sensible roman, nous confie son hypothèse. Jérémy MONCHEAUX l’a illustrée.

 

 

 

On les aura !

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On les aura ! Carnet de guerre d’un poilu (août, septembre 1914) par Barroux

Barroux, auteur-illustrateur, trouve en marchant dans Paris un carnet au milieu d’autres choses sorties d’une cave d’un immeuble. Celui-ci a appartenu à un poilu, qui tient son journal pendant deux mois. Il raconte le tout début de la guerre, lorsque l’on pensait qu’elle ne durerait pas. Malgré l’espoir de cette promesse d’une courte durée on retrouve rapidement la tristesse d’abandonner sa famille, son inquiétude face au manque de nouvelles de ses proches… Il raconte les gens qui les acclament sur les quais de gare, le courage des débuts, puis rapidement les pieds en sang, la fatigue, la quête de nourriture toujours un peu plus difficile et la peur. Le journal s’arrête deux mois après son commencement, et sans le nom de son auteur Barroux ne sait rien de cet homme.

Barroux illustre sobrement ce récit, avec un trait charbonneux. Le livre permet au lecteur de vivre les premiers mois de cette guerre aux côtés d’un homme normal qui raconte son quotidien en quelques mots : sobre, dépouillé. Et glaçant car nous savons dans quelle guerre se lancent tous ces hommes.

« Ernest. Souvenirs de Cilicie »

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« Je me souviens, quand j’étais petit, avec mes cousins chez mes grands-parents, on adorait jouer aux petits soldats.

On passait des heures à créer des champs de bataille. On ne connaissait pas encore l’histoire d’Ernest, notre arrière-grand-père.

Prisonnier, lui, il l’a été pour de vrai, au début du siècle dernier.

C’était en Turquie.

Enfin, ce n’était pas encore la Turquie. » (cf. 4ème de couverture)

Ce n’était pas encore la Turquie, ce n’était plus tout à fait la guerre de 14, les poilus étaient rentrés chez eux. Enfin… ceux qui avaient eu la chance de ne pas y mourir.

Ernest était l’un d’eux.

Mais pendant ce temps-là, les grandes puissances ne chômaient pas. Des accords étaient intervenus entre Anglais, Français, Russes, Italiens et Grecs pour « dépecer » l’Empire ottoman.

La France recevait la Syrie littorale, la Cilicie, l’Arménie et une partie du Kurdistan.

« Ces territoires doivent lui assurer l’indépendance économique en lui fournissant les matières premières nécessaires au développement d’un état moderne (pétrole, cuivre, coton…). A la fin de la guerre, dès 1919, la France prend possession de son territoire. Elle s’installe notamment en Cilicie… Une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

Elle est accueillie et soutenue par les chrétiens de la région. La population cilicienne est difficile à évaluer car elle comprend une multiplicité de peuples. Sur environ 500 000 ressortissants, on compte 120 000 Turcs, 150 000 Arméniens, 120 000 Arabes Ansaris et 120 000personnes d’origines diverses (Grecs, Turkmènes, Syriens…). Les 200 000 chrétiens qui peuplent la Cilicie sont convaincus que l’armée française assurera leur protection.

Les Arméniens commencent  à revenir dans la région après les massacres de 1909 et 1915. Ils espèrent  pouvoir reconstruire une Grande Arménie avec l’appui de la France.

L’Empire ottoman vit ses derniers instants. Après l’armistice de Moudros, signé le 30 octobre 1918, il se retrouve réduit à une petite région d’Anatolie donnant sur la mer Noire.

Un jeune officier turc, Mustafa Kemal, n’accepte pas le démantèlement de son pays. Sous son impulsion, la révolte se prépare.

La France ne la voit pas venir. Ses troupes en Cilicie sont relativement réduites.

Les Occidentaux, avides de s’emparer au plus vite de la plus grande portion possible de ces riches territoires, n’hésitent pas à recourir aux plus basses trahisons à l’égard de leurs alliés. » (cf. pages 13-14)

Et de ce jeu des grandes puissances, qui pâtit ? Les populations bien sûr, mais également les soldats, sacrifiés à la course à l’enrichissement.

Ernest a 21 ans, il s’est battu contre les Allemands, il a été fait prisonnier, et en cette année 1919, il s’apprête à re-partir avec son régiment d’infanterie, pour l’Asie Mineure cette fois.

Il tiendra un journal de ces années passées en Cilicie puis en Turquie jusqu’à son retour en France à la toute fin novembre 1921 où il sera démobilisé à 23 ans.

C’est ce journal qui a inspiré ANTONIN pour cette bande dessinée : « Ernest. Souvenirs de Cilicie« , éditée par Cambourakis en 2015.

On y suit pas à pas l’évolution de la situation, les batailles, les morts et l’année – terriblement longue – pendant laquelle Ernest est prisonnier, dans des conditions qui varient à l’extrême selon la personnalité de l’officier turc qui dirige. Ils ont souvent faim, froid ou trop chaud, sont bastonnés et malades, n’ont pas le moral. Ernest se plaint aussi de n’avoir rien à lire pour se désennuyer.

Toutefois ses compagnons et lui ne sont pas totalement abandonnés, recevant – épisodiquement – mandats de l’état-major français, courriers et colis de leurs familles, de la mission des Etats-Unis ou du Croissant rouge.

Une fois de plus, une bande dessinée permet de découvrir des épisodes assez peu médiatisés de l’Histoire. Dans celle-ci « les événements qui ont modelé la géopolitique du Moyen-Orient d’aujourd’hui. »  (cf.  présentation éditeur).

La bande dessinée se termine sur un petit dossier historique et les toutes dernières images montrent la grand-mère d’Antonin rassemblant ses petits-fils autour du journal d’Ernest, son père, leur arrière-grand-père qui, lui, a fait la guerre… et ce n’était pas un jeu !

ANTONIN a déjà réalisé une bande dessinée sur une autre partie de ces territoires et un autre événement dramatique qu’on appellera « la grande catastrophe d’Asie mineure », sur les bords de la mer Egée en 1922 ; d’après le livre de Allain Glykos : ‘ »Manolis de Vourla » dont j’avais parlé ici en 2010.

 

 

 

Londres, 1940

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Mes dernières lectures sur le Blitz remontaient au très émouvant roman « Bonne nuit, monsieur Tom » de Michelle MAGORIAN et le film de Jack GOLD qui avait suivi.

Et encore, la plus grande partie de l’histoire se déroulait à la campagne.

Là aussi, Jack a failli passer la guerre à la campagne, mais la famille de fermiers – chez laquelle ils sont quelques jeunes londoniens à être hébergés – est odieuse et, un jour, ça tourne mal.

Jack s’enfuit et rentre à Londres :

« Il se mit à courir. Il connaissait les rues par coeur, désormais. Un virage à droite, puis un à gauche. Au carrefour suivant, il fit une halte pour reprendre son souffle. Encore deux douzaines de maisons et il y serait. Chez lui. Plus besin de courir, mais il pressa le pas quand même, en comptant dans sa tête les numéros invisibles dans le noir. Vingt-cinq, vingt-sept, vingt-neuf. Impatient de voir l’expression de sa mère quand elle lui ouvrirait. Trente et un, trente-trois, trente…

Jack s’arrêta net.

A la place des deux maisons suivantes, il y avait un espace vide. Les numéros trente-sept et trente-neuf, disparus.

Un profond frisson irradia comme une vague dans l’arrière de ses bras et de ses jambes. Son coeur semblait avoir cessé de battre.

Sa maison et celle des voisins, les Palmer.

Envolées. »

John HARVEY : Blue watch

(Syros, 2015)

John HARVEY a dédié ce roman à son père qu’il se rappelle « très imposant dans son uniforme des pompiers auxiliaires » et, comme le sien, le père de Jack est pompier auxiliaire dans l’unité Blue Watch.

Depuis le bombardement qui a écrasé leur maison, il vit chez sa soeur, tandis que sa femme, la mère de Jack, est en « mission » quelque part à la campagne :

« – Mais qu’est-ce qu’elle y fait ?

-J’en sais rien. Pas vraiment. De la dactylo, sans doute. Du secrétariat (il fit un clin d’oeil). Un peu secret, tout ça. Pas le droit d’en parler. »

Les premiers jours, entre les alertes et les descentes dans l’abri, Jack va aider sa tante, jardiner pour un voisin et surtout tourner en rond. Il va découvrir aussi que les quartiers bombardés sont devenus la proie de bandes de jeunes voyous, prêts à en découdre violemment.

Mais un jour, il n’a pas le temps de rejoindre la maison lors d’une alerte :

« Alors qu’il se remettait péniblement debout, il fut de nouveau projeté au sol par le souffle d’une explosion non loin sur sa gauche, presque aveuglé par l’éclair de lumière blanche, tandis que les pavés semblaient se soulever sous lui pour le projeter contre les gravats.

Une pluie de terre et de poussière s’abattit sur lui. Du verre. Des fragments de brique.

Une volute de sang lui traversa le visage ; il en sentit le goût dans sa bouche.

Puis, quelqu’un qui criait. Une voix de jeune garçon.

– Ici ! Par ici !

Tout en grimaçant, il s’orienta vers cette voix. Chercha sa lampe torche à tâtons dans sa poche. Par miracle, elle fonctionnait toujours. Et éclaira, près du sol, contre les vestiges d’un mur, le mouvement rapide et pâle d’un visage, d’un bras.

– Par ici. Vite !

Jack avança accroupi, en s’aidant de ses mains.

-C’est sans danger, ici.

Le visage pâle, tout près, les yeux anxieux et sombres. Pas du tout un garçon. Une fille. »

Et c’est ainsi que Jack va faire la connaissance de Lilith…

John Harvey, écrivain et scénariste, est connu pour ses romans policiers et « Blue Watch » comporte une petite intrigue  policière. Mais ce n’est pas le plus important dans ce roman qui aborde toutes sortes de sujets comme le courage de tous ces volontaires auxiliaires des pompiers mais hélas aussi les gangs de braqueurs qui profitent du chaos. Il évoque les réfugiés juifs ayant fuit l’Allemagne nazie. Et décrit la débrouillardise nécessaire pour survivre dans Londres sous les bombardements incessants, tout en se rendant utile et solidaire.

Hitler avait espéré vaincre le Royaume-Uni en semant la terreur parmi les civils. Ce fut en vain, certes, mais rappelons cependant que le Blitz aura causé la mort de plus de quarante mille personnes et fait près de cent cinquante mille blessés entre septembre 1940 et mai 1941.