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Une petite peste…

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Irmgard KEUN : « Quand je serai grande je changerai tout »

(Agone, collection « Infidèles », 2017)

« Les filles sont de sexe féminin. J’ai appris en sciences naturelles que tous les animaux sont féminins quand ils produisent des choses de valeur. Quand ils sont féminins, ils peuvent avoir des petits, donner du lait et pondre des oeufs. Les coqs sont masculins et peuvent juste être de toutes les couleurs, faire cocorico et abîmer les plumes des poules avec une grande brutalité. D’ailleurs, tout va en fait bien mieux chez les animaux. Si je pouvais pondre des oeufs, tout le monde se disputerait ma personne, je pourrais nourrir ma famille et nous n’aurions plus besoin d’argent. »

« Dans l’Allemagne de 1918, une petite fille écrit à l’empereur qu’il ferait mieux d’abdiquer, force son père à lancer une bombe à eau sur une voisine moralisatrice, tente de transmettre la scarlatine à un soldat pour lui éviter le front… et s’offusque qu’en plus d’être bornés et ennuyeux, les petits bourgeois réactionnaires qui l’entourent cherchent encore à la punir (…). » (cf. présentation éditeur)

Si, plus jeune, vous avez déjà rencontré l’album excitant de Heinrich HOFFMANN, « Der Struwwelpeter »  (traduit par CAVANNA pour l’Ecole des Loisirs  par « Crasse-tignasse« ) :

ou les terribles « Max et Moritz » de Wilhem BUSCH (également à l’Ecole des Loisirs) :

vous savez exactement ce que signifie une petite peste !

Il s’agit bien de cela dans ce récit que nous fait Irmgard Keun de son enfance, n’hésitant pas une minute devant une nouvelle bêtise à faire, quitte à mettre ses parents dans l’embarras ou faire punir les camarades qu’elle entraîne dans ses frasques.

Lorsque son père est invité au restaurant avec sa famille par le très riche Monsieur Mitterdank qui a des intérêts dans l’usine (en train de péricliter au point que l’huissier est déjà venu mettre des étiquettes sur les meubles à saisir), la fillette n’hésite pas une seconde à voler au secours des pauvres escargots commandés au menu :

« A l’hôtel de la Cathédrale, ils ont sorti les escargots de leurs maisons, et j’ai crié à M. Mitterdank, sans pouvoir empêcher les larmes de me monter aux yeux : « Et si on vous en faisait autant ? » Ils ne m’ont pas écoutée, ils ont mis les escargots pour de bon dans leur bouche et les ont avalés. Ma mère l’a fait aussi, alors j’ai crié de plus en plus fort et j’ai dit qu’ils devaient chanter une chanson aux escargots et que, s’ils sortaient de leurs maisons, il fallait les laisser vivre. Mais les adultes, mon Dieu, sont perfides et méchants. Ils n’arrêtent pas de dire aux enfants et aux animaux : viens, viens, viens, je ne te ferai rien. Et quand on est bête et qu’on sort, ils vous font quelque chose à tous les coups.

Ma mère avait le premier escargot dans la bouche quand j’ai chanté la chanson de l’escargot. Le rouge lui est alors monté aux visage, elle a mis son mouchoir devant sa bouche et s’est précipitée aux toilettes. Mais même si elle crache l’escargot dans la cuvette, il ne reviendra pas à la vie.

Ils m’ont tous regardée d’un air furieux, surtout mon père. Je connais son visage quand il a envie de me gifler ou de crier et j’aurais bien aimé partir. J’avais d’ailleurs rendez-vous dans le petit jardin des Schweinwald pour le record mondial du crottin. »

Ingénieuse et observatrice, elle simule l’ébriété à un repas de famille pour débarrasser la maison d’une tante veuve et sa fille qui leur empoisonnent à tous l’existence :

« Je savais comment sont les gens soûls et je voulais que Tante Betty reparte avec la girafe. Je suis devenue soûle, j’ai relâché mes membres comme j’ai appris à le faire pendant cet odieux cours d’orthopédie et je suis tombée par terre. Je me suis relevée, j’ai chancelé de droite à gauche, et j’ai désigné la girafe d’un doigt raide en agitant la tête (…). Ils ont tous sauté sur leurs pieds et m’ont regardée fixement. J’ai dit d’une voix sombre : « Elle est mauvaise, Cousine Lina est mauvaise. Tante Betty est mauvaise aussi. Elle a dit que ma mère gaspillait l’argent, et que mon père avait l’air malheureux avec une femme pareille. Et Tante Betty a dit que ma mère n’aurait pas pu trouver d’autre mari, étant donné sa lamentable situation financière, sinon elle n’aurait pas épousé un tyran brutal et coléreux comme mon père. Elle a dit tout ça à Tante Millie. Elise l’a entendu et je l’ai entendu moi aussi. Et quand nous avons eu récemment à déjeuner de la soupe aux choux et rien d’autre, Tante Betty a dit qu’elle voulait faire semblant d’être pauvres dans la propre maison de son frère. Et avant elle a dit que ma mère voulait faire la fière avec ses pigeons farcis devant une pauvre veuve, que d’ailleurs elle avait été trompée au moment de l’héritage et qu’un bustier en dentelle laissait voir bien des choses. Et elles ont dit qu’Elise était une voleuse, je vais le raconter à Erich, au gendarme – mais lâchez-moi, lâchez-moi ! Je vais le raconter au gendarme, je vais… Quand on est soûl, il faut terminer en racontant toujours la même chose. »

Et le reste est à l’avenant…

Ecrit en 1936, au moment où les nazis sont au pouvoir, ce récit humoristique sera interdit par le IIIème Reich, comme les autres écrits d’Irmgard KEUN,  au titre qu’ils comportent « des attaques haineuses contre la morale bourgeoise et le caractère national allemand ».

Les éditions Balland l’avaient édité en 1985,  ainsi que ses autres titres également au catalogue de la BFM de Limoges.

 

 

 

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« Hors champ »

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Dans ce roman publié dans leur collection « Encrage » par les éditions La Joie de lire en 2017 , Chiara CARMINATI s’intéresse à ce qui est « hors champ » durant la guerre de 14 dans le Frioul…

Plusieurs raisons pour nous y intéresser à notre tour : la guerre vue d’Italie, en effet jusqu’à présent nous avons – dans le cadre des commémorations du centenaire de la guerre de 1914-1918 – lu un certain nombre de documentaires et de romans français ou anglais voire allemands, mais italiens… guère. Et là où Chiara Carminati nous accroche, c’est qu’elle nous en parle du point de vue des civils, à travers les cinq années de la vie d’une famille dont les trois hommes sont au front ou sur les chantiers proches et, parmi les trois femmes restantes, la mère née à Grado sous domination autrichienne qui devient potentiellement suspecte et internée.

Ses deux filles, Jolanda (la narratrice) et sa petite soeur Mafalda, ainsi que l’ânesse Modestine trouvent alors refuge à Udine chez une « tante », vieille femme désormais aveugle qui a vu naître leur mère.

La guerre est en filigrane, portée par les rumeurs qui circulent, les lettres des soldats, mais aussi les bombardements autrichiens.

Une autre originalité du livre, c’est que chaque chapitre s’ouvre ou se clôt sur une photo… dont seule la légende extrêmement précise permet d’en imaginer le sujet.

C’est à la fois très frustrant et très inspirant. Chacun de nous a eu entre les mains un vieil album de photos en noir et blanc encadrées d’un étroit liseré crème, avec ses thématiques communes, par exemple l’image de la mère de famille assise entourée des enfants, le plus jeune sur ses genoux, photo destinée au mari et père, alors soldat dans les tranchées.

A nous donc, avec nos références ou notre imagination et les indices donnés par le texte de Chiara Carminati, de reconstituer les treize photos.

Enfin, intrigue supplémentaire, les deux jeunes filles vont découvrir l’existence de leur grand-mère maternelle…

Un récit enlevé, un secret, un jeu autour des images, la naissance d’un amour et d’une vocation, servent avec bonheur ce texte sur les « hors champ » de la guerre de 14, ce « fuori fuoco » traduit par Bernard Friot.

 

 

Irena

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Excellente BD biographique de Jean-David Morvan et David Evrard sur la vie de Irena Sendler(owa).
Cette « Juste parmi les nations » a sauvée 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Profitant de son travail d’assistante sociale et de son accès au ghetto, avec l’aide du groupe de résistance Zegota, elle fabrique de faux papiers, crée de fausses identités et exfiltre des enfants du ghetto au péril de sa vie.
Arrêté par la Gestapo en 1943, elle garde le silence sur son organisation malgré les tortures et échappe de justesse à son exécution.

Ayant caché les noms véritables de ces enfants dans un pot de verre enterré dans son jardin, elle put  les rendre à leurs familles après la guerre. Au moins pour quelques uns ayant survécu aux camps d’exterminations…

Cette BD, en trois volumes, permet de découvrir l’action de cette femme ordinaire accomplissant des actions extraordinaires.


Le dessin, volontairement naïf et enfantin contraste cruellement avec le sujet présenté et donne l’impression de voir cette époque tragique avec les yeux d’un enfant et renforce l’intensité de l’histoire.

Vous trouverez cette BD au Pôle Jeunesse, à la côte ADO BD IRE.

 

Calpurnia

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Quand j’ai lu « Calpurnia » la première fois en 2013, j’ai beaucoup aimé, mais je n’osais espérer qu’il y aurait une suite. Eh bien, si !

Mais qui est « Calpurnia », que vous pouvez trouver à la BFM  ?

« Calpurnia Tate a onze ans. Dans la chaleur de l’été, elle s’interroge sur le comportement des animaux autour d’elle. Elle étudie les sauterelles, les lucioles, les fourmis, les opossums. Aidée de son grand-père, un naturaliste fantasque et imprévisible, elle note dans son carnet d’observation tout ce qu’elle voit et se pose mille questions. Pourquoi, par exemple, les chiens ont-ils des sourcils ? Comment se fait-il que les grandes sauterelles soient jaunes, et les petites, vertes ? Et à quoi sert une bibliothèque si on n’y prête pas de livres ?
On est dans le comté de Caldwell, au Texas, en 1899. Tout en développant son esprit scientifique, Calpurnia partage avec son grand-père les enthousiasmes et les doutes quant à ses découvertes, elle affirme sa personnalité au milieu de ses six frères et se confronte aux difficultés d’être une jeune fille à l’aube du XXe siècle. Apprendre la cuisine, la couture et les bonnes manières, comme il se doit, ou se laisser porter par sa curiosité insatiable ? Et si la science pouvait ouvrir un chemin vers la liberté ? » (Présentation éditeur)

« Etre une jeune fille à l’aube du 20ème siècle », tout est là car, tant que Calpurnia n’est qu’une enfant, sa curiosité immodérée pour la nature et les sciences est tolérée par ses parents, à condition qu’elle fasse ses exercices de piano chaque jour et qu’elle apprenne le tricot et les bonnes manières…

Heureusement pour elle, Bon Papa lui ouvre son bureau et sa bibliothèque et répond avec patience à toutes ses interrogations. Bon Papa est un admirateur de Darwin et correspond avec quelques scientifiques de son époque.

Dans ce deuxième volume, Calpurnia a maintenant treize ans et sa curiosité ne faiblit pas, toujours encouragée par son seul grand-père :

Jacqueline KELLY : « Calpurnia et Travis »

(Ecole des Loisirs, 2017, collection Medium)

Mais lorsque, au cours d’un repas, Calpurnia demande à ses parents de lui permettre de faire des études, la réponse la désespère :

« Ce n’est ni le moment ni l’endroit pour une telle discussion. Disons simplement que nous avons toujours eu d’autres projets pour toi et restons-en là. Sully, veux-tu passer la saucière à ton père .

Je vis rouge. Une éruption de fureur m’enflamma le cou. Nous venions de changer de siècle et je m’étais imaginée devenir un exemple de jeune Américaine moderne. Quelle rigolade ! Ma gorge se serra, mais je parvins à articuler :

– Et mes projets à moi, mes projets d’avenir ?

Lamar ricana :

Toi, aller au collège ? Tu n’es qu’une fille, tu comptes pour du beurre, ma vieille.

Père prit un air sévère.

Lamar, ne parle pas à ta soeur sur ce ton.

Malgré ma rage, une chose me frappa : mon père n’avait pas dit que Lamar avait tort. Il lui avait seulement reproché son incorrection. Je me creusai la tête pour envoyer une réplique appropriée à Lamar et trouver un argument convaincant pour mes parents, mais au lieu de cela, à ma grande honte , j’éclatai en sanglots. Tout le monde en resta bouche bée. Le feu de leurs regards était tellement cuisant que je ne pus le supporter plus longtemps. Je repoussai ma chaise, me levai et m’enfuis à toutes jambes dans ma chambre où je me jetai sur mon misérable matelas. Personne ne vint me consoler ; je ne pouvais compter que sur moi-même. J’essuyai bientôt ces larmes imbéciles et pris conscience que, pour la première fois dans l’histoire de la famille Tate, un enfant avait quitté la table sans en avoir la permission. J’avais donc remporté la plus minuscule des victoires. Mais ce n’était pas assez. Non, non. »

Outre Travis, l’un des six frères de Calpurnia et celui qui partage son intérêt pour la nature et surtout les animaux, apparaît dans ce deuxième tome un nouveau personnage d’importance : le docteur Pritzker, vétérinaire et voisin de la famille. Entre les explications de Bon Papa et la méthodologie précise et sérieuse qu’il enseigne l’air de rien à sa petite fille et le Dr Pritzker, conscient des grandes qualités de Calpurnia et son insatiable curiosité, celle-ci va continuer à épanouir sa personnalité scientifique, mais son avenir est toujours bridé par les « convenances » de l’époque.

Un troisième personnage et cousine de Calpurnia, Agatha, va – peut-être – faire bouger un peu les lignes… Attendons que Jacqueline Kelly écrive le troisième volume et croisons les doigts pour qu’il ne mette pas, cette fois,  quatre ans à paraître !

Nous vivons au 21ème siècle et, ici tout au moins, chacune peut désormais prétendre à décider de sa vie, mais « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »  (Simone de Beauvoir)

C’est pareil pour la théorie de l’évolution.

Belle-Ile-en-Mer

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J.-C. Tixier : Traqués sur la lande (Rageot, 2016)

« Août 1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne d’adolescents, un surveillant frappe trop fort… L’émeute éclate. Une centaine de garçons réussissent à fuir et gagnent la lande. Gab les yeux gris, le Râleur et quelques autres tentent de trouver des vêtements et un abri sûr pour échapper à la traque. Mais où chercher de l’aide ? Bientôt Gab croise la route d’Aël, qui connaît le coin comme sa poche et tente aussi d’échapper au destin que l’on a tracé pour elle…

Inspirée de faits réels, une fiction proche du documentaire. » (Présentation éditeur)

Bientôt les grandes vacances, peut-être la Bretagne… Si vous partez pour Belle-Ile-en-Mer, ayez une pensée pour tous ces « mal aimés » qui ont laissé leur peau au bagne d’enfants.

Laissez Jean-Christophe TIXIER vous parler de cet établissement pénitentiaire pour enfants, peu connu des actuels touristes, devenu après 1945 Institution Publique d’Education Surveillée et fermé seulement… en 1977.

En 1934, moment choisi par l’auteur pour raconter cette histoire à partir du réel fait divers à l’origine de la révolte, on n’y éduque pas, on punit et on maltraite sans état d’âme. Certes, quelques jeunes détenus sont des assassins, mais un certain nombre d’entre eux ajoutent simplement au drame d’avoir été abandonnés par leur famille, celui d’avoir dû se débrouiller seuls et – par exemple – pris à voler pour manger, se retrouvent là jusqu’à leur vingt-et-un ans. Beaucoup ne résistent pas au régime de violence qui y règne et meurent avant la fin de leur détention.

Le récit de J.-C. Tixier montre également comment, lors de l’évasion des enfants, les insulaires appâtés par la somme promise pour chaque malheureux rattrapé, prêtent main forte aux surveillants.

Témoin à l’époque, Jacques PREVERT avait composé un poème sur cet épisode terrifiant : « La chasse à l’enfant »

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau »

Un livre à lire, pour ne pas oublier la tragédie de ces enfants et adolescents et pour réfléchir à la responsabilité de chacun dans pareille société.

Bulgarie 1989

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Elitza GUEORGUIEVA : Les cosmonautes ne font que passer (Verticales, 2016)

« Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses… »

« Ce premier roman a trouvé le ton elliptique et malicieux pour conjuguer l’univers intérieur de l’enfance avec les bouleversements de la grande Histoire. Grâce à la naïveté fantasque de sa jeune héroïne, Les cosmonautes ne font que passer donne à voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister. » (cf. Présentation éditeur)

Elitza Gueorguieva est née en 1982 en Bulgarie. Elle va à l’école Iouri Gagarine, comme sa mère avant elle.

Iouri Gagarine, c’est le héros soviétique, le premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace en avril 1961. Elitza décide de devenir cosmonaute…

Habituellement pourtant,

« Les filles ont des objectifs professionnels plus imprécis et franchement dépourvus d’originalité. Dans le flou général des réponses, trois propositions reviennent le plus souvent : infirmières, ballerines, ou pareil que maman. Comme les deux premières te paraissent peu enviables, tu préfères t’en tenir à la troisième, valeur plus sûre mais dont tu regrettes un peu l’évidente absence d’héroïsme : ta mère travaille à la radio, objet inutile, car toujours éteint. Tu te demandes si un autre scénario serait envisageable, qui correspondrait mieux à tes conceptions de l’avenir et du monde en général. »

Elitza aimerait aussi comprendre le bizarre rituel de ses parents qui consiste à s’enfermer longuement dans la salle de bain, en laissant l’eau couler simultanément dans le lavabo, la baignoire et le bidet, or étonnamment, cette manie disparaîtra sitôt l’éviction de Todor Jivkov de ses postes de secrétaire général du comité central du Parti communiste bulgare et président du conseil de l’Etat de la République populaire de Bulgarie, dans la foulée de la chute du mur de Berlin…

Quelques mois plus tard, il n’y a plus rien à vendre dans les magasins, ni rien avec quoi acheter de toute manière, l’école ne s’appelle plus Iouri Gagarine et de « jeune Septembrien » son cousin Andreï devient un voyou aspirant à ressembler aux mutras,  ces « individus peu avenants qui pratiquent l’escroquerie, le chantage et la violence au quotidien (…), portent des chaînes en or, roulent en 4 x4 (…), possèdent des dollars, de vraies Nike, et surtout de vraies armes qu’ils utilisent s’il le faut, ce qui est a priori de plus en plus souvent le cas.« 

Bref, Elitza  se sent comme le Vostok de Iouri Gagarine égaré dans les steppes du Kazakhstan.

Sa nouvelle idole s’appelle Kurt Cobain et Elitza rêve alors de Spice Girls et de punks à crête…

Un roman décalé et plein d’humour.

Valérie Mangin

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A la base je voulais faire un post sur l’excellente série de BD « les chroniques de l’antiquité galactique ».

Puis, je me suis dit qu’il serait dommage de ne pas parler du terrible « Petit miracle » et qu’il serait fort dommage d’oublier Luxley et tant d’autres…

Au final autant parler directement de leur auteure : Valérie Mangin.

Cette passionnée de culture classique, se lance dans la BD après une prépa à Henri IV, une thèse à l’Ecole des Chartes et des études d’Histoire et d’Histoire de l’Art à la Sorbonne. Autant dire que la culture qu’elle en retire imprègne grandement ses oeuvres.

Ses BD abordent différents sujets : transposition de mythes classiques dans la SF, uchronies, SF pure, fantastiques,….

Elle est surtout d’un concept remarquable : la BD tout public d’auteur : utiliser des domaines classiques de la BD, tels que la SF, tout en les dotant de scénarios de très haute qualité truffés de connaissances historiques et culturelles.

C’est un pari extrêmement risqué et casse-gueule! Difficile en effet de ne pas tomber dans l’étalage de culture (comme le fait trop souvent à mon goût Umberto Eco dans ses romans…) ou de créer des histoires ultra-élitistes truffées de références compréhensibles que par un petit nombre d’initiés…

Valérie Mangin réussit le pari haut la main! Ses scénarios sont passionnants, peuvent se lire à différents niveaux, que l’on soit passionné de culture grecque ou simple fan de SF (ou les deux en même temps!) ou bien même simple curieux de BD.

Chacune de ses BD aborde des sujets extrêmement variés et se lit avec plaisir, et, chose rare, amène le lecteur à se poser bien des questions…

Quand je lis les oeuvres de Valérie Mangin, la meilleure comparaison qui me vient à l’esprit est celle avec Tarantino : ils sont tous les deux experts et passionnés dans leur domaine, mais refusant l’élitisme, mettent leur art et leurs connaissances au service de thématiques dites « populaires », souvent déconsidérées et les subliment par leur dextérité!

Vous trouverez l’intégrale des oeuvres de Valérie Mangin au Pôle Jeunesse et et Pôle Art de votre BFM!