Archives de Tag: Histoire

Irena

Par défaut

Excellente BD biographique de Jean-David Morvan et David Evrard sur la vie de Irena Sendler(owa).
Cette « Juste parmi les nations » a sauvée 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Profitant de son travail d’assistante sociale et de son accès au ghetto, avec l’aide du groupe de résistance Zegota, elle fabrique de faux papiers, crée de fausses identités et exfiltre des enfants du ghetto au péril de sa vie.
Arrêté par la Gestapo en 1943, elle garde le silence sur son organisation malgré les tortures et échappe de justesse à son exécution.

Ayant caché les noms véritables de ces enfants dans un pot de verre enterré dans son jardin, elle put  les rendre à leurs familles après la guerre. Au moins pour quelques uns ayant survécu aux camps d’exterminations…

Cette BD, en trois volumes, permet de découvrir l’action de cette femme ordinaire accomplissant des actions extraordinaires.


Le dessin, volontairement naïf et enfantin contraste cruellement avec le sujet présenté et donne l’impression de voir cette époque tragique avec les yeux d’un enfant et renforce l’intensité de l’histoire.

Vous trouverez cette BD au Pôle Jeunesse, à la côte ADO BD IRE.

 

Calpurnia

Par défaut

Quand j’ai lu « Calpurnia » la première fois en 2013, j’ai beaucoup aimé, mais je n’osais espérer qu’il y aurait une suite. Eh bien, si !

Mais qui est « Calpurnia », que vous pouvez trouver à la BFM  ?

« Calpurnia Tate a onze ans. Dans la chaleur de l’été, elle s’interroge sur le comportement des animaux autour d’elle. Elle étudie les sauterelles, les lucioles, les fourmis, les opossums. Aidée de son grand-père, un naturaliste fantasque et imprévisible, elle note dans son carnet d’observation tout ce qu’elle voit et se pose mille questions. Pourquoi, par exemple, les chiens ont-ils des sourcils ? Comment se fait-il que les grandes sauterelles soient jaunes, et les petites, vertes ? Et à quoi sert une bibliothèque si on n’y prête pas de livres ?
On est dans le comté de Caldwell, au Texas, en 1899. Tout en développant son esprit scientifique, Calpurnia partage avec son grand-père les enthousiasmes et les doutes quant à ses découvertes, elle affirme sa personnalité au milieu de ses six frères et se confronte aux difficultés d’être une jeune fille à l’aube du XXe siècle. Apprendre la cuisine, la couture et les bonnes manières, comme il se doit, ou se laisser porter par sa curiosité insatiable ? Et si la science pouvait ouvrir un chemin vers la liberté ? » (Présentation éditeur)

« Etre une jeune fille à l’aube du 20ème siècle », tout est là car, tant que Calpurnia n’est qu’une enfant, sa curiosité immodérée pour la nature et les sciences est tolérée par ses parents, à condition qu’elle fasse ses exercices de piano chaque jour et qu’elle apprenne le tricot et les bonnes manières…

Heureusement pour elle, Bon Papa lui ouvre son bureau et sa bibliothèque et répond avec patience à toutes ses interrogations. Bon Papa est un admirateur de Darwin et correspond avec quelques scientifiques de son époque.

Dans ce deuxième volume, Calpurnia a maintenant treize ans et sa curiosité ne faiblit pas, toujours encouragée par son seul grand-père :

Jacqueline KELLY : « Calpurnia et Travis »

(Ecole des Loisirs, 2017, collection Medium)

Mais lorsque, au cours d’un repas, Calpurnia demande à ses parents de lui permettre de faire des études, la réponse la désespère :

« Ce n’est ni le moment ni l’endroit pour une telle discussion. Disons simplement que nous avons toujours eu d’autres projets pour toi et restons-en là. Sully, veux-tu passer la saucière à ton père .

Je vis rouge. Une éruption de fureur m’enflamma le cou. Nous venions de changer de siècle et je m’étais imaginée devenir un exemple de jeune Américaine moderne. Quelle rigolade ! Ma gorge se serra, mais je parvins à articuler :

– Et mes projets à moi, mes projets d’avenir ?

Lamar ricana :

Toi, aller au collège ? Tu n’es qu’une fille, tu comptes pour du beurre, ma vieille.

Père prit un air sévère.

Lamar, ne parle pas à ta soeur sur ce ton.

Malgré ma rage, une chose me frappa : mon père n’avait pas dit que Lamar avait tort. Il lui avait seulement reproché son incorrection. Je me creusai la tête pour envoyer une réplique appropriée à Lamar et trouver un argument convaincant pour mes parents, mais au lieu de cela, à ma grande honte , j’éclatai en sanglots. Tout le monde en resta bouche bée. Le feu de leurs regards était tellement cuisant que je ne pus le supporter plus longtemps. Je repoussai ma chaise, me levai et m’enfuis à toutes jambes dans ma chambre où je me jetai sur mon misérable matelas. Personne ne vint me consoler ; je ne pouvais compter que sur moi-même. J’essuyai bientôt ces larmes imbéciles et pris conscience que, pour la première fois dans l’histoire de la famille Tate, un enfant avait quitté la table sans en avoir la permission. J’avais donc remporté la plus minuscule des victoires. Mais ce n’était pas assez. Non, non. »

Outre Travis, l’un des six frères de Calpurnia et celui qui partage son intérêt pour la nature et surtout les animaux, apparaît dans ce deuxième tome un nouveau personnage d’importance : le docteur Pritzker, vétérinaire et voisin de la famille. Entre les explications de Bon Papa et la méthodologie précise et sérieuse qu’il enseigne l’air de rien à sa petite fille et le Dr Pritzker, conscient des grandes qualités de Calpurnia et son insatiable curiosité, celle-ci va continuer à épanouir sa personnalité scientifique, mais son avenir est toujours bridé par les « convenances » de l’époque.

Un troisième personnage et cousine de Calpurnia, Agatha, va – peut-être – faire bouger un peu les lignes… Attendons que Jacqueline Kelly écrive le troisième volume et croisons les doigts pour qu’il ne mette pas, cette fois,  quatre ans à paraître !

Nous vivons au 21ème siècle et, ici tout au moins, chacune peut désormais prétendre à décider de sa vie, mais « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »  (Simone de Beauvoir)

C’est pareil pour la théorie de l’évolution.

Belle-Ile-en-Mer

Par défaut

J.-C. Tixier : Traqués sur la lande (Rageot, 2016)

« Août 1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne d’adolescents, un surveillant frappe trop fort… L’émeute éclate. Une centaine de garçons réussissent à fuir et gagnent la lande. Gab les yeux gris, le Râleur et quelques autres tentent de trouver des vêtements et un abri sûr pour échapper à la traque. Mais où chercher de l’aide ? Bientôt Gab croise la route d’Aël, qui connaît le coin comme sa poche et tente aussi d’échapper au destin que l’on a tracé pour elle…

Inspirée de faits réels, une fiction proche du documentaire. » (Présentation éditeur)

Bientôt les grandes vacances, peut-être la Bretagne… Si vous partez pour Belle-Ile-en-Mer, ayez une pensée pour tous ces « mal aimés » qui ont laissé leur peau au bagne d’enfants.

Laissez Jean-Christophe TIXIER vous parler de cet établissement pénitentiaire pour enfants, peu connu des actuels touristes, devenu après 1945 Institution Publique d’Education Surveillée et fermé seulement… en 1977.

En 1934, moment choisi par l’auteur pour raconter cette histoire à partir du réel fait divers à l’origine de la révolte, on n’y éduque pas, on punit et on maltraite sans état d’âme. Certes, quelques jeunes détenus sont des assassins, mais un certain nombre d’entre eux ajoutent simplement au drame d’avoir été abandonnés par leur famille, celui d’avoir dû se débrouiller seuls et – par exemple – pris à voler pour manger, se retrouvent là jusqu’à leur vingt-et-un ans. Beaucoup ne résistent pas au régime de violence qui y règne et meurent avant la fin de leur détention.

Le récit de J.-C. Tixier montre également comment, lors de l’évasion des enfants, les insulaires appâtés par la somme promise pour chaque malheureux rattrapé, prêtent main forte aux surveillants.

Témoin à l’époque, Jacques PREVERT avait composé un poème sur cet épisode terrifiant : « La chasse à l’enfant »

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau »

Un livre à lire, pour ne pas oublier la tragédie de ces enfants et adolescents et pour réfléchir à la responsabilité de chacun dans pareille société.

Bulgarie 1989

Par défaut

Elitza GUEORGUIEVA : Les cosmonautes ne font que passer (Verticales, 2016)

« Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses… »

« Ce premier roman a trouvé le ton elliptique et malicieux pour conjuguer l’univers intérieur de l’enfance avec les bouleversements de la grande Histoire. Grâce à la naïveté fantasque de sa jeune héroïne, Les cosmonautes ne font que passer donne à voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister. » (cf. Présentation éditeur)

Elitza Gueorguieva est née en 1982 en Bulgarie. Elle va à l’école Iouri Gagarine, comme sa mère avant elle.

Iouri Gagarine, c’est le héros soviétique, le premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace en avril 1961. Elitza décide de devenir cosmonaute…

Habituellement pourtant,

« Les filles ont des objectifs professionnels plus imprécis et franchement dépourvus d’originalité. Dans le flou général des réponses, trois propositions reviennent le plus souvent : infirmières, ballerines, ou pareil que maman. Comme les deux premières te paraissent peu enviables, tu préfères t’en tenir à la troisième, valeur plus sûre mais dont tu regrettes un peu l’évidente absence d’héroïsme : ta mère travaille à la radio, objet inutile, car toujours éteint. Tu te demandes si un autre scénario serait envisageable, qui correspondrait mieux à tes conceptions de l’avenir et du monde en général. »

Elitza aimerait aussi comprendre le bizarre rituel de ses parents qui consiste à s’enfermer longuement dans la salle de bain, en laissant l’eau couler simultanément dans le lavabo, la baignoire et le bidet, or étonnamment, cette manie disparaîtra sitôt l’éviction de Todor Jivkov de ses postes de secrétaire général du comité central du Parti communiste bulgare et président du conseil de l’Etat de la République populaire de Bulgarie, dans la foulée de la chute du mur de Berlin…

Quelques mois plus tard, il n’y a plus rien à vendre dans les magasins, ni rien avec quoi acheter de toute manière, l’école ne s’appelle plus Iouri Gagarine et de « jeune Septembrien » son cousin Andreï devient un voyou aspirant à ressembler aux mutras,  ces « individus peu avenants qui pratiquent l’escroquerie, le chantage et la violence au quotidien (…), portent des chaînes en or, roulent en 4 x4 (…), possèdent des dollars, de vraies Nike, et surtout de vraies armes qu’ils utilisent s’il le faut, ce qui est a priori de plus en plus souvent le cas.« 

Bref, Elitza  se sent comme le Vostok de Iouri Gagarine égaré dans les steppes du Kazakhstan.

Sa nouvelle idole s’appelle Kurt Cobain et Elitza rêve alors de Spice Girls et de punks à crête…

Un roman décalé et plein d’humour.

Valérie Mangin

Par défaut

A la base je voulais faire un post sur l’excellente série de BD « les chroniques de l’antiquité galactique ».

Puis, je me suis dit qu’il serait dommage de ne pas parler du terrible « Petit miracle » et qu’il serait fort dommage d’oublier Luxley et tant d’autres…

Au final autant parler directement de leur auteure : Valérie Mangin.

Cette passionnée de culture classique, se lance dans la BD après une prépa à Henri IV, une thèse à l’Ecole des Chartes et des études d’Histoire et d’Histoire de l’Art à la Sorbonne. Autant dire que la culture qu’elle en retire imprègne grandement ses oeuvres.

Ses BD abordent différents sujets : transposition de mythes classiques dans la SF, uchronies, SF pure, fantastiques,….

Elle est surtout d’un concept remarquable : la BD tout public d’auteur : utiliser des domaines classiques de la BD, tels que la SF, tout en les dotant de scénarios de très haute qualité truffés de connaissances historiques et culturelles.

C’est un pari extrêmement risqué et casse-gueule! Difficile en effet de ne pas tomber dans l’étalage de culture (comme le fait trop souvent à mon goût Umberto Eco dans ses romans…) ou de créer des histoires ultra-élitistes truffées de références compréhensibles que par un petit nombre d’initiés…

Valérie Mangin réussit le pari haut la main! Ses scénarios sont passionnants, peuvent se lire à différents niveaux, que l’on soit passionné de culture grecque ou simple fan de SF (ou les deux en même temps!) ou bien même simple curieux de BD.

Chacune de ses BD aborde des sujets extrêmement variés et se lit avec plaisir, et, chose rare, amène le lecteur à se poser bien des questions…

Quand je lis les oeuvres de Valérie Mangin, la meilleure comparaison qui me vient à l’esprit est celle avec Tarantino : ils sont tous les deux experts et passionnés dans leur domaine, mais refusant l’élitisme, mettent leur art et leurs connaissances au service de thématiques dites « populaires », souvent déconsidérées et les subliment par leur dextérité!

Vous trouverez l’intégrale des oeuvres de Valérie Mangin au Pôle Jeunesse et et Pôle Art de votre BFM!

 

 

 

 

 

 

 

Henri Cartier-Bresson

Par défaut

« 1945. Les Alliés marchent sur les camps et le monde découvre l’horreur nazie. À Dessau, en Allemagne, une rescapée reconnaît sa délatrice et la gifle. Henri Cartier-Bresson, alors sur place, capture ce geste dans une image qui deviendra emblématique…
Tout à la fois roman graphique et biographie, « Henri Cartier-Bresson, Allemagne 1945 » raconte l’homme libre, profondément humaniste, qu’était Cartier-Bresson. L’ouvrage est accompagné d’un portfolio et d’un dossier documentaire rédigé par Thomas Todd, spécialiste de l’oeuvre du photographe, sous l’égide de la Fondation Henri Cartier-Bresson. » (Présentation Fondation Cartier-Bresson)

 

jaquette-speciale-exe-hcb-1-728x882(90 pages de BD par Jean-David Morvan et Sylvain Savoia et plus de 40 pages de portfolio et de dossier

édités par Dupuis, coll. Aire Libre / Magnum photo / la Fondation H.B.C., 2016)

Une BD très fluide au dessin efficace pour parler de ce photographe majeur du 20ème siècle. Elle commence en 1946, alors que Cartier-Bresson retrouvant son ami Capa se souviennent de la guerre d’Espagne qu’ils ont couverte tous les deux. Puis retour en arrière, mai 1940 dans les Vosges, c’est la « drôle de guerre », Cartier-Bresson prudent enterre son fameux appareil Leica acquis en 1932 et fait porter une boîte de ses tirages à son père. Sage précaution car il ne va pas tarder à être pris par les Allemands et envoyé au Stalag V dont il arrivera à s’évader après plusieurs tentatives.

Il assistera à l’arrivée du Général de Gaulle à Paris et la Libération, il se rendra au village martyr d’Oradour-sur-Glane quelques mois après le 10 juin 1944, puis Dessau en 1945 où il prendra sa photographie devenue une icône…

« Alors comme ça tu joues les photoreporters ? Oh, pas vraiment… (…) Disons que je veux témoigner… Pour montrer que la liberté a un prix et que ça vaut le coup de se battre pour elle. Même armé d’un simple Leica ! »

Les cinquante pages de dossier qui suivent la BD sont également intéressantes, regroupant quelques photos connues ou moins connues de Cartier-Bresson et des commentaires de Thomas Tode, cinéaste documentaire et chercheur.

« Justice pour Louie Sam »

Par défaut

« Fin du XIX ème siècle, paysage aride du nord des États–Unis.
Un matin en allant à l’école, les enfants Gillies découvrent dans une maison en feu, le
corps sans vie de leur voisin. Sans enquête, le coupable est aussitôt désigné: Louie Sam,
un jeune Indien, qui a été vu dans les parages. Dans cette cité de colons, situé à la frontière
entre les États-Unis et le Canada, les relations avec les Indiens natifs sont encore difficiles.
Les communautés ne se mélangent pas. Les hommes du village décident de rendre
justice eux mêmes. Ils organisent une chasse à l’homme pour capturer l’adolescent.
Mais George, l’aîné des Gillies comprend vite que la vérité n’est pas aussi simple, des
incohérences sont très vite mises à jour et il décide de mener sa propre enquête. George,
du haut de ses quinze ans, pose des questions, trop de questions. Pourtant si Louie Sam
n’est pas coupable, qui l’est ? Et dans cette société si fermée, à qui profite le crime ? »

(Présentation éditeur : Thierry Magnier, 2014)

9782364745087

C’est d’après des faits authentiques qui se sont déroulés en février 1884 qu’Elizabeth STEWART a rédigé ce roman qui révolte d’autant plus que le racisme est loin d’être éradiqué – encore actuellement – en Amérique du nord (et ailleurs… hélas). Ici il s’agit d’Amérindiens, mais il pourrait s’agir d’Afro-Américains, et selon les époques, d’Irlandais, Chinois, Japonais, Mexicains, etc.

« Abandonnant Pete, je descendis de cheval et me frayai un chemin parmi les hommes pour mieux voir. L’Indien était agenouillé dans la terre, M. Harkness et M. Moultray se penchaient au-dessus de lui. M. Harkness l’obligea à se relever. C’est alors que je vis Louie Sam réellement, et que j’eus le choc de ma vie.

Ce n’était qu’un enfant, encore plus jeune que moi.

Louie Sam était petit, mais il avait un visage large et la peau cuivrée de son peuple. Ses longs cheveux bruns étaient défaits et emmêlés, au lieu d’être tressés comme ceux d’un brave. Je me demandais s’il était trop jeune pour les porter ainsi. Les hommes de la troupe, rassemblés autour de lui, le conspuaient et l’insultaient, mais lui ne disait rien. Son expression était un mélange de hargne et de terreur. Néanmoins, à le voir trembler, je devinais qu’il était plus effrayé que furieux. A moins que ce ne fut à cause de la froideur de la nuit car les hommes l’avaient tiré du lit vêtu uniquement d’une chemise et d’un pantalon, bretelles baissées, pieds nus.

(…)  – Réfléchissez bien à ce que vous faites, Bill, dit [M. York], en s’adressant à M. Moultray.  – Nous ne sommes pas dans le Sud ici, reprit M. York. On ne pend pas un homme à cause de la couleur de sa peau. 

C’était la première fois que quelqu’un parlait de pendaison depuis que nous étions arrivés chez M. York. J’observais Louie Sam pour voir sa réaction : il garda la tête baissée et immobile, et j’en déduisis qu’il ne comprenait pas très bien l’anglais. »

George va vite découvrir que (presque) personne n’est déterminé à voir triompher la justice. Pour de multiples raisons, la plupart du temps personnelles et plus ou moins sordides mais la première étant économique et politique :

« Quand notre convoi de chariots avait traversé les prairies six ans plus tôt, les anciens nous avaient raconté des histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Les sauvages avaient la réputation d’attaquer les convois et de décimer des familles entières, des innocents qui voulaient juste se construire un toit dans ces territoires vierges. Les colons se sont installés récemment dans cette région, peu de temps avant ma naissance, et les Indiens sont largement plus nombreux que nous. Avant notre arrivée, ils se contentaient de pêcher et de chasser, en négligeant des terres que des bûcherons, des mineurs et des fermiers se font un plaisir d’exploiter depuis une vingtaine d’années. Et figurez-vous que les Indiens ont changé d’avis, ils affirment que ce territoire leur appartient et que nous n’avons pas le droit d’être ici, alors qu’ils n’exploitent pas ces terres, à proprement parler.

Dès le berceau, on inculque aux gens l’idée que si un Blanc laisse un Indien prendre le dessus, il y a toutes les chances pour que votre scalp se retrouve pendu à sa ceinture. Nous autres, colons, nous n’oublions jamais qu’il y a huit ans à peine, Crazy Horse et ses guerriers ont massacré le général Custer et ses hommes à Little Big Horn, à l’est d’ici, dans le Montana. »

La famille de George, comme la plupart des colons américains, pense sincèrement que ces terres leur appartiennent, alors qu’elles ont été arrachées avec une extrême violence aux Amérindiens. Toutefois cette famille possède, parmi ses valeurs, le sens de la justice et apprendra, à ses dépens, qu’il ne fait pas bon se désolidariser de la « meute ».

Quand il faut choisir entre la compromission et sa conscience, bien peu choisissent leur conscience.