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« Je suis heureuse de vous rencontrer »

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Si vous n’avez pas encore vu « Dilili à Paris« , ne boudez pas votre plaisir : le dernier film d’animation de Michel OCELOT vaut la peine.

Les premières images sont étonnantes. Et l’on se rappelle tout à coup qu’on a lu un livre de Didier Daeninckx sur un sujet similaire.

Mais très vite le film s’emballe et c’est une tout autre histoire qui nous est contée.

Une sombre histoire encore : depuis quelque temps des fillettes disparaissent, enlevées par d’odieux personnages qui se sont donné pour nom les « mâles-maîtres ».

Dilili, la petite Kanak qui rêve de découvrir Paris, son nouvel ami Orel, livreur en triporteur et ses nombreuses relations dans ce Paris Belle Epoque, vont mener l’enquête.

Une enquête difficile et haletante qui va nous faire découvrir différents quartiers de Paris – à partir de photos retravaillées par Michel Ocelot -, ainsi que des intérieurs somptueux comme celui de la tragédienne Sarah Bernardt, nous faire rencontrer une foule de personnages célèbres aussi divers que Pasteur ou Toulouse-Lautrec, Marcel Proust ou Marie Curie, le clown Chocolat ou Gustave Eiffel… Nous « promener » dans les égouts comme nous faire survoler Paris en dirigeable avec le célèbre Santos-Dumont.

Dilili, dans sa sempiternelle tenue de petite fille modèle, parle « comme un livre », c’en serait presque agaçant, mais c’est l’occasion pour Ocelot de nous faire faire la connaissance d’une autre figure importante de l’époque, Louise Michel. Louise Michel condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie de 1873 à 1880 et qui enseigna là-bas aux enfants kanaks.

Le propos de Michel Ocelot n’est pas anodin, à travers un superbe dessin animé comme toujours, il fustige le racisme et l’aliénation des femmes : les kidnappeurs des petites filles les enveloppent entièrement de noir et les contraignent à marcher à quatre pattes, s’asseyant au sens propre comme au sens figuré sur leurs droits d’êtres humains. Une constante à travers les siècles, malheureusement, toujours d’actualité dans certains pays du monde.

N’hésitez pas à voir ce film et retrouvez les précédents films et livres de Michel Ocelot à la BFM.

 

 

 

 

 

 

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« La demoiselle de Wellington »

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« 1917 Sous la ville d’Arras dévastée, dans le plus grand secret, des milliers de soldats attendent dans les galeries d’une ancienne carrière de pierre. Bientôt ils déferleront sur les lignes allemandes…

Dean Kingston est l’un d’entre eux. Sa femme Jenny l’attend en Angleterre. Il lui fait le récit, dans son journal de bord, de cette étrange vie souterraine.

Avec espoir et détermination, il lui raconte le froid et l’humidité, la solitude des hommes, la peur qui lui tenaille le ventre, et les chants pour réchauffer les coeurs… jusqu’à l’assaut final. » (cf. 4ème de couverture)

Dorothée PIATEK : La demoiselle de Wellington

(Seuil, 2017)

Vraisemblablement parmi les derniers romans en hommage aux soldats de la Guerre de 14-18, puisque les commémorations devraient se terminer le 11 novembre avec l’anniversaire de l’Armistice…

1939-2019 prendront-elles le relais pour six ans de plus ? Car si la Guerre de 14-18 devait être « la der des der », chacun sait – hélas ! – qu’il n’en a rien été.

En attendant, nous sommes à Arras en avril 1917. Les troupes britanniques viennent d’arriver en prévision de la bataille de Vimy préparée par le Général Byng et des troupes canadiennes ; ce sont vingt mille soldats qui vont tenir dans la « ville sous la ville », creusée par des tunneliers néo-zélandais dans les anciennes carrières de calcaire datant du Moyen-Age, en attendant le jour de l’attaque.

Il s’agit de ne pas réitérer la Bataille de la Somme qui vit périr 1 060 000 soldats entre juillet et novembre 1916 (cf. la BD de Joe Sacco).

Les soldats anglais sont arrivés à Arras en toute discrétion et sans imaginer quel serait leur cantonnement :

« Au niveau de la rue Saumon, nous avons passé la « porte de fer », un trou creusé dans la fortification Vauban. Ma compagnie est descendue au moins vingt mètres plus bas, longeant des murs humides et froids par un escalier en brique pour atteindre un tunnel d’égout. Puis à la lueur d’un morceau de bougie qu’on nous avait fourni à l’entrée, nous avons marché pendant des kilomètres, rejoignant un labyrinthe de carrières et de boyaux artificiels construits perpendiculairement à la ligne de front.

Nous sommes passés en procession devant des cavités remplies de nourriture et de munitions, avant d’arriver dans le quartier destiné à ma compagnie, que nous indiqua un scout. Wellington, la carrière Wellington, c’est là que je suis cantonné désormais.

J’ignore quel jour aura lieu l’attaque, je sais seulement qu’être positionné sous cette ville nous évitera de traverser le no man’s land le jour J.

Des tunnels d’assaut déjà forés demeureront bouchés jusqu’au grand jour. Alors, après une succession d’explosions de mines, nous grimperons quatre à quatre les marches taillées dans la pierre et passerons les trappes qui nous séparent de la surface. C’est de là que nous jaillirons pour surprendre l’ennemi. C’est de là que des milliers de soldats s’élanceront. »

La bataille aura lieu le 9 avril 1917 et la carrière Wellington peut désormais être visitée. « Abandonnée en 1919, elle servira d’abri durant la Seconde Guerre mondiale puis sera oubliée jusqu’à sa redécouverte en 1990 par l’archéologue Alain Jacques » (cf. p.103) qui nous l’explique en fin d’ouvrage :

« Les troupes britanniques qui se sont relayées dans cet immense abri nous ont laissé des milliers de graffitis. Ces écrits et dessins témoignent de leur passage et nous renseignent sur l’état d’esprit qui régnait en ces lieux à la veille des combats.

(…) Parmi les dessins découverts, un portrait de jeune femme a particulièrement attiré l’attention de mon équipe de recherche. L’apparition dans le faisceau de la lampe électrique de ce visage gracieux, éclairé d’un léger sourire, ainsi que la discussion qui s’en est ensuivie, sont restés dans notre mémoire.

Qui était-elle ?

Quel souvenir cette jeune femme avait pu laisser à ce soldat pour qu’il ressente l’envie de la dessiner ?

Avait-il simplement le besoin de sentir ce regard féminin et bienveillant posé sur lui en attendant les épreuves qu’il devrait endurer lors de l’offensive à venir ? » (pp. 105-107)

Dorothée PIATEK, en rédigeant ce court mais sensible roman, nous confie son hypothèse. Jérémy MONCHEAUX l’a illustrée.

 

 

 

« Ernest. Souvenirs de Cilicie »

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« Je me souviens, quand j’étais petit, avec mes cousins chez mes grands-parents, on adorait jouer aux petits soldats.

On passait des heures à créer des champs de bataille. On ne connaissait pas encore l’histoire d’Ernest, notre arrière-grand-père.

Prisonnier, lui, il l’a été pour de vrai, au début du siècle dernier.

C’était en Turquie.

Enfin, ce n’était pas encore la Turquie. » (cf. 4ème de couverture)

Ce n’était pas encore la Turquie, ce n’était plus tout à fait la guerre de 14, les poilus étaient rentrés chez eux. Enfin… ceux qui avaient eu la chance de ne pas y mourir.

Ernest était l’un d’eux.

Mais pendant ce temps-là, les grandes puissances ne chômaient pas. Des accords étaient intervenus entre Anglais, Français, Russes, Italiens et Grecs pour « dépecer » l’Empire ottoman.

La France recevait la Syrie littorale, la Cilicie, l’Arménie et une partie du Kurdistan.

« Ces territoires doivent lui assurer l’indépendance économique en lui fournissant les matières premières nécessaires au développement d’un état moderne (pétrole, cuivre, coton…). A la fin de la guerre, dès 1919, la France prend possession de son territoire. Elle s’installe notamment en Cilicie… Une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

Elle est accueillie et soutenue par les chrétiens de la région. La population cilicienne est difficile à évaluer car elle comprend une multiplicité de peuples. Sur environ 500 000 ressortissants, on compte 120 000 Turcs, 150 000 Arméniens, 120 000 Arabes Ansaris et 120 000personnes d’origines diverses (Grecs, Turkmènes, Syriens…). Les 200 000 chrétiens qui peuplent la Cilicie sont convaincus que l’armée française assurera leur protection.

Les Arméniens commencent  à revenir dans la région après les massacres de 1909 et 1915. Ils espèrent  pouvoir reconstruire une Grande Arménie avec l’appui de la France.

L’Empire ottoman vit ses derniers instants. Après l’armistice de Moudros, signé le 30 octobre 1918, il se retrouve réduit à une petite région d’Anatolie donnant sur la mer Noire.

Un jeune officier turc, Mustafa Kemal, n’accepte pas le démantèlement de son pays. Sous son impulsion, la révolte se prépare.

La France ne la voit pas venir. Ses troupes en Cilicie sont relativement réduites.

Les Occidentaux, avides de s’emparer au plus vite de la plus grande portion possible de ces riches territoires, n’hésitent pas à recourir aux plus basses trahisons à l’égard de leurs alliés. » (cf. pages 13-14)

Et de ce jeu des grandes puissances, qui pâtit ? Les populations bien sûr, mais également les soldats, sacrifiés à la course à l’enrichissement.

Ernest a 21 ans, il s’est battu contre les Allemands, il a été fait prisonnier, et en cette année 1919, il s’apprête à re-partir avec son régiment d’infanterie, pour l’Asie Mineure cette fois.

Il tiendra un journal de ces années passées en Cilicie puis en Turquie jusqu’à son retour en France à la toute fin novembre 1921 où il sera démobilisé à 23 ans.

C’est ce journal qui a inspiré ANTONIN pour cette bande dessinée : « Ernest. Souvenirs de Cilicie« , éditée par Cambourakis en 2015.

On y suit pas à pas l’évolution de la situation, les batailles, les morts et l’année – terriblement longue – pendant laquelle Ernest est prisonnier, dans des conditions qui varient à l’extrême selon la personnalité de l’officier turc qui dirige. Ils ont souvent faim, froid ou trop chaud, sont bastonnés et malades, n’ont pas le moral. Ernest se plaint aussi de n’avoir rien à lire pour se désennuyer.

Toutefois ses compagnons et lui ne sont pas totalement abandonnés, recevant – épisodiquement – mandats de l’état-major français, courriers et colis de leurs familles, de la mission des Etats-Unis ou du Croissant rouge.

Une fois de plus, une bande dessinée permet de découvrir des épisodes assez peu médiatisés de l’Histoire. Dans celle-ci « les événements qui ont modelé la géopolitique du Moyen-Orient d’aujourd’hui. »  (cf.  présentation éditeur).

La bande dessinée se termine sur un petit dossier historique et les toutes dernières images montrent la grand-mère d’Antonin rassemblant ses petits-fils autour du journal d’Ernest, son père, leur arrière-grand-père qui, lui, a fait la guerre… et ce n’était pas un jeu !

ANTONIN a déjà réalisé une bande dessinée sur une autre partie de ces territoires et un autre événement dramatique qu’on appellera « la grande catastrophe d’Asie mineure », sur les bords de la mer Egée en 1922 ; d’après le livre de Allain Glykos : ‘ »Manolis de Vourla » dont j’avais parlé ici en 2010.

 

 

 

Isabella Bird

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Un peu dans l’esprit de cette série dont j’ai déjà parlé ici, « Bride stories », j’ai récemment découvert un nouveau manga : « Isabella Bird » qui m’a paru tout aussi captivant.

Le tome 1 a paru en octobre 2017 aux éditions Ki-oon dans la collection Kizuna ;  la série en compte trois pour le moment.

« À la fin du XIXe siècle, le Japon s’ouvre au monde et s’occidentalise à marche forcée. Mais le pays reste un vrai mystère pour la plupart des Européens, ce qui en fait une destination de choix pour la célèbre exploratrice anglaise Isabella Bird ! Malgré son jeune âge, elle est déjà connue pour ses écrits sur les terres les plus sauvages. Isabella ne choisit jamais les chemins les plus faciles et, cette fois encore, elle étonne son entourage par son objectif incongru : Ezo, le territoire des Aïnous, une terre encore quasi inexplorée aux confins de l’archipel… Le voyage s’annonce long et difficile, mais rien n’arrête la pétillante jeune femme !

Accompagnée de son guide-interprète, le stoïque M. Ito, la jeune femme parcourt un pays en plein bouleversement. Dans ses lettres quotidiennes à sa sœur, elle narre avec sincérité et force détails la suite de chocs culturels qu’elle expérimente. Elle veut tout voir, tout essayer, quitte à endurer chaleur, fatigue, maladie ainsi que les sarcasmes de ses pairs ! » (cf. présentation éditeur)

En 1878, l’exploratrice (il s’agit d’une histoire vraie) Isabella Bird, à laquelle les médecins avaient autrefois recommandé de changer d’air pour lutter contre sa santé fragile (!), part pour le Japon.

Elle écrira plus de quarante lettres à sa soeur Henrietta pendant ce voyage qui l’emmènera jusqu’au nord du pays, dans l’Hokkaido, à la rencontre du peuple Aïnou.

Taiga SASSA a dessiné son récit à partir de la compilation de ces lettres enjouées dans lesquelles Isabella décrit pour sa casanière soeur tout ce qu’elle découvre : les comportements des Japonais et leurs coutumes, la faune qui grouille parfois dans les chambres où elle passe la nuit, les temples ou les marchés, etc. Bien qu’assez typique de la bonne société victorienne de laquelle est issue, elle n’est jamais condescendante dans ses propos, elle s’étonne mais ne juge pas, elle s’intéresse au « petit peuple » comme ses porteurs, aux enfants, etc. et tâche d’être juste, quitte à prendre leur parti face à ses pairs britanniques souvent racistes et méprisants.

Son jeune et mystérieux guide, Ito, intrigue. Qui est-il ? Il maîtrise parfaitement l’anglais et semble avoir déjà fait beaucoup de métiers. Il regarde Isabella un peu comme un entomologiste observe ses insectes, mais on a l’impression que le courage et l’énergie d’Isabella forcent un peu son admiration. Il la laisse faire, mais arrondit les angles et lui donne les explications nécessaires à sa compréhension du pays…

A suivre.

 

Londres, 1940

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Mes dernières lectures sur le Blitz remontaient au très émouvant roman « Bonne nuit, monsieur Tom » de Michelle MAGORIAN et le film de Jack GOLD qui avait suivi.

Et encore, la plus grande partie de l’histoire se déroulait à la campagne.

Là aussi, Jack a failli passer la guerre à la campagne, mais la famille de fermiers – chez laquelle ils sont quelques jeunes londoniens à être hébergés – est odieuse et, un jour, ça tourne mal.

Jack s’enfuit et rentre à Londres :

« Il se mit à courir. Il connaissait les rues par coeur, désormais. Un virage à droite, puis un à gauche. Au carrefour suivant, il fit une halte pour reprendre son souffle. Encore deux douzaines de maisons et il y serait. Chez lui. Plus besin de courir, mais il pressa le pas quand même, en comptant dans sa tête les numéros invisibles dans le noir. Vingt-cinq, vingt-sept, vingt-neuf. Impatient de voir l’expression de sa mère quand elle lui ouvrirait. Trente et un, trente-trois, trente…

Jack s’arrêta net.

A la place des deux maisons suivantes, il y avait un espace vide. Les numéros trente-sept et trente-neuf, disparus.

Un profond frisson irradia comme une vague dans l’arrière de ses bras et de ses jambes. Son coeur semblait avoir cessé de battre.

Sa maison et celle des voisins, les Palmer.

Envolées. »

John HARVEY : Blue watch

(Syros, 2015)

John HARVEY a dédié ce roman à son père qu’il se rappelle « très imposant dans son uniforme des pompiers auxiliaires » et, comme le sien, le père de Jack est pompier auxiliaire dans l’unité Blue Watch.

Depuis le bombardement qui a écrasé leur maison, il vit chez sa soeur, tandis que sa femme, la mère de Jack, est en « mission » quelque part à la campagne :

« – Mais qu’est-ce qu’elle y fait ?

-J’en sais rien. Pas vraiment. De la dactylo, sans doute. Du secrétariat (il fit un clin d’oeil). Un peu secret, tout ça. Pas le droit d’en parler. »

Les premiers jours, entre les alertes et les descentes dans l’abri, Jack va aider sa tante, jardiner pour un voisin et surtout tourner en rond. Il va découvrir aussi que les quartiers bombardés sont devenus la proie de bandes de jeunes voyous, prêts à en découdre violemment.

Mais un jour, il n’a pas le temps de rejoindre la maison lors d’une alerte :

« Alors qu’il se remettait péniblement debout, il fut de nouveau projeté au sol par le souffle d’une explosion non loin sur sa gauche, presque aveuglé par l’éclair de lumière blanche, tandis que les pavés semblaient se soulever sous lui pour le projeter contre les gravats.

Une pluie de terre et de poussière s’abattit sur lui. Du verre. Des fragments de brique.

Une volute de sang lui traversa le visage ; il en sentit le goût dans sa bouche.

Puis, quelqu’un qui criait. Une voix de jeune garçon.

– Ici ! Par ici !

Tout en grimaçant, il s’orienta vers cette voix. Chercha sa lampe torche à tâtons dans sa poche. Par miracle, elle fonctionnait toujours. Et éclaira, près du sol, contre les vestiges d’un mur, le mouvement rapide et pâle d’un visage, d’un bras.

– Par ici. Vite !

Jack avança accroupi, en s’aidant de ses mains.

-C’est sans danger, ici.

Le visage pâle, tout près, les yeux anxieux et sombres. Pas du tout un garçon. Une fille. »

Et c’est ainsi que Jack va faire la connaissance de Lilith…

John Harvey, écrivain et scénariste, est connu pour ses romans policiers et « Blue Watch » comporte une petite intrigue  policière. Mais ce n’est pas le plus important dans ce roman qui aborde toutes sortes de sujets comme le courage de tous ces volontaires auxiliaires des pompiers mais hélas aussi les gangs de braqueurs qui profitent du chaos. Il évoque les réfugiés juifs ayant fuit l’Allemagne nazie. Et décrit la débrouillardise nécessaire pour survivre dans Londres sous les bombardements incessants, tout en se rendant utile et solidaire.

Hitler avait espéré vaincre le Royaume-Uni en semant la terreur parmi les civils. Ce fut en vain, certes, mais rappelons cependant que le Blitz aura causé la mort de plus de quarante mille personnes et fait près de cent cinquante mille blessés entre septembre 1940 et mai 1941.

 

« Le choix de Rudi »

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Un roman fort qui nous parle de l’enfance et l’adolescence du plus grand danseur du 20ème siècle : Rudolf Noureev :

Françoise DARGENT : Le choix de Rudi

(Hachette romans, 2015)

« Novembre 1951, Union soviétique. Il fait un froid de loup. Rudi a 13 ans. Il court dans la forêt pour échapper à son père, ce père parti à la guerre et qui n’en est jamais tout à fait revenu, ce père qui ne le connaît pas. Le père de Rudi aurait voulu un fils à son image : un gars qui aime la chasse, qui fera un métier d’homme. Pour Rudi, la vie, c’est la musique et la danse. Sa force, sa puissance, il les met dans chacun de ses pas, de ses pliés, de ses sauts. Bientôt, envers et contre tout, Rudi écrira lui-même son avenir. Bientôt, il vivra son rêve, celui qui va l’emmener à Moscou, Leningrad et à travers le monde, celui où il devient un danseur inoubliable : Rudolf Noureev… « . (Présentation éditeur)

« Quand il ne va pas à l’école, Rudi danse. Quand il danse, il vit. Alors il danse, et il ne pense qu’à cela. Il oublie qu’il n’est pas libre dans son pays, l’Union Soviétique. Il oublie qu’être danseur n’est pas un métier aux yeux de son père. Il oublie la misère et il résiste. Il prend des cours en cachette. Il est doué. Mais aussi rebelle. Un peu trop au goût des adultes. Pour devenir danseur étoile, il va devoir se battre. Pour devenir le meilleur, il va devoir s’enfuir. » (4ème de couverture)

Tout est dit : l’Union Soviétique des années 50 où malgré la mort de Staline, la lourdeur bureaucratique et les passe-droits ont toujours cours, où vous pouvez être envoyé en Sibérie sans autre forme de procès, où la famille de Rudi est pauvre à avoir faim et froid pendant que le Komsomol raconte aux enfants qu’ici tout est merveilleux tandis qu’à l’Ouest on est malheureux comme les pierres. Et puis le père qui prétend « que la danse, c’est pour les tapettes. »

« Ton père a tort. La danse est un art difficile réservé aux plus doués. Depuis toujours les hommes en rêvent. En France, le roi Louis XIV était un merveilleux danseur. Cela ne l’a pas empêché d’être le monarque le plus puissant de son temps. Moi, j’ai dansé pour un homme qui s’appelait Diaghilev, un formidable créateur de ballets. Il s’est fait huer quand il a présenté  ses spectacles. Il s’est fait traiter de tous les noms. Il a résisté, il a continué, et aujourd’hui on le considère comme un très grand artiste. Ceux qui parlent de tapettes n’y connaissent rien. Moi, je ne connais que des artistes. Et tu peux en devenir un si tu le décides. » [m’a répondu Madame Oudelstova]

Effectivement, à force de travail et de persévérance, d’audace aussi, et malgré son dénuement, mais sans oublier ceux qui ont cru en lui et l’ont aidé comme ils pouvaient, à leurs risques et périls, en lui donnant des cours gratuitement et en cachette, en l’hébergeant, en le défendant contre les critiques, « le Tatar » sera accepté au Kirov et dansera à Paris.

« Vous ne vous rendez pas compte à quel point j’ai de la chance d’être ici. Personne n’aurait misé sur moi, il y a encore trois ans. Et, à part les spectateurs viennois il y a quelques mois, seuls les gens de l’Est m’ont vu danser. Ici les gens sont différents. Ils connaissent tant de choses ! Tout est tellement sophistiqué. J’ai peur d’être grossier.

Vous vous trompez, Rudolf. Paris va aimer votre fougue, votre tempérament. Vous êtes tellement déterminé quand vous dansez que cette énergie emporte toute la salle. Et quelles pirouettes ! Comment avez-vous appris à danser comme ça ? [Pierre Lacotte, danseur à l’Opéra et chorégraphe]

Je lui ai raconté mon parcours. Il semblait sincèrement étonné. J’étais pour lui un drôle d’énergumène. J’aurais pu rester longtemps assis à discuter. Mais il fallait que je rejoigne l’autobus. Je lui ai demandé s’il voulait venir pour la répétition générale le lendemain. Elle avait lieu en costume et dans les conditions du spectacle. C’était la dernière fois avant que le Kirov n’apparaisse en public. »

Si vous voulez savoir comment se termine cet épisode de sa vie, lisez le livre !

Vous pouvez également en apprendre plus sur le site de sa fondation. Et, cerise sur le gâteau, rendez-vous à Moulins où vous pourrez admirer au Centre National du Costume de Scène la collection Noureev. En attendant, prenez le temps d’en regarder la vidéo.

« Le ventre est encore fécond… »

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Peu nous importe que cette phrase : « le ventre est encore fécond d’où a surgi la chose immonde » soit ou non la traduction littérale de la phrase de Bertold Brecht dans sa pièce « La résistible ascension d’Arturo Ui », elle est claire et reste – hélas – d’actualité.

D’ailleurs l’épilogue complet dit :

« Vous, apprenez à voir, au lieu de regarder

Bêtement. Agissez au lieu de bavarder.

Voilà ce qui a failli dominer une fois le monde.

Les peuples ont fini par avoir raison.

Mais nul ne doit chanter victoire hors de saison :

Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la chose immonde. » (Texte français d’Armand Jacob – Collection du Répertoire TNP/ L’Arche, 1959)

Lorsque Brecht écrit cette pièce en 1941, il pense que l’ascension d’Hitler aurait pu être évitée (« la résistible » ascension), mais il ne sait pas encore quelle dramatique extension cela va prendre dans toute l’Europe, jusqu’en 1945.

C’est d’une autre pièce de théâtre dont nous parle Adam JAROMIR , dans un livre illustré par Gabriela CICHOWSKA (aux éditions Des ronds dans l’O , 2017) :

« La dernière représentation de Mademoiselle Esther. Une histoire du ghetto de Varsovie »

Nous sommes en mai 1942, depuis le 16 novembre 1940, la communauté juive de Varsovie (en Pologne) est enfermée dans un ghetto. Parmi celle-ci, le Docteur KORCZAK qui dirige un orphelinat de deux cents enfants, sans moyens.

« Un vieil homme ouvre et m’annonce après m’avoir jaugé d’un coup d’oeil :

– Nous n’achetons rien.

Je souris, m’efforce de sourire.

-Il s’agit d’un orphelinat, d’une poignée d’enfants dont la vie et la santé sont en jeu… Vous pouvez aider. Avec un peu d’argent ou juste une indication…

-Des enfants…, répète-t-il, perdu dans ses pensées. Puis il disparaît dans l’obscurité et revient au bout d’un moment avec une petite pièce. Tout cela se répète. Dix à vingt fois par jour. Six fois par semaine, sauf le jour du Sabbat.

Le butin d’aujourd’hui : 50 zlotys et une promesse de 5 zlotys par mois. Pour nourrir deux cents personnes… »

Et pour les occuper jour après jour à l’intérieur de l’orphelinat, que faire ? Cours, lecture, bricolage, couture, écrire son journal, faire de la musique, cela ne suffit pas à faire reculer la faim, l’inquiétude, les souvenirs qui vous assaillent.

Alors un jour, mademoiselle Esther propose de jouer une pièce de théâtre écrite par Rabindranath Tagore, un conte des Indes, « Amal et la lettre du roi« .

« Le projet de mademoiselle Esther semble en bonne voie. Les enfants sont comme transformés. Les garçons jouent les menuisiers – j’entends le bruit de leurs marteaux -, les autres sont assis à table et font des fleurs en papier. En fermant les yeux et en entendant leurs voix joyeuses, on pourrait penser que la guerre n’était qu’un mauvais rêve. Et que nous sommes de nouveau dans notre salle à manger dans la rue Krochmalna en train de nous préparer pour la fête de Pourim. »

Trois semaines après la représentation du « Bureau de poste » de Tagore, l’orphelinat au complet est déporté à Treblinka où les 192 enfants, madame Stefa, le Docteur et leurs neufs collaborateurs seront immédiatement gazés. Mademoiselle Esther, quelques jours auparavant, avait déjà été victime d’une rafle de rue dans le cadre de « l’action de transfert » des Juifs du ghetto vers Treblinka, commencée le 22 juillet 1942.

Pendant ce temps et jusqu’à la mi-mai 1943 où Jürgen Stroop – chargé de détruire le ghetto et ses habitants – câblera à Himmler « Il n’y a plus de quartier juif à Varsovie », les archives du ghetto seront rassemblées, cachées puis enterrées en trois lots dont deux seront retrouvés en 1946 puis en 1950.

C’est à l’initiative d’un historien, Emanuel Ringelblum et du collectif qu’il avait réussi à réunir autour du projet de rassembler tous les témoignages de l’histoire de la population juive de Pologne et tout particulièrement celle emmurée dans le ghetto de Varsovie, que ces archives ont pu être sauvées.

Didier ZUILI le raconte dans une bande dessinée : « Varsovie Varsovie. Ils vont sauver les archives de l’oubli » éditée par Marabulles (Editions Marabout) en 2017.

Cette bande dessinée est un hommage à Emanuel Ringelblum, à son groupe Oyneg Shabbes et « à tous les résistants du quotidien ». Elle est complétée par un dossier historique de trois pages de Georges Bensoussan qui se clôt sur ce qu’avait écrit l’un de ces résistants, David Graber, âgé de 19 ans :

« Ce que  nous ne pouvions transmettre, nos cris, nos hurlements, nous l’avons enterré. J’aimerais vivre pour voir le jour où cet immense trésor sera découvert et fera éclater la vérité à la face du monde. Ainsi, le monde saura tout. Ainsi, ceux qui ne l’ont pas vécu pourront se rendre compte de la chance qu’ils ont eue, tandis que nous serons comme des vétérans, la poitrine ornée de médailles. Puisse ce trésor tomber dans de bonnes mains, puisse-t-il se conserver jusqu’à des jours meilleurs, pour alerter le monde de ce qui a été connu et commis au XXe siècle.« 

En 1999 ces archives ont été inscrites au Registre Mémoire du Monde de l’UNESCO.