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Odessa, 1895

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9782211212144« Dans ce livre, Korneï Tchoukovski ressuscite ses propres souvenirs de jeunesse, lui qui deviendrait, envers et contre tout, l’un des plus populaires écrivains russes de son époque. » (cf. 4ème de couverture)

Les éditions L’école des loisirs ont fait traduire du russe par Odile Belkeddar ce livre autobiographique de Korneï Tchoukovski publié à l’origine en 1938, puis retravaillé et édité à Moscou en 1961 sous son titre définitif de « L’insigne d’argent » et l’ont donné à illustrer à Philippe Dumas avant de le publier en 2015.

Il s’agit d’un très bel ouvrage, d’un agréable format (22 x 15 cm), sur un beau papier qui met en valeur le texte ainsi que les aquarelles de Philippe Dumas.

Un dossier d’une vingtaine de pages en fin de volume propose une mini-biographie de l’auteur, un glossaire des termes de cuisine, le contexte historique et des notes de traduction bien utiles à la lecture.

Le récit ouvre sur une épreuve de dictée et la fabuleuse idée de l’auteur pour aider ses petits camarades moins doués en orthographe, une histoire de tricherie, quoi ! Immédiatement suivie d’une autre frasque de l’élève Tchoukovski, puis l’inénarrable histoire du carnet de notes de l’un de ses condisciples… Mais la suite est moins drôle… Kornéï est exclu du collège et voit le surveillant arracher sur sa casquette l’insigne d’argent du collège…

Nous sommes en fait sous l’ancien régime tsariste qui a décidé d’

« un décret scélérat concernant les enfants dits « de gens de cuisine », pour ne plus admettre dans l’enseignement secondaire les enfants d’ouvriers, d’artisans, de cochers, de vendeurs, de charretiers, de tailleurs et autres « petits métiers ». 

(…) Quel bien cela lui fera si tu deviens étudiant ? Quel bénéfice en aura-t-il ? Les riches ne se révoltent pas, mais ceux qui sont pauvres, et encore plus ceux qui triment dur, eh eh ! Et si tous les tailleurs se mettent à étudier, qui coudra leurs pantalons ? Et si les pouilleux s’asseyent sur les mêmes bancs, que diront les enfants des gens bien-nés ?

(…) Tout est clair comme de l’eau de roche : Six-Yeux [le directeur] a reçu l’ordre d’éliminer une bonne demi-douzaine d’enfants de « gens de cuisine ». Il en a déjà déniché sept : toi, Finkelstein, Iakovienko, Christopoulos, et d’autres en première année. Cela ne lui a pas été compliqué de vous trouver des points faibles, crois-moi ! Il a des ordres et il s’exécute.« 

Mais être exclu du collège signifie être mis à l’écart de la – bonne – société et risquer « à tout moment de devenir clochards et de disparaître par une nuit glaciale sous une jetée du port. »

« Alors, moi qui aime apprendre, moi qui veux apprendre, comment pourrais-je échapper à une telle sentence ? »

Tchoukovski portera à nouveau une casquette d’étudiant, longtemps après, et c’est ce qu’il nous raconte dans ce récit parfois bien noir mais néanmoins plein d’humour qu’il conclut par :

« Je serai encore plus heureux si en lisant ce livre vous avez aimé ma mère, véritable héroïne du travail, ma chère soeur Maroussia, Timocha, Finti-Tonti, Tsylindre, Iglitzki, mon oncle Foma et… dois-je l’avouer ? … pour mon bonheur total, si vous avez partagé avec moi ma rancoeur envers Six-Yeux, Provok, Ziouzia et Tiountine, Geora Drakondidi, Saviéli… et autres « abrutis » que l’on croise encore ici et là au cours de la vie. Leurs apparences ont changé de nos jours, et je veux croire qu’il est plus facile de les déjouer que dans ces temps plus anciens décrits dans mon livre. »

Pas sûr…

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Traquemage

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Voici une petite perle qui mérite toute notre attention….
Il y a quelques mois, alors qu’à l’accoutumé je scrutais les parutions de bande dessinées pour la bibliothèque, voici que mon regard fut attiré par cette chose :

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…et plus particulièrement par cet ovidé :

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Un titre épique « Traquemage », un sous-titre bouffon « le serment des pécadous » et une couverture des plus intrigantes….

On ne compte plus le nombre de parutions de BD de parodies de fantasy. Certaines sont déjà des classiques, à juste titre : Kran, Lanfeust,… et d’innombrables autres séries, souvent de piètre qualité qui encombrent les rayonnages des libraires….

Il me semble extrêmement difficile d’innover dans ce style qui a tendance à tourner en rond!

Pourtant le résultat est excellent!

Petit aperçu de l’histoire : dans un monde médiéval fantastique, une guerre fait rage entre différents mages s’affrontant par dragons, griffons et gobelins interposés…au grand dam du petit peuple impuissant, subissant les sévices et conséquences de ces guerres.

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Pistolin est éleveur de cornebiques et fabricant de pécadous (fromages au lait de cornebique). Lorsque son troupeau est décimé par une armée de griffons et son village dévasté, il fait le serment de devenir un Traquemage, et de partir en croisade débarrasser le monde de la sorcellerie, aidé d’une brebis traumatisée et d’une fée alcoolique….

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Le dessin sert l’histoire à la perfection dans sa grossièreté et son vulgaire. L’histoire en générale, et les détails en particulier sont hilarant.

Anti-héros, orcs, paladin, quête,…tous les ingrédients traditionnels sont là, pourtant cette BD ne donne pas d’impression de déjà lu.

Beaucoup de gags sont vulgaires (et efficaces) mais sans pour autant outrepasser certaines limites, et feront donc, sans problèmes, un excellent divertissement pour les ados à partir de 15/16 ans.

Vous trouverez cette BD au Pôle jeunesse de la BFM, à la côte ADO BD TRA

So cute !

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Un peu de fraîcheur en cette période d’été avec « Paul dans le Nord » de Michel RABAGLIATI, paru aux éditions « La Pastèque » fin 2015  :

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« Été 76. Paul a 16 ans et ne rêve que d’une chose: une motocyclette Kawasaki KE100 pour fuir son quotidien et ses parents envahissants. Avec Ti-Marc, un nouvel ami rencontré à sa polyvalente, Paul traversera cette période difficile de son adolescence avec un peu plus de légèreté. Voyages en auto-stop, soirées arrosées entre copains et expériences nouvelles seront au rendez-vous. Le tout, sur fond de jeux olympiques, de musique de Peter Frampton et de Beau Dommage… »

Comme vous avez compris, la série « Paul » se passe au Québec, mais hormis le vocabulaire de nos cousins, les groupes musicaux datés, le hockey et le base-ball moins fréquents chez nous, les préoccupations de Paul et de son grand copain Ti-Marc sont terriblement universelles et toujours d’actualité : les moteurs, le sport et les filles…

Paul va vivre sous nos yeux son premier grand amour et le premier chagrin dévastateur. On a tous vécu ça, c’est à la fois rassurant et réjouissant. Loin d’être « cucul la praline » Michel Rabagliati nous entraîne sur des chemins connus, mais en même temps terriblement « exotiques » car je doute que la plupart d’entre nous aient fait du stop bien risqué en plein hiver dans le blizzard glacial des Laurentides, « simonac »… Le tout raconté avec beaucoup d’humour.

Si vous voulez vous dépayser un peu avant d’emprunter la BD et les autres de la série sur la mezzanine de la BFM (BD RAB), quelques pages en preview ici.

« Souvenirs de ma nouvelle vie »

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L’idée de départ est très attrayante et je me suis jetée dans le roman avec enthousiasme :

413hATTCXXL._SX344_BO1,204,203,200_(Marie Colot : Souvenirs de ma nouvelle vie , ‘Alice « Deuzio », 2013)

Charlie vient d’emménager – à son corps défendant – au rez-de-chaussée du plus grand immeuble de Bruxelles et n’a pas le droit de sortir de tout l’été…

Pourquoi tout cela ?

Marie COLOT sait ménager le suspense et l’intrigue se dévoile chapitre après chapitre.

En attendant, Charlie cherche comment occuper son temps :

« Je tournais à nouveau en rond. Cela ne m’aidait pas à noyer mon chagrin. Si j’avais été quelqu’un d’autre, j’aurais détesté être à ma place. J’ai sorti mon inséparable appareil numérique Powershot SX370HS. J’allais immortaliser les premiers instants dans le nouvel appartement. Histoire de garder les bonnes habitudes qui permettent de se sentir bien quand la vie est plutôt déprimante. C’est ce qu’ils voulaient dire à mes parents, les gens qui leur tapotaient l’épaule, avec une mine faussement triste, et qui leur glissaient :

  • il faut vous accrocher.

J’ai quitté mon poste d’observation pour trouver un bon angle de vue. Je voulais prendre, pour une fois, un panorama.

(…) J’ai cadré de façon à positionner Charlie au centre du paysage, entre un arbre et un vélo accroché à un poteau. Clic. C’est précisément à la seconde où une troisième goutte perlait sur mon front que j’ai eu cette idée fabuleuse qui a transformé mon existence  désespérante en feuilleton passionnant. Comme quoi, il suffit de pas grand chose. Puisque j’étais forcée de rester à l’intérieur, j’allais partir en expédition dans l’immeuble. Il est gigantesque : j’aurais eu tort de ne pas en profiter. Je monterai à chaque étage, je rencontrerai chaque personne et je me baladerai dans chaque appartement. Je pourrais ainsi découvrir la vue que les voisins ont de leur fenêtre. Et ça compenserait la déception du rez-de-chaussée.

J’ai calculé, évidemment : il y avait deux ailes réparties sur vingt-quatre étages composés de quatre logements. Ça équivalait à cent quatre-vingt-douze. A raison de deux occupants en moyenne par habitation, si je ne comptais pas les chiens, les chats et les poissons rouges, j’obtenais un total de trois cent quatre-vingt-quatre. Impressionnant. J’allais me faire beaucoup d’amis. Et connaître plein de secrets.

(…) Une idée, c’est comme une locomotive : elle entraîne avec elle toutes les autres. Grâce à celle que j’avais eue, mes pensées allaient à un train d’enfer. Avant de m’endormir, j’avais décidé encore deux choses. Lors de chaque visite, je volerais un objet – ne me prenez pas pour une cleptomane, c’était juste une stratégie pour conserver un souvenir de mon passage, comme certains achètent des cartes postales en vacances. Et, en plus, je ferai des statistiques. Je dessinerai un tableau dans mon carnet où j’indiquerais si le voisin m’avait prise pour une fille, un garçon ou était resté indécis. « 

Petit à petit se dessine l’histoire et surgissent les rencontres, on comprend mieux les raisons de tout cela.  Le livre est bien écrit, tendre et drôle à la fois, et se lit facilement.

Toutefois, au fur et à mesure que progresse le récit, on a l’impression d’un patchwork d’idées « originales », sauf qu’on les a déjà lues dans d’autres romans ados…  et que l’auteur n’en développe véritablement aucune. C’est sympathique, mais on reste sur sa faim.

Reste l’idée géniale de Charlie qui prouve, s’il en est besoin, qu’à toute situation apparemment bloquée, on peut trouver en soi une solution positive et libératrice.

L’île Louvre

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Que vos souvenirs de visite au Louvre datent de l’école élémentaire où vous vous y rendîtes en voyage scolaire ou bien des dernières vacances, vous allez certainement vous retrouver sur la double page de l’album de Florent Chavouet, pour peu que vous preniez le temps de d’observer la foule qui se presse sous la pyramide de verre…

Passé ce moment récréatif et tellement réaliste, suivez le guide pour une visite originale et humoristique du Musée du Louvre.

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Florent CHAVOUET,  que nous connaissions plutôt pour ses carnets du Japon, s’est fait accréditer en 2015 afin de pouvoir visiter le Louvre de fond en comble et réaliser cette BD ; il a croqué sur le vif personnel du musée (cf. par exemple la petite galerie des différents types de gardiens), visiteurs divers, des simples touristes aux artistes en mal de copies, scolaires etc., et la plupart des salles, celles qu’on visite comme celles interdites au public.

Peu de texte, mais délicieusement caustique, sur des aquarelles pleine page, précises et quasi inter-actives.

Mais Florent Chavouet s’amuse aussi et, bien que Paris se prépare à une hypothétique crue centennale, ne le prenez pas au mot (ici plutôt à l’image), on n’enfile pas un gilet de sauvetage en entrant et l’on ne peut encore bronzer sur la « plage Denon » tandis que le personnel en pause taquinerait le poisson.

Une agréable et intéressante bande dessinée parue aux éditions Futuropolis en fin d’année dernière.

La renarde

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Cette bande dessinée de Marine Blandin et Sébastien Chrisostome met en scène une renarde cruelle, rusée, fourbe…et très drôle ! Il ne faut pas se fier au dessin tout en rondeurs qui peut évoquer les histoires animalières pour les enfants… l’humour est noir et décapant !

La renarde croise le chemin de nombreux personnages : un chasseur/fermier au bout du rouleau devant l’incompétence et la stupidité de Georges son chien censé garder les poules en sécurité, une lapine dépressive aux yeux injectés de sang qui essaie tant bien que mal de garder ses petits lapins loin de la renarde, Kévin un énorme cheval rappeur qui hésite entre la liberté et la sécurité de son enclos avec nourriture assurée, un âne très énervé, des puces affamées, un loup à trois pattes miteux…

La renarde se joue de tous ces personnages avec perversité et imagination…pour le plus grand plaisir du lecteur !

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Peine de substitution

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Merci (oui ! c’est bien son prénom) Zylberajch a tagué la façade de son professeur de maths et jeté son cahier dans une poubelle où elle a mis le feu.
« Elle », enfin, elles étaient trois… Mais lorsque Merci se retrouve au commissariat, elle ne dénonce pas ses copines. C’est donc elle seule qui est présentée au juge des enfants une semaine plus tard.

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« Bredenne, dans la Marne. 9974 habitants et presque autant d’âmes. On parie combien que vous ne connaissez pas ? Faut dire aussi : entre Disneyland Paris et Bredenne, le choix est vite fait. Un peu trop vite peut-être… Merci Zylberajch, bientôt 16 ans et gothique jusqu’au bout des ongles, a commis des actes répréhensibles, comme on dit. Elle n’était pas seule, mais elle a décidé de porter le chapeau. Ses actes n’en méritent pas moins une sanction, d’autant qu’elle n’en est pas à son coup d’essai. Encore faut-il décider quelle sanction !

C’est pour cela que l’État français paie Sébastien Pirlot, juge des enfants. Un juge un peu… olé olé, si vous voulez mon avis. Pirlot ignore encore qu’en condamnant Merci à une peine de substitution, il va offrir à de nombreuses personnes… une joie de substitution. » (cf. Présentation éditeur)

Sur un scénario de ZIDROU, des dessins & couleurs d’Arno MONIN : « Merci » a paru chez GrandAngle fin 2014.

Le juge Pirlot prend le temps de discuter avec Merci et au fil de la conversation décide que celle-ci effectuera une peine de substitution de cent cinquante heures au sein du conseil municipal de sa commune qu’elle a copieusement critiqué au cours de l’entretien :

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Les réactions ne sont pas unanimes, certains ne sont même pas ravis, ravis et Merci va rapidement tourner en rond dans le bureau où elle est sensée réfléchir à un projet en direction des adolescents.

« Ce n’est pas en assistant à des réunions et en restant dans un bureau que l’on fait de la politique »

assène-t-elle à l’une des adjointes en décidant de sortir en ville.

En quatre chapitres, Zidrou et Monin ont réalisé une BD qu’on lit jusqu’au bout avec plaisir, désireux de constater que la peine aura, finalement, été gratifiante pour tous. Un peu d’optimisme ne fait pas de mal dans ce monde de brutes 🙂 D’autant que même la poésie fait irruption dans l’album !