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Autruche, bidoche et petits pois

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Toujours chez Gulf stream, « des abécédaires décalés, drôles et intelligents pour briller en société ! »

C’est ce qu’espère Gaëtan pour séduire la verte Vanessa. Non, non,  il ne s’agit pas de ces petits bonhommes verts « venus du fond des galaxies« , Gaëtan est amoureux de Vanessa, écolo convaincue. Et Gaëtan, lui qui en est encore aux nuggets de poulet, a beaucoup à apprendre sur le sujet. Heureusement, il y a Ryan…

Pour suivre ce Greenlove saison 1, attelons-nous à la lecture de « Vers un monde alternatif » de Benoît BROYART et Sylvie MUNIGLIA, paru chez Gulf stream en 2012. Comme d’habitude dans la collection « Et toc ! »,  le texte est émaillé d’ illustrations et animé par un flipbook réalisés ici par Mathieu de Muizon et suivi d’un quizz et d’une liste de livres, films, sites à consulter pour compléter le sujet.

Un sujet ardu mais que les auteurs débroussaillent utilement pour Gaëtan et nous, lecteurs.

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Rassurez-vous, la terre va bien… Mais

« Les scientifiques sont de plus en plus nombreux à penser que nous vivons une nouvelle crise d’extinction d’espèces. Voici ce qu’on peut lire dans un des passionnants dossiers de la série Sagascience, disponible sur le site du C.N.R.S. : la datation des fossiles nous permet de connaître la durée de vie des espèces passées. Nous savons désormais que, depuis l’apparition de la vie il y a 3,8 milliards d’années, la terre a connu cinq grandes crises d’extinction des espèces, suivies de phases d’expansion. Beaucoup de scientifiques considèrent que nous vivons aujourd’hui la sixième grande crise d’extinction et qu’elle est due à l’action de l’espèce humaine (Homo sapiens sapiens) sur son environnement.« 

Comment ne pas faire l’autruche ? Eh bien, en s’intéressant un peu à ce qui se passe autour de nous, au-delà de

« ceux qui nous font culpabiliser à chaque fois qu’on oublie d’éteindre une lumière ou qu’on laisse couler le robinet en se lavant les dents. Il y a les marchands de tous poils qui envahissent nos écrans avec leurs beaux discours alors que c’est juste un coup de publicité… et tout devient quasi bio ! Il y a ceux qui adoptent un look « peace and love néo baba-cool » pour rappeler les militants des années 70 proches de la nature. Et si le développement durable, ce n’était pas ça ? Si c’était une autre façon d’organiser le monde, une alternative au capitalisme. Si le développement « durable » était le développement soutenable. Si c’était une voie pour sortir des crises à répétition. L’économie sociale et solidaire, c’est quoi ? Les altermondialistes, c’est qui ? La croissance, tu vois bien ce que c’est mais la décroissance, qu’est-ce que c’est ? Les toilettes sèches, ça fonctionne ? Le progrès, c’est bon pour la santé ?  » (cf. présentation de l’éditeur)

Alors bidoche ET petits pois ou bidoche OU petits pois à la cantine, c’est ça ? Vous découvrirez à la page 187 comment « un p’tit pois pour moi« , c’est « un grand pas pour l’humanité ».

Vous trouverez des explications aux mots qui font – de temps à autre – la une des infos : « Agenda 21 », « burn out », « sixième continent »… La différence entre une consultation, une concertation et la démocratie participative. Comment certains pratiquent le « greenwashing ».

Vous découvrirez une référence à l’artiste et architecte autrichien Hundertwasser, désireux d’allier écologie et beauté :

 

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Vous saurez ce qu’était le B.N.B., hissé au rang de statistique officielle… au Bouthan !

Vous pourrez vous entraîner sur le thème du développement soutenable pour un prochain devoir sur table, classique page 195 ou slamé page 103.

Enfin, ce livre ouvre de nouvelles pistes pour réfléchir aux conséquences de nos choix de vie et agir en conséquence.

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« Obéir ? Se révolter ? »

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« Les parents commandent, les enfants obéissent : dans ce cas, la relation est naturelle. Mais elle ne l’est pas ailleurs. Pourtant, les hommes obéissent à leurs patrons, aux lois, aux gouvernants : c’est ainsi que se maintient l’ordre social. Mais pourquoi obéit-on et jusqu’où faut-il aller? Quel type d’obéissance, en société, laisse intacte la capacité de juger, sinon une obéissance réfléchie et librement consentie? Car on peut obéir et… cesser d’obéir : quand le pouvoir est exercé contre l’intérêt général et que les lois sont injustes et nocives.

Résister c’est faire reconnaître qu’on existe. Se révolter, c’est rappeler aux gouvernements qu’ils ont besoin du consentement des peuples s’ils ne veulent pas s’enfoncer dans la tyrannie. » (présentation de l’éditeur à propos du livre « Obéir ? Se révolter ? »)

Dans la collection « Chouette ! penser »  de Gallimard jeunesse / Giboulées, un court ouvrage pour réfléchir sur un sujet qui nous concerne absolument  tous : l’obéissance, à qui, à quoi, pourquoi, comment ?

Il y a un mois exactement je vous invitais à lire « Tina, Simon, Rachid et la politique, la vraie«  de Patrice Favaro et Philippe Godard chez Actes Sud junior. Le livre dont je propose la lecture aujourd’hui aurait pu en être l’introduction :

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« Obéir ? Se révolter ? »

L’auteur, Valérie GERARD, est professeur de philosophie et chercheuse. Dans ce petit livre d’à peine soixante-dix pages, elle nous amène à réfléchir à la notion même d’obéissance, à la différence fondamentale entre obéissance et soumission, la nuance de taille entre asservissement et obéissance librement consentie, etc. Certains mots utiles comme autorité, autonomie, arbitraire, devoir de réserve… sont expliqués en regard de leur utilisation. Et des citations en pleine page de couleur différente (la page !) aèrent le texte et le complètent à la fois, citations de personnages aussi variés et intéressants que Simone Weil, Jean-Jacques Rousseau, Hannah Arendt ou Kant.

Clin d’oeil et histoire dans l’histoire, un dessin sans paroles de Clément PAURD court en bas de page jusqu’au rabat de la couverture à la fin du livre.

« Ceux qui obéissent font l’autorité de ceux qui se font obéir.

Max Weber [sociologue allemand 1864-1920] explique ce phénomène étrange par trois causes . D’abord la tradition (…). Ensuite le charisme : certains nous impressionnent tellement, par leur allure, leur manière de parler, leur assurance, que nous faisons ce qu’ils nous demandent. (…) Enfin, on a tendance à obéir aux ordres de ceux qui occupent une fonction officielle en raison de leurs compétences : les généraux, les professeurs, les médecins, les juges, etc. Ici on obéit moins aux individus qu’à la fonction qu’ils incarnent ; et on n’est tenu d’obéir que si ce qui est commandé entre dans le cadre de la fonction (…).

Le problème de ceux qui respectent absolument les autorités est qu’ils s’en remettent à elles. Ils n’examinent pas leurs ordres, ils ne les discutent pas. C’est la démission du jugement. Les conséquences peuvent être terribles. On voit des hommes, aux ordres de gouvernants, de chefs militaires, de religieux, massacrer des populations entières, puis affirmer qu’ils n’y sont pour rien et qu’ils n’ont fait qu’obéir. Respecter aveuglément les autorités peut déresponsabiliser. C’est parfois tentant : renoncer à juger évite la fatigue de la réflexion, l’incertitude du doute ; on ne se sent responsable de rien, c’est tranquille !« 

Toutefois, il y a obéir et obéir : respecter le code de la route et s’arrêter au feu rouge, c’est assurer la sécurité de tous. Aucun de nous ne pourrait survivre en dehors de toute forme d’organisation sociale, ce qui implique forcément le renoncement à la liberté absolue de chacun. « J’obéis parce que je comprends pourquoi on me demande de le faire. » Ce qui ne m’empêche pas de porter un jugement, etc.

N’oublions pas qu’il s’agit d’un livre de philosophie, écrit pour stimuler et nourrir notre réflexion à propos de cette question à laquelle nous sommes chaque jour confrontés !

Du land art en ville

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Ou comment rendre le quotidien du béton plus attrayant ?
Le dernier livre de Marc POUYET , paru aux éditions Plumes de Carotte fin 2012 :

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est séduisant comme les précédents, au fil des saisons ou au potager.  Même si mon préféré demeure « Joueurs de nature, 45 jeux traditionnels en land art » dans la mesure où il allie le plaisir de collecter et d’installer les matériaux naturels à l’excitation liée au jeu, et permet à tout âge de passer un long moment captivant et partagé lors d’une balade ou au parc !

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Pratiquer le land art en ville est une idée sympathique, même si, dans l’immensité généralement grisâtre du décor urbain, cela ressemble un peu à une goutte d’eau dans la mer.

Mais on peut espérer qu’un piéton moins pressé remarquera le poétique alignement des gouttes de rosée sur les quelques feuilles disposées à terre, qu’un chauffeur respectueux n’écrasera pas le quadrillage savant des marrons bien cirés entre deux places de parking et qu’un enfant curieux suivra le cheminement que lui proposent les cailloux du « petit Pouyet ».

Le land art, pour celui qui agit, c’est l’école de la patience : il faut faire des repérages, réfléchir, observer ce qu’on veut mettre en exergue, choisir puis ramasser (ou l’inverse), faire preuve d’imagination, réaliser enfin, modifier parfois, expliquer peut-être…

Pour celui qui découvre, qui reçoit ce cadeau esthétique et désintéressé, c’est un aussi moment fort  : il faut décider de s’arrêter pour s’émerveiller ou s’interroger et,  pourquoi pas,  intervenir si l’on se sent également inspiré ?  Et puis, tout à son plaisir de re-création, accepter que quelqu’un s’immisce à son tour, etc.

Dans sa préface, Marc Pouyet fait allusion au mouvement de la « green guerilla » née aux Etats-Unis, les bombes à graines, les jardins clandestins créés sur les friches ;  de Grande-Bretagne nous viennent les « Incroyables comestibles », ces mini-potagers installés dans des bacs sur l’espace public… Le land art urbain participe lui aussi de ces mouvements d’échange : partager l’art, l’imagination, la beauté, est tout aussi nécessaire à la vie.

Le toutologue

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« Auditeur sachant auditer, ce n’est pas pour me vanter mais…  »
C’est la petite ritournelle du grand, de l’unique, de l’ultime : Philippe Meyer, toutologue devant l’éternel nous en met plein les oreilles et les neurones tous les matins vers huit heures sur France Culture.

Dans une chronique brillante, malicieuse et parfois rageuse, il nous parle au choix d’une actualité qui l’a mis en rogne, d’un film qui l’a inspiré, ou d’un livre qui l’a enchanté.

Philippe Meyer est celui qui nous donne envie d’assiéger la bibliothèque ou la librairie dès potron-minet pour enfin savourer le bouquin dont il nous a parlé, ou de nous ruer au cinéma, au théâtre ou au concert pour applaudir ou conspuer la performance de tel ou tel acteur.

Il nous fait découvrir le monde, et comme nous ne hantons pas les terminaux d’aéroports il voyage pour nous, par procuration, et nous ramène des morceaux choisis de tous les ailleurs.

Tout passe – les arts, la politique, ou plus prosaïquement des éléments de notre quotidien –
au crible de sa culture phénoménale et de son humour grinçant.

En écoutant Meyer on se sent intelligent et c’est une sensation qui n’a pas de prix, convenez-en.
Il nous parle du Littré aussi simplement que si c’était la liste des courses ou évoque Sainte-Beuve et Proust comme s’ils étaient ses voisins de palier.

3 minutes de pur bonheur du Lundi au Vendredi à partir de 7h56 pour se booster les neurones, ça ne se refuse pas !

"Thoreau La vie sublime"

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Quand on signe Walden, on peut difficilement s’exonérer de lire la BD sortie cet été au Lombard sur Henri David Thoreau :

    « Thoreau La vie sublime« 

réalisée par Maximilien LE ROY (pour le scénario et la couleur) et dessinée par A. DAN !

Magnifique album, servi par son élégant format (23 x 32 cm) et imprimé sur beau papier, enrichi d’un utile avant-propos de Maximilien Le Roy et de six pages documentées en fin d’ouvrage sur Thoreau, sous forme d’un entretien entre l’auteur et Michel Granger, spécialiste de la littérature américaine du XIXe siècle.

Et cependant, je suis partagée.

Dans sa préface, Maximilien Le Roy écrit à propos de l’oeuvre de Thoreau : « (…) Dès lors, elle s’adresse à qui veut s’en saisir. Et, avec l’humilité de ceux qui s’emparent d’une pensée, nous espérons la partager avec de nouveaux lecteurs. »

Je crains, justement, que cet album n’enchante que les inconditionnels de Henry David Thoreau.

Le dessin en est pourtant très lisible, certaines pages sont d’une grande sérénité rendant parfaitement les propos de Thoreau : « Il y eut des heures où je ne me sentis pas en droit de sacrifier la fleur du moment présent à nul travail soit de tête, soit de mains. J’aime une large marge à ma vie. Quelquefois, par un matin d’été, ayant pris mon bain accoutumé, je restais assis sur mon seuil ensoleillé du lever du soleil à midi, perdu en rêve, emmi les pins, les hickorys et les sumacs, au sein d’une solitude et d’une paix que rien ne troublait, pendant que les oiseaux chantaient à la ronde ou voletaient sans bruit à travers la maison, jusqu’à ce que le soleil se présentant à ma fenêtre de l’ouest, ou le bruit de quelque chariot de voyageur là-bas sur la grand-route, me rappelassent le temps écoulé. Je croissais en ces moments-là comme maïs dans la nuit, et nul travail des mains n’en eût égalé le prix. Ce n’était point un temps soustrait à ma vie, mais tellement en sus de ma ration coutumière. »

Alors qu’il s’installait pour deux ans à Walden, en pleine nature. D’autres nous rappellent que Thoreau ne fut pas qu’un contemplatif, initié en cela par son ami Ralph Waldo  Emerson, curieux de philosophie et de littérature orientales, mais qu’il a su associer la vie méditative et la vie militante.

Par exemple, il fut un abolitionniste convaincu, participant au « chemin de fer souterrain » qui aidait les esclaves à s’enfuir vers le Canada, partisan de la désobéissance civile en refusant de payer ses impôts au Gouvernement américain au moment de la guerre du Mexique. Il créa également, avec son frère John, opposé comme lui aux châtiments corporels et au bourrage de crânes en vogue dans les établissements scolaires de l’époque, une école ouverte sur la vie, tenant compte du développement psychique de l’enfant : « (…) J’entends qu’ils ne devraient pas jouer à la vie, ou se contenter de l’étudier, tandis que la communauté les entretient à ce jeu dispendieux, mais la vivre pour de bon du commencement à la fin. Comment pourrait la jeunesse apprendre mieux à vivre qu’en faisant tout d’abord l’expérience de la vie ? Il me semble que cela lui exercerait l’esprit tout autant que le font les mathématiques. « 

Mais, j’en reviens à la BD, je crains – à tort, je l’espère – que le découpage des séquences et le minimalisme du texte (même s’il correspond exactement à l’esprit de Thoreau) ne permettent pas à un lecteur qui ignore tout de Henry David Thoreau de se faire une idée complète de la biographie de ce personnage enthousiaste, qui voulait être « un homme d’abord, un Américain ensuite« , poursuivi toute sa vie par le thème de l’Indien, écologiste avant l’heure, qui inspira entre autres Gandhi et Martin Luther King.

Pour cela, il lui faudra lire la complète et intéressante postface. Espérons que tous le feront, justement ferrés par ce fort bel album !

Je m’en voudrais de ne pas en profiter pour citer un livre plus ancien, mais toujours d’actualité et toujours édité qui, le premier, parla de Henry David Thoreau aux enfants, s’inspirant de ce passage de Walden :                 « On me dit : « Je m’étonne que vous ne mettiez pas d’argent de côté ; vous aimez les voyages ; vous pourriez prendre le chemin de fer, et aller à Fitchburg aujourd’hui pour voir le pays. » Mais je suis plus sage. J’ai appris que le voyageur le plus pompt est celui qui va à pied. Je réponds à l’ami : « Supposez que nous essayions de voir qui arrivera là le premier. La distance est de trente milles ; le prix du billet, de quatre-vingt dix cents. C’est là presque le salaire d’une journée. (…) Soit, me voici parti à pied, et j’atteins le but avant la nuit. J’ai voyagé de cette façon des semaines entières. Vous aurez pendant ce temps-là travaillé à gagner le prix de votre billet (…). Au lieu d’aller à Fitchburg, vous travaillerez ici la plus grande partie du jour. »  et l’illustrant avec brio.

« Le voyage d’Henry » de D.B. JOHNSON (réédité en 2001 par Casterman dans sa collection « Les albums Duculot »).

Saison brune

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« Saison brune », ce titre m’interpelle, chemises brunes, « Matin brun »… s’agirait-il d’un livre sur le fascisme ? La couverture n’est pas très explicite :

En fait, le titre fait référence à une cinquième saison que, dans l’Etat du Montana (USA), on qualifie de « brune », entre l’hiver et le printemps, moment où la glace a fondu, transformant le sol en boue. Richard BASS en avait fait le titre d’un de ses livres : « Journal des cinq saisons »…

Mais là, point de journal poétique au fil des saisons, même si le fond en est le même : s’interroger sur l’avenir que nous offrirons à nos descendants.

Philippe SQUARZONI, lorsqu’il travaille à l’un de ses précédents livres (« Dol »), réalise : « Je parle de « réchauffement climatique ». J’écris « gaz à effet de serre » toutes les deux lignes, « réduction des émissions » … Mais en fait je ne sais pas de quoi je parle. »

C’est le cas d’un grand nombre de personnes, dont beaucoup – hélas – n’ont pas cette réaction courageuse : décider de s’informer enfin !

Pourtant, plus d’excuse avec ce roman graphique, dense certes, mais lisible, publié par les Editions Delcourt début 2012.

Philippe Squarzoni dès lors qu’il prend la décision de s’informer, se documente auprès du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dévalise le rayon « Environnement » de sa librairie, enquête auprès de spécialistes dont il entremêle les propos graves et parfois glaçants avec ses réflexions personnelles, humaines et sensibles. Ce qui permet d’alléger le ton du document et montre qu’il ne se pose pas en donneur de leçons, mais s’interroge – comme tout un chacun devrait le faire -, selon différents scénarios qu’il nous propose, sur les conséquences de nos activités humaines sur l’avenir de la planète et de nous-mêmes.

« Tu connais cette phrase de Woody Allen ? « J’aimerais terminer sur un message d’espoir. Je n’en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ? »

C’est ainsi que se termine ce passionnant documentaire graphique à lire de toute urgence.

Au bord du lac

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Deux histoires de re-naissance qui n’auraient rien en commun, si ce n’était un oiseau : le plongeon…

« Le garçon qui s’enfuit dans les bois« 

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est une histoire vraie. Un épisode douloureux – au sens propre et au sens figuré – de l’enfance de l’écrivain américain Jim HARRISON, lorsqu’à sept ans il perd son oeil gauche dans des circonstances absurdes.

Révolté, il va s’ensauvager jusqu’à risquer la maison de redressement… Mais un été, son père et ses jeunes oncles – tout juste revenus de la guerre en Europe – décident de construire un chalet au bord d’un lac du Nord-Michigan. Petit à petit, Jimmy va cesser de courir en tous sens et apprend à observer la nature et les animaux qui l’entourent.

« Son préféré était le plongeon, un splendide oiseau aquatique de la famille des canards, qui chantait une mélodie limpide, semblable aux pleurs d’un fantôme. Comme tous les jeunes humains, Jimmy adorait être effrayé par le mystère de la vie. Ce fut d’ailleurs le plongeon qui lui causa des ennuis. Son frère John, qui lisait couramment, avait lu à Jimmy maintes histoires sur de valeureux Indiens, si bien que Jimmy mourait d’envie de devenir un Indien. John inventait parfois des blagues ; un soir où la nuit était particulièrement sombre, il dit à Jimmy qu’il suffisait de nager en eau profonde au-delà des tortues géantes pour attraper le plongeon qui se cachait parmi le massif de roseaux situé au milieu du lac. »

Le texte de Jim HARRISON est agréablement mis en valeur par les dessins à la plume aquarellés de Tom POHRT, sur du papier ivoire,  dans un album de 24 cm sur 19, coédité par Le Seuil et Christian Bourgois en 2001.

Cinquante ans après cet été-là, et des dizaines de livres écrits depuis,

« le vieux Jimmy se souvient en souriant de toute l’histoire de son enfance difficile. Assis sur le rivage d’un lac immense, il regarde un plongeon qui chante sa mélodie adorable et fantomatique très loin au-dessus de l’eau. Sur le rivage il aperçoit trois corbeaux curieux qui, dressés sur le sable, observent le plongeon. Puis les corbeaux regardent Jimmy, qui est à ce moment-là vieux et très jeune, et Jimmy regarde le plongeon très loin au-dessus de l’eau, ce plongeon dont le chant ramène tout le monde à la vie.

***

« Le secret de Dillon« 

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est un roman de Kate BANKS qui se déroule également tout un été au bord d’un lac. Dillon, jeune garçon de dix ans, se trouve lui aussi confronté à un épisode difficile de sa vie et c’est à la compagnie d’un couple de plongeons huards qu’il doit de retrouver une certaine sérénité.

« Le huard ouvrit le bec. Mais il ne rit pas. Il secoua frénétiquement ses plumes et la tête. Puis il picota tout doucement la main de Dillon, dans la partie charnue située entre le pouce et l’index. Dillon se releva brusquement et recula.

– Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il.Mais le huard ne lui répondit pas. Il commença à creuser la terre sous ses pattes à coups de bec, amassant toutes sortes de débris. Puis il se mit à empiler des petites brindilles et de la mousse sur le pied gauche de Dillon.

– Qu’est-ce tu fabriques ? s’exclama Dillon. C’est ma basket !

Le huard n’en continua pas moins de creuser et d’amasser ses petites brindilles. Lorsque Dillon essaya de retirer son pied, l’oiseau poussa un ululement sonore. Il s’arrêta et considéra Dillon d’un oeil rouge qui semblait insondable.

– C’est bon, concéda Dillon.

Il s’accroupit, délaça sa basket et se déchaussa très lentement. »

Pour les amateurs de récits sur la nature, ces deux textes sont un délice. Rien de cruel comme dans le terrible récit de Jack London : « Construire un feu » dont j’ai déjà parlé précédemment, mais des moments décrits tout en finesse, calmes, poétiques, et cependant riches de suspense.