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Robinson japonais

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Le naufrage d’une vie n’est pas toujours provoqué par la mer…

Dans ce manga de Hiroshi MOTOMIYA, c’est la société qui se débarrasse de ses « maillons faibles ».

Kenzô Okada trouvera pourtant suffisamment de forces – et de ressources – en lui pour revivre après sa tentative de suicide ratée ; pour survivre et même pour sauver une vie, voire deux ou trois.

« Qui sauve une vie, sauve l’humanité tout entière ». Alors c’est une belle leçon d’humanité que nous donne Motomiya à travers son personnage étonnant dont la violence intérieure contraste avec la douceur et la beauté des paysages qui l’environnent.

Papastour nous avait récemment parlé de manuels de survie. Ce manga en est un autre.

Récit initiatique d’une grande concision, puisqu’il tient en un seul volume, il n’a pas la beauté mélancolique des oeuvres de Taniguchi, il n’y a pas de violence gratuite, mais on est tenu en haleine jusqu’à la fin.

Un beau livre pour s’évader encore un peu malgré la rentrée.

Glaçant…

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« L’animal était déprimé par le froid épouvantable. Il savait que ce n’était pas le moment de voyager. Son instinct lui disait une histoire plus vraie que ce que le jugement de l’homme disait à l’homme. En réalité, non seulement il faisait plus froid que quarante-cinq degrés au-dessous de zéro ; il faisait plus froid que moins cinquante, que moins cinquante-cinq. Il faisait soixante au-dessous de zéro. Le chien ne connaissait rien aux thermomètres. Il n’y avait probablement, dans son cerveau, nulle conscience aiguë de ce qu’était un froid intense, telle qu’on pouvait la trouver dans le cerveau de l’homme. Mais la brute avait son instinct. Elle éprouvait une appréhension vague mais menaçante qui la subjuguait, la faisait coller furtivement aux talons de l’homme, et la faisait s’interroger sur chaque mouvement inaccoutumé de l’homme, comme si elle s’attendait à ce que celui-ci aille au camp ou cherche quelque abri pour construire un feu. »

Mais  « l’homme » est sûr de lui, il a quitté la piste principale du Yukon pour rejoindre les gars de la vieille concession par une « piste indistincte et peu fréquentée [qui] s’éloignait vers l’Est à travers l’épaisse forêt d’épicéas ». C’est un trappeur, il sait qu’il arrivera au camp vers six heures. Déjà, il s’arrêtera à l’embranchement vers midi et demi et déjeunera de ses biscuits trempés de saindoux et renfermant chacun une belle tranche de lard frit. Il voyage léger, il n’est pas du pays et c’est son premier hiver dans le Klondike, mais il est observateur et il sait, par exemple, que les sources qui courent sous la neige et la glace sont des pièges…

« Construire un feu » est une nouvelle palpitante de Jack LONDON. A notre époque où certains s’offrent des stages de survie en milieu inhospitalier, lire ou relire les romans de Jack London est déjà une sorte d’initiation. Toutefois, Jack London n’écrit pas là qu’un beau récit sur la nature, son texte va plus loin sur les risques de la solitude… Solidaires, pas solitaires !

« Nul ne doit voyager seul dans le Klondike au-dessous de quarante-cinq degrés (…). Peut-être le vieux de Sulphur Creek avait-il raison. Si seulement il avait eu un compagnon de piste il n’aurait pas été en danger maintenant. Le compagnon de piste aurait pu construire un feu. Eh bien, c’était à lui de construire le feu à nouveau, et cette deuxième fois il ne devait pas y avoir d’échec. »

En 1897, Jack London avait lui-même participé à la ruée vers l’or dans le Klondike et, de cette expérience dans le Grand Nord Canadien, il en avait tiré matière à écrire « L’appel de la forêt » et « Croc blanc », que vous avez peut-être déjà lus. De même que des autres expériences de sa vie mouvementée et des épisodes misérables qui l’ont jalonnée, il a tiré des textes engagés, des textes qui parlent du sens de la vie et de la difficulté d’aller loin et de réussir lorsqu’on est seul.

Surréaliste !

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Vous connaissez le principe du « cadavre exquis » ?

« Jeu qui consiste à faire composer une phrase ou un dessin par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles puissent tenir compte des collaborations précédentes »                                              (cf. Dictionnaire abrégé du surréalisme)

Sur le coup, vous ne voyez que la méduse, bien dessinée, finement décorée… puis vous avisez son espèce de tête d’aubergine… interloqué, vous tournez alors le livre et, sur la 4ème de couverture, tout est dit :

En 1973, Stanley Cohen et Herbert Boyer, deux chercheurs américains, utilisent pour la première fois les techniques de recombinaison de l’ADN pour créer ce qu’ils appelleront une chimère génétique. Le nom quelque peu connoté risquait d’être mal perçu par le public et a donc été abandonné pour finalement s’appeler organisme génétiquement modifié (OGM). Julie Lannes a recueilli des textes scientifiques qui faisaient état de diverses expériences de manipulations génétiques. Puis elle s’est appliquée à imaginer et représenter les plantes qui pourraient naître de ces recherches.

« Chimères génétiques » n’est donc pas tout à fait un ouvrage de fiction, ni tout à fait un documentaire. Intrigué, vous ouvrez le livre, un bel album, élégant par son format (35 cm sur 25 cm), ses pages de garde marron glacé illustrées délicatement par quatre de ces fameuses chimères, la couleur crème de son papier… et c’est presque (!) un enchantement.

Imaginez les animaux d’Audubon mâtinés des roses de Redouté : sur la page de gauche, le dessin de la « chimère » à l’encre noire, suivie  du nom latin de ce « cadavre exquis » ainsi que de quelques explications sur sa création scientifique et, sur la page de droite, l’interprétation colorée cette fois qu’en fait Julie Lannes.

Ces magnifiques planches sont traitées comme un herbier, avec les racines, la tige, les feuilles, les fruits, sauf que des poissons poussent sur les fraisiers et les pommes de terre ressemblent à des grenouilles ou des méduses… mais lorsque le plant de riz porte des embryons humains ou le pied de tomates des coeurs, style planche d’anatomie, on commence à ressentir un peu d’effroi.

Et pourtant ces « chimères », monstres fabuleux issus de croisements monstrueux, existent déjà. Créations de scientifiques géniaux ou créatures d’apprentis sorciers ? Les contes regorgent d’apprentis sorciers dépassés par les événements en cascade qu’ils ont déchaînés mais ne maîtrisent plus.

Ne boudons pas notre plaisir, cet album édité en mai 2011 par l’Atelier du poisson soluble est original et d’une grande beauté, en plus de faire réfléchir au problème des O.G.M.

J'adore…

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« Genesis » de Bernard Beckett.

Anaximandre est étudiante.

Son maître Périclès lui a enseigné les dogmes fondamentaux sur lesquels la société est érigée.

Elle doit se soumettre aux questions de 3 examinateurs pour pouvoir accéder à l’Académie, caste toute puissante.

Ça, c’est la trame du roman!

Une analyse philosophique des principes d’une société bâtie sur les principes de la République de Platon.

(Je sais, je sais , ça a l’air barbant …)

La lecture en est tout de suite déstabilisante.

Où sommes nous ?

A quelle époque ?

Qui est vraiment Anaximandre ?

Mais c’est tout simplement génial, et la fin…

La fin est magistrale.