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« Hors champ »

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Dans ce roman publié dans leur collection « Encrage » par les éditions La Joie de lire en 2017 , Chiara CARMINATI s’intéresse à ce qui est « hors champ » durant la guerre de 14 dans le Frioul…

Plusieurs raisons pour nous y intéresser à notre tour : la guerre vue d’Italie, en effet jusqu’à présent nous avons – dans le cadre des commémorations du centenaire de la guerre de 1914-1918 – lu un certain nombre de documentaires et de romans français ou anglais voire allemands, mais italiens… guère. Et là où Chiara Carminati nous accroche, c’est qu’elle nous en parle du point de vue des civils, à travers les cinq années de la vie d’une famille dont les trois hommes sont au front ou sur les chantiers proches et, parmi les trois femmes restantes, la mère née à Grado sous domination autrichienne qui devient potentiellement suspecte et internée.

Ses deux filles, Jolanda (la narratrice) et sa petite soeur Mafalda, ainsi que l’ânesse Modestine trouvent alors refuge à Udine chez une « tante », vieille femme désormais aveugle qui a vu naître leur mère.

La guerre est en filigrane, portée par les rumeurs qui circulent, les lettres des soldats, mais aussi les bombardements autrichiens.

Une autre originalité du livre, c’est que chaque chapitre s’ouvre ou se clôt sur une photo… dont seule la légende extrêmement précise permet d’en imaginer le sujet.

C’est à la fois très frustrant et très inspirant. Chacun de nous a eu entre les mains un vieil album de photos en noir et blanc encadrées d’un étroit liseré crème, avec ses thématiques communes, par exemple l’image de la mère de famille assise entourée des enfants, le plus jeune sur ses genoux, photo destinée au mari et père, alors soldat dans les tranchées.

A nous donc, avec nos références ou notre imagination et les indices donnés par le texte de Chiara Carminati, de reconstituer les treize photos.

Enfin, intrigue supplémentaire, les deux jeunes filles vont découvrir l’existence de leur grand-mère maternelle…

Un récit enlevé, un secret, un jeu autour des images, la naissance d’un amour et d’une vocation, servent avec bonheur ce texte sur les « hors champ » de la guerre de 14, ce « fuori fuoco » traduit par Bernard Friot.

 

 

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Passagers – La tour bleue d’Etouvie

texte de Jeanne Benameur, photographies de Gaël Clariana, Mickaël Troivaux, Stephan Zaubziter

Il fut un temps baptisé les « Trente Glorieuses », où des architectes terrassés par leur propre génie ont dessiné et fait bâtir par ceux qu’on allait y enfermer, les « grands ensembles ».

Peut-être ces projets étaient-ils louables : des habitations à loyer accessible avec le confort moderne ; et peut-être était-ce séduisant pour ceux qui avaient les WC dans la cour ou qui se lavaient dans l’évier de la cuisine sans eau courante et sans chauffage.

On voit au hasard d’une photo de chantier  ces alignements de legos au milieu de grands espaces déserts, où l’on avait promis arbres, jeux pour enfants, écoles et centres commerciaux. Tout un monde refermé sur lui-même et ghettoïsé avant même que les habitants n’en aient pris possession. Etre domicilié à une de ces adresses vous classait sûrement et définitivement sur l’échelle sociale…

Une équipe de photographes, un écrivain – Jeanne Benameur – ont parcouru couloirs, coursives, appartements déserts et en ont fait un magnifique album témoin de ces intimités disparues.

Les habitants sont partis mais ont laissé derrière eux les scories de leur vie passée :

D’extraordinaires papiers peints, quelques vêtements d’homme dans une penderie qui gardent aux creux de la manche vide la pliure d’un bras disparu ; sur le mur d’une cuisine on suit la croissance des enfants tout au long d’une petite échelle gribouillée à même la tapisserie. Derrière une porte ouverte un siège de bureau à l’assise curieusement penchée semble nous regarder.

Et puis des photos : une petite fille posant devant La Télévision, une silhouette malhabile perchée sur des skis, un dirigeable qui passe au dessus de la cité, et ce tryptique étonnant: un petit garçon qui devient un homme et dont le sourire se fige.

La destruction programmée de ces grands ensembles dans des opérations médiatisées nous montrent des femmes en larmes, des hommes bouleversés : si pour certains le passage dans ces quartiers n’a été qu’un tremplin vers l’ailleurs, pour d’autres le séjour est devenu permanent, des amitiés se sont nouées de palier à palier. Des enfants sont nés, ont grandi, la retraite a sonné. Toute une vie communautaire soudée par les mêmes soucis, les mêmes espoirs.

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