Archives de Tag: Poésie

« Les contes de la ruelle »

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Quatre nouvelles assez intemporelles, mais qui se déroulent toutes dans un quartier du vieux Pékin. Dans ces fameuses ruelles aux maisons basses qui cachent de larges cours intérieures carrées qu’on nomme « hutongs ».

D’ordinaire les murs y sont gris et les entrées rouges, selon la volonté de l’Empereur, mais les aquarelles de NIE JUN les colorent joyeusement. On ne circule dans ces ruelles qu’en vélo ou en tricycle et c’est dans ce décor désuet et charmant que vivent Yu’er et son grand-père, Doubao, un ancien facteur.

Yu’er est une petite fille handicapée, ce qui ne l’empêche pas de se rêver en championne paralympique, ni de profiter de balades dans son quartier où traînent bien quelques voyous, mais aussi d’étonnants personnages comme un jeune garçon et son « paradis des insectes » ou un vieux peintre ronchon. Mais surtout il y a son pépé, sa collection de timbres et sa grande histoire d’amour.

La vie y paraît douce, comme les aquarelles de Nie Jun, mais pas « sucrée » :  l’auteur ne cache pas la réalité du quartier ni les difficultés liées au handicap de Yu’er, toutefois la relation entre l’enfant et son grand-père transcende tout et met du baume au coeur, même pour nous, lecteurs…

A la fin du livre, un petit carnet de croquis en noir et blanc de Nie Jun donne envie de s’envoler pour découvrir ce quartier de Pékin avant qu’il n’ait disparu pour cause de « modernisation » !

Un « one shot » touchant, pour tout public, édité en 2016 par Gallimard « bande dessinée ».

 

 

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Livre : Destins de chiens de Sébastien Perez

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Destins de chiens

Sébastien Perez,

illustrations Benjamin Lacombe

Editions Max Milo, 2007

Non, ce n’est pas un livre documentaire sur nos amis fidèles !

C’est plutôt une galerie de portraits de chiens, avec un petit texte sur leur maître. Chaque portrait est composé d’une page avec médaillon, les dates de naissance et de décès de l’animal, d’une page d’illustration, puis d’un texte en vers.

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Une quinzaine de portraits rassemblés qui sont en rapport avec la mort du chien ou avec celle de leur maître.

Les petites anecdotes et les illustrations sous forme d’humour apportent une touche d’originalité. Cela nous fait rire, mais aussi réfléchir!

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Chaque histoire est fonction du caractère des races de chiens choisies. Un petit index encyclopédique en fin d’ouvrage permet d’identifier chaque race, ses caractéristiques, et ses traits de caractère.

Cette façon d’ aborder le deuil de son animal permet de dédramatiser, sous forme d’humour cette première grande séparation.

 

« Un jour par la forêt »

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Qui n’a suspendu son pied un jour où tout allait mal, à la maison, au collège… en se demandant où aller ? Rentrer ? Avec les conséquences prévisibles, ou partir ? Et partir où ? Avec d’autres conséquences, peut-être encore plus dramatiques.

« Qu’est-ce qui pousse Sabine, petite élève de 5e, solitaire et rêveuse, à ne pas se rendre en classe, ce matin de printemps ? Pourquoi décide-t-elle ce jour-là de faire l’école buissonnière, et d’aller à la découverte d’un Paris qu’elle ne connaît pas très bien et qui l’a toujours fascinée ? Ce n’est pas seulement pour échapper au rendez-vous que la prof de français, excédée par son désintérêt, a fixé à sa mère.
La fuite de Sabine parle de honte et d’incompréhension. Honte de sa mère, qu’elle sent ne pas correspondre à l’image qu’on se fait d’une mère attentive, soucieuse de la scolarité de son enfant ; mais aussi honte de son milieu social où la culture reste un mot opaque, presque hostile. La petite prend soudain conscience que ce monde du lycée lui est fermé, comme il l’a été aux siens.
Mais, au cours de sa journée vagabonde, bien des choses vont changer pour elle. Le hasard d’une rencontre lui fera découvrir le trésor qu’elle porte en elle et qui ne demande qu’à être révélé. »
(cf. présentation éditeur)

« Un jour par la forêt » est un roman de Marie SIZUN, publié par Arléa en 2013.arton981

Le « clash » de départ, c’est le moment où le professeur de français déclame ridiculement – aux yeux de Sabine – le poème de Victor Hugo : « Demain dès l’aube ».

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps (…) »

« Demain dès l’aube » est dédié à sa fille Léopoldine, tragiquement noyée. Mais Sabine ne le sait pas, et puis Sabine, son père, il est parti.

Elle vit avec sa mère qui fait des ménages et quand la prof a écrit « Des moyens limités » sur son bulletin scolaire, elle a cru qu’il s’agissait d’argent.

 » « On n’a pas les moyens » : était une phrase de la vie courante. Elle survenait quand il s’agissait d’acheter quelque chose qui faisait envie à la mère ou à la fille, mais qu’on n’achèterait pas faute d’argent : « Pour l’instant, ce n’est pas dans nos moyens. » Les moyens, Sabine connaissait. Elle en entendait souvent parler. Mais si la mère avait assez vite compris que les moyens que sa fille n’avait pas, ou avait insuffisamment, étaient d’ordre intellectuel, elle n’avait pas cru bon de livrer son explication à la petite. Gênée, offensée pour son enfant, elle s’était tue. Sabine avait donc pensé qu’il s’agissait d’une appréciation de leur situation matérielle (…). »

Et donc, lorsque le professeur est en train de lire, Sabine éclate de rire. Et tout s’enchaîne, malheureusement…

Mais Marie Sizun ne sombre aucunement dans le misérabilisme et son livre est un hymne à l’intelligence, à la culture, à la beauté.

Un peu « tiré par les cheveux », peut-être, et encore ? Ils sont nombreux, finalement, ceux qui ont fait la bonne rencontre, au bon moment. Et n’ont ainsi pas rejoint le camp des perdus, des frustrés, des désespérés.

Pas de caricature dans ce livre, la résilience profite également au professeur.

Un livre à lire d’urgence quand on doute, mais pas seulement !

 

 

Peine de substitution

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Merci (oui ! c’est bien son prénom) Zylberajch a tagué la façade de son professeur de maths et jeté son cahier dans une poubelle où elle a mis le feu.
« Elle », enfin, elles étaient trois… Mais lorsque Merci se retrouve au commissariat, elle ne dénonce pas ses copines. C’est donc elle seule qui est présentée au juge des enfants une semaine plus tard.

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« Bredenne, dans la Marne. 9974 habitants et presque autant d’âmes. On parie combien que vous ne connaissez pas ? Faut dire aussi : entre Disneyland Paris et Bredenne, le choix est vite fait. Un peu trop vite peut-être… Merci Zylberajch, bientôt 16 ans et gothique jusqu’au bout des ongles, a commis des actes répréhensibles, comme on dit. Elle n’était pas seule, mais elle a décidé de porter le chapeau. Ses actes n’en méritent pas moins une sanction, d’autant qu’elle n’en est pas à son coup d’essai. Encore faut-il décider quelle sanction !

C’est pour cela que l’État français paie Sébastien Pirlot, juge des enfants. Un juge un peu… olé olé, si vous voulez mon avis. Pirlot ignore encore qu’en condamnant Merci à une peine de substitution, il va offrir à de nombreuses personnes… une joie de substitution. » (cf. Présentation éditeur)

Sur un scénario de ZIDROU, des dessins & couleurs d’Arno MONIN : « Merci » a paru chez GrandAngle fin 2014.

Le juge Pirlot prend le temps de discuter avec Merci et au fil de la conversation décide que celle-ci effectuera une peine de substitution de cent cinquante heures au sein du conseil municipal de sa commune qu’elle a copieusement critiqué au cours de l’entretien :

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Les réactions ne sont pas unanimes, certains ne sont même pas ravis, ravis et Merci va rapidement tourner en rond dans le bureau où elle est sensée réfléchir à un projet en direction des adolescents.

« Ce n’est pas en assistant à des réunions et en restant dans un bureau que l’on fait de la politique »

assène-t-elle à l’une des adjointes en décidant de sortir en ville.

En quatre chapitres, Zidrou et Monin ont réalisé une BD qu’on lit jusqu’au bout avec plaisir, désireux de constater que la peine aura, finalement, été gratifiante pour tous. Un peu d’optimisme ne fait pas de mal dans ce monde de brutes 🙂 D’autant que même la poésie fait irruption dans l’album !

« J’ai rêvé tellement fort de toi »

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Si je vous dis : « Robert DESNOS » ?

sans doute allez-vous retrouver dans votre mémoire quelques bribes comme :

« Une fourmi de dix-huit mètres / Avec un chapeau sur la tête / ça n’existe pas, ça n’existe pas.

(…) Et pourquoi pas ?« 

ou bien encore :

« Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment… »

ou le « ciel bleu, ciel gris, ciel blanc, ciel noir » du « Tamanoir »,

extraites des « Chantefables pour les enfants sages » écrites par Robert Desnos en 1943 que les éditions Gründ viennent de rééditer en fac simile de l’édition originale de 1944 avec les illustration d’Olga Kowalewsky, pour les 70 ans de la mort du poète, déporté au camp de Terezin :

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Car Robert Desnos n’était pas qu’un charmant poète pour les enfants, ce fut aussi un résistant, écrivant à sa compagne Youki en 1940 :

« J’ai décidé de retirer de la guerre tout le bonheur qu’elle peut me donner : la preuve de la santé, de la jeunesse et l’estimable satisfaction d’emmerder Hitler.« 

De là une nouvelle lecture de ces poèmes que proposent Yves Thouvenel et Brigitte Bourdon sur leur blog et dans leur spectacle :

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Malheureusement le 22 février 1944, la Gestapo vient cueillir Robert Desnos chez lui ; bien que prévenu de leur venue, il avait préféré les attendre, craignant qu’ils n’embarquent Youki en représailles.

Il mourut du typhus à Terezin le 8 juin 1945, quelques jours après la libération du camp. On retrouva dans sa poche un merveilleux poème d’amour qu’on a longtemps cru être le dernier qu’il ait écrit :

                                                                               Le dernier poème

« J’ai rêvé tellement fort de toi,

J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il  me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée.« 

 

[En fait, il avait dédicacé ce poème en 1926 « à la mystérieuse« , ce qui n’enlève rien à l’émotion que procurent ces vers. ]

Miroir, mon beau miroir

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Un nouvel album de Béatrice PONCELET
Comment ne pas se réjouir ?

Sa dernière création datait de 2011 : « … dans la véranda », ouvrage mince et de petit format, tout le contraire de celui-ci.

« Miroirs » est, en effet, très étonnant, grand objet en cartonnage fort, haut de 34 cm, large de 21 et épais de près de 4 cm.

Deux miroirs sur la couverture reflètent – en miroir – le nom de l’artiste, le titre du livre et le nom de l’éditeur qui s’est heureusement lancé dans pareille aventure, Thierry Magnier.P1090904

 

Pas de page de garde, pas de page de titre, comme à l’accoutumée on entre de plain pied, j’allais dire « dans l’histoire »… Mais, comme à l’accoutumée, il n’y a pas d’histoire, juste un fragment de vie, Béatrice Poncelet ayant le don de transformer des moments personnels en oeuvre d’art !

L’image occupe toute la page et dès la première, là voilà placée sous l’évident vocable de Lewis Carroll. D’ailleurs, n’est-ce pas l’oeil d’Alice qui se/nous regarde ?

Puis ce sont les époux royaux peints par Velasquez , les parents de l’Infante Marguerite  d’Espagne, qui apparaissent dans le miroir, filiation, ressemblance ? Une nouvelle piste.

Mais attention, l’oeil de Cézanne âgé, fait face à un jeune visage aveugle (?), comme pour nous garder de toute précipitation.

Et le jeu reprend. Les objets eux-mêmes dispersés dans les pages – comme à l’accoutumée – font sens, balles bicolores, Lego© imbriqués…

Puis tout à coup, la crise ! Faisant écho à celle de Tweedledum. Colère du personnage hors-champ, imprévisible pour nous spectateur, mais peut-être pas pour la narratrice…

« … parfois devant l’outrance de tes gestes et de tes mots, on reste sans voix…

dans ces moments je me tais, n’ose rien dire, je me revois… »

Un premier miroir est brisé. Mais le jeu reprend. Poétique, philosophique même.

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On retrouve avec bonheur les techniques variées de Béatrice Poncelet, pastels, peintures à l’ancienne, collages, typographie réfléchie, natures mortes, délicate broderie d’ombres, riches arabesques d’un balcon.

Puis l’enfant, allongé au sol, observe les nuages et l’on ne sait plus très bien s’il s’agit d’Alice ou ?

 

Qui d’entre nous n’a cherché à savoir qui il était, d’où il venait, à qui il ressemblait et, en même temps, se vouloir unique ?

« Miroirs
pense-t-on que ces reflets, fidèles parfois, peut-être… je l’admets ! déformés plus souvent, nous rassurent ?
qu’en t’y voyant, je m’imagine sans fin ?

qu’enfin on cesse de faire de toi un double, une ombre qui nous sied… un autre moi,
et qu’on range ces miroirs !!!« 

 

Ce nouvel album invite à reprendre les autres, tout particulièrement  « Et la gelée… framboise ou cassis ? » 9782020500333

Ou « Chez elle… chez elle ». Et jouer à y retrouver les clins d’oeil de « Miroirs« , objets, personnages, sensations…

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« Le soleil noir de la Mélancolie »

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« Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.« 

C’est drôle comme souvent, pour moi, une oeuvre fait écho à une autre.

A peine avais-je terminé ce dernier Jirô TANIGUCHI : « Les gardiens du Louvre » (publié fin 2014 par Louvre éditions et Futuropolis)

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que me revenait en mémoire ce poème* de Gérard de Nerval, « El desdichado » …

 

« Au terme d’un voyage collectif en Europe, un dessinateur japonais fait étape en solitaire à Paris, dans l’idée de visiter les musées de la capitale. Mais, cloué au lit de sa chambre d’hôtel par une fièvre insidieuse, il se trouve confronté avant tout à une forme de solitude absolue, celle des souffrants en terre étrangère, privés de tout recours immédiat au coeur de l’inconnu. Alors que le mal lui laisse quelque répit, il met son projet à exécution, et se perd dans les allées bondées du Louvre. Très vite, il va découvrir bien des facettes insoupçonnées de ce musée-monde, à la rencontre d’oeuvres et d’artistes de diverses époques, au cours d’un périple oscillant entre rêve et réalité, qui le mènera pour finir à la croisée des chemins entre tragédie collective et histoire personnelle.
Avec cet album en forme de voyage intérieur, Jirô Taniguchi nous invite à une traversée temporelle et artistique à la découverte d’un esprit des lieux, sous la houlette de quelques figures tutélaires, familières ou méconnues… Car le Louvre a ses gardiens. » (Présentation éditeur)

Comme pour le magnifique « Venise » (édité par Louis Vuitton à l’été 2014 dans sa collection « Travel books »), Jirô Taniguchi nous entraîne dans un récit qui semble être autobiographique mais nous transporte dans un monde mi réel, mi fantastique.

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Dans « Les gardiens du Louvre », Taniguchi s’évade des salles les plus encombrées de touristes pour se retrouver face à Corot peignant ses tableaux ou nous entraîne à Auvers-sur-Oise rencontrer Van Gogh…

Asai Chu, Saint-Exupéry ou la Victoire de Samothrace sont là autant de « gardiens » et de guides de ce musée qui depuis une petite dizaine d’années croise ses milliers d’oeuvres avec le regard de dessinateurs de BD.

J’avais parlé, il y a deux ans, de Bilal et ses « Fantômes du Louvre »  dans cette collection « Musée du Louvre »,  c’est là un tout autre style que le style de Taniguchi, terriblement élégant et chargé d’émotion.

Ce sont aussi des fantômes qu’y croise Taniguchi, mais sans violence, avec tendresse, comme les innombrables promenades de rêve auxquelles il nous a déjà tellement conviés.

J’en suis « fan », vous l’avez constaté,  et je ne peux que me réjouir à l’idée que cette année Jirô Taniguchi sera l’invité exceptionnel du 42ème Festival de la bande dessinée d’Angoulême qui consacrera une grande exposition à ce merveilleux mangaka « passeur » entre Orient et Occident.

 

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(*) « El desdichado » , Gérard de Nerval, extrait du recueil  « Les Chimères » (1854)