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Pourquoi mentir ?

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Un drôle de bouquin…
En fait, je m’aperçois que c’est la troisième fois que nous postons un commentaire sur un livre de Catherine GRIVE.

Le sujet premier de ce roman, c’est le mensonge. Catherine Grive avait déjà exploré cette thématique, mais il s’agissait d’un album pour les plus jeunes : « Le mensonge » avec l’illustratrice Frédérique Bertrand, édité par ce même Rouergue en 2016.

Elle récidive donc avec « La fille qui mentait pour de vrai »  (Rouergue, collection « doado », 2018) :

« (…) Elle ment pour se rendre intéressante. Elle ment pour sauver la mise. Elle ment pour être gentille. Elle ment pour faire plaisir. Elle ment pour s’inventer. Elle ment pour se marrer. Et elle ment pour rien. Du coup, à elle, on ne peut rien cacher. Mais est-ce vrai, ça ? » (cf. 4ème de couverture)

En fait, Kim(berly) s’est mise à mentir il y a bien longtemps : en maternelle, déjà, elle se faisait passer pour un garçon et puis :

« Je suis partie furieuse contre elle [sa copine Elise]. Et comme chaque fois que ça arrivait, le même souvenir est remonté à la surface. On était en CM1, je lui avais raconté que papa était allé jusqu’au cercle polaire en camion et elle ne m’avait pas crue. J’avais beau lui avoir décrit les roues hautes comme ça dans la neige, papa qui dormait dans la cabine, elle secouait la tête en répétant « mytho, mytho, mytho ». C’était infernal.

Le lendemain, comme d’habitude, je l’avais attendue devant l’école. Ne la voyant pas arriver, j’étais rentrée dans la cour et là, je l’avais vue avec Camille et Justine qui complotaient sous le préau. En me voyant, elles m’avaient tourné le dos. Et en classe, plus personne ne m’avait parlé. La rumeur s’était propagée en quelques minutes : j’étais une sale menteuse. »

C’était pourtant bien la vérité, le père de Kim est chauffeur routier, Esajas Östermalm, un Suédois d’origine Sami, et ses missions le conduisent régulièrement vers le Grand Nord, la Suède, la Norvège, la Finlande, voire l’Arctique.

Et c’est le second sujet de ce roman très émouvant : la relation quasi-fusionnelle de Kim avec son père.

Or son père est parti depuis un bon moment dans son Scania et cela fait trois semaines que personne n’a plus de nouvelles…

Cela fait trop pour Kim, elle voit bien que sa mère ne lui dit pas toute la vérité, que son petit frère est malheureux aussi. Et en même temps, sa fameuse copine Elise est préoccupée par un certain Julien, tandis qu’elle-même, Kim, est attirée par Xavier, un garçon de terminale L.

« Nos regards se croisaient souvent dans les couloirs, mais on ne s’était jamais parlé. On devait se reconnaître à notre look mi-fille, mi-garçon, à cette hésitation qui devait émaner de nous. »

Et Kim se rend compte que mentir sans arrêt complique les relations.

« Mais qu’est-ce que j’avais, merde ? Qu’est-ce qui me prenait de mentir comme ça ? Je n’arrêtais pas. Je le faisais maintenant en mangeant, en buvant, en marchant. Je ne pouvais plus faire autrement, comme si la vérité était devenue une chose dangereuse.

J’étais perdue. Jamais papa ne m’avait autant manqué.« 

 

A lire en écoutant David Bowie, comme Kim.

 

 

 

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« Mon père était boxeur »

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Une bande dessinée et un film réalisés par une fille : Barbara PELLERIN sur son père, Hubert PELLERIN.

Une histoire vraie, une histoire particulière, mais qui peut toucher grand nombre d’entre nous, tous ceux pour lesquels la communication n’a pas été facile…

« Les rares conversations téléphoniques étaient vides, nous ne savions pas quoi nous dire.« 

boxeur-etape-couv

« Cadet d’une famille de 14 enfants, mon père avait l’habitude de se faire respecter avec les poings.
A 18 ans, galvanisé par un titre de champion de France espoirs, il interpella ma mère
dans la cour de l’usine et là demanda en mariage.
Durant 17 ans, ma mère accompagna ses victoires et ses défaites.
Pourtant de leur histoire, je ne souviens que des disputes violentes, de mon père fou de rage,
fou d’amour,
fou de jalousie, fou d’une violence qui le dépassait.
Malgré tout, au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un trait d’union
entre nous deux.
A 30 ans, désormais armée d’une caméra, je décide de le suivre aux abords du ring.
Ce récit est le portrait d’une relation entre un père et sa fille. » (Présentation éditeur)

« (…) En allant le rencontrer,

je retrouve mes terreurs d’enfant. »

Le récit, relativement sobre, de Barbara PELLERIN a été illustré par Vincent BAILLY.
Il est accompagné d’un DVD réalisé par Barbara et KRIS. Cinq années de travail pour exorciser les souvenirs,
les souvenirs d’une enfance prise en étau entre un homme et une femme qui se sont aimés puis quittés.
« Pourtant, de leur histoire, je ne me souviens que
des disputes violentes, de mon père fou de rage,
fou d’amour, fou de jalousie, fou d’une violence qui le dépassait.. »
« Et pourtant, au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un trait d’union entre nous deux. »
Barbara décide donc de filmer son père dans son environnement professionnel, la boxe et le club
où il est désormais entraîneur.
Son père se prête plus ou moins volontiers à ces entretiens filmés, souvent il fait répéter la question,
problèmes d’audition réels dus à ce sport violent ou simplement gêne ?
Nous aussi, spectateurs, sommes parfois gênés, gênés des questions qu’elle pose, gênés de sa gêne à lui,
de ses réponses qu’on connaît trop bien :
« Je ne l’ai jamais dit, mais je le savais… »
Ne jamais dire, ne jamais exprimer ses sentiments… « Tu étais une vraie brute, un ours balourd,
mais tu étais aussi un homme blessé. »
« Comment parler avec son père ?
Comment vraiment parler avec son père lorsqu’on est devenu adulte ?
D’égal à égal ? Et puis après, comment parler de son père lorsqu’il n’est plus ? »
Car, peu de temps après ces entretiens et ce film, Hubert Pellerin décèdera à l’hôpital psychiatrique
où il était soigné pour dépression.
« Parfois, je croise dans la rue des hommes qui me rappellent la forme de ton visage ou ta silhouette.
J’entends alors instantanément ta voix grave et douce m’appeler… »
 Une histoire personnelle, unique et, pourtant, tellement « universelle ». Un coup de coeur. Un coup au coeur.
Barbara Pellerin, Vincent Bailly et Kris :
« Mon père était boxeur »
(Futuropolis, Quilombo films, 2016)