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« On ne voit bien qu’avec le coeur… »

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« Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde » (extrait du « Petit Prince » de Saint-Exupéry)

Difficile de ne pas penser au renard du petit Prince en lisant le roman de Sara PENNYPACKER : « Pax et le petit soldat » (illustré par Jon KLASSEN et édité par Gallimard jeunesse en 2016).

Mais ces deux-là se sont apprivoisés depuis longtemps.

« Pax n’avait pas l’habitude d’être seul. Il était né au milieu d’une portée remuante de quatre renardeaux, mais leur père avait disparu avant même que les petits n’apprennent à reconnaître son odeur, et peu après, un matin, leur mère n’était pas revenue. L’un après l’autre, ses frères et sa soeur étaient morts, et dans le terrier froid n’était resté que son seul battement de coeur jusqu’à ce que son garçon, Peter, le tire de là.

Depuis ce jour, chaque fois que son garçon partait, Pax allait et  venait dans son enclos jusqu’à ce qu’il revienne. Et, la nuit, il gémissait pour qu’on le laisse entrer à l’intérieur, où il pourrait entendre son humain respirer.

Pax aimait Peter ; plus encore, il se sentait responsable de lui, voulait le protéger. Quand il ne pouvait pas jouer ce rôle, il en souffrait. »

Maintenant Peter a douze ans et son père lui a dit :

« Nous allons entrer en guerre. Cela signifie que tout le monde doit faire des sacrifices. Je dois m’engager, c’est mon devoir. Et toi, tu dois partir. » Bien entendu, Peter s’y était à moitié attendu. Deux de ses amis avaient déjà fait leurs bagages avec leurs familles et étaient partis dès que les rumeurs d’évacuation avaient couru. Ce à quoi il ne s’était pas attendu, c’était au reste. Au pire. « Et ce renard… Bah, le moment est venu de le relâcher dans la nature, de toute façon. »

Alors ils ont lâché Pax dans la forêt.

Mais plus Peter y pense et plus il est malheureux et il décide de reparcourir à pied, seul, les cinq cents kilomètres qui le séparent de son renard…

Une histoire absolument magnifique, déchirante, à deux voix. Celle de Peter et celle de Pax, qui lui aussi veut « retrouver son humain » et ne plus jamais le quitter, mais qui, en attendant doit survivre dans un environnement hostile, qu’il ne connaît pas et, qui plus est, perturbé par la guerre.

Peter en chemin va rencontrer Vola, une ancienne soldate qui vit en solitaire à cause, on le comprend, d’un syndrome de stress post-traumatique. Vola va l’héberger quelque temps car Peter s’est blessé, et lui explique petit à petit ce que la guerre détruit chez les hommes et dans la nature.

Pax, lui, va rencontrer Hérissée, une jeune renarde qui le tolère et va l’aider à s’adapter, mais ils doivent faire face aux prédateurs et à la guerre qui mine les terres et complique la recherche de nourriture.

Sara Pennypacker s’est abondamment renseignée sur les renards roux :

« Dans ce roman, lorsque le comportement des renards correspond à la réalité, c’est grâce à son expertise [de Matthew Walter, biologiste de l’Etat de New-York et talentueux observateur des animaux sauvages, qui a passé des années à étudier les renards roux sur le terrain ], qu’il a généreusement partagée avec moi. Lorsque ce n’est pas le cas, c’est que j’ai dû faire un choix afin de répondre aux besoins de l’histoire. J’incite vivement les lecteurs à faire eux-mêmes des recherches sur ce splendide animal. »

Je n’en raconte pas plus : lisez ce livre !

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