Archives de Tag: Roman

Nulle et Grande Gueule

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Joyce Carol Oates est un auteur très prolifique. Vesperr avait adoré Nous étions les Mulvaney et j’avais beaucoup aimé deux de ses romans pour ados : Sexy et Ce que j’ai oublié de te dire. La lecture de Nulle et Grande Gueule (même si je trouve le titre complètement raté …) ne m’a pas déçue !

Ursula est une lycéenne. Elle est mal dans sa peau, notamment à cause de sa grande taille. Cela lui permet pourtant de briller au basket, sa passion. Elle s’est forgée un personnage qu’elle surnomme La Nulle, une carapace contre l’extérieur. Totalement solitaire, elle se contrefiche de l’avis de tout le monde : profs, parents, coéquipières de baskets, camarades de lycée… Matt, lui est toujours bien entouré. Il fait parti d’une bande d’élèves populaires, écrit pour le journal, aime faire rigoler les autres… Jusqu’au jour où il est accusé d’avoir posé une bombe au lycée et planifié une tuerie de masse. Si il se dit un premier temps qu’il va être facile pour lui de prouver que ce n’est pas le cas, il va vite déchanter… Il se retrouve isolé face aux rumeurs, au harcèlement. Jusqu’au moment où Ursula, qui ne cède pas face à l’effet de groupe, décide de lui tendre la main…

Encore un très bon roman de Joyce Carol Oates. La société lycéenne est très bien dépeinte, ainsi que l’hystérie qu’entraîne ce genre d’événement : l’emballement médiatique, les personnes misent du jour au lendemain au ban de la société… Comment une petite phrase peut déclencher une avalanche de problèmes pour soi, et son entourage.

 

La bibliothèque des citrons

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La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill

Calypso a 10 ans et une passion dévorante pour les livres. C’est une enfant solitaire, qui préfère la compagnie des mots à celle des autres enfants. Elle tient cette idée de son père, auteur solitaire qui passe ses journées enfermé dans son bureau depuis le décès de sa femme. Cette vie convient très bien à Calypso, jusqu’au jour où elle rencontre Mae. L’amour des livres rapproche les deux enfants. En côtoyant Mae et sa famille, Calypso va progressivement se rendre compte que ce n’est pas normal que son père passe si peu de temps avec elle, oubliant même de lui faire à manger…

Un livre qui sous une couverture joyeuse et une écriture simple cache des sujets assez difficiles : la perte d’un proche, les enfants qui doivent assumer des responsabilités pas de leur âge… et au fil des pages on sent l’amour que voue l’auteur à la littérature avec des dizaines de titres de livres cités.

Indian Creek de Pete Fromm

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« Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important, je me lançai :
– Heu…c’est quoi, une corde de bois? »

J’ai toujours beaucoup aimé les histoires de trappeurs et d’aventuriers. On y découvre des hommes bien trempés affrontant les périples de la Nature grâce à leur expérience, souvent au prix de grands sacrifices.
Pour un citadin ces histoires sont passionnante et exotique.

Mais le plaisir de lire Indian Creek est autre : ici pas de trappeurs endurcit comme Hugh Glass *, pas de baroudeurs professionnels comme Sylvain Tesson.
Rien de tel, juste un petit étudiant américain de 19 ans, passionné de natation, qui accepte sur un coup de tête, bien vite regretté, une mission de 7 mois en hiver en solitaire dans les Rocheuses.
Armé de sa seule inexpérience, il devra survivre 7 mois aux rigueurs de l’hiver en vivant dans une tente de 3 mètres carrés.

Le récit est prenant dés les premières pages, le narrateurs extrêmement attachant, le récit fluide et drôle (surtout lu bien au chaud dans un bon fauteuil!)

Un livre à conseiller à tous les amoureux de l’aventure, en rangers ou en pantoufles!!!!

Vous trouverez ce livre à la BFM de Beaubreuil, à la côte LIT FRO

* Hugh Glass : trappeur ayant survécu à une attaque d’ours et s’étant traîné blessé et sans armes sur 300 km. Le film Revenant s’inspire de son histoire.

« L’appel de la forêt »

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Ceux qui nous suivent depuis le début de l’aventure de « Serialblogueuses » doivent se dire… Jack LONDON !

Encore ? Eh bien oui…

Alors même si vous avez déjà lu « L’appel de la forêt » sur nos précédentes recommandations, prenez le temps de le regarder, voire de le relire dans cette magnifique édition proposée par Sarbacane dans sa collection grand format (37 cm sur 26 cm), « Grands classiques illustrés« .

Format qui met réellement en valeur les peintures à l’huile de Maurizio A.C. QUARELLO : imaginez ce tableau  ou le dernier combat de Spitz contre Buck en double page de plus de cinquante centimètres de large …

Avouez qu’en ces périodes de grosse chaleur, c’est drôlement agréable de se « rafraîchir » dans ces paysages enneigés.

Même si l’histoire, dans sa nouvelle traduction de Annie-France Mistral, n’en est pas moins rude :

« Buck, le chien géant héros de L’Appel de la forêt, connaît un destin inverse à celui du célèbre Croc-Blanc : « aristocrate » gâté, élevé dans une souriante vallée du Sud, il se trouve précipité en pleine ruée vers l’or dans la haine et la barbarie, et doit renouer avec ses instincts les plus primaires pour survivre. Il connaîtra un temps un amour absolu pour un homme des bois, rude et juste. Mais à la mort de ce maître adoré, plus rien ne le retiendra pour répondre enfin à « l’appel de la forêt », et devenir le chef redouté d’une horde de loups sauvages. »

Si vous aimez le style de Maurizio A.C. Quarello, vous pouvez trouver  à la BFM de Limoges une vingtaine d’autres livres illustrés par cet artiste.

 

Inséparables

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Inséparables est une roman écrit par Sarah Crossan et traduit par Clémentine Beauvais.

Grace et Tippi sont soeurs. Elles sont siamoises. Elles vivent avec leur père qui a un petit faible pour la bouteille, leur mère qui travaille comme une forcenée pour payer les factures médicales, leur grand-mère qui manque souvent de tact et leur petite soeur effacée par toute la place que prend la santé de Grace et Tippi dans la famille. Et cet automne elles vont faire leur entrée au lycée. C’est un gros changement pour elles d’essayer d’avoir une vie plus normale. Pour cela il faut affronter le regard, les questions, la curiosité malsaine des autres. Elles se lient d’amitié  avec Jon et Yasmeen, qui les acceptent comme elles sont. Grace et Tippi commencent alors à expérimenter la vie d’ado, enfreignant les règles, elles qui ont toujours vécu dans un univers où tout tourne autour de leur santé.

Pour écrire ce roman, l’auteur a fait de nombreuses recherches sur la vie des siamois, pour arriver à retranscrire ce sentiment d’être un tout en étant deux, inséparables mais avec sa propre personnalité. On s’attache rapidement à Tippi et Grace, leur humour, leur joie de vivre. Un très beau roman sur la différence, la tolérance, l’acceptation de soi qui a la particularité d’être écrit en vers.

Caroline dit,

« Vous riez beaucoup. C’est enthousiasmant.

Même dans votre condition, vous dites oui à la vie. »

Je ne sais pas trop

ce que je suis censée dire à la vie

à part oui.

Des racontars arctiques

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Pour se rafraîchir un peu par ces temps de grosses chaleurs, je vous propose une petite excursion dans les immensités glacées du Groenland en compagnie de Jorn Riel.
Cet écrivain danois, né en 1931, a passé 16 années, dans les années 50 parmis les trappeurs et en a rapporté de bien curieux récits publiés sous le titre de « Racontars arctiques ».

Il nous fait découvrir la vie de ces trappeurs, vivant par deux tout l’hiver, isolés du monde, n’ayant d’autres voisins que leurs collègues répartis sur plusieurs centaines de kilomètres.

Paradoxe donc de vivre en huis-clos dans de grands espaces ; s’en suivent des situations étranges, souvent drôles, parfois tragiques et toujours surprenantes dans ce microcosme de trappeurs aux personnalités bien trempées!

Ce recueil de nouvelles a fait l’objet d’une excellente adaptation en BD par Gwen de Bonneval et Hervé Tanquerelle qui rendent à la perfection l’ambiance si particulière du livre

Vous trouverez les romans au Pôle jeunesse, à la côte ADO LIT RIE, et les BD au Pôle Art, à la côte BD TAN.

Robinsonne

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Coline PIERRE : Ma fugue chez moi

(Rouergue, « doado », 2016)

« Quelques jours avant Noël, suite à une séance d’humiliation au collège, et à l’annonce que sa mère, une fois de plus, ne sera pas là pour les fêtes, Anouk décide de fuguer. »

« C’est du moins ce que croit sa famille. La police enquête, son père et sa soeur placardent partout des avis de recherche sur les murs de la ville et sur Facebook. Mais, en vérité, Anouk n’est pas une aventurière. Et puis il fait si froid dehors, en décembre. Alors elle a trouvé une bien meilleure idée, aussi improbable et étrange, soit-elle… » (cf. 4ème de couverture)

 Au regard des réels dangers auxquels une jeune fugueuse s’expose et hormis le côté peu « citoyen » de la fugue – vu le nombre de gens mobilisés pour la retrouver -, ce à quoi personne ne songe en général lorsqu’on commence à sombrer dans le désespoir et qu’on voudrait bien alerter parents ou amis sur ce qui se passe, mais sans dénoncer ceux qui vous harcèlent, la solution d’Anouk est une idée de génie.

Anouk a quatorze ans et est en troisième ; elle vit en Alsace, avec son père et sa soeur de douze ans, Bena.

Anouk aime aussi dessiner et jouer du banjo avec une prof qu’elle adore et tout pourrait aller bien. Sauf que… sa soeur est à l’internat toute la semaine, leur mère est en mission de climatologie au Groenland et ne semble pas pressée de rentrer en France, même pas pour Noël, et leur père est un « taiseux »…

« J’aurais aimé qu’il me plaigne un peu. Mais comme toujours, il était incapable d’être compréhensif et enveloppant. Comme si ce n’était pas suffisant, il a ajouté : « Il faut faire avec le monde tel qu’il est, Anouk. Tu dois t’adapter et passer à autre chose. Si tu en souffres, tu ne peux t’en prendre qu’à toi. On est toujours responsable de ce qui nous arrive. »

Alors quand Marina, la bonne copine d’Anouk depuis le CM1, se met à jouer les garces et l’humilie, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

« Jusqu’à présent, ni l’une ni l’autre n’était devenue un souffre-douleur parce qu’à deux, on se soutenait. Maintenant qu’elle était passée de l’autre côté, Marina devenait le bourreau absolu, car elle devait faire ses preuves. Elle était plus cruelle que les filles cruelles, plus intolérante et plus insensible. Et moi, j’étais la victime idéale. »

Après s’être vengée, il lui paraît impossible de retourner au collège, impossible de se retrouver face à Marina, Anouk décide alors de disparaître.

« Je glisse dans mon sac des sous-vêtements, plusieurs paires de chaussettes, un pantalon en velours épais, un gros pull et quelques t-shirts, un peu de savon et de shampooing, une brosse à dents et du dentifrice, une trousse de secours, une petite serviette en microfibre, un couteau suisse, deux livres de circonstance (Robinson Crusoé et L’attrape-coeur), mon carnet à dessin et quelques crayons, deux bouteilles d’eau, une vingtaine de barres de céréales, huit compotes et huit pommes, un paquet de bonbons et une tablette de chocolat (en cas de déprime). Et dans une poche tout au fond du sac : mon porte-monnaie avec l’argent reçu pour mon anniversaire. »

« Je me sens comme Robinson Crusoé sur son île : heureuse d’être accaparée par ma survie. Je ne m’ennuie pas. Chaque geste devient une mission. Manger est un véritable défi. Prendre une douche est un challenge. Piquer de la nourriture et des objets sans me faire repérer est un parcours du combattant. Je suis un agent secret du quotidien. »

Pourquoi ? Comment ? Il faut lire ce court roman somme toute assez réjouissant. Petit à petit, Anouk réalise la douleur de sa famille, l’incompréhension face à sa fugue, mais elle est prise au piège d’elle-même et tourne en rond avec sa culpabilité. Et on la comprend.

D’ailleurs on la comprend depuis le début ;  Coline Pierré dépeint une adolescente sensible et sympathique pour laquelle il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie, et même si ce roman est parfois un peu irréaliste, il (nous) touche fort.