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L’appartement

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« L’appartement. Un siècle d’histoire russe » : textes d’Alexandra LITVINA, illustrations d’Ania DESNITSKAIA (Librairie du Globe, 2018)

 

« Moscou. Russie. Un vieil immeuble dans une calme ruelle. Six volées d’escalier plus haut, à gauche, une porte, et nous voilà chez les Mouromtsev. Nous sommes entrés dans ce vieil appartement moscovite un soir de décembre 1902 et nous y sommes restés pendant cent ans. Nous y avons fait la connaissance de plusieurs générations de Mouromtsev, de leurs amis, de leurs voisins. Nous avons été témoins de rencontres et de séparations, de joies et de peines, de pertes et d’espoirs comme chez de nombreuses famille en Russie.

Dans la vie des habitants ordinaires d’un vieil appartement moscovite se reflète aussi l’histoire de la Russie au XXe siècle. Elle nous est racontée par ses habitants, mais aussi par leurs affaires : les meubles et les vêtements, la vaisselle et les livres, les jeux et autres objets de la vie quotidienne. Car les objets gardent la trace et la mémoire de l’époque où ils ont été façonnés et utilisés. Ils sont( les témoins d’une histoire dont on ne parle pas dans les manuels scolaires, mais qui est très importante pour chacun d’entre nous : celle de nos familles, de nos amis, de notre propre histoire. » (cf. 4ème de couverture)

Prix de la Pomme d’or du festival de Bratislava pour ses illustrations, mises en valeur par le format 35 x 25 cm de l’ouvrage, « L’appartement » commence par l’arbre généalogique des familles Mouromtsev et Stein, outil indispensable dans tous les romans russes !

Puis nous pénétrons dans ce nouvel appartement en même temps qu’Irina Mouromtseva (6 ans), le 12 octobre 1902. On dirait une maison de poupée, les cloisons ont été abaissées le temps pour nos yeux de prendre possession des lieux, comprendre qui est qui et retrouver dans les images quelques objets mis en exergue sur la double page.

La double page suivante, illustrée elle aussi, est datée du 25 décembre 1914.  C’est la guerre sur le front où papa Mouromtsev soigne les blessés. Ce Noël est donc un peu différent des autres, comme Nikolaï (petit frère d’Irina et grand frère de Maroussia) nous l’explique :

« Nous devons aider nos héros comme nous le pouvons : maman va à l’atelier faire de la charpie et Irina s’est inscrite au cours des soeurs de charité. Maroussia et moi avons rassemblé dans une tasse tout notre argent de poche pour la Croix-Rouge : deux pièces d’un rouble, une de cinquante kopecks et trois de quinze. J’ai aussi arrêté la grande poupée allemande de Maroussia pour espionnage? Je voulais la fusiller, mais Maroussia a éclaté en sanglots ! (…) C’est qu’il y a des espions allemands partout ! (…) C’est ce que j’ai expliqué à maman, mais elle a répondu que la poupée n’y était pour rien, et que monsieur Zeidler de la pâtisserie viennoise, au coin de la rue, n’est pas non plus un espion, mais un sujet russe de troisième génération, et qu’il aide beaucoup la Croix-Rouge. »

Sur la double page qui suit, nous trouvons le détail des objets évoqués, pièces de monnaie, jouets, jusqu’aux gâteaux de la pâtisserie viennoise et quelques commentaires qui annoncent la suite de notre histoire et le cours de l’Histoire russe.

En 1919, la révolution est passée par là, il n’y a plus de tsar, Lénine a pris le pouvoir, c’est la guerre civile entre les « rouges » et les « blancs » et l’appartement a été réquisitionné pour y installer un nouvel habitant : le camarade Olrik, installé désormais dans l’ancien bureau du papa. La famille Mouromtsev s’est repliée dans les pièces restantes.

Au fil des années, l’appartement devient collectif. En 1927, six familles y vivent « à l’étroit et mal à l’aise, le matin pour aller aux toilettes et dans la salle de bains il y a une longue file d’attente et à la cuisine des disputent éclatent souvent. »

1937, Staline est au pouvoir depuis la mort de Lénine treize ans auparavant. C’est l’époque du Goulag et des grandes purges. Le camarade Olrik et sa femme sont arrêtés.

1941, 1945, de nouveau la guerre.

5 mars 1953, Staline meurt et avec l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev, c’est le « dégel » : libérations et réhabilitation des victimes des répressions staliniennes : les Olrik seront reconnus innocents, mais trop tard pour Lev qui avait été fusillé.

14 avril 1961 : Gagarine fait le tour de la terre dans une fusée et Guenka, le petit-fils de Nikolaï, est allé le voir passer sur l’avenue Lénine à son retour à Moscou et le soir tout le monde regarde la télévision. Pendant ce temps-là, la guerre froide continue et la crise cubaine laisse craindre un conflit nucléaire.

1973, le « dégel » est terminé depuis quelques années et le rideau de fer sépare l’URSS du reste du monde. Impossible d’acheter de la musique occidentale alors, pour remplacer les vinyles, on écoute de la musique « sur les os »… Ah ! Ah ! si vous voulez savoir ce que c’est, je vous invite à lire cet album passionnant qui nous emmène jusqu’en 2002 !

Ce 9 juin, Maroussia fête ses 92 ans dans l’Appartement qui, entre temps, est devenu un café après que les locataires en ont été expulsés. C’est Ilioucha qui nous le raconte, sixième génération depuis l’entrée dans l’appartement de la famille Mouromtsev il y a un siècle.

Photographies, lettres, coupures de journaux et autres documents d’époque rassemblés par Alexandra Litvina complètent les illustrations précises d’Ania Desnitskaïa.

Un album ludique et passionnant.

 

 

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Odessa, 1895

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9782211212144« Dans ce livre, Korneï Tchoukovski ressuscite ses propres souvenirs de jeunesse, lui qui deviendrait, envers et contre tout, l’un des plus populaires écrivains russes de son époque. » (cf. 4ème de couverture)

Les éditions L’école des loisirs ont fait traduire du russe par Odile Belkeddar ce livre autobiographique de Korneï Tchoukovski publié à l’origine en 1938, puis retravaillé et édité à Moscou en 1961 sous son titre définitif de « L’insigne d’argent » et l’ont donné à illustrer à Philippe Dumas avant de le publier en 2015.

Il s’agit d’un très bel ouvrage, d’un agréable format (22 x 15 cm), sur un beau papier qui met en valeur le texte ainsi que les aquarelles de Philippe Dumas.

Un dossier d’une vingtaine de pages en fin de volume propose une mini-biographie de l’auteur, un glossaire des termes de cuisine, le contexte historique et des notes de traduction bien utiles à la lecture.

Le récit ouvre sur une épreuve de dictée et la fabuleuse idée de l’auteur pour aider ses petits camarades moins doués en orthographe, une histoire de tricherie, quoi ! Immédiatement suivie d’une autre frasque de l’élève Tchoukovski, puis l’inénarrable histoire du carnet de notes de l’un de ses condisciples… Mais la suite est moins drôle… Kornéï est exclu du collège et voit le surveillant arracher sur sa casquette l’insigne d’argent du collège…

Nous sommes en fait sous l’ancien régime tsariste qui a décidé d’

« un décret scélérat concernant les enfants dits « de gens de cuisine », pour ne plus admettre dans l’enseignement secondaire les enfants d’ouvriers, d’artisans, de cochers, de vendeurs, de charretiers, de tailleurs et autres « petits métiers ». 

(…) Quel bien cela lui fera si tu deviens étudiant ? Quel bénéfice en aura-t-il ? Les riches ne se révoltent pas, mais ceux qui sont pauvres, et encore plus ceux qui triment dur, eh eh ! Et si tous les tailleurs se mettent à étudier, qui coudra leurs pantalons ? Et si les pouilleux s’asseyent sur les mêmes bancs, que diront les enfants des gens bien-nés ?

(…) Tout est clair comme de l’eau de roche : Six-Yeux [le directeur] a reçu l’ordre d’éliminer une bonne demi-douzaine d’enfants de « gens de cuisine ». Il en a déjà déniché sept : toi, Finkelstein, Iakovienko, Christopoulos, et d’autres en première année. Cela ne lui a pas été compliqué de vous trouver des points faibles, crois-moi ! Il a des ordres et il s’exécute.« 

Mais être exclu du collège signifie être mis à l’écart de la – bonne – société et risquer « à tout moment de devenir clochards et de disparaître par une nuit glaciale sous une jetée du port. »

« Alors, moi qui aime apprendre, moi qui veux apprendre, comment pourrais-je échapper à une telle sentence ? »

Tchoukovski portera à nouveau une casquette d’étudiant, longtemps après, et c’est ce qu’il nous raconte dans ce récit parfois bien noir mais néanmoins plein d’humour qu’il conclut par :

« Je serai encore plus heureux si en lisant ce livre vous avez aimé ma mère, véritable héroïne du travail, ma chère soeur Maroussia, Timocha, Finti-Tonti, Tsylindre, Iglitzki, mon oncle Foma et… dois-je l’avouer ? … pour mon bonheur total, si vous avez partagé avec moi ma rancoeur envers Six-Yeux, Provok, Ziouzia et Tiountine, Geora Drakondidi, Saviéli… et autres « abrutis » que l’on croise encore ici et là au cours de la vie. Leurs apparences ont changé de nos jours, et je veux croire qu’il est plus facile de les déjouer que dans ces temps plus anciens décrits dans mon livre. »

Pas sûr…

L’Herbier des Fées

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L’Herbier des Fées est le carnet intime d’un éminent botaniste russe. Détaché du cabinet des sciences occultes de Raspoutine, ses recherches le mènent en 1914 en forêt de Brocéliande, célèbre pour ses plantes médicinales et ses légendes. Ce qu’il découvre dans ces bois va bouleverser sa vie à jamais.

l'herbier des fées

C’est toujours un plaisir de rentrer dans un livre de Benjamin Lacombe (qui est ici accompagné de son compère Sébastien Pérez).

On suit (ou du moins on tente) Aleksandr Bogdanovitch, un botaniste russe envoyé en France par Raspoutine, pour le compte du tsar Nicolas II. Le livre est écrit sous forme d’un journal intime ou d’un carnet de bord, mais aussi d’un herbier, avec des découvertes toutes droit sorties de la forêt de Brocéliande, en Bretagne.

C’est une invitation au voyage et à la découverte, au merveilleux, puisqu’on arrive dans un monde féérique, magique. Un monde secret dans une forêt qui tire son pouvoir de nombreuses légendes.

A chaque page tournée, on en prend plein les yeux, avec des dessins à couper le souffle. Des pages découpées finement, des pages en papier calque, d’autres divisées en correspondance entre Bogdanovitch et Raspoutine ou Bogdanovitch et Irina (sa femme), des coupures de journaux, avec toujours en toile de fond des affiches… C’est très varié, on ne s’ennuie jamais.

Le mieux est sans doute le fait que l’on y croit, que cela aurait pu être réel, tellement c’est bien fait.

Ce livre est riche de tout : de beauté, d’histoire, de nature. C’est un vrai ravissement.