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Irena

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Excellente BD biographique de Jean-David Morvan et David Evrard sur la vie de Irena Sendler(owa).
Cette « Juste parmi les nations » a sauvée 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Profitant de son travail d’assistante sociale et de son accès au ghetto, avec l’aide du groupe de résistance Zegota, elle fabrique de faux papiers, crée de fausses identités et exfiltre des enfants du ghetto au péril de sa vie.
Arrêté par la Gestapo en 1943, elle garde le silence sur son organisation malgré les tortures et échappe de justesse à son exécution.

Ayant caché les noms véritables de ces enfants dans un pot de verre enterré dans son jardin, elle put  les rendre à leurs familles après la guerre. Au moins pour quelques uns ayant survécu aux camps d’exterminations…

Cette BD, en trois volumes, permet de découvrir l’action de cette femme ordinaire accomplissant des actions extraordinaires.


Le dessin, volontairement naïf et enfantin contraste cruellement avec le sujet présenté et donne l’impression de voir cette époque tragique avec les yeux d’un enfant et renforce l’intensité de l’histoire.

Vous trouverez cette BD au Pôle Jeunesse, à la côte ADO BD IRE.

 

Portrait d'un homme ordinaire

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Un spécialiste : portrait d’un criminel moderne

Film de Rony Brauman et Eyal Sivan.

Nous sommes en 1961 à Jérusalem : Adolf Eichmann va être jugé.

Eichmann était lieutenant-colonel, responsable des transports de déportés sous le IIIème Reich et il a participé à la conférence de Wansee.

Après Nuremberg, c’est le procès d’un des derniers grands criminels nazis.

C’est un procès attendu, très médiatisé avec des centaines de journalistes du monde entier.

Il a été « privé » d’une retraite paisible en Argentine  par les services secrets israéliens qui, au terme d’un enlèvement rocambolesque, peuvent enfin le présenter à la justice.

Une salle d’audience vide : un box de verre.

La porte s’ouvre : un homme s’installe, époussette, range dossiers et crayons  avec un soin méticuleux.

C’est Eichmann : grand,  très mince avec une couronne de cheveux bruns et des lunettes sur un visage émacié.

Qui est Eichmann ?

Est-il né bourreau ?

Est-il né monstrueux ?

On voit des photos de lui enfant, il a du jouer avec d’autres garçons dans la cour de l’école, peut-être attendait-il Noël avec impatience, il aimait nous dit-on beaucoup la nature et probablement est-il tombé amoureux. Il s’est marié,  a eu quatre enfants : le portrait d’un homme ordinaire.

Eichmann est un fonctionnaire consciencieux, compétent, très compétent, avec un sens du devoir exacerbé, une fidélité totale au serment prêté.

Il est apprécié de sa hiérarchie qui l’a baptisé le spécialiste, et on le sent encore et malgré tout extrêmement fier de son travail.

Il n’est pas brutal, il n’est pas raciste, il n’a tout simplement pas d’âme.

Il y a les juges, le procureur, le quotidien banal d’une salle d’audience et au milieu cet homme qui a participé a des crimes inouïs.

Il discute, argumente : la section IV/D4 du bureau III/3 ES et le document n° …des chiffres, des chiffres, encore des chiffres…..

Il y a un graphique dans son bureau sur lequel il peut suivre la progression du nombre de déportés convoyés.

Oui,  il était à Wansee. Et après avoir décidé de la mort de millions de personnes, ils sont allés boire un cognac.

Oui, on l’a envoyé sur des « théâtres d’opérations » : massacres, chambres à gaz.

Il a vu, il a écrit des rapports , encore des rapports qu’on imagine extrêmement complets.

Bien entendu il était contre cette violence, contre ces « désagréments »: retards, surpopulation des trains… Tout ce qui mettait un grain de sable dans cette mécanique si bien huilée.

Mais bien sûr il se sent « vierge de toute responsabilité ».

Parce que, s’il a participé à la déportation de milliers de juifs, de slovènes, de tsiganes, de polonais, il n’a pas tiré une seule balle, il n’a pas fermé lui-même les portes de la chambre à gaz, il n’a pas torturé et il n’a pas affamé ; il a participé à des réunions, a obéi à des ordres, a donné des ordres, a reçu des circulaires, a redigé des circulaires.

Et pendant ce temps de toute l’Europe les convois de trains qu’il mettait tant de zèle à former convergeaient vers Chelmno, Auschwitz ou Sobibor.

Et en effet il y avait quelques « désagréments », mais loin de ces troupeaux misérables, loin de ces convulsions de cris, de souffrances et de peurs mêlés, Eichmann dans son bureau s’extasiait et se félicitait de la qualité du travail accompli.

Bien sûr c’était la guerre, bien entendu comme il s’est plu à le rappeler c’était la loi.

Alors à quel moment se doit-on de refuser une loi et n’est-ce pas le devoir de chacun si cette loi paraît inhumaine ?

Depuis il y a eu les Khmers rouges et  la Bosnie,  et le Rwanda et tant d’autres …

Et devant le tribunal pénal international les mêmes criminels tiennent les mêmes propos : c’était les ordres, c’était la loi.

L’ouvrage de Hanna Arendt sur la banalité du mal qui a fait polémique n’est que le constat d’une réalite glacante : Eichmann est mon voisin.