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« Haïkus de Sibérie »

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Les éditions Sarbacane ont édité début 2019 une étonnante et émouvante BD lituanienne :

« Haïkus de Sibérie »

écrite par Jurga Vilé et illustrée par Lina Itagaki.

Il s’agit de l’histoire d’Algis, le père de l’auteure, déporté en Sibérie alors qu’il n’avait que treize ans.

« C’était une période troublée. L’Allemagne venait d’attaquer la Pologne, la guerre avait commencé. La Lituanie a bientôt été envahie par la puissante Russie, et de nombreux Lituaniens, considérés comme « ennemis de l’Union soviétique », ont été déportés.

Ils sont allés chercher des familles entières dans leurs maisons pour les emmener dans les coins les plus reculés et les plus rudes de Russie, en lointaine Sibérie. Nombre d’entre eux sont morts là-bas, dans les camps. Quelques-uns ont eu la chance de rentrer chez eux… comme ces enfants, ramenés par le « train des orphelins ». Dans ce train, il y avait Algis, mon père. »

Les conditions de vie étaient épouvantables, mais Algis et sa sœur Dalia ont eu la chance de ne pas être séparés de leur mère, tandis que leur père était déporté dans un autre camp dont il ne reviendra pas. Ils ont eu la chance également de rester avec quelques autres habitants de leur ancien village, leur tante et une de leurs maîtresses d’école. Ces femmes courageuses, malgré la faim, le froid, l’épuisant travail forcé, la cruauté des gardiens, le chagrin d’être séparés de leurs maris, tentaient d’entretenir le moral des enfants.

Les souvenirs d’Algis sont présentés comme s’il nous les racontait au jour le jour dans un journal intime au style très varié, le résultat est très vivant, même si le récit est dramatique, même si la mort frappe.

Et pourquoi les « haïkus », devez-vous vous demander ? Ce n’est pas spécialement un genre de poésie russe, ni lituanienne. Et puis de la poésie dans l’enfer sibérien…

Eh bien, je vous invite à lire ce one shot pour avoir la réponse et surtout pour découvrir cet épisode tragique de l’histoire des Pays Baltes.

Gispy

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Nous sommes dans un futur proche, milieu du XXIe siècle, le trou de la couche d’ozone s’est considérablement agrandit, l’hémisphère nord de notre planète se refroidit alors que l’hémisphère sud se réchauffe de plus en plus.

Pour remédier à cela, le trafic aérien est interdit, les transports se font au moyen de la Circumpolaire 3-Continentale, la C3C, gigantesque autoroute où règne la loi du plus fort, reliant entre eux les principales villes du globe.

La plupart des pays traversés par la C3C sont en proie aux guerres civiles, aux dictatures; les mafias, les sectes aux origines médiévales et les trusts financiers règnent en maître.

C’est dans ce contexte chaotique, quasi post-apocalyptique, qu’évolue le chauffeur de camion Tsagoï, dit «Gipsy». Gitan originaire de l’Europe de l’Est, seul routier à son compte dans cet univers impitoyable.

Personnage haut en couleurs, toujours prêt à se battre pour défendre ses intérêts, Capitaine Haddock gitan aux insultes et jurons percutants aussi sûrement que ses poings ou ses couteaux, le Gipsy n’en est pas moins un individu attachant, extrêmement drôle, sorte de néandertalien se débattant dans des situations qui le dépassent mais dont il se sort toujours avec brio, tel un héros de vieux western spaghetti.

Les différents albums suivent les pérégrinations du Gipsy sur plusieurs continents: du Mexique à la Sibérie, en passant par l’Allemagne et le Moyen-Orient et le Pôle Nord!

Marini, dessinateur de BD de génie, arrive à créer une ambiance unique: mélange de décors appartenant à un passé révolu, de villes orientales des Milles et unes Nuits, du couronnement d’un tsar sorti tout droit d’un film d’Eisenstein avec des éléments futuristes, comme cette autoroute monstrueuse qu’est la C3C, avec ses camions démesurés et ses relais routiers dignes de l’astroport de Mos Eisley*

Les dialogues sont parfois rudes et vulgaires, mais sublimés par leur côté comique et le second degré permanent dans lequel ils baignent.

Sous ses aspects badass cette BD n’est pas dépourvue de poésie, les personnages sont extrêmement bien travaillés. Le personnage du Gipsy, solitaire au grand cœur et à la grande gueule cherchant tant bien que mal à faire sa route dans le monde et dans la vie est un individu des plus singuliers, un aventurier tel que le définit Jean Paul Belmondo dans l’As des As: «Si être un aventurier c’est être quelqu’un qui, lorsqu’il voit des emmerdes se jette dedans, alors oui, je suis un aventurier».

Mais bien qu’il prenne part physiquement à quasiment tous les conflits qu’il croise le long de sa route, il garde une indépendance morale absolue, ne prêtant allégeance qu’à sa seule liberté, exactement comme Corto Maltese, avec qui il partagent les mêmes racines au sein de la «Tribu prophétique aux prunelles ardentes»**

Personnage difficilement définissable, laissons le mot de la fin à un de ses adversaires: «Sois c’est le roi des cons et il a beaucoup de chance. Soit il a un don. Que pensez-vous de ce Gipsy? – Bah c’est surtout le meilleur sur la C3C, un jour il m’a dit un truc vraiment profond sur la vie: si tu chies assez longtemps dans les fourrés, t’apprends à te torcher le cul avec des chardons»

Latcho drom!***

*Souvenez-vous de la cantina sur la planète Tatooin où Lucke Skywalker et Obi-Wan Kenobi rencontrent pour la première fois Yann Solo…..

** «Bohémiens en voyage» de Baudelaire.

*** «Bonne route»

 

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