Toxique

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Florence HINCKEL : Nos éclats de miroir

(Nathan, 2019)

« Chère Anne, ma vie n’est vieille que de quatorze ans et onze mois, pourtant je sais déjà qu’écrire en fait partie intégrante. Alors, dans ce journal, je vais te raconter ce qui m’interroge, me fait rire ou me bouleverse. Toutes ces choses que je n’oserais jamais dire à voix haute : le voile devant les yeux de ma mère ; ma meilleure et parfois cruelle amie Bérénice ; ma grande soeur, si forte et déterminée ; Dimitri, mon amour d’enfance perdu de vue ; la complexité du monde. Mais aussi mon reflet, si mouvant qu’il m’échappe… ou parfois se brise.

Je vais te parler de nos éclats de miroir.

Les tiens, les miens, les leurs. » (cf. 4ème de couverture)

Cléo tient un journal intime depuis trois ans, mais en commençant un nouveau cahier, il lui vient une idée peu ordinaire. Elle écrira à Anne Frank.

Bien sûr elle sait qu’elle est morte assassinée par les nazis à Bergen-Belsen. Elle avait quinze ans.

Mais auparavant, dans leur refuge d’Amsterdam, elle écrivait son journal qu’elle adressait à Kitty, son amie imaginaire.

Alors quand Cléo commence ce nouveau cahier, elle décide

« d’écrire tous les jours en commençant par « Chère Anne »… Et je finirai par « A toi, Kitty ». (…)

Ce sera comme si tu m’écoutais. Parfois je regarde des photographies de toi. Je te ressemble un peu. Je suis brune et mince, et je souris souvent. Je te regarde sagement accoudée à un bureau, et je vois une flamme dans ta poitrine. Je pense parfois que je suis ta soeur de flamme. Je sais que c’est présomptueux, mais je n’y peux rien. Je sens en regardant ton portrait la même flamme en toi que celle qui me pousse à écrire.

Regarde, c’est ce portrait de toi que je préfère :

Il me sera difficile de dépasser quinze années, un mois et vingt jours, âge où tu as écrit pour la dernière fois dans ton journal. J’aurai l’impression de te trahir. Je pense qu’après cet âge, je ne pourrai plus t’écrire. Je ne pourrai plus usurper l’identité de Kitty. Peut-être bien que je ne pourrai plus écrire du tout. Ou peut-être qu’il faudra que je disparaisse.

J’y pense de temps à autre. »

Et Cléo-Kitty va tenir parole jusqu’à ses quinze ans, 1 mois et 19 jours, entremêlant les souvenirs du journal d’Anne, le marronnier, Peter… et ses propres émotions.

On se prend à vivre avec Cléo, sa soeur Mélodie, sa mère si fragile depuis la mort de leur père, Dimitri son amour d’enfance.

Mais en filigrane dans ce récit, il y a Bérénice.

Bérénice, « la meilleure amie ».

Terriblement toxique en fait. Et cela m’a paru aussi fort que le reste du récit, peut-être même plus à la seconde lecture.

Qui n’a (eu) ce genre d' »ami(e) » ?

Florence Hinckel, qui est née en 1973,  s’est inspirée de son propre journal intime pour ce livre, elle aussi écrivait à Anne Frank, elle aussi a cessé de l’écrire à quinze ans. Mais pas d’écrire !

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