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Les 100. Série

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Je ne me souviens même pas comment j’ai découvert cette série, mais la surprise fut excellente!

En guise de résumé : dans un futur proche, la Terre est détruite par une guerre nucléaire. Seule une partie de l’Humanité a survécu dans une gigantesque station spatiale en orbite autour de la Terre et y survit tant bien que mal depuis un siècle. Mais la station commençant à être hors d’usage, les autorités décident d’envoyer cent prisonniers pour une mission suicide : revenir sur Terre, évaluer si elle est redevenue habitable après un siècle de niveaux de radiations élevés.

Les cents vont donc se retrouver seuls, sur une planète leur étant parfaitement étrangère et hostile ne ressemblant plus à rien de celle qu’ont connue leurs arrières grands-parents.

Et ce ne sera pas un gros spoiler que de révéler qu’ils ne seront pas seuls et que des humains habitent encore sur Terre, survivants de la tragédie nucléaire….

D’abord quelques points négatifs : les acteurs ne sont pas toujours au top, leur prestation fait parfois très série B, les personnages sont un peu stéréotypés et la réalisation, bien que correcte, ne bénéficie clairement pas du budget de Game of Thrones.

Une fois cela dit, force est de constater que cette série est vraiment prenante!

Elle comporte, à mon sens, quatre gros avantages:

  • C’est une série pour ado, avec des ados (mais pas que), qui ne tombe pas pour autant dans les poncifs du genre…qui seraient longs et fastidieux à énumérer….
  • Le rythme : intense! Même les meilleurs séries comportent des passages à vides, des épisodes un peu creux. Ici non, chaque épisode apporte son lot de nouveautés et d’action sans le moindre répit ni pour les personnages ni pour le spectateur!
  • La lisibilité du scénario : Différents peuples, différentes personnalités, alliances et trahisons de circonstances, présence de mots de langues imaginaires, complots, secrets…autant d’éléments qui pourraient conduire à une confusion totale, à l’image de Pirate des Caraïbes par exemple. Pourtant rien de tel ; malgré les nombreux noeuds scénaristiques, le scénario reste clair et agréable à suivre.
  • Le problème de la morale, permanent, véritable fil rouge de la série. Combien de personnes peut-on sacrifier pour sauver son peuple? Peut-on sacrifier un peuple entier pour sauver le sien? Peut-on trahir son propre peuple et s’allier à une puissance étrangère si l’on estime être dans son bon droit? L’Humanité a-t-elle le droit, sous menace d’extinction totale, de massacrer 95% de ses membres? Peut-on torturer une personne pour en sauver mille?En résumé qu’est-ce qui définit notre humanité, et jusqu’où sommes nous moralement autorisés à aller pour assurer sa pérénité? Autant de questions posées à chaque épisode, systématiquement sous des angles différents avec des points de vues différents.

La série compte, à cette date, quatre saisons. La cinquième est prévue pour l’année prochaine.

Vous trouverez les deux premières saisons en DVD à la BFM, aux côtes CINE CEN, ainsi qu’en livres au Pôle Jeunesse, à la côte ADO LIT MOR

 

 

 

King Kong : Skull Island

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1973. Des explorateurs sont envoyés sur une île inconnue, escortés par des vétérans de la guerre du Viet-Nam. Dés leur arrivée l’expédition tourne à la catastrophe.

Voilà. Ca c’est le scénario.

Si vous recherchez un film au scénario complexe truffé de subtiles références culturelles et d’analyses psychologiques, je vous conseille les excellents films du cinéaste polonais Wojciech Has.

Si vous désirer être témoin d’une pure prouesse cinématographique, je vous conseille l’Arche russe d’Alexandre Sokourov, film tourné dans le Musée de l’Ermitage de Saint-Petersbourg en un seul plan séquence de 96 minutes. Inoubliable.

Si vous désirer questionner le sens de l’Histoire et approfondir l’analyse des rapports humains en temps de guerre, je vous conseille le fameux Guerre et Paix de Tolstoï (si vous n’avez pas le courage de lire ce livre aussi volumineux que la Bible, vous pourrez toujours vous rabattre sur son excellente adaptation cinématographie d’Alexandre Bondartchouk qui ne dure que 7h10).

Si vous voulez voir un gros singe de 30 mètres de haut défonçant des hélicoptères de combat et des dinosaures, allez voir Skull Island!

Si vous y allez pour autre chose, vous serez déçu. Si vous y allez pour ça, vous serez ravi!

J’y suis allé dans cette optique, et j’ai passé un très bon moment. Les scènes d’actions sont superbes, les décors vraiment réussis, les créatures peuplant cette île toutes plus répugnantes les unes que les autres!

En somme un excellent divertissement, à prendre pour ce qu’il est!

Vous trouverez les différentes versions de King Kong à la BFM :

  • la version de 1933 à la côte CINE COO
  • la version de Peter Jackson de 2005 à CINE PET

Vous trouverez aussi les oeuvres de Wojciech Has à CINE HAS, les films d’Alexandre Sokourov à CINE SOK, Guerre et Paix à CINE BON, et le classique de Tolstoï à ADO LIT TOL.

 

Ma famille normale contre les zombies

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Ma famille normale contre les zombies

de Villeminot et Autret

chez Nathan

Enfin, une famille bien représentative de notre bon peuple gaulois, « de souche » bien entendu.

Il y a l’homme, le patriarche, celui qui tient la maisonnée : VanZan, 41 ans, 110kg de force tranquille et de sagesse. (Bon, il a un petit problème, rien d’inquiétant d’ailleurs et qui n’enlève rien à son rôle naturel de chef : il se métamorphose quelquefois en ours des cocotiers ou Helarctos malayanus).

La mère Jul ou Jule ou Jul’, dite aussi la Petite Personne, 40 ans, prof d’histoire-géo charmante, adepte du jardinage et sensible à la beauté de toutes choses.

Et leur ribambelle d’enfants :

  • La narratrice MadoLoup, 16 ans
  • Son frère aîné TheoPaïle, 18 ans
  • La sœur cadette Sarouchka, 13 ans
  • Et la petite dernière, Louve, 5 ans

On le voit, la seule originalité de cette belle famille réside peut-être dans la saine mais discrète émulation qui a présidée au choix des prénoms de leurs enfants.

Enfin les vacances ! Tout ce petit monde s’entasse dans le mini-bus et part en chantant des chansons paillardes voire obscènes (que je ne peux donc pas retranscrire!) en direction de la Bretagne, où les attendent les grands-parents maternels.

La mer, le soleil, coquillages et crustacés, sur la plage abandonnée la, la, les goélands la,la,la le bruit du ressac la, la, la.

Tiens, curieux les goélands cette année :

« Deux goélands essaient de briser le pare-brise à coups de bec. Mon père tente de les éloigner à coup de lave-vitre. Mon père tente de les éloigner à coups d’essuie-glaces.

Mon père dit : – Saleté de rongeurs !

Mon père dit : – Tu crois qu’ils ont bouffé des champignons mexicains, Josiane (dite aussi Jul, Jule ou Jul’)?

Mon père dit : – Ou alors, ce sont des galettes bretonnes…

Ma mère ne répond rien. Elle a l’air d’avoir hâte d’arriver. »

Car la mère, fine mouche, a compris qu’il se passait quelque chose. Et de fait, après avoir roulé avec le mini-bus sur quelques corps abandonnés sur la chaussée (et en voie de dépeçage par des goélands enragés), il faut se rendre à l’évidence : il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Bretagne.

Comble de contrariété, Louve se fait grignoter par un de ces odieux volatile.

 » La Petite Personne dit, d’une voix blanche : – Où est Louve ?

Mon frère dit : – Elle dort dans sa chambre. Elle a été attaquée par un de ces killa’asshol’seagulls sur la plage ce matin. Elle a une plaie a la tête.

La Petite Personne (qui a blêmi) dit : – Mon bébé ! Et où sont maman et papa ?

Mon frère dit : – Mamie est allée chercher une infirmière, juste après l’attaque. Papi est allé s’acheter Le Monde une demie-heure plus tard. Ce matin, avant l’apéritif.

Il regarde sa montre, et ajoute : – Sans vouloir me montrer alarmiste, ils auraient sans doute dû revenir depuis plusieurs heures. »

Il faut se rendre à l’évidence, la famille est décimée : Bon-papa et Bonne-maman sont perdus pour la France, Louve tente de boulotter MadoLoup et la charmante longère bretonne se transforme en Fort-Alamo.

VanZan saute dans le bus, tente une sortie et écrabouille les ancêtres. Ah c’est coquin !

J’AI ADORÉ ce bouquin et joie, bonheur, exultation il y a même une suite à cette hécatombe qui s’appelle « Ma famille normale chez les yétis »!

Illuminae 1

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Illuminae

Dossier Alexander-01

de Amie Kaufman & Jay Kristoff

chez Casterman

« Question : Racontez nous ce qui s’est passé hier.

Kady Grant : J’étais en cours. Vous allez trouver ça idiot, maintenant, mais j’avais largué mon copain le matin même, et il était assis de l’autre côté de la classe. Du coup, je regardais par la fenêtre en faisant la liste de tout ce que j’aurais dû lui dire, à cet abruti, quand j’ai vu des vaisseaux passer juste au dessus du lycée. Ça a fait trembler les vitres.

Question : Est-ce que vous avez compris ce qui se passait ?

Kady Grant : Non. Mon premier réflexe, ça a pas été : « Oh non, une invasion ! » Officiellement, la colonie de Kerenza n’existe pas, mais il y a quand même régulièrement du passage du côté de la mine et de la raffinerie, alors je me suis dit que ça devait être un vaisseau-chargeur qui volait un peu trop bas. »

Kady est une survivante : lorsque les mercenaires de Bei-teich, une entreprise multistellaire concurrente, attaquent la planète Kerenza, colonie illégale gérée par le consortium Wallace-Ulyanov, elle a pu s’enfuir avec les colons survivants dans une des navettes amies qui patrouillaient à proximité et se réfugier sur l’Hypatia, un vaisseau d’exploration scientifique.

Son ex-petit ami, Ezra Mason, se retrouve lui sur le porte-chasseur Alexander où, après une formation expéditive, il est recruté en tant que pilote chargé de veiller sur la sécurité des rescapés.

La traque commence car non content d’avoir écrabouillé un nombre respectables de civils, Bei-Teich, bien décidé à éliminer ces témoins pour le moins gênants, lance ses vaisseaux à leur poursuite.

Comme si ça ne suffisait pas, l’intelligence artificielle (dénommée AIDAN) de l’Alexander échappe à tout contrôle humain et donne l’ordre d’éliminer le cargo Copernicus qui transportait des centaines de réfugiés.

Que se passe-t-il ?

Pourquoi AIDAN, créé pour protéger les humains, a-t-il pris cette décision insensée ?

Des bruits courent:

« On a vu que la raffinerie avait été touchée. Elle était recouverte de cette espèce de… Je sais pas. C’est pas facile à décrire. Un peu comme… un brouillard, mais en noir. Et ça se répandait dans l’air très lentement, comme de la mélasse. Pas de la fumée non plus. C’était autre chose. »

Était-ce une hallucination collective, une fumée d’incendie, une arme chimique ?

Rapidement, certains rescapés développent une pathologie un brin gênante et peu propice aux relations amicales dans un vaisseau bondé.

« McNulty a crié et a balancé la gamine pour agripper son bras blessé. Elle a heurté le sol, s’est ramassée sur elle-même, et a retroussé les lèvres pour révéler des dents jaunes. Elle s’est jetée sur Henderson et a planté son couteau dans sa combinaison – en plein dans l’œil. Puis quand le corps de Henderson s’est effondré, son regard s’est posé sur moi. Ses grands yeux marrons, brûlants de rage.

La lame dégoulinant de sang dans son petit poing rouge.

« Arrête de me regarder », a-t-elle sifflé. »

Attention ! Coup de cœur pour ce roman construit comme un gigantesque rapport, des pages et des pages de notes, photos, commentaires, entretiens, comme si nous avions sous les yeux un dossier secret déclassifié.

Le tour de force est d’avoir réussi à cibler des héros attachants à travers cette masse d’informations et de personnages.

Miam, miam, miam, 600 pages de bonheur !§

Série Sleepy Hollow

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Tout commence avec une petite nouvelle fantastique/comique de Washington Irving, auteur américain du XIXeme siècle, publiée en 1820 sous le titre de « La légende de Sleepy Hollow »

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Cette nouvelle inspirera à Tim Burton son superbe film « Sleepy Hollow » en 1999 et fera entrer le cavalier sans tête dans la liste des icônes macabres du cinéma.

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Signalons aussi la version de Walt Disney de 1949 :

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Ichabod Crane a subit bien des transformations depuis sa naissance sous la plume de Washington Irving.
Dans cette série, il devient un soldat nordiste de la Guerre d’Indépendance. Espion et ami de Georges Washington, il se retrouve face à face avec un mystérieux soldat allemand lors d’une bataille et le décapite avant de succomber aux blessures que ce dernier lui a infligées.
Les deux ennemis se réveillent au XXIe siècle et poursuivent leur affrontement de nos jours….

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Le scénario est éloigné à l’extrême de l’histoire originale. Difficile de présenter une série sans spoiler les lecteurs, mais disons que le Cavalier s’avère être qu’une des nombreuses monstruosités existante que Ichabod, accompagné d’une officier de police s’efforceront de combattre.

Si cette série n’est clairement pas la meilleure qu’il m’est été donné de voir, je lui reconnaîs tout de même de très bons côtés :

– l’humour : la présence déconcertante d’un homme du passé dans notre monde contemporain suscite de nombreux gags, sans toutefois tomber dans la bouffonnerie façon Visiteurs. De plus toute la série brosse un portrait caustique de l’Amérique contemporaine vue par un soldat idéaliste de l’époque des Pères Fondateurs des Etats-Unis transporté dans une époque bien éloignée des idéaux de l’époque….

– Les acteurs sont bien dans leur rôles qu’ils interprètent avec beaucoup d’humour et avec un plaisir évident.

– Si la série reste, bien évidemment très politiquement correcte, elle se permet des incartades occasionnelles mais savoureuses.

– L’unité d’action : évidemment construire une série uniquement sur la confrontation entre Crane et le Cavalier eut été risqué. La série approfondit donc leur histoire, intègre progressivement de nouvelles créatures fantastiques, sans que cela nuise pourtant à l’intrigue principale ni ne crée une impression d’arche de Noé de l’étrange comme dans True Blood. Du moins pour l’instant….

En résumé, si vous cherchez une série gentiment sombre, sans prises de têtes, pour se détendre, Sleepy Hollow devrait vous satisfaire.

Vous trouverez ces différentes versions de Sleepy Hollow a la BFM !

  • La nouvelle originale : Jeunesse LIT IRV
  • DVD de l’adaptation de Walt Disney : DVD CINE PRI
  • Film de Tim Burton : DVD CINE BUR
  • La série : CINE SLE

Risque zéro

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Risque zéro

de Pete Hautman chez Milan

9782745929983

« Je jure fidélité

Au drapeau

de l’Union des Etats-sécurisés d’Amérique

Et à la République

Qu’il représente

Une seule nation

Sous l’œil de la Loi

Avec la Sûreté et la Sécurité pour tous. »

États-Unis, 2070. Bo Martens, 16 ans, file un mauvais coton.

Une partie non négligeable de la famille est déjà sous les verrous : son père, son frère, deux cousins et une tante.

Il vit avec son grand-père et sa mère.

Son grand-père, né en 1990, a connu des jours meilleurs, quand le football américain était encore autorisé et qu’on pouvait courir sur une piste sans être protégé par un équipement de protection complet comme le prévoit la loi de Sûreté infantile de 2033.

Sa mère, elle, ne sait plus à quel saint se vouer.

Il faut dire que la législation est assez brutale :

«  -Il a été inculpé pour agression. Il avait blessé Melodie Haynes.

-Mais au fond, il a simplement laissé tomber quelque chose sur la route. Un abricot lui a échappé alors qu’il sortait les courses de son 4×4.

-C’est vrai, mais Melodie a glissé dessus et s’est retrouvée avec un traumatisme crânien.

-Elle aurait dû porter un casque. Ce que je veux dire, Bo, c’est que cet homme a juste fait tomber un abricot et ils l’ont emprisonné pendant une année entière. Un an de travaux forcés dans une ferme de détention. Tout ça pour un abricot. »

Donc notre héros Bo a déjà commis un certain nombres d’ « infractions » :

Il a jeté un crayon dans la salle de classe qui a malencontreusement blessé un autre lycéen.

Couru dans les couloirs de l’établissement parce qu’il était en retard.

N’a pas pris le médicament magique que prennent tous les lycéens : le Levulor.

A oublié un des éléments de son équipement de protection.

Laissé tomber son casque sur le sol, ce qui n’est autre qu’une « tentative de destruction du matériel scolaire ».

Son inimitié avec Karlohs Furey, son rival dans le cœur de Maddy sa petite amie, va lui être fatale.

Il le traite de « caïd prétentieux » et fait une comparaison inélégante avec l’anatomie d’un chien.

Toute cette violence nécessite un rapport auprès du ministère fédéral de la Santé, de la Sûreté et de la Sécurité intérieures.

Autant dire que l’État a un œil sur lui.

Le couperet tombe, Bo est condamné à trois ans d’incarcération.

Son arrivée dans le centre de détention, le 3-8-7, qui est en fait une gigantesque fabrique de pizzas, va lui permettre de rencontrer Elwin Martel, le responsable de la prison, sociopathe fou de football américain qui n’a de cesse de recruter de nouveaux membres pour son équipe « Les Mordorés ».

Son rêve : jouer un match contre une autre équipe de délinquants, les « Écarlates de Coca », qui travaillent à Churchill dans la fabrique de Fridélices.

Voilà notre héros confronté à une autre vision de la société : le risque zéro n’existe pas au 3-8-7 !

C’est chacun pour soi et la violence est plus encouragée que condamnée. Tous les moyens sont bons pourvu que le résultat soit à la hauteur des espoirs d’Elwin Martel.

C’est un roman complètement délirant, à la fois cocasse et effrayant. L’auteur nous décrit dans une société complètement hypocrite et aseptisée qui se veut exemplaire, mais n’est en fait qu’une « cocotte minute » avec, sous un calme apparent, toutes les frustration accumulées prêtes à exploser.

« La guerre n’a pas un visage de femme »

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Quand on étudie la Seconde Guerre mondiale, on a le sentiment qu’il s’agit essentiellement d’une guerre d’hommes, bien que quelques Résistantes françaises aient leur Panthéon comme Lucie Aubrac ou Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mais dans le livre de Svetlana ALEXIEVITCH, il s’agit de tout autre chose :

9782290344514_cb(« La guerre n’a pas un visage de femme » J’ai lu, 2004. 2016)

« La Seconde Guerre mondiale ne cessera jamais de se révéler dans toute son horreur. Derrière les faits d’armes, les atrocités du champ de bataille et les crimes monstrueux perpétrés à l’encontre des civils, se cache une autre réalité. Celle de milliers de femmes russes envoyées au front pour combattre l’ennemi nazi. Svetlana Alexievitch a consacré sept années de sa vie à recueillir des témoignages de femmes dont beaucoup étaient à l’époque à peine sorties de l’enfance. Après les premiers sentiments d’exaltation, on assiste, au fil des récits, à un changement de ton radical, lorsque arrive l’épreuve fatidique du combat, accompagnée de son lot d’interrogations, de déchirements et de souffrances. Délaissant le silence dans lequel nombre d’entre elles ont trouvé refuge, ces femmes osent enfin formuler la guerre telle qu’elles l’ont vécue. Un recueil bouleversant, des témoignages poignants.

Svetlana Alexievitch a reçu le prix Nobel de littérature en 2015. » (cf. présentation éditeur)

Près d’un million de femmes ont servi dans l’armée soviétique, mais jusque-là les récits sur la Seconde Guerre mondiale étaient historiquement dominés par les hommes. Aussi, le travail qu’a effectué Svetlana Alexievitch n’a pas été simple. Entre les hommes qui lui disent : « Est-ce qu’il n’y a pas assez d’hommes à interroger ? Pourquoi avez-vous besoin de femmes ? A quoi bon écouter leurs délires… leurs histoires de bonnes femmes…« , ceux qui recommandent à leur femme : « Raconte comme je te l’ai appris. Sans larmes ni détails idiots, du genre « j’avais envie d’être jolie, j’ai pleuré quand on m’a coupé ma tresse. » (il faut savoir que la plupart de ces volontaires n’avaient que seize, dix-sept ans, certaines plus jeunes encore) et les femmes, elles-mêmes, qui s’autocensurent : « Mais pourquoi venir me trouver, moi. Tu devrais plutôt rencontrer mon mari, il t’en raconterait… Les noms des commandants, des généraux, les numéros des unités – il se rappelle tout. Pas moi. Je ne me souviens que de ce que j’ai vécu…« .

C’est justement ça qui fait tout l’intérêt du document que nous livre Svetlana Alexievitch : ce qu’elle ont vécu.

L’une d’elles lui dit : « J’ai l’impression d’avoir vécu deux vies : une vie d’homme et une vie de femme… » et pourtant, ces/ses deux vies s’entremêlent, même si, dès le lendemain de « la Victoire », la plupart d’entre elles se sont trouvées en butte à d’autres formes de souffrance : les souffrances physiques bien sûr, dues au choc de la guerre, aux commotions, aux blessures, mais également les souffrances morales, être considérées comme des « filles-soldats » avec lesquelles il serait déshonorant de se marier, « anormales » parce qu’au lieu de donner la vie, elles ont été obligées de tuer, parfois insultées par les femmes des soldats qui les soupçonnaient d’avoir passé la guerre à coucher avec leurs maris, etc. Une vétérane raconte qu’en rentrant elle a déchiré tous ses papiers, sans réaliser qu’elle se priverait ainsi, par la suite, de toucher des allocations afin de pouvoir se faire soigner. La plupart en rentrant n’ont pas bénéficié, à la différence des hommes, d’avantages liés à leur statut, comme un appartement individuel ou des distributions de denrées alimentaires.

Et puis, petit à petit, ces femmes se transmettent les coordonnées de Svetlana Alexievitch pour parler enfin… « Je vis toujours là-bas… Au front…« ,

même si elles ont renoncé à porter leurs décorations de peur de se faire reprocher de les porter comme si elles étaient des hommes (!) « (…) après cet incident, j’ai perdu l’envie de porter mes décorations. Même si j’en suis fière »

et même si certaines voudraient pouvoir oublier car « se rappeler la guerre, c’est continuer de mourir… De mourir et encore de mourir… ».

« Qui prend la relève ? Que restera-t-il après nous ? J’enseigne l’histoire. Je suis une vieille prof. Au cours de ma carrière, on a réécrit l’histoire trois fois. Je l’ai enseignée suivant trois manuels différents… J’ai bien peur que notre vie aussi, on ne la réécrive. Pour nous, à notre place. Mieux vaut que je la raconte moi-même… Nous-mêmes… Ne parlez pas à notre place et ne nous jugez pas… ».

Contrairement à ce que peuvent dire certains détracteurs du livre de Svetlana Alexievitch, ce livre – au-delà du témoignage de femmes soviétiques (car les premiers entretiens ont eu lieu en 1985, avant la perestroïka et la dissolution de l’URSS) – est universel et bien des femmes – flouées – s’y reconnaîtront.