Archives de Tag: Drame

A la poursuite de ma vie

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A la poursuite de ma vie

de John Corey Whaley

chez Casterman

«  Je préfère vous raconter l’histoire d’un garçon revenu d’entre les morts qui, à son réveil, a découvert qu’il lui fallait vivre une seconde fois. Çà aurait pu arriver à n’importe qui. A vous, pourquoi pas ?

Et comme moi, vous auriez essayé de reprendre le cours de votre première existence sans réaliser qu’elle avait pris fin à jamais.  »

Travis Coates est mourant, victime d’une une leucémie aiguë  si foudroyante qu’aucun traitement n’a été possible.

Mais son médecin lui propose un pari certes risqué mais porteur d’espoir : la cryogénisation.

Risqué car même si les progrès de la médecine permettent éventuellement de renaître frais et dispo dans, mettons 50 ans ans, le patient risque de se retrouver un peu seul, voir seul rescapé d’une humanité promise à un sort incertain ( pollution, tempêtes tsunamis fonte de la banquise etc, etc. bonjour le stress).

De plus le cas de Travis est un peu spécial : son corps étant totalement envahi par la maladie on lui propose:

1 la cryogénisation, d’accord mais seulement de la tête ?!

donc

2 la décapitation et la greffe possible mais lointaine sur un corps sain. (et si il n’y a pas de corps ???)

Beurk, beurk, beurk.

Travis qui pense que tout ceci n’est que fumisterie accepte .

Ses parents, son meilleur ami Kyle, sa petite amie Kate sont à son chevet. Chacun prononce les dernières paroles (dont Kyle qui avoue son homosexualité à Travis pensant que le secret serait gardé indéfiniment !!! lol).

Et surprise, surprise la version masculine de la belle au bois dormant se réveille un chouia plus tôt que prévu soit 5 ans après … Bonne nouvelle on a greffé sa tête sur un corps de surfeur digne d’Alerte à Malibu mais si Papa et maman pleurent de joie Kate et Kyle ne sont pas au rendez vous.

Que s’est-il donc passé pendant ces 5 ans d’absence ?

Car si Travis a l’impression de s’être normalement endormi dans son lit et de se réveiller après une bonne nuit de sommeil prêt à sauter dans son jean pour aller au lycée la réalité va très vite le rattraper .

Le sujet est certes inédit mais ne relève pas du fantastique: si ce procédé est interdit en France il est légal aux États-Unis.

En 2016 un juge de la Haute Cour de Londres a autorisé la cryogénisation d’une jeune fille britannique de 14 ans décédée d’une grave maladie en attendant l’ hypothétique découverte médicale qui la sauvera peut être dans le futur.

Que devient-on lorsque l’on se réveille 50 ans après et que famille, amis, repères ont disparu.

Comment vivre dans une société dont on ne connaît plus les codes ?

Si le roman est écrit sur le mode léger et plein d’humour et fait l’impasse sur le désespoir et la souffrance il pose de vraies questions .

Intéressant !

Scarrels

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Scarrels

de Marcus Malte

chez Syros

« Karen a battu une seule fois des paupières, puis elle a dit :

– Nous sommes en l’an 99. Notre planète est la Terre. Notre État se nomme Regency. Le Central gouverne. Loués soient les membres bienfaiteurs du Central. Le Fondateur Dow est notre guide et notre protecteur…

-… Loué soit le Fondateur, a poursuivi Tina. Et loués soient nos anges gardiens, anges fidèles, qui veillent pour le bien de tous et la paix de chacun. »

A Regency les fondamentaux ne se discutent pas. Pour la population, c’est une réalité intangible.

Il y a une entité invisible qui gouverne : Qui ? On ne sait pas exactement.

Il y a les anges, des faucons prêts à intervenir et châtier ceux qui ne sont pas dans la norme, et si les disparitions s’accélèrent et que l’on découvre des corps aux yeux et à la langue arrachés, personne ne se pose vraiment la question de savoir pourquoi ces hommes ont été tués.

Chacun vaque à ses occupations, et même le héros, Luc, hanté par la cruauté de son père et l’amour désespéré qu’il porte à Jona, ne remet pas en question la violence qui leur est faite.

Puis un jour, des inscriptions vite effacées apparaissent sur les murs :

« Hommes libres de Regency, vous n’avez jamais quitté ces lieux – sur le mur du pénitencier. »

« L’esclave est celui qui ignore son esclavage. »

« Il n’y a pas de miroir plus fidèle. »

« Parmi les cendres froides, la mémoire hurle encore. »

Elles sont le prélude à une prise de conscience de la population qui est prise en main par le Maître, le mystérieux Noé.

Est-ce enfin un combat pour la liberté, ou le début de la descente aux enfers ?

Page après page, on se promène dans un univers aux frontières mal définies où l’irrationnel est la norme, avec des personnages toujours sur le fil. C’est un monde énigmatique et déstabilisant.

Un excellent roman, passionnant.

La bibliothèque des citrons

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La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill

Calypso a 10 ans et une passion dévorante pour les livres. C’est une enfant solitaire, qui préfère la compagnie des mots à celle des autres enfants. Elle tient cette idée de son père, auteur solitaire qui passe ses journées enfermé dans son bureau depuis le décès de sa femme. Cette vie convient très bien à Calypso, jusqu’au jour où elle rencontre Mae. L’amour des livres rapproche les deux enfants. En côtoyant Mae et sa famille, Calypso va progressivement se rendre compte que ce n’est pas normal que son père passe si peu de temps avec elle, oubliant même de lui faire à manger…

Un livre qui sous une couverture joyeuse et une écriture simple cache des sujets assez difficiles : la perte d’un proche, les enfants qui doivent assumer des responsabilités pas de leur âge… et au fil des pages on sent l’amour que voue l’auteur à la littérature avec des dizaines de titres de livres cités.

Je suis Adèle Wolfe

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Je suis Adèle Wolfe

de Ryan Gaudin

aux Éditions du Masque

« Il était une autre fois une jeune fille qui vivait au royaume de la mort. Des loups hurlaient le long de son bras, toute une meute faite d’encre et de douleur, de souvenirs et de deuil. C’est la seule chose qui ne changea jamais chez elle. »

Automne 1944.

Yael et sa mère sont déportées dans un camp de concentration.

Le docteur Geyer, celui qui, d’un geste, désigne qui va vivre ou mourir les épargne et Yael devient un petit animal de laboratoire sur lequel il va s’acharner jusqu’à la réussite de son grand projet : l’Expérience 85.

Il va faire d’elle un être transformable, un reflet ayant perdu jusqu’au souvenir de son apparence première, un caméléon qui s’adapte à tous les environnements.

Mars 1956, Germania.

Yael le petit cobaye a survécu à tous les deuils, à toutes les tortures. L’heure est venue de la vengeance.

Les bourreaux ont gagné, l’Allemagne et le Japon se partagent une grande partie du monde.

Pour souder leurs peuples et commémorer leur alliance, Hitler et Hirohito organisent chaque année une course mythique : le Tour de l’Axe.

Une course de motos longue de 20780 km où tous les coups sont permis.

Une jeune aryenne, Adèle Wolfe, l’a déjà remportée et a rencontré le Führer lors du bal du vainqueur à Tokyo.

Pour Yael et le mouvement de résistance qu’elle a rejoint, cette course est l’occasion rêvée d’approcher le dictateur et de le supprimer.

Elle va devenir la copie parfaite d’Adèle Wolfe et participer à l’épreuve.

Mais l’irruption de Félix, le frère d’Adèle, et la cruauté des autres participants va rapidement la mettre en danger.

L’auteur jongle avec les faits historiques d’une façon tout à fait crédible, l’héroïne est à la fois sensible et glaçante : c’est une excellente série dont on attend la suite avec impatience.

« L’appel de la forêt »

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Ceux qui nous suivent depuis le début de l’aventure de « Serialblogueuses » doivent se dire… Jack LONDON !

Encore ? Eh bien oui…

Alors même si vous avez déjà lu « L’appel de la forêt » sur nos précédentes recommandations, prenez le temps de le regarder, voire de le relire dans cette magnifique édition proposée par Sarbacane dans sa collection grand format (37 cm sur 26 cm), « Grands classiques illustrés« .

Format qui met réellement en valeur les peintures à l’huile de Maurizio A.C. QUARELLO : imaginez ce tableau  ou le dernier combat de Spitz contre Buck en double page de plus de cinquante centimètres de large …

Avouez qu’en ces périodes de grosse chaleur, c’est drôlement agréable de se « rafraîchir » dans ces paysages enneigés.

Même si l’histoire, dans sa nouvelle traduction de Annie-France Mistral, n’en est pas moins rude :

« Buck, le chien géant héros de L’Appel de la forêt, connaît un destin inverse à celui du célèbre Croc-Blanc : « aristocrate » gâté, élevé dans une souriante vallée du Sud, il se trouve précipité en pleine ruée vers l’or dans la haine et la barbarie, et doit renouer avec ses instincts les plus primaires pour survivre. Il connaîtra un temps un amour absolu pour un homme des bois, rude et juste. Mais à la mort de ce maître adoré, plus rien ne le retiendra pour répondre enfin à « l’appel de la forêt », et devenir le chef redouté d’une horde de loups sauvages. »

Si vous aimez le style de Maurizio A.C. Quarello, vous pouvez trouver  à la BFM de Limoges une vingtaine d’autres livres illustrés par cet artiste.

 

Belle-Ile-en-Mer

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J.-C. Tixier : Traqués sur la lande (Rageot, 2016)

« Août 1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne d’adolescents, un surveillant frappe trop fort… L’émeute éclate. Une centaine de garçons réussissent à fuir et gagnent la lande. Gab les yeux gris, le Râleur et quelques autres tentent de trouver des vêtements et un abri sûr pour échapper à la traque. Mais où chercher de l’aide ? Bientôt Gab croise la route d’Aël, qui connaît le coin comme sa poche et tente aussi d’échapper au destin que l’on a tracé pour elle…

Inspirée de faits réels, une fiction proche du documentaire. » (Présentation éditeur)

Bientôt les grandes vacances, peut-être la Bretagne… Si vous partez pour Belle-Ile-en-Mer, ayez une pensée pour tous ces « mal aimés » qui ont laissé leur peau au bagne d’enfants.

Laissez Jean-Christophe TIXIER vous parler de cet établissement pénitentiaire pour enfants, peu connu des actuels touristes, devenu après 1945 Institution Publique d’Education Surveillée et fermé seulement… en 1977.

En 1934, moment choisi par l’auteur pour raconter cette histoire à partir du réel fait divers à l’origine de la révolte, on n’y éduque pas, on punit et on maltraite sans état d’âme. Certes, quelques jeunes détenus sont des assassins, mais un certain nombre d’entre eux ajoutent simplement au drame d’avoir été abandonnés par leur famille, celui d’avoir dû se débrouiller seuls et – par exemple – pris à voler pour manger, se retrouvent là jusqu’à leur vingt-et-un ans. Beaucoup ne résistent pas au régime de violence qui y règne et meurent avant la fin de leur détention.

Le récit de J.-C. Tixier montre également comment, lors de l’évasion des enfants, les insulaires appâtés par la somme promise pour chaque malheureux rattrapé, prêtent main forte aux surveillants.

Témoin à l’époque, Jacques PREVERT avait composé un poème sur cet épisode terrifiant : « La chasse à l’enfant »

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau »

Un livre à lire, pour ne pas oublier la tragédie de ces enfants et adolescents et pour réfléchir à la responsabilité de chacun dans pareille société.

Sans papiers

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Sans papiers

de Rascal, Cendrine Genin, Jean-François Martin

aux Éditions Âne bâté

 » Maman a été tuée le premier jour de la guerre. »

Un pays qui sombre dans le chaos, la mort qui décime, la peur et un père qui veut sauver sa fille.

Que faire ?

Fuir bien sûr .

Vers un eldorado aléatoire, mais l’espoir est là et tout plutôt que le bruit des bombes et les cadavres qui jonchent les rues.

Alors la France, patrie des droits de l’homme, et Paris le ville lumière attirent comme un phare.

Mais les lumières ne brillent pas pour tout le monde, il faut des Papiers, de ceux qui vont vous permettre d’exister aux yeux de tous.

Ceux qui ne les obtiennent pas sont condamnés au silence, à l’invisibilité.

Car des voix s’élèvent : ils sont trop nombreux, on n’est pas là pour accueillir toute la misère du monde etc, etc.

Bien sur, et si vos enfants avaient faim, si leurs vies ne tenaient qu’à un fil que feriez vous ?

La vie reprend petit à petit : l’école, de nouveaux amis, un pays tout entier à découvrir, à s’approprier peut-être, puis un jour…

 » Je regarde Paris s’effacer jusqu’à Orly.

La sirène de police hurle tout ce que je ne peux pas.

L’avion est en bout de piste.

Prêt à décoller.

Ils nous attend.  »

Un album magnifique ou les illustrations répondent à la sobriété du texte.

Des silhouettes découpées sur la grisaille, un carré de lumière qui dit la chaleur d’un foyer, un bout de jupe comme un soleil puis un avion qui déchire le ciel vers on ne sait quelle destination.

Superbe.