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Blanche

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« Blanche« , c’est du lourd ! 874 pages.

Mais bon, une fois embarqué, on n’a plus trop envie de lâcher les basques de l’héroïne qui nous balade dans des histoires plus invraisemblables les unes que les autres, sur fond de guerre de 1870 et de répression de la Commune de Paris.  Oups ! Déjà 14-18, ça paraît si loin !

On circule en fiacre, on s’évade en ballon et on communique par pigeon-voyageur.

On croise de vrais personnages historiques : le photographe Nadar, l’illusionniste Houdin, la tragédienne Sarah Bernhardt, un chirurgien tueur en série, le président Thiers et bien d’autres.

On assiste à la création de Carmen et on rencontre Georges Bizet. On pénètre dans la clinique du Dr Blanche à Passy, etc.

Pourtant ce n’est ni un roman historique, ni tout à fait une uchronie, du « steampunk » diront certains.

En tout cas, on est séduit par le personnage de Blanche, jeune bourgeoise intelligente du 19ème siècle qui a des convictions, des envies, de l’obstination et, surtout, n’a pas froid aux yeux.

« « Je m’appelle Blanche. J’ai 17 ans. Paris est assiégée par les Prussiens. Impossible de rejoindre ma famille. Mon oncle, commissaire de police, est sur la piste d’un tueur de tatoués. Je m’appelle Blanche. J’ai 17 ans. Les bombes tombent sur Paris. Et je traque le tueur, moi aussi. »

Auteur renommé, Hervé Jubert a beaucoup œuvré dans les littératures de l’imaginaire. Les enquêtes de Blanche sont réunies ici en intégrale avec une aventure inédite (Le mystère de la femme sans bras). L’auteur de la trilogie Morgenstern, de Vagabonde, de M.O.N.S.T.R.E. et de Beauregard est à son meilleur avec une héroïne aussi attachante qu’intrépide… » (Présentation éditeur :  ActuSF – Naos, 2018)

En fait, les trois premières enquêtes de Blanche ont d’abord paru séparément, ce qui explique le léger « décalage » qui perturbe un peu la lecture de ce gros volume. Mais l’intrigue est chaque fois si prenante, mêlant le suspense du roman policier à un soupçon de fantastique…

Personnages féminins et masculins ont de l’étoffe, sans caricature. Et chacun mène son enquête avec sa sensibilité, son intuition ou ses techniques.

« La fièvre de l’enquête…

Blanche était atteinte au dernier degré.

Attention, l’avait prévenue Gaston. Si tu te lances sur cette voie, tu ne t’en écarteras jamais.

La jeune fille avait alors quinze ans.

Tu serais une enquêtrice hors pair. Malheureusement ce métier n’accepte pas les femmes.

Alors, jouons à faire semblant ? avait proposé Blanche.

Mais ce n’est pas un jeu ! s’était insurgé Gaston en fronçant les sourcils. Tu crois que je passe mes journées à jouer ?

Blanche avait vigoureusement hoché la tête et Gaston avait eu toutes les peines du monde à lui prouver le contraire.

Bien sûr, Blanche ne serait jamais fonctionnaire de police. Elle fonderait une famille et élèverait ses enfants. N’empêche, assimiler les principes de la chimie, faire parler une pièce à conviction, interroger les traces infimes sur une scène de crime pouvaient se révéler des activités autrement excitantes que le point de croix ou l’aquarelle. En théorie en tout cas. Car cette passion n’avait jamais pris que la forme de conversations à bâtons rompus avec l’oncle Gaston.

Pour ses quinze ans, il lui avait offert un exemplaire du Dictionnaire de police, la bible de l’investigateur, et une médaille d’inspecteur. La jeune fille s’était vite enfermée dans sa chambre pour se plonger dans l’ouvrage. Depuis, elle mettait un point d’honneur à lire un article chaque soir avant de s’endormir. » (pp.20-21)

Au cours de ces huit cents pages, vous constaterez comme moi qu’elle a subtilement mis tout cela à profit !

Pourtant il faudra attendre un siècle de plus (!) pour que les premières femmes accèdent au poste de commissaires de police.

Bonne lecture.

Et pour ceux qui aiment les petits plus : jusqu’au 3 février 2019, vous pouvez visiter à la Bnf (à Paris) l’exposition « Les Nadar, une légende photographique », et y découvrir par exemple « Sarah Bernhardt dans Pierrot assassin » ou « Autoportrait avec Ernestine en nacelle ».  Sans aller jusqu’à Paris, l’exposition virtuelle : http://expositions.bnf.fr/les-nadar/

 

 

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Gramercy Park

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Evidemment, ce pistolet sur la couverture n’augure rien de bon, cependant on a tendance à l’oublier dès les premières pages de cette BD.

Enfin, moi, je l’avais oublié, happée par l’image, par le mystère…

Timothée de FOMBELLE et Christian CAILLEAUX nous entraînent dans une histoire étrange et presque silencieuse à « Gramercy Park« , avec l’air de ne jamais y toucher.

On ne sait plus toujours où l’on est, si c’est New-York, si c’est Paris, sur quels toits ?

Avec ces ruches et leurs abeilles.

Et cette jeune femme qui parle de « consolation », qui observe ses voisins, surtout celui d’en face.

On est sans cesse déstabilisé. Qui est dans le coffre ? Et ce crapaud avec des ailes ? Qui sont les flics ? Qui est la pègre ?

Cette petite fille ?

Cette folie qui s’insinue partout.

Les pièces du puzzle s’encastrent les unes après les autres, sans violence. Et pourtant…

Arrivé à la fin, on ne peut s’empêcher de tout reprendre, lentement, pour tous les indices disséminés qu’on n’a pas su interpréter – sur le moment -.

Franchement, une belle BD, publiée par Gallimard en avril 2018.

Et pour en savoir plus, un article intéressant avec des entretiens en vidéo des deux auteurs.

 

 

 

 

 

Maintenant qu’il est trop tard

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Maintenant qu’il est trop tard

de Jessica Warman chez Pocket Jeunesse

« A le regarder, je me sentais plus curieuse qu’autre chose. Je n’avais pas peur, pas encore. Nous étions à l’abri de l’autre côté des portes vitrées et nos parents n’étaient qu’à quelques mètres. Personne ne nous ferait de mal, surtout pas lui. Enfin, je savais que ce n’était pas le vrai père Noël, je n’étais même pas certaine qu’il existe vraiment. Mais une enfant de sept ans a une certaine perception de la réalité. Le père Noël est maigre, maintenant ? Et dans mon jardin ? C’est étrange mais d’accord. »

Une nuit de Nouvel An, Tabitha quatre ans, baptisée Tortue par toute la famille, disparaît.

Tabitha, Samantha sa sœur, et Remy le meilleur ami de celle-ci étaient couchés près de la porte du jardin. C’était une nuit de fête, à moitié endormis, en sécurité, les enfants entendaient au-dessus de leurs têtes leurs parents rire et chanter.

Une présence silencieuse et menaçante, une porte déverrouillée, et la fête se transforme en cauchemar.

Mais Samantha est formelle, elle a reconnu Steven, l’ex-petit ami de sa sœur Gretchen. Steven a eu un accident et a beaucoup changé. Il est parfois agressif, son comportement est incohérent.

Et même s’il nie toute participation à cet enlèvement, il est déclaré coupable et condamné à mort.

Dix ans après, Tortue n’a jamais été retrouvée et Samantha raconte le quotidien d’une famille détruite par la tragédie.

Comment trouver sa place après un tel drame ? Une petite fille est née, Hannah, et c’est la seule qui ne soit pas « infectée » par le désespoir qui mine tous les membres de la famille.

Ils vivent côte à côte, solitaires, gérant leur douleur comme ils le peuvent : dans la drogue, l’alcool, les anti-dépresseurs.

Samantha observe, se souvient, elle avait sept ans et c’était Steven c’est sûr, ça ne pouvait être que lui et d’ailleurs quand elle l’a dit aux policiers, aux parents, à tous les adultes présents, ils étaient tous d’accord et Remy aussi a reconnu le garçon. Mais le doute s’installe et ronge.

Qui a vraiment enlevé Tabitha ?

Au-delà de la tragédie elle-même, le roman raconte l’après-enlèvement : l’emballement médiatique, les voisins très, trop présents qui peu à peu espacent leurs visites, les caméras, les micros tendus pour saisir une miette de douleur supplémentaire, l’extrême solitude de la famille.

C’est un bon roman qui tient en haleine jusqu’aux dernières pages.

The hate U give

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The hate U give

de Angie Thomas chez Nathan

 

« Tupac disait que le nom de son groupe « Thug Life », la vie de gangsta, ça voulait dire :

«The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody, la haine qu’on donne aux bébés fout tout le monde en l’air.

Je hausse les sourcils.

– Quoi ?

Écoute bien. The Hate U – « you « , mais avec la lettre U-Give Little Infants Fucks Everybody. T-H-U-G-L-I-F-E. Ce qui veut dire que ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule. Tu piges ? »

Une soirée : des adolescents qui dansent, boivent, ébauchent des histoires d’amour ou de haine. Il y a dans l’air un goût de « trop », trop d’alcools, trop d’herbes, trop d’hormones mais c’est le Spring Break et tous sont à l’orée de leur vie.

Un des leurs va mourir dans quelques minutes, abattu par un policier blanc sous les yeux de son amie Starr qu’il ramenait chez elle.

Starr est le témoin clé mais est-elle prête à s’exposer pour porter la voix de Khalil mort, devant son assassin ?

Avant tout autre commentaire, ce roman est remarquable. Remarquable car lucide, documenté, engagé bien sûr, mais sans manichéisme.

Starr devrait être une ado comme les autres, elle aime Beyoncé, Taylor Swift, elle regarde en boucle les vieux épisodes du Prince de Bel-air, craque sur les marques de baskets, est amoureuse…

Mais elle est aussi noire, vit dans un ghetto, Garden Heights, gangrené par les guerres de gang, la drogue, les violences familiales.

Son père faisait partie des « King Lord », il s’en est sorti mais demeure viscéralement attaché à son quartier. Contre l’avis de sa femme qui souhaite un environnement moins dangereux pour ses enfants, il s’acharne à démontrer qu’il existe une alternative à la violence et à l’échec social.

Mais tous ses enfants sont scolarisés dans un « lycée de blancs » loin de Garden Heights.

Son oncle est policier tout en étant parfaitement conscient, témoin, victime du racisme de ses collègues.

Starr a 16 ans mais a côtoyé la mort à plusieurs reprises : son amie Natacha est morte à 10 ans, sous ses yeux, d’une balle perdue, son cousin a été tué pendant un braquage, Khalil est assassiné sous ses yeux.

Tous ces traumatismes, qui ne suscitent d’ailleurs aucun écho à l’extérieur du quartier semblent n’être que les paramètres, navrants mais attendus de la vie d’un citoyen afro-américain.

Car tout concourt à un échec programmé : quartier déshérité, écoles sous-équipées, chômage, économie parallèle mise en place par les gangs qui attirent ceux qui sont restés sur le carreau de la prospérité.

Au terme d’une parodie de justice le policier est bien entendu acquitté. La population se mobilise, la police intervient, le quartier est dévasté puis un calme précaire revient. Jusqu’à la prochaine « bavure ».

La question est : combien de temps peut-on tenir cette ligne de défense ? Cet homme n’est pas coupable parce qu’il est policier, parce qu’il est blanc et qu’il est légitime de tirer « avant » puisqu’on ne risque rien « après ».

A lire absolument !

« Le renard et la couronne »

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« Le renard et la couronne » / Yann FASTIER

(Talents hauts, 2018)

Si vous aviez aimé « Coeur de loup » de Katherine Rundell, vous devriez dévorer ce roman de Yann FASTIER et (ou malgré) ses 541 pages.

« Jetée sur les chemins à dix ans, suite à la mort de sa grand-mère, sa seule famille, Ana s’engage sans le savoir pour un voyage long et aventureux à travers l’Europe. De l’Adriatique aux Carpathes en passant par la campagne française, Ana partagera la vie d’enfants des rues, sera adoptée par un vieux et doux naturaliste, croisera la route de révolutionnaires, d’espions et de despotes, sera menacée de mort, jetée dans la sinistre prison Saint-Lazare et prise dans des intrigues de palais.

Sous les rafales de la bora, au coeur des provinces illyriennes, Ana s’apprête à vivre un destin hors du commun… » (cf. 4ème de couverture)

La dédicace, « à la mémoire de Madeleine Brent« , donne le ton. Quelques cent soixante pages plus loin, Yann Fastier accumule les références :

« Qui eût jamais soupçonné un savant si austère et si respecté de nourrir une telle passion pour les romans populaires ? Il me l’avait transmise, entre mille autres choses. Je l’ai déjà dit, lui et moi étions des lecteurs acharnés. Bien sûr, les classiques avaient droit à tout notre respect, mais que pesaient Racine ou Corneille face à Michel Zevaco ? Alexandre Dumas, Jules Verne, Ponson du Terrail, Gustave Aimard et tant d’autres, c’était le souffle de l’aventure qui, passant par la cheminée auprès de laquelle nous lisions le soir, nous emportait vers les pampas lointaines, sur des mers en furie, parmi les fauves et les sauvages dont les moeurs n’avaient aucun secret pour nous. Ensemble, nous complotions au coeur de sombres forêts, armés de torches et d’épées, nous explorions de sombres souterrains où dormaient de terribles secrets ; nous arpentions, escopette à l’épaule, le sentier des contrebandiers avant que de rentrer dans notre héritage (un vieux castel en Ecosse, hanté comme il se doit). Entre tous, mon favori était Paul Féval. Nul mieux que lui ne savait enchevêtrer une intrigue, l’assortir de comparses hauts en couleur et de notes délibérément parodiques qui faisaient un chef d’oeuvre même de ses livres les plus mineurs. Plus encore que Le bossu, j’aimais ses Habits noirs, qui me faisaient regretter de n’avoir pas connu le vieux Paris, ce Paris louis-philippard, celui de Vidocq et d’Eugène Sue, ce Paris où, dans les assommoirs enfumés, se parlait l’argot de Villon et dont les pavés résonnaient encore du cliquetis des rapières et de l’agonie des gardes du Cardinal. » (pp. 167-168)

Nous voilà prévenus !

A la différence des feuilletons du 19ème siècle, « Talents hauts » nous épargne d’avoir à patienter des semaines pour lire la suite de chaque partie, aussi dense qu’un roman. Au fil des trois parties de cet ouvrage, nous voilà passés de l’enfance à l’âge adulte d’Ana, à travers mille captivantes péripéties.

L’ayant dévoré un peu rapidement une première fois, j’avais eu l’impression d’ellipses qui compliquaient la compréhension. Que nenni !

Débarrassée de l’inquiétude de tout ce qui pouvait arriver de violent et /ou mauvais à cette jeune Ana à laquelle, forcément, je m’étais attachée, je l’ai relu posément et apprécié les indices disposés ici ou là.

Les personnages qui entourent l’héroïne sont tout aussi intéressants, même si la force de caractère et le charisme de certaines rendent plus… ternes la plupart des figures masculines – fréquentables (les autres étant carrément odieuses).

Et si nous arrivons un peu groggy à la fin de ce gros volume au rythme soutenu des aventures d’Ana, c’est pour espérer, cependant, que la dernière phrase : «  – Terminé, Ana ? Qu’est-ce qui est terminé ? Au contraire, ça ne fait que commencer. » est bien prémonitoire d’une suite que Yann Fastier nous réserve.

 

Le Jeu de la Mort

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Le Jeu de la Mort

de David Almond chez Gallimard

« Vous êtes ici pour jouer au Jeu de la Mort murmurait-il…

– Qui va mourir aujourd’hui ? murmurait Askew.

Il lançait le couteau qui tournait sur le verre, accompagné de nos cris :

– Mort ! Mort ! Mort !

Quand la pointe du couteau s’arrêtait face à un joueur, la victime tendait la main à Askew qui l’attirait au centre du cercle en disant :

– Quelqu’un va mourir aujourd’hui…

– Abandonnes-tu la vie ?

– Je l’abandonne.

– Désires-tu vraiment mourir ?

– Je le désire.

A ces mots, Askew serrait l’épaule du joueur. Il lui parlait à voix basse, au creux de l’oreille. Quand il avait fini, il lui fermait les yeux avec le pouce et l’index tendus en prononçant :

– Ceci est la mort !

Le joueur tombait sur le sol…

– Repose en paix, murmurait Askew.

– Repose en paix, répétions-nous. »

A Stoneygate, sur la lande, les enfants jouent à se faire peur : descendre dans la fosse, mimer la mort, ressortir au grand soleil et savourer le souffle du vent sur leur peau leur procurent une joie indicible. Ils sont vivants et savourent le plaisir trouble de la transgression loin des regards des adultes. Car sous la lande, il y a longtemps, les mines avalaient des enfants, recrachaient parfois leurs cadavres, ou les gardaient enfouis sous les éboulis : ils errent, silhouettes entraperçues, miroitement fugace d’un regard éteint dans un visage émacié strié de poussière de charbon. Ils sont menés par le Soyeux, un petit garçon qui n’est jamais remonté à la surface.

A Stoneygate, certains les voient, comme Kit Watson et son grand-père et bien sûr, John Askew, l’officiant du Jeu de la Mort.

Des enfants, en sortant de la fosse, ont évoqué de terribles rencontres dans l’obscurité des galeries, mais seuls John et Kit savent ce qu’ils ont vu.

C’est vraiment un superbe roman : un univers troublant, à la foi féérique et inquiétant, avec de magnifiques personnages.

J’ai adoré !

So strange

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Lucy STRANGE « Ecoute le rossignol« 

(Castelmore, 2017)

« 1919. Henrietta emménage avec sa famille à Hope House, une grande et très ancienne maison près de la mer. Ses parents et sa gouvernante étant occupés par leurs soucis, Henrietta est livrée à elle-même, avec ses livres pour seule compagnie. Elle découvre que Hope House regorge de secrets : un grenier oublié, des ombres fantomatiques et une mystérieuse lueur qui apparaît entre les arbres au fond du jardin… Une nuit, elle s’aventure dans le bois au Rossignol. Elle va y faire une rencontre qui va bouleverser sa vie…« 

Franchement, ce résumé de l’éditeur ne donne pas assez envie de lire ce roman. C’est dommage.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère digne des romans anglo-américains du tout début du 20ème siècle, comme « Le jardin secret » de Frances Hogdson Burnett, « Papa longues jambes » de Jean Webster ou, dans un tout autre genre, « Le vent dans les saules » de Kenneth Grahame.

Tous les ingrédients y sont : la demeure mystérieuse et son grenier secret, le phare et la mer au loin, la légère fumée qui s’élève dans le bois, et puis la mère enfermée dans sa chambre, le père absent, la nurse dévouée aux deux fillettes, la cuisinière complice. Par là-dessus se greffent un médecin aux méthodes assez glauques, un étrange boiteux…

Tout cela vu à travers les yeux d’Henrietta, dite « Henry » dont l’imagination n’a d’égale que sa bibliothèque bien fournie en auteurs contemporains : Lewis Carroll, Louisa May Alcott, Charles Dickens, mais aussi Hans Christian Andersen et autres conte(ur)s de fées. Et bientôt John Keats et son « Ode à un rossignol »

Jusque-là ce roman pourrait n’être qu’un agréable divertissement.

Mais Lucy STRANGE étoffe le personnage d’Henry qui, malgré ses douze ans, se rend non seulement compte de ce qui se trame, mais puise en elle la force d’aller contre un processus mortifère pour tout le monde.

Puise en elle, certes, mais pas seulement… je ne vous en dis pas plus.

Un roman qui aborde également la manière brutale dont furent traités les soldats revenus choqués de la Guerre de 14, les progrès de la psychiatrie, la difficile résilience après des événements traumatiques, mais aussi l’éducation des filles. Et en cela Henry, nourrie des « Quatre filles du Dr March »et admiratrice de Jo « drôle, garçon manqué et pragmatique », m’a faite me souvenir de Calpurnia, autre personnage de fille énergique qui m’avait beaucoup intéressée, refusant de se plier aux convenances étriquées et dévastatrices de l’époque.

Un coup de coeur pour cette fin d’été.