In Waves

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Dans In Waves, publié chez Casterman, AJ Dungo raconte son histoire d’amour avec Kristen et la mort de celle-ci à la suite d’un cancer. AJ rencontre Kristen au lycée, et ils se prennent de passion pour le surf. AJ Dungo mêle chapitres sur son histoire avec Kristen, sur le combat contre la maladie qu’elle mène et l’histoire du surf à travers deux pionniers de cette discipline : Duke Kahanamoku et Tom Blake. La combinaison des deux sujets fonctionne très bien, le lien d’amitié et d’admiration unissant les deux surfeurs faisant écho à l’amour que se portent Kristen et AJ. Avec un trait épuré, dans les tons bleus pour l’histoire de Kristen et marrons pour l’histoire du surf, l’auteur réussi à éviter de tomber dans le pathos sur un sujet pourtant pas évident. Avec ce joli roman graphique il rend un bel hommage à Kristen.

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« La lanterne de Nyx »

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Kan TAKAHAMA : « La lanterne de Nyx » (Glénat, 2019).

 

A peine lisons-nous que l’histoire commence en 1944 à Kumamoto sur l’île de Kyushu au Japon, nous voici propulsés soixante-six ans en arrière à Nagasaki :

Miyo est une jeune orpheline recueillie par son oncle, un artisan d’art dont la période de gloire semble passée.

Sa tante la presse donc de trouver un travail pour aider à nourrir la famille et l’emmène dans une boutique qui cherche une vendeuse.

Or ce n’est pas n’importe quelle boutique, il s’agit d’un magasin d’objets rares « venus d’au-delà des mers« .

 

En 1878 au Japon, l’Empereur Meiji est au pouvoir depuis dix ans et a commencé à entreprendre de grandes réformes d’inspiration occidentale en s’entourant d’experts étrangers.

Et cette année-là, la France de la Belle Epoque a accueilli pour la troisième fois l’Exposition Universelle. Il va s’agir pour Miyo d’aider à mettre en vitrine les objets rapportés de l’Exposition par son patron et les présenter aux clients japonais friands de ces nouveautés exotiques.

Au fil de l’histoire, nous découvrons avec elle… le chocolat au lait, les robes à l’occidentale et la machine à coudre, le phonographe, la lanterne magique et… « Alice au pays des merveilles ».

Parallèlement nous découvrons aussi la société japonaise en pleine modernisation à travers les yeux de cette jeune et attachante Miyo.  D’autant plus captivante qu’elle possède un don : quand elle « touche un objet… elle est capable de voir ses propriétaires passés ou futurs« .

Mais voilà que son original patron a le projet d’exporter en Europe des objets japonais de belle facture et va bientôt repartir pour Paris. Vivement le volume 3 !

 

Nous avions déjà rencontré Kan Takahama en 2012 dans « La villa sur la falaise« , aux côtés de Fred Bernard, Sokal, Taniguchi et quelques autres.

 

 

Mock boys

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Mock boys de Marie Leymarie chez Syros

« Raoul et Baptiste se connaissaient depuis la sixième et ils avaient fait toute leur scolarité ensemble au collège Lamartine . Baptiste avait repéré Raoul très vite, car ils n’étaient alors que trois garçons en danse contemporaine -Theo, Raoul et lui.

Raoul était déjà à l’époque plus grand que lui. Dès le premier jour , il avait fait dans la cour une démonstration de hip-hop qui lui avait permis de se mettre une pionne dans la poche, et qui avait beaucoup impressionné Baptiste . »

Raoul est un garçon solaire qui attire, agace aussi mais ne laisse personne indifférent. Il est séduisant , le sait, en joue et fait une consommation effrénée du beau sexe. Pour lui une relation ne peut s’installer dans la durée . Baptiste lui est plus réservé, il est sans se l’avouer sous l’emprise de Raoul et lorsque Sandy apparaît dans sa vie leur complicité vole en éclats.

C’est vraiment un excellent roman. Chaque personnage a ses fêlures, Raoul dans la surenchère permanente, Baptiste qui tente d’exister à côté de son ami si flamboyant et Sandy, repliée sur ses blessures.

Il n’y a pas le happy-end obligatoire dans ce genre de roman, juste des adolescents qui se débattent avec des sentiments trop lourds pour eux.

J’ai adoré.

La cantine de minuit

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« Mon restaurant est ouvert de minuit à sept heures du matin environ. On le surnomme « la cantine de minuit », mais pour certains c’est plutôt « la cantine de l’aube ». »

Un petit restaurant, dans une ruelle. Le patron sert à manger ce que vous voulez du moment qu’il a les ingrédients nécessaire pour le faire. A la cantine de minuit de nombreux clients se croisent. Et au fil des courtes histoires des liens se nouent autour d’un plat. La nourriture devient sujet de conversation, rapprochant les clients : des débats passionnés sur l’utilisation de la sauce soja salée ou sucrée, le partage de l’amour pour le fond des jaunes des oeufs au plat…Des histoires d’amour se font et se défont, des amitiés naissent… La cantine de minuit est un manga qui parle de nourriture et de rencontres, de lien entre des personnes très différentes.

5 tomes sont parus, et il existe même un livre de cuisine qui reprend les recettes pour pouvoir tester ça chez soi… une bonne idée car tous ses plats mettent l’eau à la bouche pendant la lecture !

Les petites victoires – Yvon ROY – BD Rue de Sèvres

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Marc et Chloé sont heureux ensemble. Ils décident d’avoir un enfant.

Le temps passe et des indices montrent que leur enfant est différent. Le diagnostic tombe : Olivier est autiste.

Même si le couple se sépare, Chloé et Marc forment un duo solide pour Olivier.

En étudiant le comportement du garçon, le père va tenter des expériences pédagogiques (jouer au « cogne-caboche », ne jamais installer une routine…) car il comprend qu’il ne sert à rien d’avoir peur de mal faire car, au pire, on finit par ne plus rien faire du tout.

« …Je perçois l’ampleur de la solitude intérieure que l’autisme lui impose. Ses murs à lui sont hauts, très hauts. Me vient l’envie de les abattre. Je me ravise. Je comprends maintenant … Tu ne seras plus jamais seul mon fils »

De petits combats en grandes victoires (comme pouvoir le prendre dans ses bras), Olivier s’ouvre au monde.

Sans pathos, ce roman graphique auto-biographique nous livre un beau témoignage de parents qui vont tout faire pour que leur enfant s’épanouisse.

A laisser entre les mains de tous : parents, soignants, élèves, enseignants…. car c’est une ode à l’optimisme.

Et sa deuxième B-D : « Graines de bandits » a l’air pas mal aussi !!

 

A la russe

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« L’Eblouissante lumière de deux étoiles rouges : l’affaire des cahiers de Viktor et Nadia »

David MOROSINOTTO (L’Ecole des Loisirs, 2019)

« 1941. Hitler décide d’envahir l’Union soviétique. Dans la précipitation, on organise l’évacuation vers l’arrière de milliers d’enfants. Viktor et Nadia sont parmi eux. Mais, pour la première fois de leur vie, les voilà séparés. Viktor est envoyé dans un kolkhoze à Kazan, pendant que Nadia se retrouve bloquée à proximité du front des combats. Désormais, Viktor n’a plus qu’une idée en tête : traverser le pays dévasté par la guerre, les bombardements et la faim, pour retrouver sa soeur. Et pour cela, il doit être prêt à tout. Car, dans un pays en guerre, nécessité fait loi. »

Viktor et Nadia sont jumeaux. Ils vivent à Leningrad (alias Saint-Petersbourg) dans un appartement collectif, avec leurs parents qui travaillent au Musée de l’Ermitage.

Ce jour ensoleillé de juin 1941, ils apprennent par la radio que Hitler vient de trahir le pacte de non-agression avec leur pays en bombardant des villes russes :

« Citoyens d’Union soviétique ! ( …) La guerre qui commence aujourd’hui n’est pas imputable au peuple allemand, pas plus qu’aux ouvriers, aux paysans ou aux intellectuels dont nous connaissons les souffrances. Elle est voulue par les fascistes assoiffés de sang qui dominent l’Allemagne et qui ont déjà réduit en esclavage les populations française, tchèque, polonaise, serbe, norvégienne, belge, danoise, hollandaise, grecque et bien d’autres encore.

(…) Ce n’est pas la première fois que notre nation se retrouve à affronter l’attaque d’un ennemi arrogant. Quand Napoléon a cherché à envahir la Russie, notre peuple s’est battu pour la mère patrie, a vaincu Napoléon et l’a renvoyé à son destin. Il en ira de même avec Hitler. »

Dès le début de la guerre, le père de Viktor et Nadia les incite à tenir un journal à deux mains. Toutefois début juillet des trains spéciaux sont frétés pour évacuer les enfants loin de Léningrad. Heureusement pour Viktor et Nadia car bien des enfants n’auront pas le temps de fuir les bombardements puis le tragique siège de la ville, malheureusement ils vont se retrouver dans deux trains séparés, respectivement le 76 et le 77. Ils ont juste le temps de se dire au revoir et de partager leurs cahiers et leurs crayons, bleus pour Nadia, rouges pour Viktor (« la couleur du communisme », déclare-t-il).

Dès lors le lecteur va lire alternativement ces cahiers rouges et bleus tenus jusqu’à la fin novembre 1941.

Le lecteur ? Nous, bien sûr, mais surtout le commissaire du peuple aux affaires intérieures (alias NKVD), le colonel Smirnov chargé en 1946, aux 18 ans des enfants Danilov(a), de déterminer s’ils sont innocents ou coupables des faits qui leur sont reprochés.

« Conjointement à ce document m’ont été remis les deux tampons réglementaires dont l’utilisation sera laissée à ma seule discrétion, au terme de cette enquête. Ils sont identiques, avec une étoile et deux épis de blé de part et d’autre. Seule l’inscription change : INNOCENT, sur le premier. Et sur l’autre, COUPABLE.

Il n’y aura qu’une sentence. Il n’y aura qu’un jugement. Pour la gloire du Parti. »

Le roman de Davide MOROSINOTTO est une extraordinaire épopée « à la russe », comme ces récits de propagande destinés à l’édification des jeunes Soviétiques. Le génie de Morosinotto est d’avoir intercalé les commentaires de Smirnov avec le récit des enfants.

Le journal de chacun des jumeaux permet de découvrir le tragique quotidien de cette « grande guerre patriotique », selon l’expression de l’Union soviétique. Les commentaires de Smirnov reflètent la voix du Parti, les mensonges et la propagande utilisée lors du Siège de Léningrad, affamée près de neuf cents jours par les troupes nazies .

Ils permettent également de sérier les informations, la fiction imaginée par Morosinotto pour nous tenir en haleine jusqu’au bout de ce roman de 520 pages et la « réalité » des faits. Fiction habilement illustrée de « documents d’époque ».

Passionnant récit mi-initiatique mi-historique qu’on dévore d’une traite.