Ada

Par défaut

Ada de Barbara BALDI (Ici même, 2019)

« 1917, quelque part en Autriche. La jeune Ada vit seule avec son père, un bûcheron aussi rustre qu’autoritaire. Le talent et la curiosité de la fillette pour la peinture ne font qu’attiser la colère et le mépris du père. Consciente que l’affrontement n’est pas une option, Ada fait mine de se soumettre à l’autorité paternelle, pour mieux, secrètement, s’adonner à sa passion. Pour autant, l’orage se prépare au loin et il sera difficile d’y échapper…

Pour son deuxième roman graphique, Barbara Baldi privilégie de nouveau les ambiances aux dialogues, et les paysages silencieux égrenés par le défilé des saisons. Si la nature où vit Ada est à l’abri des combats et des bruits de la guerre, si les paysages qui l’entourent sont somptueux, cet environnement n’en apparaît pas moins, bien vite, comme une prison sans barreaux, où la jeune fille est enfermée, isolée, humiliée.

Les pages muettes installent l’atmosphère étouffante du face-à-face père-fille, et renforcent le sentiment de solitude de l’héroïne. Un album au graphisme saisissant, tout en sensibilité et en clairs-obscurs. » (cf. présentation éditeur)

Ada vit seule avec son père après que sa mère a fui la maison… Elle-même n’aspire qu’à s’échapper, tout au moins grâce à la peinture, qu’elle pratique en cachette dans une cabane au fond des bois. Un mystérieux E. lui fournit parfois pigments et encouragements qui l’aident à tenir.

Un jour pourtant Ada réussira à aller jusqu’à Vienne.

Au fil des pages on croise quelques tableaux d’Egon Schiele ou Gustav Klimt, mais c’est la résistance de cette jeune fille face à l’oppression de son père qui m’a parue le plus intéressant.

Beau roman (graphique) d’apprentissage.

Sur le banc

Par défaut

Une fois encore, les bancs inspirent…

Dans « Le banc au milieu du monde »  de Paul VERREPT , illustré par Ingrid GODON aux éditions « Le chapelier fou » (2019), il s’agit de contrer une solitude devenue trop lourde.

« Tous les jours, un homme s’assoit sur le banc du parc. Son père est mort, puis sa maman, et lui, il doit continuer à vivre. Pour combler son chagrin, il s’assoit sur ce banc, qui est pile au centre de la ville, et il regarde les autres vivre. Parfois, des gens viennent s’asseoir à côté de lui, tout près ou à l’autre bout du banc, et ils partagent avec lui un petit bout de leur existence. » (Présentation éditeur)

 

Dans « La jeune fille et le soldat » d’Aline SAX, illustré par Ann de BODE (La Joie de lire, 2017), il s’agit d’ores et déjà d’une rencontre sur un banc. « La rencontre improbable entre une jeune fille et un soldat qui aiment à s’asseoir sur le même banc… » (cf. 4ème de couverture)

« Une jeune fille aveugle habite avec sa mère et sa tante dans une auberge. Elle aime s’asseoir dehors sur un banc, de l’autre côté de la rue. Un jour, un soldat africain s’assoit près d’elle. L’homme lui parle de son pays, de sa femme et de son fils. La jeune fille, quant à elle, évoque son père parti pour le front. Mais un jour, le soldat ne vient plus. La jeune fille part alors à sa recherche…

La jeune fille et le soldat est l’histoire de deux êtres dont les chemins se croisent dans des circonstances tragiques. À une époque où la folie s’empare des hommes et les précipite dans l’horreur. Le soldat africain a tout quitté pour rejoindre un enfer qu’il n’a pas choisi, loin des siens et de chez lui. De plus, la couleur de sa peau suscite la crainte et le rejet. Seule la jeune fille, qui vit dans l’obscurité et dans la peur de ne plus revoir son père, ose lui parler. Ces deux solitudes se reconnaissent et s’apprivoisent au fur et à mesure de leurs discussions. Une amitié empreinte de tendresse s’installe bientôt entre eux. 

Le récit, tout en retenue et en sobriété, développe deux points de vue en alternance. C’est une ode à la différence et à la fraternité. Il parle aussi de la première guerre mondiale en évoquant un fait peu connu, celui des soldats africains venus combattre en Europe pour défendre une cause qui ne les concernait pas. La gravité du propos est adoucie par des moments de poésie et d’humanité qui font jaillir la lumière au milieu des ténèbres. » (Présentation éditeur)

 

« À m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu’il en a
Te parler du bon temps qu’est mort ou qui reviendra… »

comme le chante RENAUD dans « Mistral gagnant »

 

I wish : nos voeux secrets – Film de Hirokazu Kore-Eda

Par défaut

Nous sommes sur l’île de Kyushu, au Japon. Deux jeunes garçons voient leur parents se séparer. La mère repart chez ses parents dans le sud avec Koichi, tandis que Ryunosuke reste avec son père au nord.

Le grand frère subit cette séparation et va essayer de réunir la famille.

Il apprend alors qu’un nouveau TGV va relier les deux régions et espère qu’un miracle peut se produire si tous les deux sont réunis au moment où les deux trains vont se croiser. L’aventure va commencer d’abord pour réunir l’argent nécessaire à l’achat des billets puis pour arriver à temps au point de rendez-vous. Armés de leurs meilleurs amis le chrono est lancé. Au bout du voyage que vont-ils trouver?

 

Magnifique film qui traite – à la manière japonaise !! du divorce, de l’amitié, des espoirs, de la vie qui passe.

DVD à la bfm (en V-O)

 

 

François PLACE

Par défaut

La première fois que je vous ai parlé de François PLACE, c’était en 2012, mais nous le connaissions depuis longtemps, vous et moi… Sans doute depuis « Les derniers géants » parus en 1992 et souvent étudiés en classe depuis. Peut-être même aviez-vous déjà emprunté en bibliothèque des documentaires Gallimard illustrés de ses dessins soignés et détaillés.

Son dernier roman « La reine sous la neige » est une histoire assez folle, où se mêlent fantastique, intrigue policière, sujets de société comme le harcèlement, les réfugiés, l’art contemporain, les adolescents et l’amour, autour du personnage de Sam.

Samantha est une jeune métisse dont les parents divorcés vivent entre l’Afrique du sud et les Pays-Bas.

Comment se retrouve-t-elle coincée à Londres, sans son portable qu’on vient de lui voler, précisément le jour où la Reine Elisabeth décède ? A vous de le découvrir…

 

François PLACE : La reine sous la neige (Gallimard, jeunesse 2019)

« Une tempête en plein ciel, un avion dérouté, un vol de portable, un coup de foudre,

deux amoureux,

une reine morte, un enfant perdu, un tigre évadé du zoo, une statuette de plastique, une enquête impossible, Londres sous la neige… » (cf. 4ème de couverture)

 

Les objets tiennent une grande place dans ce roman, tout particulièrement ces petites « boules à neige » qu’adorent les enfants.

« Sam ne savait laquelle choisir. Même collier de perles, même petit sac à main un peu ridicule, même coupe de robe, même va-et-vient de la main, mais la palette de couleurs allait du bleu layette au rose pastel. Il y avait un côté un peu effrayant dans leur façon de bouger en rythme. Alignées comme des petits soldats, elles auraient pu servir de public souriant à un défilé militaire en Corée du Nord.

(…) Sam choisit la troisième à partir de la gauche, bleu pervenche. Souriante sous son chapeau cloche, la figurine se tenait au garde-à-vous, raide et endimanchée. Sa main droite à hauteur de l’épaule, doigts réunis et gantés de blanc, oscillait avec une régularité de métronome. Elle semblait dire : « Allez-y, vivez votre vie, faites ce que bon vous semble, chantez, dansez, pleurez, dans tous les cas je vous dirai bonjour, du matin au soir, ou bye-bye si vous préférez, c’est comme vous voulez, ça n’a aucune importance, parce que de toute façon l’Angleterre sera toujours l’Angleterre, et moi, la reine, je serai toujours la reine, et God save the Queen. »

D’ailleurs, est-ce bien Sam l’héroïne de ce roman ? Ne serait-ce pas plutôt la Reine, même morte ?

François Place a écrit là une histoire assez déjantée, je doute que le futur décès d’Elisabeth II engendre autant de drôlerie et d’événements surréalistes. Quant à sa succession… Le chapitre à propos du Prince Charles est assez comique, mais on voudrait y croire.

Un bon moment de lecture, original et joyeux.

 

« Non à l’ennui à l’école »

Par défaut

« Ils regardent par la fenêtre, gribouillent, rêvent, comptent les minutes, font leurs listes d’amis et organisent leur fin de semaine quand ils ne s’endorment pas carrément. Des grappes de collégiens meurent d’ennui au fond d’une salle de classe, bien calés contre le radiateur. Pourquoi ?

Certains ne se sentent pas concernés par ce que disent les professeurs, d’autres n’en voient pas l’utilité, n’en saisissent pas le sens. D’autres en savent beaucoup plus et décrochent. Il suffit de quadriller le territoire pour en rencontrer. Ils préfèrent dire « Non à l’école », sans comprendre qu’ils disent « Non à cette école-là ». Une école avec un enseignant juché en haut de ses connaissances, qui dicte ses cours, frontalement, qui impose son savoir, juge, sanctionne, punit et note. Vous vous reconnaissez ? »

Et pourtant depuis cent ans qu’existent des méthodes actives, des établissements innovants et des enseignants motivés, l’école ne devrait plus laisser personne au bord de la route.

Mais ce sont toujours les remèdes éculés qui prévalent. La dictée ?

« Moi, les dictées, je n’en fais pas. Elles sont inutiles. Elles sont abrutissantes. Apprendre des listes de mots sortis de leur contexte ne sert strictement à rien. »

Les leçons de morale ?

« Je suis toujours poli avec mes camarades, je ne me bats pas. »

« Ça y est, les voilà penchés sur leur cahier. Ils copient la petite phrase. Et maintenant, quoi ? Est-ce que ça va changer leur comportement ? Sûrement pas. Non, ce qu’il faut, c’est les prendre par la main, les regarder dans les yeux, me trouver à leur niveau, pas au-dessus d’eux, perché sur cette estrade que je déteste. »

Qui est ce « je » qui parle ?

C’est Célestin FREINET en 1920. Oui, il y a cent ans !

Maria POBLETE : Célestin Freinet, non à l’ennui à l’école

(Actes sud junior, collection « Ceux qui ont dit non », 2018)

« Instituteur éclairé et visionnaire, Célestin Freinet s’est battu pour donner aux élèves l’envie d’apprendre en inventant, dans les années 1920/1930, une pédagogie active, où l’élève est encouragé à écrire, à gérer une coopérative scolaire, à travailler en groupe… et à fuir l’ennui des leçons apprises par coeur ! De nombreux enseignants se servent aujourd’hui avec bonheur de la pédagogie Freinet. » (cf. présentation éditeur)

Célestin Freinet, Maria Montessori, Janusz Korczak dès le début du 20ème siècle, le GFEN (Groupe français d’Education nouvelle) ensuite, et bien d’autres se sont battus pour que l’on donne du sens au savoir et aux apprentissages, pour que l’enseignement soit différencié en fonction des difficultés et des réussites de chaque élève.

« Il faut réunir plusieurs éléments : des équipes pédagogiques motivées à travailler ensemble autour d’un projet, un soutien actif de l’institution, tant en termes de moyens humains que financiers, des collectivités territoriales prêtes aussi à investir en termes de locaux. » etc.

Pas si simple ?

Tout dépend de ce qu’on veut réellement pour une société.

Cette collection de romans historiques : « Ceux qui ont dit non » donne la parole à « des femmes et des hommes qui ont su dire non à ce que leur conscience jugeait inacceptable. Des figures fortes, engagées pour défendre des valeurs humanistes, celles des droits de l’homme et de la démocratie ». Des personnalités aussi diverses que Joan Baez ou Primo Levi, Lounès Matoub ou Anna Politovskaïa, Diderot ou le Général de La Bollardière, Rosa Parks ou Simone Veil, au total déjà une quarantaine de figures et des combats hélas, pour la plupart, non encore aboutis…

 

« Voilà pourquoi votre fille est muette »

Par défaut

« Melinda a 15 ans. Ce soir d’été, au beau milieu d’une fête, la jeune fille est victime d’un drame. Elle appelle la police. Personne ne saura jamais pourquoi elle a lancé cet appel, ni ce qu’il lui est arrivé cette nuit-là. Tout simplement parce que Melinda, murée dans son silence, ne parvient pas à l’exprimer… » (Présentation éditeur : Rue de Sèvres, 2019)

Laurie Halse ANDERSON a écrit ce roman éponyme en 1999, devenu un film en 2004 puis ce roman graphique en 2019, dessiné en noir et blanc par Emily CARROLL.

Depuis 1999, il y a eu #MeToo et les choses changent… très doucement, trop doucement, et encore… pas partout dans le monde. Mais quand on a quinze ans, à qui raconter l’indicible ?

A ses parents, débordés par le drame de leur propre existence qui s’enlise dans un boulot stressant, un couple qui s’est délité et une fille – jusque-là – sans problème, bonne élève… ? A sa meilleure copine ? Pardon, son ex-meilleure copine qui la déteste depuis cette fête qu’elle a « gâchée » en appelant la police ? Aux profs de son nouveau lycée qui « sont là pour vous aider« . Mais en fait

« Tous ces grands discours sur la communication et l’expression des sentiments, ce ne sont que des mensonges. Personne ne veut vraiment savoir ce que vous avez à dire. »

Alors Melinda s’enferme dans le silence, avec pour seule bouffée d’oxygène le cours d’art plastique.

C’est son journal que nous lisons, jour après jour, vexation après vexation, jusqu’à l’ultime violence qui permettra à sa voix de rejaillir

« Mes larmes dissolvent le dernier bloc de glace logé dans ma gorge. Le silence pris en moi se met à fondre. Des éclats de glace tombent à terre et disparaissent dans une flaque de lumière.

Je vais tout vous raconter. »

Un livre indispensable.

 

« Happa No Ko »

Par défaut

Etonnant roman que cet

« Happa No Ko le peuple de feuilles » de Karin SERRES

paru en 2018 aux éditions du Rouergue.

« Pourquoi Madeleine, du quartier France 45-67, se réveille-t-elle un matin, effrayée, en découvrant que ses mains sont devenues vertes ? Lui fait-on tester un nouveau jeu de réalité virtuelle sans qu’elle le sache ? Car désormais c’est l’occupation principale sur Terre : jouer ! La planète est devenue une ville infinie où tout travail a été aboli, maintenant que les machines s’occupent de tout. Pendant ce temps, de l’autre côté de la Terre, dans le quartier Japon 23-58, Ken se réveille aussi avec les mains vertes. Mais lui n’a pas peur, car il sait que les mains vertes donnent des pouvoirs. » (cf. 4ème de couverture)

En fait, jouer n’est pas un choix, mais une obligation et l’énergie dépensée est comptabilisée chaque soir par le bracelet accumulateur d’énergie personnel. D’ailleurs il n’y a guère de place dans ce monde pour la liberté et la fantaisie, le couvre-feu ordonne à chacun de rentrer au bercail où la machine-repas délivre les commandes. Les rues, l’école, tous les espaces publics sont quadrillés de lampadaires-caméras. Et les machines-police contrent toute tentative de désobéissance.

La montée des eaux a tant réduit les terres habitables que les villes ont dû se développer en largeur et en hauteur au point que la lumière du jour n’y pénétre plus.

Et ces villes gigantesques ne recélant plus aucune nature, l’illusion est créée par des dômes-parcs sur les parois desquels de splendides paysages sont projetés.

« C’était le début de l’automne, des oiseaux [invisibles] chantaient, quelques feuilles tombaient du haut des arbres virtuels alentour, l’air sentait l’automne, et la lumière solaire, claire et vive, donnait à Madeleine l’impression de respirer plus largement que dans le jour artificiel qui régnait sur la ville. »

Mais voilà que ce vert sur les mains de Madeleines bouleverse sa vie, ainsi qu’une étrange apparition…

Un roman fantastique qui fait réfléchir sur l’écologie et les dérives possibles d’une vie réglementée par l’intelligence artificielle apparemment devenue totalement autonome.