« Sauvages »

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Nathalie BERNARD : Sauvages (Thierry Magnier, 2018)

« Jonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté.

Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures. D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné.

En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’Indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt. »

A travers ce destin, Nathalie BERNARD nous parle de ces pensionnats autochtones qui ont existé au Québec jusque dans les années 1990 et qui ont « accueilli » des milliers d’enfants brutalement arrachés à leur culture indienne.

Entre roman historique et thriller, l’auteur nous entraîne dans une course effrénée au coeur de ces immenses forêts québécoises. Une chasse à l’homme qui ne possède que deux issues : la liberté ou la mort. » (cf. 4ème de couverture)

Le dernier de ces pensionnats a fermé ses portes en 1996… Ils avaient été créés en 1820 afin de scolariser mais surtout évangéliser et assimiler les enfants autochtones : dans le roman, Jonas est un Cri et Gabriel un Inuit.

« (…) La Gendarmerie royale du Canada vient m’enlever à [ma mère].

– C’est mieux pour lui, madame ! Au pensionnat du Bois Vert, il recevra une bonne éducation et il apprendra le français, lui assurent-ils en tentant de m’arracher à ses bras. (…) De toute façon, vous n’avez pas le choix. Si vous refusez, vous agissez contre la loi !

Les mains nouées autour de son cou, je m’accroche à ma mère comme à un rocher. Impuissante, elle me regarde, ou plutôt me dévore des yeux, sachant au plus profond d’elle-même que c’est la dernière fois qu’elle me voit. Ma mère est une Cri et elle appartient au clan du loup. Néanmoins, elle a déjà croisé la route de ceux que nous appelons « les manteaux noirs », les prêtres missionnaires. Elle a accepté de me faire baptiser et de me choisir un prénom chrétien. Je crois même qu’elle aime certains aspects de la religion que les Blancs veulent nous imposer. Pourtant, en dépit de leurs interdictions, elle continue de croire aux esprits de la forêt et de vivre de la même manière que nos ancêtres. Ainsi, au lieu de profiter des vaccins et de la nourriture gratuite qu’on nous a promis, elle a préféré m’apprendre l’art de piéger le gibier, de monter un wigwam ou une tente, de tanner les peaux et de soulever mon propre poids lors des portages. »

Malheureusement les conditions d’existence dans la plupart de ces pensionnats étaient effroyables ; après le traumatisme d’être séparés de leur famille, les enfants en arrivant étaient dépouillés de leurs vêtements et de tous leurs souvenirs, rasés, désinfectés puis punis s’ils utilisaient leur langue.

« Des petits nouveaux qui avaient passé un premier mois particulièrement difficile. Plus foncés que la moyenne, on leur avait plusieurs fois nettoyé le visage à l’eau de Javel pour tenter de les éclaircir un peu. Nous connaissions tous les effets secondaires de ce traitement : yeux rouges, démangeaisons nocturnes et peau qui pèle…

L’horreur.

Sans parler de la suite : les gamins s’étaient mis à hurler dans leur langue et les soeurs leur avaient nettoyé la bouche avec du savon jusqu’à leur donner envie de rendre leur déjeuner. »

C’est même parfois pire :

« D’une manière ou d’une autre, on va t’apprendre à faire des phrases, mon sauvage. (…) Ouvre la bouche, en grand !

Tourné vers les pensionnaires médusés, l’enfant finit par obéir (…) la Vipère plaça sur sa langue une lame de rasoir.

– Pendant que tes camarades feront leur prière et avaleront leur soupe, tu resteras ici avec cette lame dans la bouche. Ainsi, j’espère que tu auras compris la leçon : ici, on ne parle pas en algonquin mais en français. »

Sans compter tous les autres sévices psychologiques, physiques voire sexuels.

Nombre de ces enfants mouraient avant d’avoir pu revoir leurs familles.

Des conditions suffisamment terrifiantes pour que depuis quelques années des excuses soient venues des religieux et des politiques, jusqu’au premier ministre, Justin Trudeau qui en 2015, au nom de l’Etat fédéral, a solennellement demandé pardon aux peuples autochtones du pays.

Ces méthodes ont existé également en Europe comme pour les Samis, peuple autochtone du nord de l’Europe, qui ont été soumis à une politique d’assimilation forcée jusque dans les années 1980 en Finlande ou en Suède.

Et n’oublions pas les enfants réunionnais transplantés en métropole entre 1962 et 1984.

A lire.

 

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn – Réalisé par Cathy Yan

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Harleen Quinzel est psychiatre à l’asile d’Arkham à Gotham city. Elle tombe amoureuse du Joker et se transforme en ce personnage d’Harley Quinn habillé en Harlequin.

Action : le film débute alors qu’Harley vient de se faire laisser tomber par le Joker. Elle déprime. Mais quand la cité apprend qu’elle n’est plus protégée, tous ceux qui la détestaient vont vouloir se venger. Et c’est parti pour des boum, des bangs, des pschitts.

La bascule : Un avis de recherche est lancé contre une ado cleptomane. Harley se met à sa poursuite car c’est son ticket de survie contre les menaces de Roman Sionis : fou + riche + égocentrique.

Déjanté, coloré, dopé à l’adrenaline, ne pas hésiter à le prendre quand il arrivera à la Bfm ( attention interdit au – de 12 ans scènes trash). En tout cas il y a les comics .

……………Et c’était ma dernière virée au cinéma avant le C19. Bouh……………………………………….

#Restonsencontact

La vallée aux merveilles – Sylvie Deshors – Editions du Rouergue

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Pourquoi ce roman ? Pour se poser les bonnes questions ?

Sur l’accueil des migrants et réfugiés en France. Question complexe, regard dur et sensible à la fois. Pas de bons et de méchants. Juste faire travailler ses méninges et écouter son cœur.

Sur les réseaux sociaux. Attention danger, ne pas toujours faire confiance, se protéger.

« J’avais conservé tous ses textos / Les plus brûlants et les plus romantiques / Les plus marrants comme les plus cons / Les plus osés ou les plus insignifiants / Terribles et menaçants […] Comme ces photos / Barrées de mots […] De mes doigts / Impuissants / A effacer / L’horreur. » (Extrait)

Une rupture amoureuse, une tante militante qui vient en aide aux migrants… Repliée sur elle-même, Jeanne, 16 ans, va s’ouvrir aux autres.

Toxique

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Florence HINCKEL : Nos éclats de miroir

(Nathan, 2019)

« Chère Anne, ma vie n’est vieille que de quatorze ans et onze mois, pourtant je sais déjà qu’écrire en fait partie intégrante. Alors, dans ce journal, je vais te raconter ce qui m’interroge, me fait rire ou me bouleverse. Toutes ces choses que je n’oserais jamais dire à voix haute : le voile devant les yeux de ma mère ; ma meilleure et parfois cruelle amie Bérénice ; ma grande soeur, si forte et déterminée ; Dimitri, mon amour d’enfance perdu de vue ; la complexité du monde. Mais aussi mon reflet, si mouvant qu’il m’échappe… ou parfois se brise.

Je vais te parler de nos éclats de miroir.

Les tiens, les miens, les leurs. » (cf. 4ème de couverture)

Cléo tient un journal intime depuis trois ans, mais en commençant un nouveau cahier, il lui vient une idée peu ordinaire. Elle écrira à Anne Frank.

Bien sûr elle sait qu’elle est morte assassinée par les nazis à Bergen-Belsen. Elle avait quinze ans.

Mais auparavant, dans leur refuge d’Amsterdam, elle écrivait son journal qu’elle adressait à Kitty, son amie imaginaire.

Alors quand Cléo commence ce nouveau cahier, elle décide

« d’écrire tous les jours en commençant par « Chère Anne »… Et je finirai par « A toi, Kitty ». (…)

Ce sera comme si tu m’écoutais. Parfois je regarde des photographies de toi. Je te ressemble un peu. Je suis brune et mince, et je souris souvent. Je te regarde sagement accoudée à un bureau, et je vois une flamme dans ta poitrine. Je pense parfois que je suis ta soeur de flamme. Je sais que c’est présomptueux, mais je n’y peux rien. Je sens en regardant ton portrait la même flamme en toi que celle qui me pousse à écrire.

Regarde, c’est ce portrait de toi que je préfère :

Il me sera difficile de dépasser quinze années, un mois et vingt jours, âge où tu as écrit pour la dernière fois dans ton journal. J’aurai l’impression de te trahir. Je pense qu’après cet âge, je ne pourrai plus t’écrire. Je ne pourrai plus usurper l’identité de Kitty. Peut-être bien que je ne pourrai plus écrire du tout. Ou peut-être qu’il faudra que je disparaisse.

J’y pense de temps à autre. »

Et Cléo-Kitty va tenir parole jusqu’à ses quinze ans, 1 mois et 19 jours, entremêlant les souvenirs du journal d’Anne, le marronnier, Peter… et ses propres émotions.

On se prend à vivre avec Cléo, sa soeur Mélodie, sa mère si fragile depuis la mort de leur père, Dimitri son amour d’enfance.

Mais en filigrane dans ce récit, il y a Bérénice.

Bérénice, « la meilleure amie ».

Terriblement toxique en fait. Et cela m’a paru aussi fort que le reste du récit, peut-être même plus à la seconde lecture.

Qui n’a (eu) ce genre d' »ami(e) » ?

Florence Hinckel, qui est née en 1973,  s’est inspirée de son propre journal intime pour ce livre, elle aussi écrivait à Anne Frank, elle aussi a cessé de l’écrire à quinze ans. Mais pas d’écrire !

Demandez-leur la lune

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L’histoire se situe dans un coin de France où internet ne passe pas, une « zone blanche ».

Les protagonistes: 4 jeunes, Lilou, Samantha, Bastien et Farouk, en rupture scolaire ou en décrochage .

Quel avenir pour eux ? 

Au milieu d’une institution qui ne veut plus d’eux, une prof de français Agathe Fortin va leur proposer de préparer et de participer à un concours d’éloquence. Peu à peu, chacun se découvre et lève un pan sur leur vie d’ado en souffrance. 

Jeune mineur isolé, migrant, endoctrinement, djihadisme, handicap, parents dépassés ou autoritaires, et bien d’autres thèmes sont abordés.

Les mots dits à voix haute libèrent la parole des jeunes.

Le nouveau roman d’Isabelle Pandazopoulos m’a séduit par les thèmes abordés, le portrait de ces jeunes en souffrance et par l’espoir au final qu’il y a un avenir pour tous quand on leur tend la main, les écoute et leur fait confiance.

Sortir d’ici – Renée Watson – Editions Casterman

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Une écriture simple qui traite du sujet complexe de la place qu’on veut se faire dans la société.

Jade Butler vit à North Portland avec sa mère et son oncle. Elle a réussi à intégrer le lycée huppé de Saint-Francis : elle devient alors l’ado noire parmi les blancs.

A partir de maintenant elle va vivre un perpétuel décalage entre sa vie et la vie des autres (de son quartier ou ceux du lycée). Elle intègre le programme « Entre femmes » qui devrait lui ouvrir des perspectives sociales, culturelles avec l’appui d’ une marraine : Maxine. Mais en fait ce marrainage lui donne un goût amer car une seule évidence en ressort : sa différence. Jade, ce qu’elle veut, c’est montrer qu’elle est capable, qu’elle peut donner aider, soutenir, et tout ce qu’on lui propose c’est une sollicitude stéréotypée : « Les statistiques nous apprennent que les jeunes qui grandissent dans ton milieu sont, disons à risques dans certains domaines. « 

Mais Jade a de la force et elle va apprendre à parler, à donner son avis, à s’exprimer car,  au-delà de ce qu’elle est physiquement, elle est surtout une artiste, une élève sérieuse et déterminée qui va faire entendre sa voix.

 

« …Nos corps, rien qu’à nous.

Chaque sourire, une protestation.

Chaque rire, un miracle.

…   »                           

 

A la bfm

 

« Appelez-moi Nathan »

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La journaliste Catherine CASTRO et le dessinateur Quentin ZUTTION ont réalisé ensemble ce roman graphique : « Appelez-moi Nathan » (édité par Payot Graphic en 2018) sur un sujet difficile, inspiré d’une histoire vraie.

Avant Nathan, il y a Lila, une fille sans histoire dans une famille aimante. Bien sûr elle aime mieux être en jean qu’en robe et faire du waterpolo ou jouer au foot avec les garçons, toutes les filles ne sont pas des clones de la poupée Barbie !

Mais à la puberté Lila ne s’accepte plus, avoir des seins, avoir ses règles, c’est impensable et ça la dégoûte.

Alors commence un parcours du combattant pour se faire accepter comme elle se voit : en garçon.

Un parcours douloureux mentalement et physiquement.

« Nathan est né Lila, dans un corps de fille. Un corps qui ne lui a jamais convenu, il décide alors de corriger cette « erreur génétique » avec le soutien indéfectible de sa famille, ses amis, ses profs et, à seize ans, des injections de testostérone de 0,8 mg par mois. Quitte à devenir quelqu’un, autant que ce soit vous-même. » (cf. présentation éditeur)

Si vous pensez comme les copains de son père :

 » – Esteban, j’ai réfléchi à ton problème. C’est la mode en ce moment ces histoires.

Ouais ! Pas un jour où on n’en entend pas parler.

Bon, elle veut devenir un homme… Avec tous les pesticides qu’ils bouffent, pas étonnant que ça déconne. Ça leur flingue le système.

– Elle est pas malade !

– (…) Y a de plus en plus de gosses qui veulent changer de sexe. Je trouve ça bizarre.

– Ça a toujours existé, sauf que c’était ultra-tabou. (…)

– Ouais. Et là, c’est la môme de notre pote. »

Alors lisez cette BD intelligente et pédagogique qui aborde au passage d’autres sujets universels de l’adolescence comme les scarifications, l’addiction au smartphone et les réseaux sociaux ou la violence inacceptable de ceux qui ne supportent pas les différences.