Le chemin de fer clandestin

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Texte de Jennifer DALRYMPLE et illustrations de Justine BRAX: Freedom ! L’incroyable histoire de l’Underground Railroad (Albin Michel jeunesse, 2021)

« Freedom ! retrace le combat pour la liberté de l’Underground Railroad, ce Chemin de fer clandestin américain qui a largement œuvré pour l’abolition de l’esclavage. Racontée à travers la voix d’Harriet Tubman, figure emblématique de ce mouvement, et celles d’autres activistes, voici la véritable histoire de la résistance à l’esclavage organisée par ce réseau de libération des esclaves du Sud des États-Unis, qui a permis à nombre d’entre eux de rejoindre le Nord.
Un récit historique passionnant, une mémoire à entretenir.
 » (Présentation éditeur)

Un grand album de 32 cm par 29 mettant en valeur les illustrations (de Justine Brax) colorées pleine page alternant avec de sobres crayonnés sur fond crème portant les textes de Jennifer Dalrymple et Harriet Tubman.

L’histoire de l’esclavage aux Etats-Unis commence en 1619 et se termine en 1865 à l’issue de la Guerre de Sécession, guerre civile qui a fait plus de 650 000 morts, soldats et civils et dont les conséquences économiques, morales et sociales sont encore lourdes.

« L’esclavage soumettait les hommes, les femmes et les enfants à des conditions de vie d’une dureté insupportable. Des traitements inhumains étaient infligés quotidiennement aux esclaves que les maîtres s’acharnaient à poursuivre et à punir plus cruellement encore – de la mutilation à la mise à mort – si elles ou ils tentaient de s’échapper.« 

Les esclaves travaillent dans les plantations de tabac, canne à sucre, riz et coton qui se trouvent dans le Sud des Etats-Unis.

Au Nord, plusieurs Etats abolissent l’esclavage dès 1770. Les industries tournent grâce aux immigrés qui arrivent d’Europe par milliers.

« Mais si le Nord se voyait comme plus moderne et plus vertueux que le Sud esclavagiste, n’oublions pas que sa révolution industrielle avait largement profité du travail des esclaves. C’est dans les usines textiles du Nord que le coton du Sud était transformé en tissu pour être vendu en Europe, et les banques du Nord aidaient sans trop sourciller les plantations du Sud.« 

Il y a cependant nombre d’abolitionnistes qui se battent pour la fin de l’esclavage.

Et des gens s’organisent pour aider les esclaves à fuir. Parmi eux, des Blancs (souvent Protestants), des Noirs libres ou anciens esclaves et des Indiens.

« Le chemin de fer clandestin n’était pas un vrai réseau de trains sur des rails invisibles ou souterrains, c’était tout simplement des routes et des gens (…). Les routes qui étaient sûres, on les appelait les trajets. Ceux qui guidaient les fugitifs étaient les conducteurs et conductrices. Les fugitifs, on les appelait les passagers, la marchandise ou les colis. Les stations, avec les chefs de stations, c’étaient des maisons où on pouvait s’arrêter, manger, dormir, trouver des vêtements propres, des chaussures et même des fois un peu d’argent. De ces stations, le Chemin de fer clandestin repartait, et les passagers guidés par les conducteurs continuaient à pied ou cachés dans une charrette jusqu’à la station suivante… »

Jusqu’aux Etats abolitionnistes du Nord voire au Canada.

L’Underground railroad utilisait des messages codés, des chants connus de tous les esclaves, des signes sur les arbres, les portes, parfois des motifs sur les courtepointes quiltées comme le vol des oies sauvages, la cabane en rondins ou l’étoile.

A découvrir.

« Ciao Bianca »

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Vincent VILLEMINOT : Ciao Bianca (Fleurus, 2019)

« Cela fait trois ans que Matthieu n’a pas vu sa famille, depuis qu’il a claqué la porte de la maison, le jour de ses 18 ans. Il n’a pas répondu aux appels de sa mère, a évité de donner des nouvelles.
Mais le jour où il apprend qu’elle vient de mourir, un cancer foudroyant, il ne peut faire autrement que d’aller à l’enterrement…
Enfin, l’enterrement… Ce n’est pas vraiment ça… juste une cérémonie…
Parce que Bianca Fois a prévu d’être inhumée en Sardaigne, dans le caveau familial. D’ailleurs, elle a déjà tout organisé : c’est Matthieu qui doit aller là-bas, pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. Seul avec son frère et sa sœur, des jumeaux de 11 ans, Gavi et Lena, qu’il ne connaît plus trop. Matthieu suppose d’ailleurs qu’il a beaucoup à se faire pardonner d’eux.
Ce dont il ne se doute pas, c’est que la descente de l’Italie, et le voyage sur l’île, vont être l’occasion de pas mal de galères, et aussi d’éblouissements, de bains de mer, de nuits à la belle étoile, de chasse aux chauve-souris et au fromage – ce « fromage pourri », spécialité sarde, plein de larves et des asticots qui mangent le corps de ceux qu’on aime…
 » (Présentation éditeur)

Un sujet plombant mais original et l’occasion de se poser des questions sur la famille et les relations des uns avec les autres.

Vincent Villeminot ne mâche pas ses mots, mais on en ressort moins groggy que prévu, car au-delà du deuil, des petites lâchetés et de la colère, ce « road trip » fraternel va finalement permettre la compréhension et les retrouvailles d’une fratrie mise à mal depuis plusieurs années.

Le pardon ? Ce sera pour une autre fois, mais la fin du roman est ouverte et laisse espérer des jours meilleurs.

Quant au décor, il dépayse juste avant les vacances de Toussaint ou comment visiter la Sardaigne en trois jours depuis votre chambre !

« Shakespeare en sous-bois »

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Laurent TILLON : Etre un chêne sous l’écorce de Quercus (Actes sud « mondes sauvages », 2021)

« A trente mètres de là [d’un chêne magnifique qui est dit « clé de voûte » tant sa présence soutient l’activité d’une ribambelle d’espèces animales et végétales, qui n’auraient aucune chance de survie sans lui], un chemin sableux a permis le passage d’une multitude d’animaux, de grands voyageurs, de courriers du roi, de forestiers, de bûcherons et de charbonniers, de chasseurs, de cueilleurs, puis de cavaliers et de promeneurs, majoritaires aujourd’hui. Parmi eux, un gosse sur son vélo, venu de la vallée de l’Eure pour traverser cette belle forêt francilienne de Rambouillet, qui se cherchait en pleine adolescence alors que Quercus en sortait tout juste du haut de ses deux cents ans révolus, et qui était bouleversé par la beauté des lieux chaque fois qu’il roulait sur ce chemin et voyait ses grands arbres. Je me souviens en effet d’une fois où ma chaîne a sauté, pile à l’aplomb de ce chêne. Comme s’il fallait que je stoppe ma balade exactement à cet endroit. Obligé de m’arrêter, j’ai levé la tête. J’avais quinze ans. Il était là, majestueux. Cet arbre.

(…) Je ne m’en doutais pas encore mais une vocation naissait. » (cf. p.19)

Laurent TILLON, devenu depuis biologiste et ingénieur forestier à l’Office national des forêts, décrit avec poésie et science le parcours de « Quercus », ce fameux chêne, de 1780 à nos jours, face aux prédateurs, oiseaux, insectes et autres animaux qui le pillent, le parasitent, l’aident et le « soignent », les risques des humains et des tempêtes…

Racontée d’un ton enlevé, l’aventure, péripétie par péripétie, se décline en trente-deux chapitres absolument passionnants.

« C’est Shakespeare en sous-bois » nous avait prévenu l’éditeur !

Esther a quinze ans…

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Riad SATTOUF : Les cahiers d’Esther : histoires de mes 15 ans (Allary, 2021)

En 2016, Serialblogueuses découvrait les « Cahiers d’Esther », Esther avait alors dix ans. Cette année, Esther en a quinze !

« Esther entre en troisième ! C’est l’année de ses 15 ans.
Elle est en couple avec Abdelkrim (c’est privé, désolé), se paie des délires de ouf avec ses meufs Éva et Léa, se prend la tête avec des redoublantes trop féminines, organise sa première grande soirée d’anniversaire (avec de l’alcool, oui de l’alcool), expérimente la cigarette et crée (enfin) son profil Instagram, qui attire immanquablement les psychopathes.
Puis tout est chamboulé par l’arrivée du coronavirus, qui était censé être une grippette… C’est le confinement. Entre ses cours en visio, son père stressé par la pénurie de masques et de gel hydroalcoolique, sa mère en télétravail et son frère complotiste fan de Didier Raoult, le quotidien d’Esther est bouleversé… Mais pleine d’optimisme, elle imagine son « monde d’après »
. »

Eh oui, là encore le Covid a bouleversé la donne. Mais Esther et ses copines ne s’en tirent pas trop mal avec le Brevet et l’entrée au lycée.

A emprunter à la BFM.

« Souviens-toi de septembre »

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Marie-Aude et Lorris MURAIL : Souviens-toi de septembre (Ecole des Loisirs, 2021)

En mars j’avais lu avec beaucoup de plaisir le dernier roman de Marie-Aude MURAIL : « Angie », à deux voix avec son frère Lorris et j’attendais la suite avec impatience.

C’est fait : « Souviens-toi de septembre » est paru fin septembre, un peu plus d’un mois après le décès de Lorris alors qu’un troisième volume était en cours d’écriture, toujours à quatre mains.

« Il s’en passe des choses au mois de septembre au Havre ! Septembre 1944, alors que la ville est bombardée par les Anglais, un sauveteur havrais extrait des décombres un nourrisson endormi ainsi qu’un grand sac au contenu mystérieux. Septembre 2020, le journal Paris-Normandie lance un concours d’écriture sur ‘’Les enfants havrais durant la guerre de 39-45’’. Angie Tourniquet, 12 ans, se met sur les rangs avec l’idée de recueillir le témoignage du notable et mécène de la région, Maurice Lecoq, dont on vient de fêter le centenaire. Mais les propos du vieillard sont confus, tout autant que les réactions de son entourage. Vols, disparitions, lettres de menace… Voilà Angie embarquée dans une nouvelle affaire, pile au moment où son voisin et ami, le capitaine de police Augustin Maupetit, décide de la prendre comme stagiaire. Officieusement, bien sûr… » (Présentation éditeur)

Et nous voilà ré-embarqués dans le feuilleton havrais avec des secrets de famille qui empoisonnent jusqu’aux générations suivantes, des meurtres anciens et récents, des disparitions, des trafics en tous genres. Le tout sur fond de covid, de masques, de réactions diverses et variées comme dans la vraie vie (!).

De nouveaux personnages apparaissent, d’autres sont momentanément perdus (en saurons-nous plus dans le tome suivant ?). Augustin Maupetit nous mène parfois en bateau tandis qu’Angie continue à affiner son apprentissage d’enquêtrice face à du « beau monde » : un curé motard, une juge… Capitaine, la chienne renifle toujours les containers du port et Thérèse voit son pendule tournoyer dans un château « hanté ».

Les 460 pages se lisent quasiment d’affilée tant le suspense nous tient jusqu’au bout.

Et espérons que Marie-Aude Murail aura à coeur de terminer le troisième, malgré la disparition de son frère ?!

Ma vie sous algorithmes

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Florence PINAUD, illustré par Vincent Bergier : #Ma vie sous algorithmes (Nathan, 2018)

« L’intelligence artificielle n’est plus de la science-fiction : les algorithmes pilotent les chaînes de montage, analysent des données informatiques, conseillent et prédisent. Ils nous assistent, nous inspirent, nous orientent, nous observent, mais parfois nous manipulent. Quelle sera la place de l’homme dans la société du tout numérique ?

10 grands chapitres pour faire tomber les idées reçues et comprendre ce qui est en jeu : Les algorithmes : gourous du 21ème siècle ? Qu’est-ce qu’un algorithme ? Où sont-ils dans ma vie ? À quoi ça sert ? Combien coûtent-ils à fabriquer ? Est-ce un business ? La révolution économique du digital. Les algorithmes ont-ils une moralité ? Comment sont-ils en train de formater notre société ? Et nous dans tout ça ?

Avec des débats, des portraits (d’Al Khwârizmi, Ada Lovelace, Alan Turing, Bill Gates, Steve Jobs, Mark Zuckerberg…), des interviews d’experts (scientifiques, informaticiens, philosophes…) et des encadrés (chiffres, infos clés) pour aller toujours plus loin dans le décryptage et la clarté !« 

Encore un documentaire utile pour tous.

Présenté de manière classique, très pédagogique, il nous aide à comprendre à quoi servent les algorithmes, comment ils nous poussent à faire ce que l’on attend de nous, mais aussi comment ils transforment l’économie et quels seront les métiers remplacés par l’Intelligence Artificielle ?

Or quand les automatismes remplacent les hommes, « la richesse produite par les robots reste aux mains de ceux qui les possèdent ou les ont inventés, nous allons nous retrouver dans une société impossible. Eux seuls auront de l’argent et tous les autres n’auront plus de travail et de quoi vivre. (…) Pour que la société automatisée reste vivable, il va falloir accepter de partager les richesses générées par le travail des robots entre tous. » ( Serge Abiteboul – cf. page 105)

D’autre part, pour résister à certains moteurs de recherche intéressés uniquement par l’appât du gain, on peut en utiliser d’autres, moins connus mais qui permettent de concilier nos recherches numériques avec plus d’éthique en matière de respect de notre vie privée, d’écologie ou de solidarité.

Etc.

A lire et à faire lire.

Fake news : comment les débusquer

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Kevin RAZY et Hamza GARRUSH, illustré par Lionel SERRE : Fake news (La Martinière, 2019)

« Fake news, hoax, théories du complot… Avec le souci de précision et l’humour qui le caractérisent, Kevin Razy t’invite à prendre du recul sur les informations que tu vois circuler sur le web et les réseaux sociaux. Via des exemples concrets, historiques ou actuels, tu découvriras les coulisses de la fabrication de l’information et apprendras les bons réflexes à avoir pour valider la fiabilité des contenus (textes, vidéos, photos) qui te sont proposés, et te la péter aussi un peu devant les potes !

Kevin Razy s’est fait connaître sur les planches puis sur Youtube (310 000 abonnés), avant d’animer deux émissions sur Canal + (Rendez-vous avec Kevin Razy et Le Petit RDV). Adepte du stand-up, il a fait de l’analyse de l’actualité – et particulièrement des fake news – sa spécialité, en mêlant habilement humour et réflexion. Son engagement sur ce sujet lui a valu d’être sollicité par le gouvernement dans le cadre de son site de prévention dédié à la jeunesse : #OnTeManipule. » (Présentation éditeur)

Elles ont toujours existé ces fausses informations, mais internet favorise leur prolifération. De la même manière que l’information en continu permet difficilement de prendre du recul, d’analyser et de vérifier les sources. Tout est fait pour que l’émotion prime sur la réflexion.

Malgré une présentation un peu racoleuse, ce documentaire est utile et pas seulement pour les ados…

A emprunter à la BFM Aurence.