Les grands espaces

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Après La légèreté où elle racontait sa reconstruction après les attentats de Charlie Hebdo, Catherine Meurisse entraîne le lecteur dans son enfance à la campagne.

A la fin des années 80 ses parents achètent une ferme à retaper à la campagne. C’est dans ce petit village de 200 habitants que Catherine va profiter pleinement des joies de la nature… de son potager façon jardin versaillais à sa lecture sous un vieux platane.

Une très jolie bande-dessinée, ode à l’imaginaire de l’enfance, à la nature, la campagne. Un vrai coup de coeur !

 

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« La demoiselle de Wellington »

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« 1917 Sous la ville d’Arras dévastée, dans le plus grand secret, des milliers de soldats attendent dans les galeries d’une ancienne carrière de pierre. Bientôt ils déferleront sur les lignes allemandes…

Dean Kingston est l’un d’entre eux. Sa femme Jenny l’attend en Angleterre. Il lui fait le récit, dans son journal de bord, de cette étrange vie souterraine.

Avec espoir et détermination, il lui raconte le froid et l’humidité, la solitude des hommes, la peur qui lui tenaille le ventre, et les chants pour réchauffer les coeurs… jusqu’à l’assaut final. » (cf. 4ème de couverture)

Dorothée PIATEK : La demoiselle de Wellington

(Seuil, 2017)

Vraisemblablement parmi les derniers romans en hommage aux soldats de la Guerre de 14-18, puisque les commémorations devraient se terminer le 11 novembre avec l’anniversaire de l’Armistice…

1939-2019 prendront-elles le relais pour six ans de plus ? Car si la Guerre de 14-18 devait être « la der des der », chacun sait – hélas ! – qu’il n’en a rien été.

En attendant, nous sommes à Arras en avril 1917. Les troupes britanniques viennent d’arriver en prévision de la bataille de Vimy préparée par le Général Byng et des troupes canadiennes ; ce sont vingt mille soldats qui vont tenir dans la « ville sous la ville », creusée par des tunneliers néo-zélandais dans les anciennes carrières de calcaire datant du Moyen-Age, en attendant le jour de l’attaque.

Il s’agit de ne pas réitérer la Bataille de la Somme qui vit périr 1 060 000 soldats entre juillet et novembre 1916 (cf. la BD de Joe Sacco).

Les soldats anglais sont arrivés à Arras en toute discrétion et sans imaginer quel serait leur cantonnement :

« Au niveau de la rue Saumon, nous avons passé la « porte de fer », un trou creusé dans la fortification Vauban. Ma compagnie est descendue au moins vingt mètres plus bas, longeant des murs humides et froids par un escalier en brique pour atteindre un tunnel d’égout. Puis à la lueur d’un morceau de bougie qu’on nous avait fourni à l’entrée, nous avons marché pendant des kilomètres, rejoignant un labyrinthe de carrières et de boyaux artificiels construits perpendiculairement à la ligne de front.

Nous sommes passés en procession devant des cavités remplies de nourriture et de munitions, avant d’arriver dans le quartier destiné à ma compagnie, que nous indiqua un scout. Wellington, la carrière Wellington, c’est là que je suis cantonné désormais.

J’ignore quel jour aura lieu l’attaque, je sais seulement qu’être positionné sous cette ville nous évitera de traverser le no man’s land le jour J.

Des tunnels d’assaut déjà forés demeureront bouchés jusqu’au grand jour. Alors, après une succession d’explosions de mines, nous grimperons quatre à quatre les marches taillées dans la pierre et passerons les trappes qui nous séparent de la surface. C’est de là que nous jaillirons pour surprendre l’ennemi. C’est de là que des milliers de soldats s’élanceront. »

La bataille aura lieu le 9 avril 1917 et la carrière Wellington peut désormais être visitée. « Abandonnée en 1919, elle servira d’abri durant la Seconde Guerre mondiale puis sera oubliée jusqu’à sa redécouverte en 1990 par l’archéologue Alain Jacques » (cf. p.103) qui nous l’explique en fin d’ouvrage :

« Les troupes britanniques qui se sont relayées dans cet immense abri nous ont laissé des milliers de graffitis. Ces écrits et dessins témoignent de leur passage et nous renseignent sur l’état d’esprit qui régnait en ces lieux à la veille des combats.

(…) Parmi les dessins découverts, un portrait de jeune femme a particulièrement attiré l’attention de mon équipe de recherche. L’apparition dans le faisceau de la lampe électrique de ce visage gracieux, éclairé d’un léger sourire, ainsi que la discussion qui s’en est ensuivie, sont restés dans notre mémoire.

Qui était-elle ?

Quel souvenir cette jeune femme avait pu laisser à ce soldat pour qu’il ressente l’envie de la dessiner ?

Avait-il simplement le besoin de sentir ce regard féminin et bienveillant posé sur lui en attendant les épreuves qu’il devrait endurer lors de l’offensive à venir ? » (pp. 105-107)

Dorothée PIATEK, en rédigeant ce court mais sensible roman, nous confie son hypothèse. Jérémy MONCHEAUX l’a illustrée.

 

 

 

Le Jeu de la Mort

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Le Jeu de la Mort

de David Almond chez Gallimard

« Vous êtes ici pour jouer au Jeu de la Mort murmurait-il…

– Qui va mourir aujourd’hui ? murmurait Askew.

Il lançait le couteau qui tournait sur le verre, accompagné de nos cris :

– Mort ! Mort ! Mort !

Quand la pointe du couteau s’arrêtait face à un joueur, la victime tendait la main à Askew qui l’attirait au centre du cercle en disant :

– Quelqu’un va mourir aujourd’hui…

– Abandonnes-tu la vie ?

– Je l’abandonne.

– Désires-tu vraiment mourir ?

– Je le désire.

A ces mots, Askew serrait l’épaule du joueur. Il lui parlait à voix basse, au creux de l’oreille. Quand il avait fini, il lui fermait les yeux avec le pouce et l’index tendus en prononçant :

– Ceci est la mort !

Le joueur tombait sur le sol…

– Repose en paix, murmurait Askew.

– Repose en paix, répétions-nous. »

A Stoneygate, sur la lande, les enfants jouent à se faire peur : descendre dans la fosse, mimer la mort, ressortir au grand soleil et savourer le souffle du vent sur leur peau leur procurent une joie indicible. Ils sont vivants et savourent le plaisir trouble de la transgression loin des regards des adultes. Car sous la lande, il y a longtemps, les mines avalaient des enfants, recrachaient parfois leurs cadavres, ou les gardaient enfouis sous les éboulis : ils errent, silhouettes entraperçues, miroitement fugace d’un regard éteint dans un visage émacié strié de poussière de charbon. Ils sont menés par le Soyeux, un petit garçon qui n’est jamais remonté à la surface.

A Stoneygate, certains les voient, comme Kit Watson et son grand-père et bien sûr, John Askew, l’officiant du Jeu de la Mort.

Des enfants, en sortant de la fosse, ont évoqué de terribles rencontres dans l’obscurité des galeries, mais seuls John et Kit savent ce qu’ils ont vu.

C’est vraiment un superbe roman : un univers troublant, à la foi féérique et inquiétant, avec de magnifiques personnages.

J’ai adoré !

Silent voice – Film d’animation

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Film d’animation de Naoko Yamada tiré du manga éponyme : « A silent voice » de Yoshitoki Oima.

L’histoire commence à l’école primaire quand Nishimiya arrive dans la classe d’ Ichida. Elle est sourde il est moqueur. Petit à petit la jeune fille va devoir subir le harcèlement de plusieurs enfants de sa classe jusqu’au jour où elle ne revient plus. Punition collective et les autres se vengent : Ichida le bourreau devient  victime.

Quelques années passent. Ichida est devenu un lycéen solitaire et paranoïaque. Il s’en veut et pense toujours que ses camarades veulent le rejeter.

La bulle éclate quand il rencontre à nouveau Nishimiya. Chacun va être la béquille de l’autre. Mais les traumatismes sont durs à effacer.

La réalisatrice traite du handicap, du harcèlement, du suicide, de l’amitié, de la reconstruction et du pardon de manière très délicate et subtile qui fera écho à de nombreux spectateurs.

Profitez-en pour découvrir le manga

 

 

So strange

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Lucy STRANGE « Ecoute le rossignol« 

(Castelmore, 2017)

« 1919. Henrietta emménage avec sa famille à Hope House, une grande et très ancienne maison près de la mer. Ses parents et sa gouvernante étant occupés par leurs soucis, Henrietta est livrée à elle-même, avec ses livres pour seule compagnie. Elle découvre que Hope House regorge de secrets : un grenier oublié, des ombres fantomatiques et une mystérieuse lueur qui apparaît entre les arbres au fond du jardin… Une nuit, elle s’aventure dans le bois au Rossignol. Elle va y faire une rencontre qui va bouleverser sa vie…« 

Franchement, ce résumé de l’éditeur ne donne pas assez envie de lire ce roman. C’est dommage.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère digne des romans anglo-américains du tout début du 20ème siècle, comme « Le jardin secret » de Frances Hogdson Burnett, « Papa longues jambes » de Jean Webster ou, dans un tout autre genre, « Le vent dans les saules » de Kenneth Grahame.

Tous les ingrédients y sont : la demeure mystérieuse et son grenier secret, le phare et la mer au loin, la légère fumée qui s’élève dans le bois, et puis la mère enfermée dans sa chambre, le père absent, la nurse dévouée aux deux fillettes, la cuisinière complice. Par là-dessus se greffent un médecin aux méthodes assez glauques, un étrange boiteux…

Tout cela vu à travers les yeux d’Henrietta, dite « Henry » dont l’imagination n’a d’égale que sa bibliothèque bien fournie en auteurs contemporains : Lewis Carroll, Louisa May Alcott, Charles Dickens, mais aussi Hans Christian Andersen et autres conte(ur)s de fées. Et bientôt John Keats et son « Ode à un rossignol »

Jusque-là ce roman pourrait n’être qu’un agréable divertissement.

Mais Lucy STRANGE étoffe le personnage d’Henry qui, malgré ses douze ans, se rend non seulement compte de ce qui se trame, mais puise en elle la force d’aller contre un processus mortifère pour tout le monde.

Puise en elle, certes, mais pas seulement… je ne vous en dis pas plus.

Un roman qui aborde également la manière brutale dont furent traités les soldats revenus choqués de la Guerre de 14, les progrès de la psychiatrie, la difficile résilience après des événements traumatiques, mais aussi l’éducation des filles. Et en cela Henry, nourrie des « Quatre filles du Dr March »et admiratrice de Jo « drôle, garçon manqué et pragmatique », m’a faite me souvenir de Calpurnia, autre personnage de fille énergique qui m’avait beaucoup intéressée, refusant de se plier aux convenances étriquées et dévastatrices de l’époque.

Un coup de coeur pour cette fin d’été.

 

La première fois – Agnès de Lestrade – Editions Talents hauts

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62 pages qui racontent ce qui se passe dans la tête de Rose, quand elle croit être enceinte.

Ses vacances en Corse, la rencontre avec Paolo, le coup de foudre, joues rouges, palpitations, excitation : bonheur. Les premiers moments d’échanges, de rire et … la première fois.

Une jolie histoire d’amour avec son insouciance … et les conséquences.

 

 

Serena

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Aux Etats-Unis dans les années 30, George Pemberton exploite ses terres dans les Smoky Mountains. Ses hommes coupent à tour de bras les arbres, transformant les forêts en étendues désertiques. C’est dans cet environnement hostile qu’arrive un beau jour Serena au bras de Pemberton. Si les ouvriers gloussent d’abord à l’idée de cette femme sur le camp, ils vont rapidement se rendre compte qu’elle s’y connait en exploitation forestière. Cynique et impitoyable, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, et trouve des solutions aux problèmes venant même à dresser un aigle pour chasser les serpents qui infestent les montages et tuent les ouvriers. Mais elle ne fait pas cela par bonté d’âme, car un ouvrier tué c’est surtout le travail qui avance moins rapidement. Serena se retrouve rapidement à gérer l’exploitation forestière d’une main de fer, inspirant un respect mêlé de terreur aux ouvriers…

Serena est une bande dessinée d’Ane-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg parue aux éditions Sarbacane. L’histoire de cette femme prête à tout pour mener à bien son projet (que celui-ci concerne l’exploitation forestière ou sa vie affective) est à la fois fascinante et glaçante. Son regard perçant et sa courte chevelure flamboyante continuent de hanter le lecteur une fois le livre refermé.