Jirô Taniguchi l’homme qui dessine

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Jirô Taniguchi l’homme qui dessine

Taniguchi

Comme j’ai déjà présenté ici-même « Furari » et « Sky Hawk », deux albums parmi l’impressionnante production – de qualité – de Jirô TANIGUCHI, vous pouvez vous douter que j’en suis fan. Aussi lorsqu’en fin d’année 2012 j’ai aperçu ce nouveau livre, en flânant parmi les rayons des mangas à la librairie, je n’ai pas attendu Noël pour me l’offrir !

Il s’agit, non d’un nouveau manga, mais d’entretiens de Jirô TANIGUCHI avec Benoît PEETERS. A ceux ou celles qui ignoreraient tout de Benoît Peeters, sachez que c’est un spécialiste d’Hergé certes, mais surtout (pour moi) le complice et scénariste de François SCHUITEN pour « Les cités obscures », bandes dessinées fantastiques aux sublimes dessins d’architecture. Sur les rayonnages des albums ado, vous pouvez trouver « Mary la penchée », personnage étonnant de cette série.

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Mais revenons à TANIGUCHI ! Voici la présentation de l’éditeur, Casterman :

« Familier de longue date de l’oeuvre de Jirô Taniguchi, Benoît Peeters a mené avec l’auteur de Quartier lointain une série d’entretiens au long cours, la plupart réalisés au Japon avec le concours de Corinne Quentin pour la traduction. Il ne s’agit pas ici d’un travail journalistique, mais du dialogue approfondi de deux auteurs, qui confrontent leurs regards et leurs points de vue. Jirô Taniguchi s’y livre avec sincérité comme il ne l’avait encore jamais fait.
De nombreux éléments visuels inédits – photos, dessins, ainsi qu’un récit court en bande dessinée, encore jamais publié – viennent compléter l’ouvrage, pour en faire le grand document de référence consacré au maître japonais.« 
Au long des 192 pages, on découvre un Taniguchi sympathique et modeste, qui continue de s’interroger sur son travail qu’il pratique chaque jour depuis quarante ans. On apprend aussi qu’il travaille « à la Japonaise », avec un tantôsha omniprésent et rassurant à la fois et  des assistants :
« Dans la période où vous réalisiez jusqu’à 120 pages par mois, combien d’assistants aviez-vous ?
J’ai eu jusqu’à cinq assistants. Leurs salaires représentaient une grosse moitié de ce que je touchais. Le reste servait à payer le loyer et les frais de la vie courante. Il ne me restait parfois pas assez pour le quotidien et je ne pouvais faire aucune économie. Il m’est arrivé d’être déficitaire certains mois. Heureusement certains succès sont venus ensuite pour compenser. Même si certains auteurs vedettes gagnent beaucoup d’argent, être mangaka est souvent un métier de pauvre. C’est un métier où l’on peut être renommé et pauvre !« 
On participe à ses étonnements lorsqu’il fut invité en France pour la première fois en 1991 à l’occasion du Festival d’Angoulême alors qu’aucun de ses livres n’étaient encore traduits et aux problèmes posés au début par « la traduction » de ses mangas en français. On découvre à travers ses yeux les différences notables entre la BD européenne riche d’informations et le manga qui pratique à la fois l’ellipse et la répétition. On l’écoute parler des dessinateurs européens comme des artistes et de lui-même comme un artisan…  de ses collaborations réussies ou plus compliquées avec Moebius, Frédéric Boilet, Jean-David Morvan, du film réalisé à partir de « Quartier lointain ».
On constate que, malgré la grande diversité de son oeuvre, il existe encore des genres qu’il aimerait illustrer, comme la fantasy, la philosophie ou la poésie ou « tenter un récit dans le style shônen ».
On s’intéresse à ses méthodes de travail, repérages, documentation :

« Pour Le sommet des dieux, des passionnés de haute montagne ont trouvé la mise en scène et les attitudes très justes, étonnamment réalistes. Et j’ai même été invité à participer à un débat avec des alpinistes. J’ai été ravi que des personnes d’expérience me disent que ce que j’avais dessiné correspondait à ce qu’ils ressentaient. Je me suis dit que je ne m’étais pas trompé. Comme j’avais travaillé à partir de documents, je gardais un peu d’inquiétude, mais leurs commentaires m’ont rassuré.

C’est donc la preuve que, sans quitter votre table, vous pouvez avoir une sorte d’expérience de la montagne, essentiellement à travers le dessin…
Quand je dessinais, oui, je me mettais dans la situation de celui qui grimpe et je tentais d’imaginer ce qu’un alpiniste peut ressentir quand il est en pleine action. Ou ce que ça peut faire de ne plus rien voir autour de soi, lorsqu’il fait totalement noir. Je dessinais en essayant de visualiser tout cela de la manière la plus crédible… (…) C’est ce qu’on dit souvent du métier de mangaka : il faut être à la fois metteur en scène, décorateur, comédien, scénariste. Il faut tout assumer…« 
Je pourrais continuer encore longtemps, assise là dans l’atelier, captivée par le contenu passionnant de ces échanges entre Peeters et Taniguchi mais, en même temps, je voudrais vous inviter à tourner les pages de cet ouvrage superbe, très illustré, imprimé sur du beau papier avec des couleurs différentes selon les chapitres, pour faire votre propre miel de cette rencontre.
TANIGUCHI PORTRAIT
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